Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

MOYEN-ORIENT

Halte à la détention administrative de nos militants !

· Inprecor n° 271, 5 septembre 1988 · p. 12 · 1 238 mots

Palestine et Israël Syndicalisme

Communiqué de presse du Mouvement les "Fils du pays" (Abna Al-Balad) Halte à la détention administrative de nos militants!

D EPUIS LE DEBUT de l'insurrec-

tion populaire dans les territoires occupés de Cisjordanie et de Gaza en décembre 1987, et parallèlement à la répression barbare que font régner les autorités militaires Sur l'ensemble de la population palestinienne de ces régions, nous avons connu une aggravation de la répression contre les Arabes palestiniens qui sont citoyens israéliens, et contre tous ceux qui s'opposent à l'occupation.

Six détenus administratifs à l'intérieur de la "'ligne verte"

Le 25 décembre 1987, des ordres de détention administrative ont été délivrés contre deux de nos membres : Raja Agbariya, éditeur de l'hebdomadaire El-Raya, publié à Nazareth, et Raslan Mahajne, tous les deux de Um El-Fahem. Ce sont les premiers ordres de cette nature qui aient été délivrés dans le cadre de la "Loi d'exception (détentions)" de 1979 à l'intérieur de la "ligne verte". La période de détention prévue était de 3 mois et 7 jours, jusqu'au ler avril 1988. Le 24 janvier 1988, un autre de nos membres Kadry Abu-Wasal du village d'Ara fut arrêté, avec un ordre similaire, lui aussi jusqu'au ler avril 1988.

A la date du 17 mars 1988 un autre membre de notre mouvement, Hashem Hamdan de Reine fut emprisonné. En avril, Hassan Jabarin du Mouvement "Al Anssar" de Um El-Fahem fut arrêté. Le 1er juin 1988 ce fut le tour de Mohammed Burgal, membre du Comité national de notre mouvement. Ces trois prisonniers seront détenus pendant six mois chacun, la plus longue période autorisée par la loi.

Les trois premiers ordres de détention ont été une réponse de la part des autorités israéliennes à la grève générale de la population arabe du 21 décembre 1987, grève organisée pour protester contre le massacre quotidien et la brutalité à l'encontre de nos frères et sœurs de Cisjordanie et de Gaza occupées. Les trois mois et demi de durée de la détention était prévus pour empêcher notre mouvement d'organiser des actes de protestation, notamment le jour de la Terre, le 30 mars. Cependant, cela ne suffit pas à prévenir une nouvelle grève générale des masses arabes.

Mais la vague d'arrestations actuelles ne peut être "justifiée" comme un acte de prévention par rapport à une quelconque date, il est clair qu'il s'agit de représailles contre des activités politiques normales. Après que le tribunal du District et la haute Cour aient rejeté l'appel contre les premières arrestations et comme il n'y a pas eu de large protestation démocratique contre l'utilisation de telles mesures, il semble que la détention administrative commence à devenir une routine, de la même façon que les mandats d'arrêt ont déjà été

La detention administrative est une détention sans accusation ni proces

La Loi sur les pouvoirs d'exception autorise la détention de quiconque pour une période pouvant atteindre six mois, sans que le prisonnier ait connaissance des accusations portées contre lui, ni aucune occasion de les réfuter ou de les contredire. L'ordre est signé par le ministre de la Défense, mais en fait la décision est prise par les services de sécurité (Shin

Après sa mise à exécution, la détention doit être contrôlée par le tribunal du District, mais là encore le prisonnier n'a aucune possibilité de se défendre : les accusations et les preuves qui les étayent sont présentées à la cour comme documents secrets, et ni le détenu ni ses avocats ne sont autorisés à prendre connaissance de leur contenu. On peut supposer que le gros de ce matériel est constitué de déclarations des officiers du Shin Bet, "celui qu'on appelle 'Yony", "celui qu'on appelle 'Abu-Sharif", etc., qui déclarent derrière des portes closes qu'ils possèdent des informations de sources qu'ils ne sont pas censés révéler, et que leur informateur "A" ou "B" a juré que le détenu a dit ou fait telle chose. Les tribunaux, sans aucune exception, choisissent de croire de tels témoignages, tout comme ils ont cru les officiers du Shin Bet qui, pendant 16 ans, leur ont juré qu'ils ne torturaient pas les prisonniers, témoignages qui ont été officiellement dénoncé comme parjures par le rapport de la Commission Landau.

