sur une page entière la lettre d'une lectrice, une certaine Nina
"du socialisme libéral de gauche". Selon elle, cette catégorie
Chatrov et Rybakov, les "héritiers spirituels" de Dan et de Martov
TOOL
UNION SOVIETIQUE
Avant la Conférence du PCUS
LE 13 MARS dernier, la Sovietskaia Rossia, journal de la République socialiste soviétique de Russie, publia
Andréeva de Léningrad, intitulée "Je ne peux transiger avec mes principes".
Il s'agit d'une défense à outrance de Staline, accompagnée d'une charge à fond contre ce qu'elle appelle les partisans englobe des gorbatchéviens de pointe comme les auteurs
(dirigeants mencheviks) et les "disciples spirituels de Trotsky et de lagoda" (amalgame typiquement stalinien puisque lagoda fut le chef du GPU qui fit incarcérer les Trotskystes
Ernest MANDEL
AR UNE REVELATION du quoti-
/ dien du PC italien L'Unita, nous publiée de la lettre d'Andréeva fut une version abrégée. L'original comportait 18 pages, dont 5 seulement ont été retenues.
La version originale comportait une défense à outrance de Staline - qui fut un peu adoucie - ainsi que des passages brutalement antisémites également éliminés. Il y avait aussi une attaque à peine voilée contre la perestroïka et la glasnost.
Le moment de la publication semblait bien choisi. Gorbatchev et son principal collaborateur (certains disent inspirateur)
en matière idéologique, Yakovlev, étaient absents de Moscou.
Le terrain semblait libre. Aussi vit-on, par une coïncidence étrange, de nombreux organes de presse soviétiques reproduire la lettre d'Andréeva sans aucune critique ni commentaires d'aucune sorte. Il apparut bientôt que des instructions étaient parvenues aux journaux, les incitant à cette publication.
Un seul journal refusa d'obtempérer, Znamia younosti, journal pour les jeunes de Bielorussie.
Tous les autres s'inclinèrent, démontrant ainsi de manière éclatante que l'habitude de répondre automatiquement aux ordres venus d'en haut, sans faire entrer en ligne de compte son propre jugement et sa propre conscience, restait prépondérante parmi les journalistes en URSS, malgré trois années de glasnost.
Mais trois semaine plus tard, la Pravda elle-même riposta. Le 18 et le 19 avril, elle publia deux contributions, l'une de l'ensemble des organisations d'intellectuels, l'autre de 38 écrivains, dont plusieurs avaient la réputation dêtre des "modérés" en matière de glasnost, sinon des "libéraux conservateurs" (notamment le président de l'Union des écrivains Markov). Les deux contributions prirent violemment à partie la lettre d'Andréeva.
Ils dénonçèrent les conservateurs qui voulaient faire revenir le pays "aux années où l'on foulait la loi aux pieds". Ils identifièrent la défense de l'époque stalinienne avec une opposition contre le cours réformateur suivi par l'équipe Gorbatchev, avec l'appui de la direction du PCUS. Ils mirent en demeure leurs adversaires d'expliciter leur opposition à la perestroïka et à la démocratisation.
A partir de ce moment-là, une véritable tempête anti-stalinienne se déclencha dans les médias soviétiques. Pas un jour ne se passe sans que tel ou tel journal ou hebdomadaire, telle ou telle revue, ne révèle un aspect ou un épisode particulièrement révoltant de l'époque stalinienne. Il est impossible de les citer tous ici. Contentons-nous d'énumérer quelques-unes des principales révélations, reproduites sur des millions sinon des dizaines de millions d'exemplaires, et souvent reprises par la télévision :
Les crimes de Staline
* La collectivisation forcée fut un crime contre le peuple et l'économie soviétiques. Elle a coûté la vie à 10 millions de paysans. Staline en est le principal responsable. (Argumentyi i Fakti, 4 avril 1988).
* Staline a favorisé l'accession au pouvoir du fascisme et de Hitler en Allemagne (Nouvelles de Moscou, 10 avril 1988).
* Les purges sanglantes au sein du parti à partir de 1934, ont coûté la vie à l million de communistes innocents. Staline les a personnellement ordonnées et organisées.
* Les victimes des purges qui ont avoué des crimes qu'elles n'avaient pas commis, ont fait ces aveux sous l'effet d'affreuses tortures, ordonnées et "légalisées" par Staline (sources trop nombeuses pour être citées).
