La politique extérieure remporté un succès au sommet de Moscou. Il ne faut pas en exagérer la portée. Le nombre des têtes nucléaires qui seront partie (2 à 3%) de toutes celles accumulées sur notre planète
Les chances d'une réduction radicale des fusées nucléaires relations publiques qu'un pas effectif vers le désarmement nucléaire, pour ne pas dire vers le désarmement tout court.
UNION SOVIETIQUE de Gorbatchev
AVEC L'ELIMINATION des fusées nucléaires à moyenne portée, la diplomatie soviétique a incontestablement effectivement démantelées, ne représente qu'une infime et qui menacent la survie physique du genre humain.
stratégiques à longue portée restent fort réduites, vu la détermination de l'impérialisme de fonder ses doctrine et pratique militaires sur la prétendue "dissuasion nucléaire".
Ce que Gorbatchev a obtenu, c'est plus un succès de
Nous restons plus convaincus que jamais qu'un tel désarmement est irréalisable dans le cadre du régime capitaliste à l'époque impérialiste, surtout irréalisable en collaboration avec les principaux gouvernements impérialistes.
Ernest MANDEL
ECI DIT, la dimension "relations publiques" de l'opération ne doit pas être considérée comme négligeable. Pendant de nombreuses années, l'impérialisme avait réussi à faire accepter par l'opinion publique ouvrière et petite-bourgeoise des principaux pays impérialistes,
Etatsles
Unis, l'Allemagne occidentale et le Japon, l'idée qu'il y avait menace d'agression soviétique en Europe et en Asie, et que la course aux armements, déclenchée par l'impérialisme, se justifiait dans ces conditions. En Grande-Bretagne, en France et en Italie, ce mythe a eu moins d'écho. Mais même dans ces pays, il y avait pour le moins une fraction des travailleurs qui l'acceptait. La légitimité de la défense de l'URSS, pendant des décennies, credo fondamental des partis communistes et de leurs alliés, était largement battue en brèche. Les effets du stalinisme, l'intervention militaire en Hongrie et en Tchécoslovaquie, le cours aventuriste du Kremlin en Afrique et en Afghanistan, apportaient de l'eau au moulin de la propagande anti-soviétique et anti-communiste.
Par une réorientation habile de la diplomatie et de la propagande soviétiques,
Gorbatchev et son équipe ont réussi à modifier du tout au tout cette situation idéologico-politique. Prenant les impérialistes au mot sur l'affaire de la "double solution" des fusées à moyenne portée (1), ils ont, pour la première fois depuis la guerre du Vietnam, sinon depuis l'agression nazie contre l'URSS, commencé à opérer devant l'opinion publique occidentale à partir d'une position de force politique, et non à partir de l'obligation de défendre des initiatives et des doctrines peu populaires aux yeux des masses.
De ce fait, le climat politique a commencé à changer dans toute une série de pays, d'une manière qui ne peut qu'aider le mouvement ouvrier dans son ensemble, y compris son aile révolutionnaire. Le démantèlement de l'idéologie de "l'empire du mal" et de l'anti-communisme à outrance, affaiblit le dispositif idéologique de la bourgeoisie, freine l'offensive conservatrice néo-libérale, élargit l'espace d'un anti-capitaliste ou, aux Etats-Unis, l'espace pour une première percée de l'indépendance politique de classe au sein de masses plus larges.
L'impérialisme
Best sur la défensive
Rien n'est évidemment acquis d'avance dans ce domaine. Tout dépend en dernière analyse de la capacité d'initiative politique des forces révolutionnaires et anticapitalistes, de leur poids accru au sein du mouvement ouvrier organisé et de la classe ouvrière dans son ensemble, des étapes successives de la recomposition du mouvement ouvrier.
Mais il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer que pour la première fois depuis longtemps, l'impérialisme est sur la défensive dans le domaine diplomatique, et sérieusement décontenancé. Le fait que le parti qui, a été pendant 30 ans le principal pilier de l'anti-communisme et de l'OTAN au sein du mouvement ouvrier européen, le Parti social-démocrate allemand (SPD) ait fait un virage spectaculaire vers le dialogue systématique, voire institutionnalisé, avec le Parti communiste de République démocratique allemande (SED) (2), symbolise ce changement du climat politico-idéologique.
Gorbatchev s'efforce maintenant de prolonger ce succès au sommet de Moscou en répétant l'opération de "mise au pied du mur" à l'égard de Washington dans le domaine du désarmement conventionnel. Le principal argument de la propagande impérialiste contre les propositions soviétiques de poursuivre le désarmement nucléaire, c'est qu'elles tendraient objectivement à "désarmer l'Europe" et à la rendre "indéfendable", vu la prétendue "supériorité écrasante" des armées du pacte de Varsovie dans le domaine des armes conventionnelles (3). Gorbatchev-Chevarnadze ripostent : si c'est cela que vous craignez, réduisons donc d'un commun accord les armes conventionnelles sur une base de stricte parité contrôlée. Voilà l'arroseur impérialiste arrosé une deuxième fois. C'est tant mieux.
Un dessein global
On commettrait cependant une lourde erreur en réduisant l'essentiel du tournant gorbatchévien dans le domaine des relations internationales, aux initiatives de désarmement. De même, on commettrait une erreur parallèle en jugeant les modifications des rapports de force qui sont en train de s'esquisser à l'échelle mondiale, au seul domaine du climat politico-idéologique qui prévaut en RFA, aux EtatsUnis, au Japon et dans d'autres pays impérialistes.
En réalité, l'offensive de désarmement et de charme à l'égard de l'opinion publique occidentale de la part du Kremlin n'est qu'une pièce d'un puzzle dont les contours commencent à apparaître de manière assez nette. Le Kremlin est engagé dans une négociation globale avec l'impérialisme pour mettre en place une pratique de "coexistence pacifique avancée", qui implique des concessions politiques multiples de sa part, en échange d'avantages économiques. Le mouvement de libération des pays du "Tiers-monde" , les révolutions en cours dans plusieurs secteurs-clés d'Amérique latine, d'Afrique et d'Asie, risquent de faire les frais de la recherche de cet accord global.
Pour comprendre les raisons de ce pro-
1) Voir sur les différents aspects de ce problème, l'article de D. Seppo dans Inprecor numéro 260 du 29 février 1988.
