ECONOMIE Ne pas investir, Danger !
"Comme les êtres humains, les pays peuvent connaître des troubles. Et pour derniers également, des signes avant-coureurs annoncent les dépressions. Toutes les grandes banques ont un département d'analyse des risques pour informer leurs clients des pays où il vaut mieux ne pas mettre de l'argent sous peine de ne pas le revoir.
Nous avons essayé de répondre à cette vaste question : quels sont les 50 pays qui risquent d'être les plus instables d'ici la fin de cette décennie ?"
C'est avec cette introduction, que le très sérieux hebdomaire The Economist présente une étude, dont nous publions ci-dessous des extraits. Elle présente une échelle allant de 1 à 100. Plus le pays a de points, moins il convient d'aller y placer ses petites (ou mieux, ses grosses) économies. Trois facteurs d'instabilité ont été retenus : l'économie (qui peut donner 33 points), la politique (50), la société (17).
Réaliste jusqu'au cynisme, cette analyse est écrite d'un ton enjoué qui ne peut faire oublier que derrière ces "points de risque", il y a des centaines de millions d'hommes et de femmes qui subissent quotidiennement les conséquences de ces "facteurs d'instabilité".
"La vie des pays, même les plus petits, est si longue, si compliquée et si
WASH FOR MATRAS mystérieuse qu'il nous semble parfois sans espoir d'essayer de comprendre ce qui s'y passe, sans même parler de savoir ce qu'ils seront dans quelques années. Les pays changent à vue d'œil, parfois de façon radicale, en un laps de temps très court. (...)
L'objectif de notre tableau n'est pas de prédire quels vont être les pays qui vont sombrer dans le chaos en 1990. Il est d'estimer, sur la base de 18 indicateurs qui sont autant de signes d'alerte, quel est le risque pour chacun des 50 pays de notre liste de subir une forte détérioration dans les années qui viennent et de devenir ainsi, un endroit sérieusement (ou plus sérieusement) instable.
Quels sont les symptômes qui montrent que les choses vont mal ? Ou, dit d'une autre façon, quels sont les éléments qui montrent à tout coup qu'un pays connaîtra une solide stabilité dans les années qui viennent ? Un pays dont la croissance économique est de 5% lan, qui est en paix, où la corruption n'est pas trop importante, a peu de chances de s'effondrer. Mais la stabilité, au moins à moyen terme, n'est pas une simple question de bien-être, paix et démocratie : l'Union soviétique peut paraître à beaucoup de ceux qui ne partagent pas les idées des Russes, un pays terrible, il n'en demeure pas moins qu'elle restera probablement fort stable pendant des années. (...)
Le risque sérieux qu'un pays devienne instable en quelques années dépend d'un mélange de a) une évolution objectivement mauvaise (économie délabrée, incertitude politique, agitation sociale ; b) du fait qu'une large partie de la population le comprenne et en subisse les conséquences ; c) la possibilité pour ces gens d'exprimer leur colère par des moyens que les institutions de l'Etat sont incapables de contrôler (...)
Pourquoi n'appliquer ce test qu'à 50 pays ? Parce que nous avons écarté : 1) Les superpuissances. Aucune d'entre elles ne s'effondrera vers 1990. 2) Les riches de
l'OCDE. Les riches ont leurs problèmes, l'instabilité n'est pas l'un d'entre eux. 3) Les tout petits. 4) Les ruinés. Certains pays - Mozambique, Afghanistan, Nicaragua -sont déjà en trop mauvais état pour qu'il puissent avoir un quelconque avenir. 5) Les obscurs. (...)
Voilà comment et pourquoi nous avons divisé nos 100 points d'instabilité :
Economie (33 points) 1) Baisse du PNB par habitant (8 points). L'appauvrissement national est l'une des plus puissantes sources de mécontentement et c'est la première chose que ressentent les gens.
2) Taux d'inflation (5 points) (...)
3) La fuite des capitaux (4 points). Que les habitants d'un pays et les investisseurs étrangers pensent que leurs richesses sont mieux à l'extérieur qu'à l'intérieur du pays, est un signe que ce pays n'est pas dans la bonne voie.
4) Dette extérieure élevée et en augmentation par rapport au PNB (6 points). S'endetter est un moyen sensé (et souvent nécessaire) pour des pays relativement pauvres mais en croissance, de faire les investissements dont ils ont besoin pour leur développement. Mais si cette dette est trop élevée et si elle s'accroît trop vite, elle peut rapidement transformer une économie en croissance en une économie en banqueroute, notamment si ces dollars se réfugient dans des biens américains (voir point 3) au lieu d'aller vers des investissements productifs. Le Mexique en est le plus cruel exemple. per capita (4 points). Vu la rapidité des transformations technologiques dans l'agriculture, tout pays qui n'augmente pas sa production alimentaire par personne a une politique matière de prix par exemple), connaît une terrible dislocation sociale des campagnes, ou un déclin rapide de l'économie. De tous côtés, ce ne sont que mauvaises nouvelles. (...)
Politique (50 points) 7) Proximité d'une superpuissance ou d'un trouble-fête (3 points). Idéologie ou pas, les grandes puissances restent les grandes puissances. L'une de leurs principales caractéristiques, c'est qu'on certain que leurs frontières sont sûres. Et a priori, ils se disputeront avec des pays en mauvais état près de leurs frontières (Nicaragua, Afghanistan) plutôt qu'avec d'autres, plus lointains. Cela n'aide pas non plus d'être à proximité d'endroits déjà perturbés (Iran, Irak, Afrique du Sud). (...)
10) Légitimité du régime (9 points). C'est l'une des mesures de la santé d'un pays les plus importantes mais les moins quantifiables. Tout gouvernement dépend quelque part du consentement du peuple qu'il gouverne. Ce peut être un bon marché même s'il semble illégitime. Mais quand le peuple d'un pays a cessé de "croire" en ce gouvernement, ce dernier est fini, et,
PERESTROIKA
tant qu'il demeure, il en va de même pour la stabilité du pays. (...)
11) Généraux au pouvoir (6 points) Les hommes en uniforme doivent parfois s'y atteler. Mais une fois au pouvoir, ils deviennent souvent des éléments de déstabilisation. Beaucoup d'entre eux ne savent ni comment l'on gouverne, ni comment l'on s'en va élégamment. (...)"
L'étude se poursuit en envisageant les facteurs sociaux de risques : urbanisation sauvage, corruption excessive, tensions ethniques ou raciales etc.
Pour finir, nous vous donnerons tout de même le "hit-parade" de ces pays peu sûrs. En tête (hyper-risqués) l'Irak, l'E thiopie, l'Iran, le Soudan. Dans les très hauts risques, l'Ouganda, la Zambie, le Chili, le Salvador, le Vietnam, le Nigéria, le Zaïre. Puis viennent (haut risque), l'Afrique du Sud, la Bolivie, le Zimbabwe, le Mexique, les Philippines, le Guatemala, l'Egypte, le Pérou, le Kenya, le Pakistan. Ce n'est pas vraiment une surprise. Aucun pays, souligne The Economist, n'a zéro point. Toutefois, si vous n'êtes pas un aventurier de la finance, la revue conseille d'investir en Suisse. Ce n'est pas vraiment non plus un scoop.