* Staline a ordonné la purge de 1937 de l'Armée rouge, parce qu'il s'opposait aux projets de Toukhatchevsky et de ses adjoints de mécaniser rapidement l'Armée rouge, de la doter de divisions blindées, de la défaire d'une cavalerie désuète, et de se préparer à des opérations de défense mobile, en cas d'agression impérialiste. (Nouvelles de Moscou, 3 avril 1988).
* En décapitant l'Armée rouge, en mettant, en outre, en prison les principaux innovateurs de l'aviation soviétique, Staline a retardé de plusieurs années la modernisation de l'armée. Il porte du même fait une écrasante responsabilité pour les défaites subies par l'URSS en 1941 et en
1942 devant l'agresseur impérialiste nazi.
* De plus, ces défaites ont été aggravées par la foi aveugle qu'il manifesta dans le prétendu intérêt des nazis à respecter le pacte Hitler-Staline pour éviter une guerre sur deux fronts. De ce fait, le pacte Hitler-Staline fut un crime contre I'URSS. (Moskovskaïa Pravda, 18 mai
* Staline a violé ouvertement la Constitution fédérale de l'URSS, lorsqu'il décida de supprimer des républiques et des territoires soviétiques autonomes et de déporter des ethnies entières à la fin de la
* Staline maintint jusqu'à sa mort la population soviétique, non seulement à la campagne mais dans les villes, à un niveau de vie misérable, comparable, huit années après la fin des hostilités, à celui de la guerre elle-même, avec rationnement généralisé.
* Le régime pénal instauré sous Staline fut inhumain. Il visa de plus en plus, non pas des opposants politiques, quels qu'ils soient, mais de simples gens du peuple parmi les plus pauvres, des jeunes, des invalides sans ressources, etc.
La législation pénale fut une des plus dures du monde, beaucoup plus dure que celle des pays impérialistes. La population pénitentiaire de l'URSS est encore aujourd'hui une des plus élevées du monde, comptant jusqu'aujourd'hui des millions d'incarcérés (malgré les millions de personnes libérées sous Khrouchtchev).
La presse soviétique n'hésite plus à utiliser le terme de goulag. Elle cite le cas d'un jeune de 12 ans condamné à cinq ans de travaux forcés en 1943 pour avoir cambriolé une cantine afin de donner à manger à son jeune frère et à ses sœurs cadettes (leur père était mort au front, leur mère les avait abandonnés). Il fut libéré en 1945, puis repris en 1947 pour avoir volé un poisson : dix ans de travaux forcés ! (Nouvelles de Moscou, ler mai
* Il ne faut pas seulement réhabiliter les victimes de Staline. Il faut leur ériger un monument qui ne soit pas un simple bâtiment de pierre. Alexandre Waisberg, qui travaille dans un laboratoire, déclare à ce propos aux Nouvelles de Moscou du ler mai 1988 :
"La collecte de signatures apposées sur la demande au Soviet suprême de créer un monument aux victimes des répressions staliniennes est l'une des orientations du groupe Mémorial. A notre avis, ce mémorial doit comprendre non seulement un ensemble architectural et sculptural, mais aussi un musée, une bibliolerestroika
1' Cumainen thèque, des archives, un centre de recherches scientifiques. Tout ce qui pourra contribuer à immuniser la conscience sociale le stalinisme". 10 000 signatures furent collectées en l'espace de quelques jours).
* "Depuis 1928-1929, l'activité de Staline a revêtu un caractère antisocialiste prononcé" (Nouvelles de Moscou, 24 avril
* "Le pouvoir appartient à l'Etat soviétique, mais - ainsi en a voulu la pratique déformante - en réalité il est exercé par l'appareil administratif" (Nouvelles de Moscou, 15 mai 1988).
L'appareil administratif, c'est manifestement une périphrase pour désigner la bureaucratie. En fait, du point de vue marxiste, les deux formules sont synonymes.
Le tout culmine dans deux formules qui claquent comme un coup de fouet:
* "Les versions stalinienne et brejnévienne du socialisme arrangeaient bien les forces réactionnaires de l'Occident... c'est le socialisme qui est compromis" (Nouvelles de Moscou, ler mai 1988).