2) Cette attitude reflète évidemment aussi, du moins partiellement, l'intérêt de la bourgeoisie ouest-allemande, voire européenne, à étendre considérablement ses exportations vers l'URSS et l'Europe orientale.
3) Cette "supériorité" est une mystification éclatante. Dans le meilleur ouvrage consacré jusqu'ici à la question, Jacques Sapir (Le Système Militaire soviétique, Paris, La Découverte, 1988) conclut plutôt à une supériorité des forces de l'OTAN, si la qualité des armes et d'autres facteurs concomitants, non purement quantitatifs, sont pris en considération.
jet, il ne faut pas partir de
"révisionniste"
l'idéologie qui inspirerait Gorbatchev.
Il ne faut pas non plus avancer l'hypothèse absurde que Gorbatchev chercherait à réintroduire le capitalisme en URSS. Comme sous Staline, Khrouchtchev et Brejnev, la bureaucratie opère essentiellement de manière pragmatique, pour essayer de résoudre des problèmes immédiats en fonction de ses propres intérêts matériels et sociaux. La doctrine et l'idéologie sont adaptées aux besoins de la Realpolitik, celle-ci ne découle
"révisions" de la point de
'doctrine"
fonda-
La motivation mentale de Gorbatchev, partagée par la plupart des au-
"tendances"
tres ou
"sensibilités" au sommet de tous les secteurs de la bureaucratie soviétique, c'est qu'il est urgent de surmonter la stagnation et le dysfonctionnement de l'économie soviétique. Il est urgent de réduire de manière radicale le gaspillage insensé des ressources matérielles et humaines.
Un double but
Gorbatchev, son principal conseiller économique Aganbegyan, ses principaux idéologues, ne cessent de le répéter : si la perestroïka, comprise de cette façon, ne se réalise pas radicalement et rapidement, deviendra sous peu une puissance de deuxième ordre, avec un retard technologique et militaire sur l'impérialisme qu'elle ne pourra plus rattraper.
Dès lors, la politique de "détente"
poursuivie par Gorbatchev vise un double but, conforme à cette motivation.
Il s'agit d'abord de réduire le coût devenu insupportable pour l'URSS de la course aux armements (4). Une parité de dépenses militaires entre l'URSS et les Etats-Unis, implique une charge militaire double pour l'URSS. Comme son revenu national n'est que la moitié de celui des Etats-Unis, des dépenses militaires équivalentes à celles des Etats-Unis représenteraient 14-15% du revenu national contre 7,5% aux Etats-
Unis. Il s'agit surtout d'éviter les charges financières d'une extension de la militarisation de l'espace (projets reaganiens de la "guerre des étoiles").
Cela ne signifie pas "désarmer"
I'URSS face à l'impérialisme, ni démanteler les forces armées soviétiques. Il s'agit plutôt de les moderniser à moindre frais, en marginalisant progressivement les dépenses nucléaires, et en maintenant (ou plutôt, en reconquérant, car l'URSS semble déjà sérieusement en retard dans ce domaine), la parité technologique avec limpérialisme dans le domaine des armes conventionnelles.
Il s'agit ensuite de démanteler le blocus commercial et technologique que l'impérialisme américain avait imposé autour de l'URSS après l'intervention en Afghanistan, sinon depuis le début de la "guerre froide", et d'obtenir d'importants crédits des pays impérialistes pour la modernisation de l'URSS. Staline avait en vain recherché de tels crédits à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Que Washington les lui ait refusés au moment où l'économie soviétique était exsangue, a sans doute été l'une des causes principales de "assimilation structurelle" de l'Europe de l'Est par la bureaucratie soviétique et de la division de l'Europe en "deux camps", que Staline n'avait guère décidées depuis la victoire de Stalingrad, comme les apologistes de la guerre froide le prétendent à
Il s'agit de crédits d'une ampleur considérable, qui sont nécessaires pour rattraper le retard technologique de l'URSS. Staline espérait 5 milliards de dollars de Roosevelt-Truman. Gorbatchev cherchera a obtenir dix fois plus des successeurs de Reagan, fût-ce échelonné sur plusieurs années (le dollar 1989 vaut évidemment beaucoup moins que le dollar 1944-45).
Rappelons pour mémoire que la RFA vient d'accorder un crédit de 2 milliards de dollars à l'URSS. L'objectif mentionné plus haut ne semble pas entièrement fantaisiste.
La solution des conflits régionaux
La recherche d'un accord global avec l'impérialisme passe forcément par une Moscou pour déterminer ce qu'on appelle communément les "conflits régionaux" qui concernent aujourd'hui surtout l'Amérique centrale, l'Afrique australe (Namibie, Angola, Afrique du Sud), l'Afrique du nord-ouest (Ethiopie/Erythrée), le Moyen-Orient (territoires occupés par Israël, Liban, guerre Irak-Iran et ses répercussions dans la région du Golfe persique), l'AfghaBy GOMAA in nistan et le Kampuchéa. Rose El Youssef (Cairo). Le concept de "conflits C&W Syndicate régionaux" est ambigu pour
One pas dire mystificateur. Il met pêle-mêle dans le même sac des phénomènes aussi distincts que d'authentiques révolutions populaires à dynamique de révolution permanente (Amérique centrale) ; des mouvements de masse autonomes et impétueux contre l'oppression nationale et sociale (Afrique du Sud, Palestine) ; des guerres civiles entre des gouvernements nationalistes petits-bourgeois et des forces réactionnaires pro-impérialistes (Angola, Mozambique) ; des résistances contre l'oppression nationale dirigées par des for ces progressistes petites-bourgeoises (Erythrée) ou politiquement rétrogrades (Afghanistan) ; des guerres entre Etats bourgeois (IranIrak), etc. Cette différenciation n'est d'ailleurs pas exhaustive.
Aussi ne peut-on pas formuler un jugement global et péremptoire sur le dégagement progressif du Kremlin de tous ces "conflits régionaux" ni l'approuver ou le désapprouver en bloc, sans aucune différenciation.