Conditions de détention

Les conditions dans les prisons israéliennes sont dures, pour les prisonniers administratifs comme pour la plupart des autres détenus. Ils souffrent de conditions d'hygiène misérables, d'une nourriture monotone de peu de valeur nutritive et du manque de la possibilité d'étudier. Les règlements qui autorisent les prisonniers administratifs à avoir accès aux livres et aux journaux sont violés par les autorités pénitenciaires. Ces mauvaises conditions doivent être considérées comme extrêmement sévères étant donné que les prisonniers en question n'ont été accusés de rien et ne sont pas punis pour avoir fait quoi que ce soit. Hashem Hamdan est maintenu, depuis le début de son emprisonnement, en isolement complet à la prison de Shata, dans une cellule de seulement deux mètres carrés. Il n'est autorisé à sortir que pendant deux heures par jour et durant ce temps-là, il reste isolé.

On autorise quelques-uns des prisonniers administratifs, contrairement à d'autres détenus et prisonniers, à recevoir des visites uniquement de leur famille. Parfois, les autorités rendent même plus difficiles les visites pour la famille : Muhamad Burgal de Lod est détenu au centre de détention de Jelamy et non à la prison de Ramle qui est près de la maison de sa mère âgée. Il faut trois autobus et de nombreuses heures pour s'y rendre.

Depuis le début de l'insurrection populaire en Cisjordanie et à Gaza en décembre 1987, notre mouvement a joué un rôle important dans toutes les luttes démocratiques contre l'occupation y compris dans les deux grèves générales de la population arabe, dans la campagne de collecte de nourriture et de médicaments, et dans l'organisation des manifestations, des meetings de masse et des piquets de grève dans tout le pays.

Nos militants sont très souvent arrêtés pour des "interrogatoires", au cours desquels la police et les officiers du Shin Bet essayent de les intimider et de faire pression sur nous pour que nous cessions nos activités politiques légales et publiques. Dans de nombreux cas, celui qui interroge utilise la torture pour essayer d'extorquer des confessions sur divers

Depuis 1980, les principaux militants de notre mouvement ont été victimes d'ordres d'arrestation, en ville, qui entraînent la résidence surveillée à domicile pendant

Il semble que la détention administrative soit devenue l'arme préférée du gouvernement, dans sa volonté de nous dénier les droits d'expression et de lutte par des moyens démocratiques. L'utilisation des lois d'exception, la détention sur mandat, sans procès, le secret de l'accusation et des preuves, tout cela est la réponse des autorités au caractère politique légitime de

Appel à l'unité de toutes les forces démocratiques dans la lutte contre la détention administrative

L'expérience prouve que le déni des droits démocratiques ne connaît pas de frontières. De la même façon que la détention administrative a été récemment étendue des territoires occupés en 67 jusqu'à nous inclure, ces mesures pourront être utilisées contre quiconque s'opposera à l'occupation et contre tous ceux qui essaieront de défendre les droits démocratiques.

Pour affronter ce danger, un large front devra être établi, sans délai, afin d'organiser la lutte pour la libération immédiate de tous les prisonniers administratifs. Le gouvernement doit refuser aux autorités le droit d'opérer de telles arrestations. Unissons-nous pour l'abolition des lois d'exception anti-démocratiques et pour la libération immédiate de tous les prisonniers administratifs!

Le 26 juin 1988.

Une erreur sur cette page ?