* "Le socialisme et le stalinisme sont deux notions incompatibles. Là où il y a stalinisme, il n'y a pas de socialisme" (Nouvelles de Moscou, 24 avril 1988).
Déstalinisation et préparatifs de la XIXe Conférence du PCUS
Tout cela va beaucoup plus loin que la déstalinisation à l'époque de Khrouchtchev, du XXe Congrès du PCUS. Les révélations sont beaucoup plus nombreuses, plus précises, plus générales. Les zones d'ombre sont beaucoup plus réduites. La publicité qui leur est accordée, et l'écho passionné qu'elles rencontrent auprès de secteurs importants des masses, est sans commune mesure avec ce qui s'est passé pendant la période 1956-1962. On se trouve donc bel et bien devant une étape plus avancée de la déstalinisation.
Mieux : on a nettement l'impression que Gorbatchev et son équipe ont sciemment déclenché cette campagne contre Staline et le stalinisme comme une arme dans la bataille fractionnelle qu'ils mènent pour la préparation de la XIXe Conférence du PCUS, qui doit se réunir le 28 juin prochain.
En effet, le mystérieux chef d'orchestre qui avait ordonné la publication et la reproduction de l'article de Nina Andréeva - peu importe que ce soit Ligatchev en personne, ou quelque autre - a voulu bloquer des mesures plus avancées de démocratisation, prévues pour cette conférence par le groupe autour de Gorbatchev. Ces mesures visent la sacro-sainte "stabilité des cadres", , dont la remise en question avait causé la chute de Khrouchtchev. Il s'agit de soumettre ceux-ci à l'épreuve de l'élection et de la réélection périodiques. Finalement, deux "investitures" de cinq ans chacune sont prévues pour les responsables, ce qui n'est guère une "révolution anti-bureaucratique", ; loin s'en faut. On prévoit aussi qu'il doit y avoir plu-
sieurs candidats pour chaque poste de res-
Cela suffit déjà pour provoquer la crainte, l'opposition, voire l'indignation des gens en place. Ceux-ci ne résistent plus seulement par l'obstruction, la routine, la passivité, comme le fait une bonne partie d'entre-eux en matière de perestroïka. Dans le domaine de la démocratisation, la résistance est plus ouverte. Aussi l'émoi autour de la déstalinisation a-t-il pris la forme d'un vrai débat, après un mois de valse-hésitation.
Les Izvestia du 29 avril rapportent un discours du chef du service de propagande du comité du parti de l'arrondissement Kountsevski de Moscou, qui déclara que la lettre de Nina Andréeva
"Nous sommes à la veille de la Conférence nationale du parti. Bien plus, la Conférence en fait est déjà en cours. Et tout récemment, la publication des deux articles cités (la lettre d'Andréeva et les commentaires de la rédaction de la Pravda) a clairement défini la ligne de partage entre ceux qui militent pour une restructuration radicale et ceux qui voudraient sen tenir à un ravalement de façade".
"Complot" contre la perestroika
Les adversaires de la démocratisation n'en démordent pas. Les Nouvelles de Moscou du 10 avril citent une lettre de huit pages qu'elles ont reçue de la part d'un "groupe Ignatov", , lettre qui constitue une véritable plate-forme anti-glasnost. La perestroïka et la glasnost y sont qualifiées de "programme socialiste-révolutionnaire conduisant le pays et le peuple à une catastrophe économique, aux bouleversements sociaux et, finalement, à l'asservissement du pays par les Etats imperialistes". Le groupe Ignatov affirme que c'est le centralisme (stalinien) qui "a permis à notre pays, lors des premiers quinquennats, d'atteindre des rythmes incroyablement rapides de développement écono-
Dans son numéro 4 (fin avril), la Molodaïa Guardia (Jeune garde), un des bastions du conservatisme, a publié un article d'un vieux membre du PCUS, M. Malakhov, qui défend et "approfondit" les thèses de Nina Andréeva et du "groupe Ignatov". "Nous allons aboutir à un laxisme idéologique et à l'anarchie" écrit-il. Il s'élève contre "la tendance à condamner les gens de ma génération pour tous les défauts dans l'économie et la vie des dernières décennies. C'est particulièrement dans les années 30 que nous avons réalisé les idées de Lénine (sic)". Il défend ouvertement l'intervention militaire en Hongrie et en Tchécoslovaquie, affirmant que dans "certains pays socialistes, il y avait des forces négatives et que les forces contre-révolutionnaires relevaient la tête".