Eviter l'enlisemeni
Nous sommes partisans du retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan et du retrait des troupes vietnamiennes du Kampuchéa, pour des raisons que nous avons expliquées depuis longtemps (5). Nous ne contestons pas les conséquences négatives de ce retrait du point de vue de classe du prolétariat, mais nous sommes convaincus qu'une prolongation de la présence de ces troupes aura des effets encore plus négatifs que le retrait lui-même.
Gorbatchev s'est résolu à cette solution en Afghanistan, non seulement pour réduire les coûts d'une opération d'enlisement militaire sans espoir de succès, non seulement pour faciliter ses négociations avec Washington et Pékin, mais aussi et sans doute surtout, parce que la guerre d'Afghanistan était devenue de plus en plus impopulaire en URSS. Un sondage récent effectué dans ce pays a révélé que 57% de la population était partisan du retrait des troupes.
Il en va de même de l'occupation du Kampuchéa par les troupes vietnamiennes qui représente une charge économique et politique insupportable pour une société au bord de la famine et un gouvernement en butte à une crise d'autorité croissante
4) J. Primakov le reconnaît ouvertement dans la Pravda du 8 janvier 1988.
5) Voir notamment la déclaration du Secrétariat Unifié de la IVe Internationale sur l'Afghanistan, dans Inprecor numéro 263 du 11 avril 1988.
auprès des masses. Il paraît certain que Moscou exerce une pression de moins en moins discrète dans ce sens sur Hanoï (6).
Le changement d'attitude de Moscou à l'égard de la guerre civile qui déchire l'Afrique du nord-est a une portée analogue, même si elle ne concerne pas un conflit identique à ceux d'Afghanistan et du Kampuchéa. Le comportement du régime de Mengistu à l'égard des nationalités opprimées, en premier lieu les Erythréens, est indéfendable de tous les points de vue, qu'il s'agisse des principes léninistes ou du point de vue humanitaire. Avancer l'idée que la sauvegarde de "l'unité nationale" éthiopienne doit prendre la priorité sur la lutte contre la famine, courir froidement le risque de faire mourir des millions de personnes, plutôt que de laisser "ravitailler des rebelles", c'est se comporter en despote sanguinaire, non en révolutionnaire prolétarien ou anti-impérialiste. Qu'on compare cette attitude avec celle de Lénine en pleine guerre civile en Russie à l'égard de la "mission Nansen" de lutte contre la famine, et on verra toute la distance qui sépare un vrai communiste d'un nationaliste borné comme Mengistu.
Dans ce cas encore, le "désengagement" du Kremlin semble nécessaire et justifié, y compris du point de vue de l'internationalisme prolétarien, si ce n'est de celui de réduire tout simplement les dépenses militaires improductives de T'URSS.
Une guerre insensée
Le cas de la guerre Iran-Irak et du conflit du Golfe est déjà plus compliqué L'arrêt immédiat et inconditionnel de cette guerre fratricide insensée est manifestement de l'intérêt des masses irakiennes autant que de celui des masses iraniennes, de la révolution arabe autant que de la révolution iranienne. Si l'URSS jette son poids dans la balance dans ce sens-là, notamment en arrêtant toutes les fournitures d'armes aux deux belligérants, et en exerçant une pression sur les pays d'Europe orientale pour qu'ils en fassent autant, nous ne pourrions qu'approuver pareil "tournant" (pour le moment, l'URSS reste directement ou indirectement la principale source d'armement de l'Irak). Mais un blocus unilatéral de l'Iran, décidé en commun accord avec Washington, fût-ce sous l'égide de l'ONU, serait une opération jugée par les masses iraniennes, pourtant de plus en plus fatiguées par la guerre, comme une aide directe de l'URSS à une agression impérialiste contre la révolution iranienne.
GRAICE
| Elle discréditerait encore davantage la gauche iranienne non-islamique. Elle renforcerait l'emprise de l'intégrisme khomeiniste sur les masses. Les réactions des masses populaires au Pakistan iraient dans le même sens. C'est ce qui fait hési-
Le cas des territoires occupés par Israël est encore plus net. Depuis belle lurette, le dessein du Kremlin est d'amener l'Etat sioniste à faire quelques concessions mineures à la Syrie et à l'OLP, en échange d'une reconnaissance définitive de l'Etat sioniste par l'ensemble du monde arabe, y compris l'OLP (7). En avançant l'idée d'une conférence internationale avec participation soviétique pour atteindre ce but - pour le moment d'ailleurs irréalisable, vu la résistance de l'establishment sioniste à faire la moindre concession dans ce sens - le Kremlin espère un regain d'influence politique dans la région, rien de plus.
Attendre et voir
Mais l'insurrection des masses palestiniennes soumet cette orientation de collaboration ouverte avec l'impérialisme au Proche Orient à rude épreuve. Gorbatchev, plus pragmatique encore que Khrouchtchev ou Brejnev, hésitera donc avant de s'engager à fond dans ce sens. Il attendra
Par contre, la "solution pacifique" des conflits en Afrique australe et en Amérique centrale a des connotations contre-révolutionnaires incontestables très nettes. La révolution nicaraguayenne est prise à la gorge par l'agression militaire et le blocus économique impitoyable de la part de l'impérialisme. Les révolutions salvadorienne et guatémaltèque sont en butte aux massacres massifs de la part des relais locaux de l'impérialisme.
Le devoir d'aide internationaliste à l'égard de ces révolutions manifeste. L'argument que cela coûte trop cher à l'URSS est hypocrite et malhonnête, si on compare le montant de l'aide au Nicaragua, à l'aide accordée à des gouvernements bourgeois du "Tiers-monde"
La pression croissante qui s'exerce aujourd'hui sur les sandinistes - et qui s'exercera demain sur Cuba - pour qu'ils cherchent un accomodement avec Washington exprime donc un choix politique précis. Elle signifie que Gorbatchev accorde la priorité à un accord global de "détente", plutôt qu'à d'éventuels avantages stratégiques que la bureaucratie pour-
By SKAUGE in Klassekampen (Oslo). C&W Syndicate rait obtenir de l'alliance avec des révolutions déjà victorieuses ou capables de vaincre à échéance pas trop prolongée.
"Abandonnez tout projet d'extension de la révolution en Amérique latine : sinon il n'y aura pas de détente durable"' : voilà le message sans équivoque qui part de Washington. Que Dukakis succède à Reagan, ce message ne changera guère. Gorbatchev multiplie les signaux qui répondent : "Je vous ai compris".
