Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

DANEMARK

Poussée de l'extrême-droite

· Inprecor n° 267, 6 juin 1988 · p. 9 · 1 094 mots

Paix et armements

LES ELECTIONS coup de théâtre ont été convoquées par le Premier

C'est là une réponse à un vote majoritaire du Parti social populaire

DANEMARK

Poussée

de l'extrême-droite

ministre, de droite, Poul Schlüter, qui voulait obtenir un mandat permettant de soumettre le Danemark à la discipline de l'OTAN. (SF), des socio-démocrates, et des réaffirmer une politique interdisant nucléaires. Gerry FOLEY

A MANŒUVRE de Schlüter a connu un succès limité. Tous les partis l'OTAN ou à sa politique militariste, ont subi une défaite. Le Parti socialiste populaire, formation social-démocrate de gauche dont les origines remontent à une scission du Parti communiste, a connu une perte de 1,6%. Le Parti socialiste de gauche (VS) est tombé de 1,2% à 0,6%, arrivant bien en-dessous des 2% requis pour avoir une représentation au Parlement. Le Parti communiste a baissé de 0.9 à 0,8%. Les Libéraux radicaux, ont perdu 0,6%, passant à 5,6%. Le Parti démocrate, pro-OTAN a gagné 0,5%.

D'un autre côté, les partis au gouvernement n'ont pas gagné de voix. Les deux principaux partis de la coalition, les Conservateurs (le parti de Schlüter) et les Libéraux ont, en gros, équilibré les pertes et les gains, le premier perdant 1,5% et le dernier gagnant 1,3%. Le grand gagnant a été le Parti du progrès, parti anti-immigrés ultra-droitier et démagogue de Mogens Glistrup, qui a pratiquement doublé ses voix, passant de 5,5% à 9%, soit un gain de 4,5%.

Malgré les pertes des forces anti-OTAN, l'effet d'ensemble de l'élection a été un affaiblissement du gouvernement et une déstabilisation du Parlement. La droite "respectable" n'a pas obtenu assez de sièges pour former un gouvernement majoritaire. En fait, ses suffrages ont décliné. Dans son éditorial du 14 mai, le quotidien de Copenhague, Politiken, note "Aux élections de 1984 les partis au gouvernement ont obtenu 48% des voix; en 1987, ils sont tombés au-dessous de 45% et cette fois-ci ils n'ont obtenu que 43,5%".

La "droite respectable" ne pourra se maintenir au gouvernement qu'en obtenant le soutien actif ou passif soit de Glistrup, soit des partis ouvriers. Le jeu parlemen-

Libéraux radicaux (1) pour les ports danois aux sous-marins taire est encore compliqué du fait que les Libéraux radicaux et le Parti du progrès sont violemment opposés, et il semble difficile de former aucun bloc qui puisse les intégrer tous les deux.

Tout comme le vote pour Le Pen en France, le score du Parti du progrès de Glistrup semble refléter des courants contradictoires. Certains observateurs pensent qu'on peut y voir en grande partie un vote anti-politique, une protestation contre la trop grande fréquence des élections. La dernière élection au Parlement a eu lieu il y a moins d'un an.

Le Parti libéral radical est largement basé sur des membres des professions libérales, aisés, qui sont pour une politique économique anti-ouvrière mais sont traditionnellement anti-militaristes et de philosophie libérale. Il reste donc un partepartis de droite, et un obstacle à toute en- naire encombrant pour les tente avec le Parti du progrès.

Il y a 179 sièges au Parlement danois (175 pour le Danemark et 4 pour le Groënland et les Iles Féroe). Les deux partis ouvriers ont un total de 79 sièges, ce qui est bien en-dessous d'une majorité. Les partis de droite au Parlement ont un total de 80 sièges, ce qui est également bien inférieur à la moitié des sièges. Le Parti du progrès en a 16.

La responsabilité du PC

Le Parti socialiste ouvrier (SAP), section danoise de la IV° Internationale, a soutenu une plate-forme commune avec le Parti communiste et VS. Mais le bloc a été rompu à la dernière minute par le PC. Après cela, le SAP a décidé de présenter des candidats sur la liste de VS.

On a parlé de deux types différents de gouvernement. L'un serait une combinaison du Parti socialiste populaire, des socio-démocrates et des Libéraux radicaux (89 sièges); l'autre serait un gouvernement minoritaire des partis de droite. La social-démocratie a permis à un gouvernement minoritaire de droite de gouverner, par le passé. On dit qu'il y aurait aussi un certain soutien de la part du groupe du Parti du progrès à un gouvernement de la droite parlementaire de l'extérieur, mais la présence des Libéraux radicaux dans une coalition serait une pierre d'achoppement pour cette solution.

La participation à une coalition avec les socio-démocrates et les radicaux forcerait le SF à accepter une politique d'austérité. Néanmoins, la direction socialiste populaire a décidé, le 12 mai, d'accepter une telle combinaison. "Avec seulement une voix contre", rapporte le quotidien de Copenhague Informasion, "l'Exécutif national a donné à ses négociateurs un mandat chimiquement pur de toute exigence à laquelle on pourrait attendre une opposition de la part des radicaux "

Informasion écrit : "Plusieurs participants à la réunion de l'Exécutif national de SF nous ont dit qu'il y avait une majorité écrasante dans la direction du parti décidée à surmonter les divergences sur la politique économique qui a conduit jusqu'à présent les radicaux à exclure le SF come partenaire fiable."

Un score lourd de conséquences

Le SAP souligne le recul causé par la décision du Parti communiste d'aller seul au scrutin : "Le SF avait laissé beaucoup de place pour une alternative de gauche. Après les dernières élections il était clair que ni VS ni le PC n'avaient beaucoup de chances de franchir le seuil des 2%. Le seul moyen d'assurer une présence de gauche au Parlement était une coopération au niveau électoral... la principale responsabilité de l'échec à y parvenir incombe au Parti communiste... Quand il a rompu, il a ouvert la voie à l'argument du

Le SAP pense également qu'il faut tirer les leçons de la progression du Parti du progrès. "Avec la proposition claire et agressive d'une 'solution', le Parti du progrès a été capable de doubler pratiquement ses votes et de devenir le vainqueur des élections. L'extrême-droite a gagné en force grâce à sa politique raciste, et une critique acerbe de la frivolité du fonctionnement parlementaire". Le manque d'alternative de gauche claire a ouvert la voie à la démagogie réactionnaire dont la sphère d'action ne se limitera pas à un parlement dans l'impasse et discrédité.

Dans le contexte d'une grande instabilité économique, de l'impasse parlementaire et des explosions racistes nombreuses de la période récente, les gains du Parti du progrès constituent une menace. Ils font ressortir le besoin de deux choses qui ont notablement fait défaut dans cette élection : une claire alternative de classe et le front unique ouvrier.

1) Les Libéraux radicaux, petit parti bourgeois, avec une tradition anti-militariste, a été le talon d'Achille de la coalition de droite.

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