Ce qui amène Nikolaï Chmelov à écrire dans la revue Novy Mir (numéro d'avril 1988) : "On en vient involontairement à l'idée que dans le pays, il se forme, ou s'est déjà formé, un complot du silence contre la perestroïka, au sein duquel les intérêts d'une certaine partie des dirigeants locaux, ainsi que de toute une série d'organismes centraux, convergent de plus en plus"
C'est évidemment là où le bât blesse. La XIXe conférence du PCUS doit être constituée par des délégués élus dans les sections locales et régionales du parti. Mais ces structures n'ont point été renouvelées. Elles sont totalement contrôlées par la bureaucratie. Gorbatchev les a apostrophées, secouées, menacées. Il a dû finir par rechercher un compromis avec
Les gorbatchéviens de pointe - et sans doute le secrétaire général lui-même - se sentent mal à l'aise dans cette situation. Ils craignent un retour de manivelle si la situation économique ne s'améliore pas (et tout indique qu'elle se détériore plutôt) (2). Ils veulent arracher des garanties supplémentaires contre un retour en arrière, du type de celui qui avait succédé à la chute de Khrouchtchev. Ils réclament des mesures de démocratisation visant l'appareil du parti, voire des mesures de démocratisation permettant aux masses de passer outre l'appareil du parti.
La manière cynique dont s'est réalisée la désignation des délégués à la Conférence - passant souvent outre le résultat du vote - a abouti à l'élimination de beaucoup de gorbatchéviens de pointe, comme le soulignent d'ailleurs de nombreux comptes-rendus dans l'hebdomadaire soviétique, Les Nouvelles de Moscou des 22 et 29 mai 1988.
Alexandre Guebran écrit : "Aujourd'hui, il ne faut pas confier entièrement (!) à l'appareil du parti la préparation de la conférence", et pose la question d'une révision du règlement de l'élection des délégués à la conférence. Gavril Popov, l'appuie dans Sotsialisticheskaïa Indoustria, Youri Andréev, membre de la direction de l'Union des écrivains de l'URSS, argumente dans le même sens dans la revue Sovietskaïa Koultoura. Dans le journal Zaria Vostoka, porte-parole du CC du PC de Géorgie, un appel est adressé à tous les travailleurs de cette République pour qu'ils tiennent des réunions du parti ouvertes à tous et à toutes, où les questions à l'ordre du jour de la conférence seront discutées de la manière la plus méticu-
Pour faire monter les enchères, les porte-parole les plus avancés de la glasnost, tels A. Boutenko, Otto Lacis et Gavril Popov, écrivent qu'il y a deux conceptions du socialisme et de sa construction : l'une léniniste, l'autre stalinienne. Elles se sont formées historiquement, persistent dans la conscience publique comme dans la pratique sociale. Il faut choisir entre elles, car elles s'excluent mutuellement (3).
C'est donc délibérément que l'équipe autour de Gorbatchev a choisi la déstalinisation comme "révélateur" de l'opposition à la glasnost et à la démocratisation. Elle le fait parce qu'elle est convaincue que le verticalisme et l'autoritarisme -qu'elle considère non sans raison comme une des séquelles à long terme du stalinisme - condamnent la perestroïka à un échec
Elle le fait en fonction de sa crainte d'une "marche-arrière", payerait les frais, y compris sur le plan personnel. Elle le fait en tirant un bilan de l'échec de Khrouchtchev qu'elle attribue au manque d'engagement des larges masses et aux limites trop étroites de la déstalinisation et de la démocratisation à l'époque. Elle le fait en connaissance de cause, sachant qu'il subsiste pas mal de confusion sur la question de Staline et du stalinisme, que la nostalgie de "Thomme fort" persiste non seulement dans une partie importante de l'appareil mais encore dans certains secteurs du peuple (4).
Limites et contradictions de la glasnost
Seulement voilà : la manière même dont le débat sur la déstalinisation a été relancé et approfondi reflète de manière fort nette les limites et les contradictions de la glasnost.