En Angola, le dessein originel d'un accord-compromis qui couplerait le retrait des troupes cubaines au retrait des troupes sud-africaines est sérieusement (re) mis en question du fait que Prétoria semble s'orienter vers une revendication supplémentaire : l'inclusion de ses féaux de l'organisation tribaliste contre-révolutionnaire UNITA dans le gouvernement de Luanda.. L'attitude du Kremlin à ce sujet semble
"Dans une interview, le vice-ministre des Affaires étrangères soviétique, Anatoli Adamishin expliqua clairement au New York Times que Moscou était favorable à une 'solution politique' pour trancher le 'nœud Angolo-Namibien'. Si elle était invitée à participer directement à ces négociations, l'Union Soviétique 'considérerait la question de façon très attentive' affirma-t-il, ce qui à mon sens signifie que Moscou est très désireuse de réduire ses coûts. Là ou il y a la volonté il y a le moyen' dit Adamishin qui ajouta ironiquement de telles considérations économiques sont votre problème'. (William Saffrie, New-York Times, 7 juin 1988).
L'affaire de l'Afrique australe est la plus grave. Les révolutions nicaraguayenne et salvadorienne sont des forteresses assiégées. Mais au Nicaragua, la révolution, tout affaiblie et petite qu'elle soit face au géant impérialiste, est armée et détient le pouvoir. Ce sont des atouts non négligeables. Au Salvador, face à un ennemi sanguinaire et sans merci, les révolutionnaires détiennent sinon le pouvoir, du moins des armes pour ne pas se faire descendre groupe par groupe comme des lapins, de la manière que pratiquaient les coreligionnaires fascistes de l'ARENA en
Les pressions du Kremlin
Les masses noires opprimées d'Afrique du Sud ne disposent pas de ces atouts. Elles n'ont pas d'armes. Elles n'ont aucune parcelle de pouvoir politique. Mais l'auto-organisation syndicale impressionnante qui a abouti au succès de la grève générale des 6-8 juin 1988, a un potentiel de lutte plein de promesses. Une pression du Kremlin pour arriver à un accord avec l'aile "libérale" de la bourgeoisie sud-africaine, relais de l'impérialisme dans le pays, et qui aurait pour but de faire accepter par le mouvement de libération natio-
6) Voir le Monde Diplomatique de juin 1988.
7) "En contre-partie, mais en coulisses, Moscou, qui ne désespère pas de rétablir ses relations avec l'Etat juif, demandera à l'OLP la reconnaissance d'Israël et la prise en compte des besoins de sa sécurité. Cela avait été dit de vive voix à Moscou, début avril, par M. Gorbatchev à M. Arafat (Les Echos, 8 juin 1988).
Monsieur, je ne crois pas qu'il pense à cela en parlant d'explorer Mars ensemble WASSERMAN D'88 THE BOSTON GLOBE
BY LA. TiMeS SYNDICATE nale le maintien de la surexploitation capitaliste par auto-limitation des luttes ouvrières, en échange de concessions politiques, serait un véritable coup de poignard dans le dos d'un mouvement ouvrier jeune, ardent, enthousiaste, si les directions politiques et syndicales en place acceptaient cette ligne de capitulation.
Mais dans les deux cas, l'Amérique centrale et l'Afrique australe, Washington et Moscou ne sont pas seuls maîtres du jeu. Ils ne peuvent imposer la "normalisation" contre-révolutionnaire qui maintiendrait l'hégémonie de l'impérialisme sur ces deux régions, que par l'intermédiaire de relais régionaux. L'autonomie des classes possédantes locales en Amérique centrale par rapport à Washington est fort marginale. L'autonomie relative des partisans de l'apartheid, tout en étant bien plus grande, n'est pas illimitée.
Mais l'efficacité de tout tournant capitulard de Gorbatchev dans ces régions-là est beaucoup plus sujette à caution, du fait de l'autonomie réelle des révolutionnaires nicaraguayens et salvadoriens, pour ne pas dire des organisations de masse sud-africaines, par rapport au Kremlin. La situation des premiers est très grave, mais pas désespérée. La situation des seconds est bien plus forte. L'issue de "l'accord global" dépendra donc en dernière instance de la capacité de ces organisations de maintenir et d'accroître cette autonomie par rapport à toutes les forces sociales (y compris la social-démocratie internationale) qui leur conseillent des compromis de capitulation et qui exercent des pres-
Les difficultés que rencontre Washington pour obtenir le "règlement régional" qu'il désire en Amérique centrale sont assez adéquatement résumées dans un éditorial du Washington Post :
"Peu de régions du monde sont plus agitées que l'Amérique centrale et dans aucune, la politique étrangère des Etats-Unis ne subit de plus grands revers. C'est une région que l'administration Reagan a toujours considérée, à juste titre, comme cruciale. Elle espérait que là, la révolution marxiste serait domptée, des réformes mises en œuvre et que toute la région connaîtrait la sécurité au sein d'un ensemble démocratique en exmal tourné. Les marxistes semblent se rapprocher d'une consolidation de leur pouvoir au Nicaragua. Guérillas et Escadrons de la pouvoir central au mée qui maintient le pouvoir des goutemala. Le démocratique Costa-Rica tremble. Au Panama, un seigneur de la drogue nargue les efforts de Washington pour le renverser (...).
Qu'est ce qui a mal tourné ? Chaque pays est différent, mais on peut retrouver l'origine de laggravation commune de leurs difficultés dans les révolutions de gauche (...) du Guatemala, du Salvador et du Nicaragua (...) Inévitablement, ces révolutions ont attiré une première réponse qui est devenue à son tour une partie du problème (...).
Le résultat c'est qu'une administration nord-américaine, qu'elle soit conservatrice ou libérale, n'a d'autre politique de sécurité applicable que de renforcer ses remparts locaux en espérant que Mikhail Gorbatchev fera quelque chose pour l'en sortir."(Washington (Washington Post Herald Tribune, 21 Juin 1988).
L'avenir du "camp socialiste"
Pour améliorer les rapports de force à partir desquels il négocie avec l'impérialisme, Gorbatchev tient en réserve deux atouts qu'il peut abattre successivement.
