à la reprise du travail le 1 septembre, après avoir rencontré durant quelque trois heures l'homme fort du régime et l'un des principaux
2. MAJA 1988R.
G
Gaarisa
38.05.08
Wotna drukania Stoczni Edanskie)
POLOGNE
Le DIA ...logue et la MAT..raque *
APRES PLUS DE DEUX SEMAINES de grèves qui ont touché plusieurs centres industriels importants, Lech Walesa a appele artisans du coup d'Etat de décembre 1981.
Cyril SMUGA
.ACONIQUE, le communiqué rendu public à la suite de la rencontre entre le président de Solidarité et le ministre de l'Intérieur l'est assurément. Il ne contient nulle trace d'engagement ni même de promesse. Il omet même de préciser les qualités des interlocuteurs de cette peu banale réunion. Qu'on en juge :"Le 31 août 1988 à Varsovie, le général Czeslaw Kiszczak a rencontre
Lech Walesa. L'évêque Jerzy Dabrowski et
Stanislaw Ciosek ont pris part à l'entretien au cours duquel ont été débattues les prémices à la tenue d'une table ronde et la manière de l'organiser". Pour obtenir plus de précisions sur la teneur des propos échangés, il faut se reporter au communiqué de l'épiscopat polonais qui précise:
"Lech Walesa a posé le problème le plus important à l'heure actuelle, celui des chemins qui mènent à l'application du pluralisme syndical, donc du statut de Solidarité. Ses interlocuteurs ont déclaré que tous les problèmes liés au mouvement syndical seront discutés à la table ronde."
On notera que ce communiqué ne parle d'engagements autres que pas non plus ceux déjà annoncés le 26 août par le général Kiszczak concernant l'organisation de la table ronde censée débattre de tous les problèmes que ses participants pourraient soulever. En particulier, il n'y est pas question d'amnistie pour les très nombreux travailleurs arrêtés et condamnés pour faits de grève ni de garanties pour ceux qui reprendraient le travail.
Surprise et amertume des travailleurs
A son retour à Gdansk, Lech Walesa a été fraîchement accueilli. "Vous avez bradé Solidarité" lui lança une femme devant l'église Sainte Brigitte, siège du comité de soutien aux grévistes. "Nous avons perdu et nous avons perdu notre temps" commenta l'un des membres du comité de grève, quant à Alojzy Szablewski, le président du comité de grève inter-entreprises de Gdansk, il laissa échapper que "la décision d'arrêter la grève est amère" avant d'ajouter qu'à son avis, le rapport de forces ne permeltait pas d'obtenir la reconnaissance du syndicat indépendant. Pourtant, après une houleuse assemblée générale tenue le matin du 1 septembre dans le chantier naval "Lénine". Gdansk, les travailleurs acceptaient la proposition du comité de grève de suspendre le mouvement. "On peut lutter pour notre but principal par d'autres moyens que la grève", expliquait Lech Walesa avant d'ajouter : "Il n'y a pas d'autre issue raisonnable que d'arrêter le mouvement". "Vous êtes la seule garantie!" lança Walesa aux grévistes qui lui demandaient sur quoi fondait-il ses espoirs concernant l'issue des négociations menées plus tard, à froid. A 14 heures les grévistes quittaient le chantier en manifestation, accueillis par une foule de trois mille personnes. "Solidarité !", "Pas de liberté sans Solidarité !", "Nous vaincrons !" - scandaient-ils. Le port de Gdansk ainsi que les autres chantiers navals, devaient arrêter le mouvement dans la foulée.