Tout continue de partir du sommet. Le sommet autorise la publication de la lettre de Nina Andréeva et recommande sa reproduction. L'immense majorité des organes de presse obéit. Le sommet décide de contre-attaquer par le biais des commentaires publiés dans la Pravda. De nouveau, pratiquement tout le monde s'exécute. Le sommet proclame : "il faut discuter". On discute donc. Le sommet dit "il faut démocratiser les élections". On les démocratise donc formellement. Le sommet ajoute : "mais vous n'élirez aucun opposant ouvert à la perestroika" (Pravda, 13 mai 1988). On n'élit donc aucun opposant déclaré à la perestroïka...
Ce n'est pas là la voie d'une démocratisation suffisamment large et approfondie pour faire échec à la bureaucratie. Ce n'est pas là la voie de la renaissance d'une véritable politisation autonome des masses. Cela peut déboucher sur celle-ci. Cela peut la faciliter, la stimuler même (bien que même les gorbatchéviens semblent hési-
1) Dans Le Monde du 18 mai 1988, Michel Tatu souligne à juste titre que la plupart des dirigeants régionaux du PCUS, il les appelle les "préfets", soit ont été nommés avant l'avènement de Gorbatchev, soit étaient déjà fort avancés dans leur carrière bureaucratique avant leur nomination par Gorbatchev "Comment procéder à une 'révolution' (le mot est de plus en plus employé maintenant à Moscou en lieu et place de perestroika) avec un matériel humain aussi peu révolutionnaire ?", conclut-il.
2) La dernière "tuile" qui arrive à Gorbatchev, c'est la brusque pénurie de sucre, facilement prévisible par suite de l'accroissement d'achats par les bouilleurs de cru, après la réduction de la production "officielle" de vodka.
3) Les Nouvelles de Moscou du 10 avril 1988 publient la lettre d'Ivan Nastavchev, de Kaliningrad, qui apostrophe tous les dirigeants du PCUS des dernières décennies : "Pourquoi n'avez-vous pas instauré un authentique pouvoir du peuple ?".
4) Une lettre de lecteur reçue par les Nouvelles de Moscou affirme : "Je partage l'avis de ceux qui estiment que le mot d'ordre d' "anti-stalinisme", qui semble démocratique, est le mot d'ordre sous lequel on voit se ranger, à côté des anti-communistes professionnels, des descendants, vivant parmi nous, des classes renversées par la révolution d'Octobre, ainsi que ceux des riches de la NEP. des bandits contre-révolutionnaires et des koulaks".
ter à ce propos, pour ne pas dire plus). C'est évidemment préférable au "dialogue à une voix", au monolithisme stérilisant, paralysant, dépolitisant et réactionnaire, de l'époque brejnévienne, sans parler du monolithisme terroriste et sanglant de l'ère stalinienne. Mais ce n'est pas assez.
Derrière ces limites de la glasnost se profilent les contradictions qu'elle contient. Contradiction entre le principe de la souveraineté des soviets et le régime du parti unique, avec son "rôle dirigeant" confirmé par la Constitution (rôle qui n'était guère mentionné dans la première Constitution rédigée par Lénine). Contradiction entre la démocratisation du parti et l'absence de droit de tendance (sans reconnaissance de la pluralité des partis soviétiques, le droit de tendance ne peut être admis, chaque tendance risquant d'être "un deuxième parti en puissance"). Contradiction entre l'affirmation des libertés démocratiques sans restriction (liberté de la presse, liberté d'association, liberté de manifestation pacifique) et les restrictions inévitables que le régime du parti unique, dirigé bureaucratiquement, impose à Texercice de ces libertés.
L'opposition aux grèves
Mais ces contradictions ne sont, en dernière analyse, que le reflet des contradictions sociales qui déchirent la société soviétique. Deux exemples le confirment de manière éclatante.
La presse, même les organes les plus libéraux comme Ogoniok et les Nouvelles de Moscou, continuent à s'opposer aux grèves. La grève spectaculaire d'Erivan, grève générale qui a duré de nombreux jours, qui a abouti à l'élection d'organes représentatifs des grévistes qui ont fait basculer la direction locale du PC (5), et qui ont négocié d'égal à égal avec le Comité central du PCUS, a été sévèrement condamnée par cette presse.
Il en va de même de la grève des travailleurs polonais. A cet égard, les Nouvelles de Moscou s'identifient entièrement avec les thèses de Jaruzelski dans leur numéro du 22 mai 1988, passant sous silence, de manière génée, les mesures de répression économique (licenciements) et policière (matraquages, arrestations) à l'égard des grévistes. ou pas d'informations sur ces grèves...
