Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CANADA

Ottawa orchestre l'offensive fédéraliste contre le Québec

· Inprecor n° 27, 28 avril 1978 · p. 18-20 · 1 692 mots

Syndicalisme

Ottawa orc l'offensive fédéraliste contre le Québec

Le but essentiel du discours sur l'intervention militaire au Québec est de préparer les Canadiens anglais à l'éventualité d'une intervention des troupes fédérales, en cas de nécessité, et il vise évidemment à intimider les masses québécoises.

Christian CORBIERE

La classe dominante est en train d'orchestrer une vaste campagne pour «l'unité nationale» et contre le Québec. Celle-ci a pour but de dresser l'opinion publique du Canada anglais contre les Québécois et de contrer l'extension de l'influence nationaliste au Québec lui-même. L'organisation d'un «Département de propagande pour l'unité nationale» en est l'aspect le plus concret et le plus évident. Mais les premières discussions à propos de l'utilisation de la force contre le

Québec révèlent clairement le sens de l'orientation de cette campagne.

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LE DISCOURS ET L'EPEE

Allan Blakeney, Premier ministre de la province du Saskatchewan et membre du New Democratic Party (NDP : Nouveau parti démocratique, le parti social-démocrate canadien) a eu l'honneur d'être le premier à évoquer clairement la possibilité d'utiliser la force pour empêcher le Québec de se séparer de la Confédération. Mais c'est à Pierre Trudeau, le Premier ministre de la Confédération canadienne, qu'échut le privilège d'exposer le plan de la classe dominante : l'occupation mi-

Pierre Trudeau -litaire du Québec et l'imposition de l'Acte sur les mesures de guerre, «le type d'action auquel nous avons recouru en 1970». Il le fit dans son discours de présentation des vœux pour la nouvelle année 1978, qui est connu depuis comme le «discours de l'épée».

Cependant, ce débat sur l'intervention militaire au Québec n'a pas encore totalement percé à jour. Le but essentiel de ce genre de discours est de préparer les Canadiens anglais à l'éventualité d'une intervention des troupes fédérales, en cas de né cessité. De plus, il vise évidemment à intimider les masses québécoises.

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En même temps qu'il intensifie sa propagande pro-fédéraliste, Ottawa a également recours à d'autres formes de pression. Trudeau a clairement laissé entendre qu'il ne reconnaîtrait pas le résultat du prochain referendum au Québec. Il a aussi évoqué la possibilité que les autorités fédérales organisent leur propre referendum et qu'Ottawa se refuse à toute négociation sur la «souveraineté-association» sée par le Parti québécois (PQ) de René Levesque. De toute façon, les élections fédérales, qui doivent avoir lieu cette année, seront présentées par le gouvernement fédéral comme un referendum pan-canadien sur «l'unité nationale».

La classe dominante tout entière a donc adopté une politique de pression systématique envers le PQ. La décision prise par la grande compagnie d'assurances Sun Life, de déménager son siège de Montréal à Toronto est l'un des exemples les plus frappants de cette stratégie. L'invalidation, par la Haute Cour du Québec, de passages essentiels de la loi 101 -adoptée par le Parlement québécois à majorité péquiste), et faisant du français langue officielle et obligatoire du Québec - n'en est qu'une illustration supplémentaire.

Jusqu'à présent, il n'y a pas eu de tentative réelle de déstabiliser, économiquement et politiquement, le Québec. Mais le grand capital et le gouvernement fédéral sont en •train de préparer le terrain pour une telle entreprise. Les grandes compagnies qui déménagent leur siège central avertissent clairement le gouvernement péquiste, qu'elles sont capables de porter un coup à la fragile économie du Québec. Le nombre de polices privées, d'agents de sécurité, de milices patronales opérant au Québec, ne cesse d'augmen-

Un «complot de Toronto» vient d'être révélé de manière sensationnelle. Plusieurs représentants de trusts américains auraient tenu une réunion secrète, à laquelle participait la CIA, afin de discuter certaines «hypothèsto de travail», telles que l'assassinat de Levesque. Le gouvernement québécois a officiellement confirmé l'existence de cette réunion, tout en se refusant à en dévoiler le contenu exact.

Au Québec, l'agitation contre la loi 101, entretenue par l'intermédiaire de groupes d'anglophones, d'immigrés et d'indigènes (Indiens ou Inuits) a servi de tremplin à la fédéraliste. L'organisaces communautés, particulièrement celle des anglophones privilégiés, contre le gouvernement péquiste, est une pièce maîtresse de la stratégie d'Ottawa. Elle contribue à préparer les futures tentatives de déstabilisation politique et économique. Ces communautés, non francophones, peuvent fournir les troupes d'une force de frappe fédéralisau sein du Québec lui-même. Elles peuvent aussi constituer le prétexte, aux yeux des masses du anglais, pour justifier une intervention militaire fédérale au Québec. C'est pourquoi la propagande fédéraliste se plaît à dépeindre ces communautés comme des «minorités opprimées». UNE SOLUTION DE RECHANGE AU PQ

La campagne fédéraliste se heurte à l'absence d'une alternative gouvernementale crédible face à l'équipe du PQ. Le Parti libéral québécois (PLQ) ne s'est pas encore remıs de sa grave défaite aux élections provinciales du 15 novembre 1976. L'une des principales tâches du «Département de propagande pour l'uninationale» consiste précisément à le reconstruire. Le prochain congrès du PLQ, qui élira une nouvelle direction, marquera sans doute un jalon sur cette voie.