Le premier, c'est une normalisation des rapports avec la Chine, voire le rétablissement d'une alliance de fait avec Pékin (une alliance militaire du type de celle des années 50 est peu probable). On sait que Deng Xiao-Ping avait posé trois conditions à cette normalisation : le retrait des troupes soviétiques d'Afghanistan ; le retrait des troupes vietnamiennes du Kampuchéa ; le retrait des fusées soviétiques pointées de Sibérie sur les villes chinoises et celui des troupes soviétiques concentrées le long du fleuve Amour.
La première de ces conditions est en réalisation. La troisième peut l'être rapidement. Quant au retrait des troupes vietnamiennes du Kampuchéa, le Kremlin semble s'y engager activement.
Le rapprochement entre Moscou Pékin est donc possible à court terme. Un sommet Gorbatchev Deng Xiao-Ping semble en voie de préparation, bien que les Chinois se montrent encore récalcitrants, surtout parce qu'ils se demandent si Gorbatchev restera au pouvoir pour longtemps à Moscou. Mais l'inquiétude que leur inspire une re-militarisation progressive du Japon, les incite quand même à s'orienter dans le sens de ce rapprochement. Ils savent bien que l'impérialisme américain ne peut guère opter pour une protection de la Chine contre le Japon. L'URSS, elle, le peut.
Le deuxième atout, beaucoup plus radical que le premier quant aux changements qu'il pourrait provoquer à l'échelle internationale, c'est le feu vert donné à la Ré publique fédérale allemande pour une intégration économique qualitativement plus avancée avec la RDA. Moscou peut faire miroiter une telle perspective - ensemble avec celle d'un élargissement spectaculaire de l'Ostgeschäft, des exportations ouest-allemandes vers l'URSS - en échange de gros crédits allemands, surtout si les crédits américains se font attendre. Pareilles propositions ne tomberaient pas dans les oreilles de sourds, en cas de grave récession économique en Occident, et de menaces sérieuses durables pesant sur la prospérité de l'économie ouest-allemande et donc de la stabilité relative du pouvoir
Faire cavalier seul ?
On a déjà constaté avec inquiétude à Washington que le ministre ouest-allemand des Affaires étrangères, Genscher, avait adopté une position différente de celle de Reagan et de Thatcher, voire de Mitterrand, à l'égard des propositions soviétiques dans le domaine du désarmement conventionnel. La tentation de faire bande à part sera d'autant plus grande pour la bourgeoisie allemande, que Gorbatchev pourra même faire miroiter la perspective à plus long terme d'une réunification de
Mais pareil tournant spectaculaire de la politique étrangère de la bureaucratie a de toute évidence des implications extrêmement graves pour le SED au pouvoir en RDA. Celui-ci est intéressé, comme la bureaucratie de tous les autres pays d'Europe occidentale, à une ouverture plus large vers les économies d'Europe occidentale. La diplomatie hongroise célèbre comme un véritable triomphe le fait qu'elle vient de conclure un accord avec la CEE qui supprime pratiquement les droits douaniers pour les produits hongrois exportés vers le Marché Commun. La RDA avait obtenu de fait - pas de droit - un statut similaire, par le truchement de la réexportation par la RFA des marchandises qu'elle exporte vers ce pays.
Mais une chose est la recherche de tels avantages commerciaux et de l'accroissement de l'importation de technologie occidentale avancée qui lui correspond, autre chose est la perte du pouvoir politique. La réunification allemande ne peut se réaliser sans pareille perte pour la direction du SED, immédiatement ou à terme.
De là, les choix angoissants auxquels elle risque d'être confrontée, si le cours de Gorbatchev se précise et s'amplifie en la matière. De là, ses divisions internes croissantes, qui peuvent produire des sur-
prises. De là, aussi les pressions sur Gorbatchev, pour qu'il n'aille pas trop loin dans cette vole.
Car ce qui est en jeu, derrière les changements jusqu'ici "pointillistes" des rapports URSS/ "démocraties populaires", dans le contexte du changement des rapports Est/Ouest par la "coexistence pacifique avancée", c'est le maintien ou non de tout le système de domination du Kremlin sur l'Europe de l'Est, établi à la fin de la
Deuxième Guerre mondiale.
La souveraineté limitée
Ce système avait été en quelque sorte codifié par la doctrine brejnévienne de la
"souveraineté limitée".
En intervenant militairement en Hongrie et en Tchécoslovaquie (après l'avoir fait en RDA en
1953), les dirigeants soviétiques manifestèrent de manière brutale et cynique qu'ils étaient en définitive seuls maîtres à bord dans ces pays. La formule "théori-
"devoir internationaliste de préserver le socialisme" n'était que de la poudre aux yeux pour naïfs et ignorants. Qui donc donne aux maîtres du Kremlin le monopole du savoir et de la vérité, qui leur permet de décider, indépendamment de la majorité du prolétariat et contre celuici, voire indépendamment du parti communiste du pays en question et de sa direc-
"le socialisme" serait menacé sans intervention militaire étrangère ?
Mais les cadavres sortent des placards les uns après les autres et hantent Gorbatchev et les siens. Lors de sa visite récente en Yougoslavie, il a été amené - sans doute sous la pression des dirigeants de la Ligue communiste des Yougoslaves plus que sous le poids de sa propre mauvaise conscience, (il est un ancien associé d'Andropov, l'âme damnée de l'intervention militaire soviétique contre la révolution hongroise) - à signer un communiqué qui dit notam-
"Les deux parties accordent une attention particulière au respect rigoureux des principes universels obligatoires de la
Charte de l'ONU, de l'Acte final d'Helsinki, des autres documents de droit international fondamentaux, qui interdisent l'agression, la violation des frontières, la conquête des territoires d'autrui, toutes les formes de menace et d'utilisation de la force, l'ingérence dans les affaires intérieures des autres pays, quel qu'en soit le prétexte" (Pravda, 19 mars
Comment ne pas voir dans ces dernières lignes une allusion à peine voilée à l'intervention militaire en Tchécoslovaquie et en Hongrie ? L'opposition hongroise ne s'y est d'ailleurs pas trompée. Elle a immédiatement réclamé la réhabilitation d'Imre Nagy, de Pal Maleter, de Geza Loczonzy et des autres dirigeants communistes, arrêtés et tués par traîtrise, par les représentants du Kremlin. Et plus forte encore est la réaction en Tchécoslovaquie, où Alexandre Dubcek, le dirigeant du PC à l'époque du "Printemps de Prague" vient de réclamer la réhabilitation et la réintroduction de la démocratie interne dans un PC ouvert à nouveau aux 500 000 exclus de la "normalisation".
