La « souverainet suppose Face au mouver qu'il d Christian CORBIERE
La situation économique du
Québec est bien pire que celle du Canada dans son ensemble. Le taux de chômage officiellement déclaré est de 8,5% pour le pays tout entier. La différence entre la moyenne canadienne et la moyenne québécoise, qui était habituellement de 1,7 ou 1,8%, est ainsi passée à
Le Québec n'a bénéficié en rien de la faible reprise économique qu'a connue le Canada.
Dans ces conditions économiques, le gouvernement de René Levesque, formé par le Parti québécois (PQ) à la suite de la victoire aux élections provinciales du 15 novembre 1976, ne dispose que d'une marge de manœuvre extrêmement limitée. Démuni de tout programme face à la détérioration de la situation, le PQ est contraint d'opérer dans le cadre du plan d'austérité élaboré par Ottawa. Il ne peut même pas prétendre réaliser ses modestes projets de réformes, sans parler de satisfaire les revendications du mouvement ouvrier. Le PQ a de plus en plus de mal à éviter des confrontations avec la classe ouvrière.
René Levesque poursuit avec zè le la tâche entamée par son prédécesseur, Bourassa. Le gouvernement péquiste ampute les crédits des services sociaux; faute de fonds, Parizeau, le ministre des Finances du Québec, a remis à plus tard la réa-
Québec serre la vis aux travailleurs
-association», à laquelle aspire le gor :le « consensus national» et la « paix zent ouvrier, Levesque veut démontr rige un gouvernement capitaliste resp lisation du programme de travaux publies, qui servait jusqu'ici à absorber le chômage de la province.
En fait, le PQ a suivi une stricte politique de réduction des emprunts et de la dette gouvernementale. La réalisation de son objectif - la «souveraineté-association» - suppose des «finances publiques saines» : ainsi il pourra démontrer qu'il est un gouvernement capitaliste responsable et qu'il maintient la capacité commerciale d'un Québec «souverain».
La politique d'investissement du gouvernement Levesque est consacrée à la consolidation de l'économie québécoise. Le ministre des Ressources naturelles est en train de planifier, avec les plus importantes entreprises de pâte à papier, un vaste projet de modernisation afin de rendre l'industrie québécoise du papier compétitive sur les marchés internationaux. Entre autres choses, ce plan vise à éliminer toutes les usines non rentables. La fermeture de l'usine de Wayagamack au Cap de la Madeleine n'en est qu'un avant-goût.
D'autres secteurs traditionnels, comme le textile, la chaussure et l'ameublement, sont désormais en voie d'extinction, car les entreprises y sont de petite taille et souvent archaïques. L'année dernière, 55 000 des 100 000 travailleurs employés
Le Parti québécois
wernement du PQ. sociale». er à l'impérialisme onsable.
dans ce secteur ont perdu leur emploi. L'élimination de ces usines a eu pour résultat de faire grimper le taux de chômage jusqu'à 20%, dans certaines régions du Québec. En guise de réponse, le PQ s'en est pris à Ottawa, exigeant du gouvernement fédéral qu'il applique des mesures protectionnistes.
LE TOURNANT A DROITE
Le PQ a commencé à tourner à droite avant d'arriver au gouverne ment, Il avait déjà reculé sur sa plate-forme économique et sur l'indépendance. Cependant, le programme du PQ contenait suffisamment de réformes sociales pour attirer la classe ouvrière et d'autres couches de la population. Installé au pouvoir, le gouvernement fit quelques concessions à la classe ouvrière :
ajustement du salaire minimal, fin de toutes les poursuites légales lancées par le précédent gouvernement libéral contre les syndicats du secteur public rassemblés dans le Front commun, le retrait du Québec de la sphère d'application du programme
«anti-inflation» du premier ministre fédéral, Pierre Trudeau.
Mais en quelques mois, sous l'impact de la crise économique et de la pression impérialiste, le gouvernement a adopté une orientation violemment anti-ouvrière. Le PQ a mis en place les éléments d'une vaste of-
fensive contre les travailleurs. Dans le secteur de la santé, les efforts du PQ pour «rationaliser» les dépenses publiques ont déjà abouti à la suppression de plus de 1000 emplois. En autorisant les administrations locales des hôpitaux à décider des licenciements, le gouvernement est parvenu à empêcher les travailleurs et les travailleuses de ce secteur d'organiser une mobilisation centralisée.
Le gouvernement Levesque cherche à faire revenir le système scolaire du Québec au temps de l'obscurantisme. Le «livre vert» du ministère de l'Education sanctionne le retour aux méthodes pédagogiques réactionnaires, dans les écoles primaires et secondaires. Dans les universités, une série de réformes partielles a pour but de doter l'administration de pouvoirs plus étendus et d'établir un contrôle plus strict sur le contenu de l'enseignement. Cette remise en ordre aboutira à une réduction des effectifs du personnel enseignant.
Mais c'est la commission Martin qui constitue la pièce maîtresse de l'offensive antisyndicale du PQ. Cette commission a été mise sur pied pour réexaminer les contrats du secteur public, qui expirent en juin 1979. La période de négociation des nouveaux contrats coïncidera probablement avec la campagne du PQ pour le referendum. C'est pourquoi le gouvernement Levesque veut à tout prix que ne se renouvelle pas l'expérience des luttes engagées par le Front commun des syndicats en 1972 et 1976.