L'Union nationale n'est pas en mesure de servir d'instrument réel pour l'offensive fédéraliste; elle ne peut prétendre représenter une alternative face au PQ. Elle n'a aucune position établie sur la question nationale et ses dirigeants ne possèdent pas l'envergure nécessaire dans des circonstances aussi difficiles. Surtout, au contraire du PLQ, l'Union nationale n'a pas de liens avec une force extérieure au Québec, c'est-à-dire avec la bourgeoisie impérialiste canadienne.

Au Québec, le PQ tait toujours face à l'hostilité de toute la classe dominante. Ses tentatives pour se doter d'une base stable parmi les forces bourgeoises, ont été couronnées par l'échec. L'incapacité du PQ à résoudre la crise économique et sa législation linguistique lui valent l'hostilité des petites et moyennes entreprises.

Fondamentalement, aucun secteur de la bourgeoisie n'est prêt à accepter le bouleversement politique et économique que représenterait la «souveraineté-association». Les couches de la bourgeoisie auxquelles le PQ s'est adressé, sont terrifiées à l'idée de toute modification des relations entre le Québec et le Canada. Quelles que soient les concessions consenties par le gouvernement Levesque à ce secteur réactionnaire, il ne jouira jamais de leur soutien, aussi longtemps qu'il maintiendra l'objectif de la «souveraineté-association». LES RESULTATS DE L'OFFENSIVE «l'unité nationalen a réussi a reu- L'offensive fédéraliste forcer l'autorité politique et la base électorale du gouvernement Trudeau. La raison en est simple : le gouvernement libéral d'Ottawa apparaît comme la seule force capable de maintenir l'«unité canadienne». Les libéraux sont les seuls à disposer à la fois d'une base indispensable au Québec lui-même et d'une politique clairement opposée à celle du PQ sur la question nationale. Ces éléments ont permis au gouvernement Trudeau de survivre à la détérioration de la situation économique et à l'explosion de plusieurs scandales.

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certain nombre d'évapes. Le but des coupent l'herbe sous les pieds du

Ni les conservateurs, ni le NPD n'ont pu se poser en solution de rechange réaliste face au Parti libéral. Les conservateurs manquent d'une base au Québec et d'une orientation politique qui les différencie nettement des libéraux. Quant au NPD, sa ligne sur la question nationale est la même que celle du Parti libéral et sa base québécoise est pratiquement inexistante.

Toute la classe dominante, la direction social-démocrate du NPD ainsi que des secteurs importants de la bureaucratie syndicale - y compris les dirigeants centraux de la Confédération des travailleurs du Canada - se sont ralliés à l'offensive de «solidarité nationale» du gouvernement fédéral.

Pourtant, cette dernière est loin d'avoir rencontré un succès total. Plusieurs syndicats ont adopté des résolutions en faveur du droit à l'autodétermination du Québec. Le Syndicat des travailleurs de la métallurgie et l'Union canadienne des employés du secteur public se sont fermement prononcés en ce sens La Fédération syndicale du Saskatchewan a adopté une résolution analogue, en rejetant un amendement exprimant l'espoir que le Canada reste uni. LES OBSTACLES A FRANCHIR POUR OTTAWA

Trois obstacles se dressent sur la voie de l'offensive fédéraliste d'Ottawa contre le Québec.

En premier lieu, l'approfondissement de la crise économique tend •à miner la propagande gouvernementale sur «la beauté et la force» d'un Canada uni. Les discours grandiloquents sur l'«unité nationale» se font de moins en moins convainquants lorsque le taux de chômage ne cesse de croître.

De plus, la «séparation» du Québec ne se présente pas comme une éventualité immédiate. L'offensive fédéraliste doit encore parcourir un élections fédérales est de créer un véritable contre-15 novembre. Le referendum du Québec, prévu pour le début de 1979, constituera également une échéance importante pour l'intensification de la campagne de chauvinisme antiquébécois au Canada anglais.

Les récentes déclarations sur les activités illégales de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et d'autres forces de police, ont porté un coup sérieux à la campagne du gouvernement. Les tentatives fédérales d'étouffer les travaux de la Com-

Tier novembre 1977-

Levesque à Colombey-les-deux-églises. mission d'enquête parlementaire sur ce sujet, constituent un excellent révélateur des inquiétudes du gouvernement quant à ses révélations.

Elles s'inscrivent en effet en faux contre l'image d'un Canada démocratique. Le fait que la plupart de ces agissements illégaux se sont déroulés au Québec, souligne l'existence de l'oppression dont les Québécois sont victimes au sein de la Confédération. Ainsi, les révélations de la Commission Keable gouvernement fédéral et alimentent le sentiment nationaliste du Québec.

En second lieu, ces révélations, en mettant la GRC sur la défensive, contribuent à affaiblir les forces de répression qui agissent quotidiennement au Québec.

Enfin, elles révèlent le profond malaise qui traverse l'appareil d'Etat. Les partis de l'opposition, après avoir essayé, dans un premier temps, d'exploiter le scandale à leur avantage, ont battu en retraite devant le danger représenté par cette mise en cause d'un des piliers essentiels de l'Etat canadien.

Les révélations faites sur la GRC sont le signe d'une très sérieuse crise de confiance au moment où l'Etat fédéral canadien doit faire face à la pire situation économique qu'il ait connue depuis les années 30 et à la pire crise politique depuis l'établissement de la Confédération elle-même.

L'offensive fédéraliste contre le Québec va rester au centre de la vie politique du Canada. Le mouvement ouvrier du Canada anglais porte la responsabilité de s'opposer à la propagande gouvernementale et de défendre le Québec contre toute initiative du grand capital et du gouvernement fédéral visant à entraver le libre exercice de son droit à l'autodétermination par le Qué-

Ligue communiste révolutionnaire Oui, le socialisme ! FM / petite collection maspero

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