La question du pouvoir réel des "Conseils des collectifs des travailleurs" récemment installés dans les entreprises est encore plus révélatrice. Il y a un risque réel que l'autogestion ne se transforme en "démocratie pour le directeur" Evguéni Torkanovski dans les Nouvelles de Moscou du 22 mai 1988. "En qualité de président, un dirigeant volontaire peut transformer le conseil non pas en organe du collectif des travailleurs, mais en organe auprès du directeur, docile à la volonté du chef". Et de renchérir : "Un cliché s'est profondément ancré dans les mentalités, selon lequel 'la cuisinière' serait inapte à la gestion...". Qui ne comprend pas qu'il ne s'agit pas seulement d'opposition de mentalités (réelle, sans aucun doute) mais aussi et surtout d'opposition d'intérêts sociaux ?
Or, la masse des travailleurs ne s'engage pas. D'abord et avant tout parce que ses préoccupations et intérêts immédiats ne sont pas satisfaits. En outre, parce qu'elle craint un retour en arrière. Et comme l'a écrit Grigori Kanovitch de manière saisissante dans les Nouvelles de Moscou du 17 avril 1988 : "La peur engendre la flatterie et l'obéissance, le mimétisme et la servilité". En effet. Mais les masses ne s'en libèreront qu'en regagnant confiance dans leurs propres forces, grâce à leur action et organisation autonomes. C'est de l'ampleur de celles-ci que dépend l'avenir de la démocratisation en URSS.
Une nouvelle victoire historique
Ceci dit, la nouvelle phase avancée de la déstalinisation constitue une nouvelle et grande victoire historique comme ce fut déjà le cas pour la réhabilitation pénale des accusés du 3e procès de Moscou, de Boukharine, de Rykov, de Christian Rakosvki et de tous leurs compagnons.
La vérité terrible sur l'ère stalinienne et sur le prix qu'en paya le prolétariat mondial et toute l'humanité, notre courant était le seul à l'avoir annoncé 1927-1928, et à l'avoir analysé pas à pas, dans chacune de ses principales étapes. Il est le seul à pouvoir aujourd'hui regarder les travailleurs soviétiques en face sans honte. Que peuvent dire ceux qui ont nié, couvert, justifié tant de crimes qui se sont prosternés devant les assassins et les calomniateurs, dont la plupart des dirigeants sociaux-démocrates et des intellectuels de gauche à l'époque du Front
Ce faisant, il a sauvé l'honneur du communisme, et il a assuré sa continuité. Grâce à lui, personne ne pourra dire : tous communistes ont permis ou toléré certain temps les crimes de
Quand je pense que c est moi qui leur ai appris cette chanson ! Staline. Nul ne pourra dire : le communisme conduit fatalement au stalinisme. Car l'adversaire le plus acharné, le plus irréconciliable de Staline - que celui-ci considérait, à juste titre, comme son ennemi numéro 1, - ce fut le communiste Trotsky.
C'est pourquoi il faut poursuivre le combat pour la réhabilitation pénale de tous les inculpés des procès de Moscou, à commencer par Léon Trotsky lui-même.
Ce combat ne porte pas essentiellement sur le passé, sur la vérité historique ; il concerne des principes indispensables au redressement de la situation présente en URSS et dans le mouvement ouvrier international, des principes indispensables à l'émancipation des travailleurs.
Il faut pousuivre cette bataille pour que l'intelligentsia, la jeunesse, les travailleurs soviétiques, aient accès à tous les documents dépoque à partir de 1923. Toute la vérité doit être faite sur les débats qui ont déchiré le parti soviétique et l'Internationale, dès ce moment-là. Tout le monde doit pouvoir juger en possession de tous les éléments nécessaires à ce jugement. Toute la vérité sera rétablie avec éclat.
Les thèses adoptées par le CC du PCUS en prévision de la XIXe Conférence du parti affirment que dès la mort de Staline, la discussion politique libre était étouffée au sein du Parti (Pravda, 27 mai 1988). C'est ce que proclamait l'Opposition de gauche, dès 1923 ! L'histoire nous donnera raison sur le rôle et les idées de Trotsky, comme elle vient de nous donner raison sur le rôle et les idées de Staline.
29 mai 1988.
5) C'est ce qui a conduit au limogeage du secrétaire du PC d'Arménie.