Mais tous ces mouvements en sens divers, toutes ces tendances centrifuges au sein du "camp socialiste", confrontent Gorbatchev avec des dilemmes insolubles. Il ne peut consolider, voire maintenir, sa position au sein de l'appareil s'il assiste passif à l'éclatement du "camp". II ne peut intervenir manu militari sans porter un coup mortel à la crédibilité de la glasnost, tant à l'échelle internationale qu'en URSS même. Il ne peut se contenter de la présence à la tête des "démocraties populaires" d'équipes dirigeantes conservatrices qui s'allient, quasi-ouvertement, à ses propres adversaires au sein de l'appareil du PCUS (8). Il ne peut se taire d'illusion sur l'efficacité de "réformateurs" illégitimes du type Jaruzelski détestés par la classe ouvrière. Il sait pertinemment qu'ouvrir une brèche de démocratisation, même limitée, similaire à celle qu'il a ouverte en URSS, c'est libérer un torrent (9).
Et contrairement à ce qui se passe en URSS et en Chine, toute réforme en profondeur dans le sens de l'élargissement des mécanismes de marché s'effectue en Europe orientale dans un contexte sur leBv REISINGER in Viesnik (/agreh, Yugoslassa)
AFGHANISTAN
INTERVEN
quel pèse une pression économique impérialiste directe.
Sous-jacente à la problématique des rapports globaux entre la bureaucratie soviétique et l'Europe de l'Est est la question de ses rapports avec la bourgeoisie impérialiste d'Europe occidentale dans son ensemble. Si, pour le moment, Gorbatchev donne la priorité à un accord global avec
Washington, il n'ignore point les tensions croissantes au sein de l'Alliance atlantique, qui résultent, en dernière analyse, du déclin relatif de l'hégémonie des
Etats-Unis dans le monde capitaliste.
De ce fait, tout retard prolongé dans l'aide économique qu'il attend de Washington peut accroître la tentation du Kremlin de jouer la carte "Europe contre Amérique". Cela entraînerait une révision fondamentale de son attitude à l'égard de la
CEE, dont il approuverait la consolidation institutionnelle, voire l'élargissement, notamment vers l'Autriche (pour le moment, cela n'est pas le cas).
De lourdes conséquences
Les implications seraient lourdes de conséquences, encore une fois pour le SED
(et son appendice le DKP), mais aussi pour toute une série de PC d'Europe occidentale qui étaient et restent engagés à fond dans un cours anti-CEE, ainsi que pour des ailes de la social-démocratie de gauche, habituées à une option analogue.
Plus généralement, il ne faut pas se dissimuler que la politique étrangère de
Gorbatchev implique un alignement général sur la stratégie social-démocrate en
Europe occidentale, dont les conséquences négatives pour les luttes de classe en cours ne tarderont pas à se manifester.
Cela élargirait du même fait l'espace politique des forces révolutionnaires engagées pour appuyer à fond ces luttes, et provoquerait de nouvelles différenciations au sein des organisations ouvrières tradi-
Une des particularités spécifiques de la bureaucratie soviétique et de ses clones en
Europe orientale. C'est qu'elle est obligée d'allier un pragmatisme extrême dans les choix po-litiques, tion" ultérieure de ces choix dans le domaine idéologique.
8) Ainsi, le Neues Deutschland, l'organe central du
SED, s'était-il empressé de reproduire la fameuse lettre de Nina Andréeva, considérée par
Gorbatchev et son équipe comme une véritable plate-forme anti-perestroïka et anti-glasnost (voir Inprecor numéro 268 du 20 juin 1988).
9) Il faut souligner que la bourgeoisie internationale est fort inquiète à ce sujet, craint implications et ses
"destabilisatrices" pour toute l'Europe.
"L'Ouest est également réticent à agir comme chef d'orchestre dans les réformes politiques en Europe de l'Est" (The
Guardian, édition hebdomadaire du 29
Misent mai 1988).
Comme l'avait déjà expliqué Karl Marx,
"les bureaucrates sont les Jésuites de l'Etat, les théologiens de l'Etat. La bureaucratie, c'est la république-prêtre" (10).
Sans donc partager le moins du monde les illusions de l'idéalisme historique, c'est-àdire sans croire que les origines ou les causes de la nouvelle politique étrangère de Gorbatchev se trouvent dans le domaine idéologique, on doit suivre avec une grande attention les transformations de la doctrine officielle. On y trouvera un reflet assez fidèle des initiatives en cours ou projetées. Cela facilite la tâche de les placer dans un cadre d'ensemble plus vaste. Et il n'y a pas le moindre doute que la doctrine officielle implique un changement fondamental dans ce domaine.
J.
Primakov se réfère à une "nouvelle philosophie de la politique étrangère" dans la
Pravda du 8 janvier 1988.
La mondialisation croissante
Le point de départ de la nouvelle conceptualisation de la politique internationale par les idéologues de Gorbatchev, c'est la notion d'une mondialisation croissante des contradictions et des crises les plus manifestes de notre époque, mondialisation qui mettrait tout le monde dans un même bateau sans distinction de classe. Cette notion était déjà présente dans le rapport de Gorbatchev au dernier congrès du
PCUS. Elle fut développée davantage dans la dernière partie de son livre, Perestroïka. Elle est en train d'être poussée jusqu'à ses conclusions extrêmes, dans une série de prises de position de certains de ses idéo-
GOBE logues, autour et au lendemain du sommet de Moscou.