La situation économique place le PQ dans une position difficile. Il doit continuer a rentabiliser les services publics tout en évitant une confrontation majeure avec le mouvement syndical. Ainsi, l'objectif essentiel du PQ est de décentraliser, autant que possible, les négociations contractuelles du secteur public, afin d'isoler et de battre les syndicats un par un. Le gouvernement péquiste est déterminé à briser une fois pour toutes la force des secteurs les plus combatifs : les travailleurs hospitaliers seront soumis à un feu extrêmement nourri.
Cette stratégie de diviser pour régner sera combinée, à l'occasion du prochain referendum, avec une campagne idéologique soulignant la nécessaire unité de la nation derrière le gouvernement du PQ contre DIVISER POUR REGNER
Parallèlement à ses tentatives d'isoler les syndicats du secteur public, le gouvernement péquiste travaille activement à diviser le mouvement ouvrier. Il courtise actuellement la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), tandis qu'il redouble d'agressivité à l'égard de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) et de la Confédération des enseignants du Québec (CEQ). Les motifs de cette attitude sont aisément perceptibles. La CSN et la CEQ ont beaucoup plus hésité que la FTQ à donner leur appui politique au PQ. Elles sont aussi les centrales dominantes dans le secteur public, où le gouvernement se prépare à lancer ses attaques les plus massives.
En mai demier, lors de la réunion du sommet économique convoqué par le gouvernement péquiste à La Malbaie, la FTQ s'est montrée bien plus encline à la collaboration avec le PQ que les deux autres confédérations. La FTQ s'est également prononcée en faveur de la loi 45, la prétendue loi antijaunes; elle a refusé de participer à la manifestation syndicale organisée contre le passage de cette loi, le 16 décembre dernier à Québec, la capitale de la province.
Sous prétexte d'offrir quelques concessions aux syndicats - favoriser la syndicalisation, «interdire» les jaunes - la loi 45 contient des dispositions qui attaquent directement l'indépendance des syndicats par rapport à l'Etat. Elle codifie les modalités de vote pour décider d'une grève, elle autorise l'Etat à intervenir dans le déroulement de ce vote et elle réaffirme la validité de la loi interdisant la grève dans les «services essentiels».
Et ce n'est pas tout. Face à la réaction enragée des patrons, le PQ a adouci les paragraphes antijaunes de la loi en y ajoutant deux nouvelles clauses : l'interdiction d'embaucher du personnel pendant les grèves ne s'appliquera pas aux services désignés comme «essentiels» et les patrons pourront prendre les mesures qu'ils jugent nécessaires pour se protéger contre les atteintes à leur propriété privée.
En substance, la loi 45 ne s'appliquera pas au gouvernement qui peut toujours déclarer que ses employés remplissent des services «essentiels». Et les patrons ont les coudées franches pour s'emparer de n'importe quel prétexte afin d'em-baucher du «personnel supplémentaire». Enfin, les clauses «antijaunes» ne pourront être appliquées que pendant les grèves légales.
Il existe deux raisons pour lesquelles la FTQ soutient la loi. En premier lieu, elle donne son appui aux clauses qui facilitent la syndicalisation qu'elle a décidé de lancer. Ensuite, la FTQ s'appuie sur l'appareil des syndicats internationaux (surtout américains), qui agissent à l'extérieur du Québec; ceux-ci ne peuvent être l'objet de l'application des clauses de la loi concernant l'ingérence de l'Etat dans les votes des syndicats et dans l'élection de ses directions. La CNS et la CEQ, en revanche, sont les victimes directes de l'offensive gouvernementale; c'est pourquoi elles ont dénoncé les amendements à la loi et particulièrement la clause des «services essentiels».
Malgré les initiatives qu'il a prises pour renforcer le contrôle de l'Etat sur le fonctionnement interne des syndicats et malgré les restrictions
qu'il essaie d'apporter au droit de grève, le PQ n'a pas intérêt à une confrontation d'envergure avec le mouvement ouvrier. Voilà pourquoi il s'acharne tant à diviser les centrales syndicales.
En raison de l'importance de la question nationale, le PQ exerce une énorme pression sur le mouvement ouvrier. Même si elles se montrent plus fermes que la FTQ dans leurs discours et dans certaines de leurs actions, les directions de la CNS et de la CEQ n'ont aucune proposition alternative à celles du gouvernement péquiste. Elles n'ont d'ailleurs pris aucune initiative pour former un parti ouvrier, basé sur les syndicats et clairement opposé au
La stratégie du PQ est déterminée par deux contraintes. D'une part, le PQ doit s'efforcer de gérer, aussi bien que possible, la situation économique et profiter de cette crise pour mettre en chantier une restructuration de l'économie du futur Québec «souverain». D'autre part, il doit démontrer à l'impérialisme qu'il est un gérant loyal du capitalisme. Une victoire au referendum représente l'atout du PQ dans ses négociations avec les impérialistes. La réalisation d'un «consensus national» et l'établissement d'une «paix sociale» au Québec représentent les éléments-clés pour une vietoire au referendum et pour des négociations à froid avec l'impérialisme.
Il en découle que le PQ fera tout pour tenter de limiter l'indépendance du mouvement syndical par rapport à l'Etat, car il espère que, demain, cet Etat sera le sien.