Ouverture des négociations
Dans les autres centres de la grève, c'est avec stupéfaction et étonnement que les travailleurs apprirent la décision de suspendre le mouvement à la condition qu'un accord intervienne sur les revendications locales (au chantier naval "Lénine" la question de la légalisation de Solidarité était seule en cause). Dans le puits "Manifest Lipcowy" où le mouvement a commencé dans la nuit du 14 au 15 août, les grévistes reclamèrent la venue de Lech Walesa pour comprendre son point de vue. Dans le combinat métallurgique de Stalowa Wola, le comité de grève annonça qu'il n'était pas question de suspendre la grève avant d'avoir obtenu les garanties de non-répression et que tout était prêt pour élargir la grève à la fonderie, où le travail continuait pour des raisons techniques. Il exigea également d'être mis en contact avec le président du syndicat.
A Szczecin, les travailleurs du port et ceux retranchés dans le dépôt de bus de Dabie entamèrent des négociations difficiles sur les questions de salaires et de répression, conditionnant toute reprise de travail à la satisfaction de ces revendications. A Cracovie, où une grève était à nouveau prévue le 1 septembre dans l'aciérie "Lénine" de Nowa Huta, elle fut suspendue au dernier moment. A Lublin, par contre, les ouvriers de l'usine de camionnettes FSC organisaient un meeting et présentaient leur liste de revendications. Outre la légalisation de Solidarité ils exigeaient également la "fin du monopole politique du POUP" et la satisfaction de nombreuses exigences matérielles. La direction de l'usine accepta immédiatement d'ouvrir les négociations sur ces derniè res, dialoguant en public avec le comité de grève devant les milliers de travailleurs rassemblés, ce qui décida ces derniers à suspendre leur mouvement le soir même. Malgré ces flottements pourtant dans la soirée du 1 septembre la vague de grèves commençait à refluer.
* DIAMAT : La "DIAlectique MATérialiste", forme figée, dogmatique, iconisée du marxisme dans sa version stalinienne.
Lech Walesa avait accepté de rencontrer le général Kiszczak sans autre condition que celle d'être traité de fait en représentant des grévistes alors que la répression, dont le premier signe fut donné le 22 août avec l'assaut de la police contre trois dépôts de transports en commun de Szczecin et la proclamation du couvre-feu dans les régions minières de Haute-Silésie, allait s'accentuant. Dans une vingtaine de mines, la grève fut brisée par la force, de nombreux grévistes arrêtés, condamnés et licenciés. Un dirigeant paysan indépendant, Gabriel Janowski, venu apporter de la nourriture au puits "Lénine" de Myslowice-Wesola, pris par les policiers qui investirent ce puits, a été interné de force dans un hôpital psychiatrique - fait sans précédent en Pologne - après avoir été sauvagement battu.
Dialogue sur fond de répression
A Stalowa Wola, une manifestation de mille personnes en soutien aux grévistes organisée par les militants du mouvement pacifiste indépendant Liberté et Paix (WiP), fut attaquée le 28 août et les personnes arrêtées subirent de très graves violences. Le récit d'une des victimes a été recueilli par la commission d'intervention de Solidarité : "Ils ont commencé à nous frapper sur les marches du commissariat, puis à l'intérieur ils ont improvisé un premier "chemin de la santé" (1). Ils frappaient sans discernement. Ils nous trainaient par les mains et les pieds dans l'escalier. (...) J'ai été jeté dans une pièce par trois fonctionnaires. Ils m'oni dit de me déshabiller puis se sont jetés sur moi. Ils frappaient avec les poings et les matraques. Je suis tombé et j'ai crié. Ils m'ont mis la veste sur la tête. Un des fonctionnaires m'a coincé la tête contre le sol avec son genou et ils se mirent à me battre systématiquement. Je ne sais pas combien de temps cela a duré. Après ils nous ont descendus dans la cour et jeté dans les camionnettes. Nous devions de nouveau passer par un "chemin de la santé". Les fonctionnaires frappaient avec les matraques, les poings, donnaient des coups de pieds. (...) Nous avions été amenés au village Nisko où se trouve la caserne des ZOMO. Là, au commissariat, nous avons à nouveau connu le chemin de la santé. Lorsque je suis rentré dans une pièce, ils crièrent "à terre" puis me matraquerent de nouveau durant une demi-heure. Les miliciens choisissaient certains d'entre nous et s'acharnaient sur eux (...) Ils sen prenaient particulièrement a ceux qui n'étaient pas de Stalowa Wola... Tous les arrêtés furent condamnés à de fortes amendes dans les deux jours qui ont suivi.