Non seulement le problème du désarmement nucléaire, mais celui des menaces qui pèsent sur l'écosphère (la biosphère)
du genre humain, le problème de l'exploitation rationnelle des ressources énergétiques et minières. La démilitarisation de l'économie internationale, voire le problème du dépassement du sous-développement du
Tiers-monde et en tout cas la solution du problème de la faim sont présentés, comme des problèmes qui peuvent être résolus d'un commun accord par l'URSS, les principales puissances impérialistes, et les Etats les plus importants du Tiersmonde, dont la nature bourgeoise n'est théorie marxiste de l'impérialisme, il y a l'idée que la bourgeoisie impérialiste, ou du moins des fractions importantes de celle-ci, auraient un intérêt commun avec la classe ouvrière, le "camp socialiste" et les peuples du Tiers-monde, pour trouver une solution "mondiale" à ces problèmes.
Laissons de côté le problème du caractère suicidaire (y compris pour la bourgeoisie impérialiste) d'une guerre nucléaire et des conclusions qu'on peut en tirer quant au comportement - rationnel, semirationnel, irrationnel, voire suicidaire -de fractions déterminées de la bourgeoisie (11). Abstraction faite de ce problème capital, mais plus complexe que ne le présentent les gorbatchéviens, le seul "noyau rationnel" de toute cette logomachie sur les "intérêts communs" au-delà des barrières de classe et des oppositions de classe, c'est l'intérêt commun pour l'élargissement du commerce Est-Ouest.
Mais là, il n'y a justement rien de nouveau. Déjà à lépoque de l'hystérie reaganienne de "l'empire du mal", la crise agricole aux Etats-Unis a obligé l'administration républicaine à amplifier les exportations de maïs, de soja vers l'URSS, bien loin de chercher à affamer "Tenne-
THE
EVIA
Enk
5. BRING THE KIO
mi". Le fait que les impérialistes européens et japonais ont accaparé une part plus large du gâteau de l'O stgeschäft rend Washington (et Wall Street) plus qu'attentif aux voix de sirènes qui se font entendre à Moscou.
En même temps, la tentation du chantage politique n'est guère abandonnée. l'ancien conseiller à la sécurité du président Carter, Brzejinski, estime : "Il s'en suit que toute extension majeure de crédits et tout investissement occidental majeur dans la perestroïka devraient attendre des réductions réellement significatives des dépenses militaires. (..) L'élimination progressive de la menace militaire soviétique, vers un démantèlement graduel et pacifique (sic) de l'empire soviétique, pourrait alors justifier quelques-uns des conclusions et des espoirs d'aujourd'hui."
(Los Angeles Times, repris dans International Herald Tribune du 7 juin 1988).
Le moins qu'on puisse dire, c'est que les "intérêts communs" ne se manifestent guère dans ce commentaire, ni dans la pensée qui l'inspire, ni dans la visée de classe qui le sous-tend
Pour pouvoir justifier le concept audacieux de la "mondialisation" des intérêts et des projets politiques et autres, les idéologues gorbatchéviens sont amenés à formuler une série d'hypothèses encore plus audacieusement "révisionnistes".
Ainsi les idéologues gorbatchéviens se seraient-ils prononcés en faveur du maintien de la présence des troupes américaines en Europe, du moins s'il faut en croire un reportage de la journaliste américaine Flora Lewis : "A la conférence (annuelle) (de l'Institut pour les études sur la sécurité Est-Ouest, situé à New-York, qui s'est tenue à Potsdam en RDA), le délégué soviétique parla avec fermeté de la nécessité de 'mesures spéciales pour garder les
Américains en Europe ; de l'importance 'd'ancrer'
Unis sur le vieux Continent, afin qu'ils restent responsables du maintien de la paix dans cette région (sic) (...) J'ai toujours supposé' a dit un Allemand de l'Ouest influent, 'que Moscou croît que la meilleure chose était d'avoir des troupes sovié-
E tiques en Europe occidentale, mais que le meilleur après ça était de garder les Américains ici. 'La seconde meilleure chose est aussi la meilleure,' répondit le Russe." (New York Times/
International Herald Tribune,
Et Alexandre Bovin, éditorialiste des Izvestia, écrit : "La nouvelle équipe du Kremlin a modifié de manière essentielle
(sic) l'attitude soviétique par rapport aux affaires internationales (...) Nous avons cessé de considérer les événements mon-
DARIZOR diaux exclusivement à travers le prisme de la confrontation Est-
Ouest. Nous avons amené à l'avant-plan les valeurs humaines en général, les intérêts humains en général." (Die Zeit, 3 juin 1988) (12).
I. Ivanov écrit dans la revue soviétique Mirovaia Ekonomika i Mejdounarodnié Otnotchenia (Economie mondiale et relations internationales, 1987, n°8), qu'une reconversion de la production d'armements vers la production civile augl'économie américaine et les profits de la
10) Karl Marx, Kritik des Hegelschen Staatsrecht, in
Marx-Engels-Werke (MEW), tome 1, p. 248.
11) Lire à ce propos notre article dans Quatrième
Internationale, juillet 1987.
12) Voir aussi Boris Kourachvili dans Les Nouvelles de Moscou du 5 juin 1988 qui plaide le "remplacement de l'époque de la lutte irrémédiable, sous le signe de laquelle s'est passée la première moitié du XXe siècle, par celle de la conciliation sociale et de classes, par laquelle sera probablement marquée le XXle siècle".
bourgeoisie. Il ne semble pas avoir entendu parler de la crise de surproduction (de la capacité excédentaire) dans l'industrie civile. Il ne semble pas non plus se poser la question de savoir pour quelles raisons mystérieuses le grand Capital américain aurait délibérément préféré avoir moins de profits plutôt que plus de profits. L'idée que les conseillers de Gorbatchev sont plus qualifiés que les monopolistes américains eux-mêmes pour maximiser les profits capitalistes aux Etats-Unis est un tantinet grotesque.
Sous-jacente à cette conception de la "coexistence pacifique avancée", il y a toute une vision "sécurisante" des contradictions internes au capitalisme, qui exclut l'éventualité de crises graves et de crises révolutionnaires. Elle transpose à l'échelle mondiale les prévisions de Bernstein à l'échelle allemande (et européenne) dans le fameux débat "révisionniste" des années 1898-1904: "Bien que la crise générale du capitalisme qui sap profondit soit devenue permanente, le conflit entre les forces de production et les rapports de production a pris un caractère chronique et ne menace pas de se transformer en explosion révolutionnaire dans un avenir prévisible.