Alors que Lech Walesa était reçu par le ministre de l'Intérieur, dans le combinat métallurgique de Stalowa Wola, où la grève d'occupation commencée le 22 août avait connue le 29 un sérieux renfort avec l'arrivée de six mille travailleurs que la direction avait fait venir pour déborder les grévistes mais qui se sont immédiatement joints au mouvement, depuis deux nuits les travailleurs subissaient l'assaut des automitrailleuses et de 500 soldats de la prêter main forte aux ZOMO. Dans les jours qui précédèrent, des arrestations avaient eu lieu dans tout le pays.
C'est dire que le régime, tout en acceptant de recevoir le président du syndicat, poursuivait et développait la répression.
personnalité même du général Kiszczak symbolise l'unité de la politique de la bureaucratie. Ministre de l'Intérieur et membre du Comité de défense du pays (KOK) (2), artisan de l'instauration de l'état de guerre en 1981 et un des principaux auteurs de ce projet, il a la haute main sur l'ensemble des forces de répression et est responsable à ce titre de toutes les exactions. Mais en même temps, c'est lui qui personnalise les mesures de libéralisation, annonçant l'amnistie des prisonniers politiques en septembre 1986 ou rencontrant Lech Walesa le 31 août dernier. Le choix de poursuivre la répression tout en tendant la main au président du syndicat dissous ne doit rien au hasard. Il indique les limites de l'ouverture que le régime est prêt à pratiquer et augure mal les perspectives de la démocratisation que
Pouvait-on espérer en ce 1 septembre que le rapport des forces entre les grévistes et le pouvoir finirait par imposer des concessions plus substantielles à ce dernier, ou bien l'attitude de Lech Walesa, appelant à arrêter le mouvement était-elle "la seule raisonnable ? " Une réponse univoque à cette question est difficile. Le mouvement de grèves - et l'éclatement de mouvements à Lublin comme l'élargissement de la grève à Stalowa Wola où les tensions apparues à l'aciérie de Nowa Huta durant ces derniers jours en font foi n'avait pas épuisé toutes ses potentialités d'élargissement, malgré la reprise du travail dans la quasi-totalité des mines de Haute-Silésie.
Le rapport des forces
Cependant, les travailleurs qui participaient activement aux occupations d'usines ne constituaient - en règle générale -qu'une minorité. Plus nombreux étaient ceux qui, tout en se solidarisant avec la grève (à ce titre, l'exemple des mines de Haute-Silésie où la bureaucratie a échouée dans sa tentative de faire signer massivement des déclarations contre la grève moyennant le payement des journées chômées, est significatif), préféraient rester chez eux, craignant l'affrontement vio-
Enfin, à part quelques cas particuliers, comme à Stalowa Wola où l'initiative de manifestations de solidarité permit d'assurer un soutien massif de toutes les catégories de la population à la grève, dans la majorité des cas, les grèves d'occupation sont restées assez isolées de la population, sympathisante mais passive. Cela tient probablement aux vacances universitaires qui ont réduit à la dimension symbolique les actions de la jeunesse étudiante, dont la mobilisation avait exemplaire au printemps 1988. Dans le camp même du pouvoir, comme en témoignent les exigences de limogeage de certains dirigeants lors du plénum Comité central du POUP des 27-28 août, comme la polémique publique entre le membre du Bureau politique et chef des pseudo-syndicats officiels d'une part et le premier ministre en exercice de l'autre, les dissensions et les luttes fractionnelles ont réapparu de plus belle. Pourtant, le régime fut capable de reprendre l'initiative tant sur le terrain politique que sur celui de la répression, ce qui exprime une bonne homogénéité de sa direction. C'est cette situation contradictoire qui explique sans doute pourquoi - sans forcement partager les espoirs sur un futur dialogue - la magrévistes a fini par adopter l'appel à la reprise du travail lancé par
Le bon grain et l'ivraie
Peut-on dire pour autant que la rencontre avec celui qui fut qualifié pendant près de sept ans de "personne privée" et la mise en avant du projet d'une table ronde avec des représentants de l'opposition avait pour unique but de mettre fin aux grèves dont la liquidation par la force risquait d'accroître encore la polarisation du pays et d'accélérer la radicalisation de la jeune génération ? Certainement pas Depuis l'amnistie de septembre 1986, le régime poursuit inlassablement ses tentatives visant à intégrer une partie au moins de l'opposition, quitte à lui laisser une marge d'autonomie qui ne remet pas en cause le pouvoir. La presse officielle polonaise a ainsi depuis un bon moment dépassé les limites les plus hardies de la glasnost, témoignant d'un pluralisme idéologique très réel et offrant à ses lecteurs une information certes orientée, mais relativement complète.