Depuis le début de ce siècle, la formation socio-économique capitaliste a indubitablement largement dû sa stabilité (sic - deux guerres mondiales, la crise de 1929, le fascisme.... ndla) à l'aptitude du système à une transformation révolutionnaire des moyens de production." (Ivan Antonovitch : "Dialectics of an integral World", in : International Affairs, n°5 (mai) 1988. Antonovitch est vice-recteur de l'Académie des sciences sociales, sous responsabilité du CC du PCUS).
La coexistence et la compétition pacifiques
Etant comme souvent plus catholique que le pape, certains théoriciens du SED, vont encore plus loin que leurs collègues soviétiques. Ils parlent maintenant soit de "monopoles pacifiques" (sic), soit de la possibilité de rendre ces monopoles "pacifiques". Ainsi Rolf Reissig, directeur de l'Institut pour le communisme scientifique, près du Comité central du SED, écrit-il qu'un "capitalisme est possible qui s'oriente sur la base de la coexistence et de la compétition pacifiques entre systèmes". Et encore : "Le complexe militaro-industriel, bien que conforme au capitalisme des monopoles, n'est pas dans toutes les circonstances nécessaire à ce système." (TAM, Tages-Anzeiger-Magazin, Zurich, n°10, 1988).
Dans la revue théorique officielle du SED, Einheit, n°2, 1988), le même Rolf Reissig écrit froidement que de larges (!) couches du capital monopoliste sont intéressées à développer la "révolution scientifique technique" en dehors du domaine militaire, et à éviter "le gaspillage d'énormes ressources pour l'armement" (13). Gageons qu'en RDA, où, vu la situation de garde-frontière du camp", une génération entière de cadres a été éduquée dans l'esprit de l'"agressivité revancharde du capitalisme monopoliste", ces idées provoqueront un tollé général et un désarroi politico-idéologique profond.
Complétons le tableau en indiquant qu'à la place de la "voie non capitaliste de développement" projetée pour les principaux pays du Tiers-monde par Khrouchtchev, les gorbatchéviens écrivent carrément, qu'à quelques petites exceptions près, (Angola, Mozambique, Sud-Yemen, Ethiopie ; le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala sont absents de la liste...) le développement du Tiers-monde est et restera capitaliste pour une longue période et que l'URSS et le mouvement de libération nationale doivent opérer dans ce cadre-là (G. Mirski : "Du choix de la voie des pays en développement", in : Mirovaia Ekonomika i Medjounarodnié Otnotchenia, nº5, 1987). A bon entendeur, salut.
Le jugement d'ensemble
Peut-on, sur la base de toutes ces données, conclure que la politique étrangère de Gorbatchev représente fondamentalement un "tournant à droite" par rapport à la politique étrangère soviétique antérieure ? Peut-on prolonger ce jugement en disant qu'en toute logique, la politique étrangère étant la prolongation de la politique intérieure, la glasnot, et la perestroïka sont à condamner en bloc, de même que la "coexistence pacifique avancée"? Ce serait aller vite en besogne. Nous mettons en garde contre de telles simplifications abusives, similaires au condamnait déjà dans la partie finale de La
Comme la politique intérieure et économique de Gorbatchev, son cours dans le domaine international constitue un ensemble d'éléments contradictoires. Pour comprendre les raisons de ces contradictions, il suffit de rappeler que Gorbatchev opère à partir d'une double position de faiblesse. Il est soumis à la fois à la pression croissante de l'impérialisme et à la pression croissante des masses soviétiques (ou, si l'on préfère, de la crise sociale qui monte en URSS et qui est, du moins partiellement, amplifiée par un début d'activité et de prise de conscience politique autonomes du prolétariat).
Dès qu'on comprend cela, les éléments du puzzle qui apparaissent successivement, de manière disparate, deviennent compréhensibles. On peut y ajouter l'évolution non moins contradictoire dans le Tiers-monde où le mouvement de libération est globalement sur la défensive, mais conserve des capacités de riposte et surtout une autonomie encore remarqua-
Dans ces conditions, la condamnation en bloc de tout ce qui se passe en URSS comme "droitier" voire contre-révolutionnaire est indéfendable. Si Gorbatchev est "à droite", Brejnev, voire Staline étaient-ils donc "à gauche" ? S'il faut trouver une cohérence de "trahison" dans tout ce que fait Gorbatchev, la réhabilitation des accusés des procès de Moscou, pour ne pas dire la tolérance de fait des grèves, serait-ce donc "droitier" par rapport à la répression stalinienne et brejnévienne ? même le missible du point de vue des intérêts du prolétariat soviétique et international. On ne peut pas plus approuver les mesures économiques qui conduisent à la réapparition du chômage et à la baisse des salaires réels, qu'on ne peut approuver des compromis pourris sur le dos de la révolution centro-américaine et sud-africaine.
Le seul jugement valable est donc un jugement nuancé, circonstancié, cas par cas, problème par problème, tel que nous l'avons formulé tout au long de cet article. Tant pis pour les terribles simplificateurs. Ils seront démentis par les événements comme ils ont déjà été démentis hier, et comme ils le sont par tout ce qui se passe actuellement en URSS.
Le jugement ne doit pas rester académique et platonique. Il débouche sur une conclusion précise : la défense de la révolution centro-américaine; l'amplification, l'internationalisation et la généralisation du mouvement de solidarité de masse contre l'apartheid (14); encourager, stimuler, renforcer l'autonomie et l'indépendance de classe, par rapport à tous les Etats et tous les gouvernements, du mouvement ouvrier partout dans le monde. Et en même temps, il faut saisir toutes les occasions pour un vaste débat et une vaste unité d'action avec toutes les forces anti-impérialistes et anti-capitalistes que l'expérience Gorbatchev facilite pour les raisons les plus diverses.
21 juin 1988.
13) Le petit noyau rationnel de cette thèse, c'est que l'impérialisme américain, tenaillé par son déficit commercial énorme et persistant, et par le déficit non moins grave du budget public, a intérêt à maintenir la course aux armements dans certaines limites. Mais il n'a guère intérêt à réduire radicalement ses dépenses militaires, pour ne pas dire à les supprimer.
14) Les possibilités de ce mouvement ont été confirmées avec éclat par l'impressionnante manifestation anti-apartheid unitaire de 50 000 personnes à Amsterdam le 12 juin 1988.