Ainsi les grèves récentes furent l'objet de longs articles dans lesquels l'aspect descriptif allait de paire avec des insinuations grossières et fallacieuses à l'adresse des grévistes. En janvier 1987, fut mis en place un Conseil consultatif dans lequel sont entrés certains intellectuels indépendants - et même d'anciens conseillers de Solidarité comme l'avocat Wladyslaw Sila-Nowicki ou le sociologue Andrzej Tymowski qui gardent de très nombreux liens avec leurs collègues de l'intelligentsia oppositionnelle et frondeuse. Le pouvoir autorisa également le fonctionnement de certains clubs politiques, dans lesquels les discussions sur le passage au
1) Deux rangées de policiers, qui frappent les personnes obligées de passer au milieu.
2) Apparu en 1981 le KOK est devenu le véritable centre du pouvoir de la bureaucratie. Présidé par le général Jaruzelski il prend les décisions dans les périodes de crise, repoussant au second plan le Bureau politique du parti et le gouvernement. L'annonce du recours au couvre-feu dans les régions touchées par les troubles comme la proposition d'organiser une table ronde comprenant des représentants de l'opposition avait ainsi suivie de peu une réunion du KOK.
capitalisme vont bon train, et permis à d'anciens opposants de poursuivre légalement la publication d'un journal autrefois clandestin - la revue "Res Publika". Enfin des rencontres indépendantes ont été tolérées - la dernière en date fut le congrès international des droits de l'Homme tenu à
Cracovie fin août avec la participation de très nombreuses personnalités de l'opposition et des délégations étrangères venant même des pays de l'Est. Des passerelles ont ainsi été établies entre la sphère du pouvoir et celle des milieux influants au sein de Solidarité. Les discussions menées ce printemps au sujet d'un possible pacte anti-crise (3) tant dans les coulisses que dans la presse officielle, en ont été le dernier exemple. Dans un rapport secret - mais dont la fuite avait été opportunément organisée - une des personnalités en vue du régime,
Mieczyslaw Rakowski, à la fois membre du Bureau politique du POUP et secrétaire de son Comité central chargé de la propagande, préconisait la poursuite d'une telle politique visant à "isoler le noyau dur"
de l'opposition, notamment au travers d'initiatives visant à intégrer Lech Walesa et au travers de sa personne, une partie au moins de syndicalistes de Solidarité.
Eviter les soulèvements
= la
Le régime du général
Jaruzelski est en effet conscient que la seule mise au ban de Solidarité et la répression des militants syndicaux ne peut être à terme une garantie contre la répétition de soulèouvriers. La situavements tion économique désastreuse - dont témoigne aussi bien l'alourdissement de la dette extérieure (4), le délabrement de l'approvisionnement, l'inflation galopante (5) que le sous-emploi chronique des capacités industrielles installées (6) - ne permet pas au général Jaruzelski de suivre l'exemple de la normalisation tchécoslovaque, combinant la répression et une élévation durable du niveau de vie de la population. La baisse du niveau de vie (7) combinée à la crise du logement (8) est un facteur puissant de frustration et de radicalisation, en particulier de la jeune génération. Enfin, la bureaucratie polonaise subit les pressions des créanciers occidentaux et du
Fonds monétaire international (FMI), qui exigent une politique d'aus-térité plus conséquente comme condition d'ouverture de nouvelles lignes de crédit, indispensables aussi bien pour assurer la modernisation de certaines branches d'industrie que pour assurer les importations de matières premières et de produits secondaires indispensables au fonctionnement d'autres secteurs.
C'est pour faire face à tous ces dangers là que certains secteurs au moins de la bureaucratie envisagent aujourd'hui l'éventualité d'une entente avec l'aile modérée de Solidarité. Il ne s'agit pas pour eux d'autoriser l'existence légale d'un syndicat national puissant - comme Solidarité le fut en 1980-1981 - capable de dicter des conditions au gouvernement et mû par une dynamique débouchant inévitablement sur la dualité des pouvoirs. Il est plutôt question de diviser les rangs ouvriers en cherchant à faire accepter à un secteur au moins de Solidarité une politique d'austérité au nom de "l'intérêt supérieur de la nation" tout en lui imposant un cadre légal contraignant - celui de la loi syndicale votée en 1982 - qui autorise la répression sélective de toutes les initiatives ouvrières pouvant
VOUSPENSEZ DONC, DOCTEUR,
QUE LE MIEUX SERAIT DE ME PENDRE...
nions.
tendre à la généralisation des luttes. Les bureaucrates polonais ne cachent pas que pour réussir une telle opération, ils escomptent une aide financière étrangère massive dans un premier temps, comparable à une sorte de "plan Marshall" - c'est même à cause d'un tel espoir que, selon les explications officielles, la Pologne a intégrée le FMI.
Bon nombre d'experts et de conseillers de Solidarité, voire des dirigeants du syndicat, partagent un tel projet économique, bien qu'ils mettent en avant, comme condition de leur participation à l'accord, le rétablissement de Solidarité. L'inflation galopante qui réduit à néant en quelques mois toute conquête salariale, même importante, peut conduire à une acceptation par certains secteurs de la classe ouvrière de mesures apparaissant comme un gel provisoire de leur niveau de vie.
L'espoir que la soumission de l'entreprise aux forces du marché permettra de briser le carcan du contrôle bureaucratique et conduira à affaiblir le pouvoir est également présent.
Une phase ascendante de luttes
Un tel projet se heurte cependant à la dynamique de radicalisation d'une classe ouvrière jouissant d'une expérience accumulée de trahisons staliniennes, d'un potentiel appréciable d'organisation et d'un haut niveau de combativité, comme en témoignent les récentes grèves. Rien ne permet de penser que des mesures, même extrêmement limitées et contraignantes, qui conduiraient à une légalisation de fait de l'activité syndicale indé.
pendante au niveau de l'entreprise seraient de nature à ouvrir la voie d'une intégration du syndicat indépendant. Car depuis l'échec du pouvoir au referendum sur la réforme économique en novembre 1987, le mouvement ouvrier polonais est entré dans une phase ascendante de luttes et d'organisation, dont témoignent les vagues de grèves de cette année comme le développement des organisations politiques d'opposition et des structures de Solidarité.
Les travailleurs polonais ont fait preuve au printemps d'une très grande ténacité et capacité de récupération après gré l'évacuation le 5 mai de
"Lénine" de Nowa
Huta, la grève s'est poursuivie jusqu'au 18 mai. En août, à
Szczecin, nombre de travailleurs expulsés des dépôts de bus et tramways investis par la police se regroupaient dans ceux où l'occupation se poursuivait. Enfin, bien que les grévistes n'aient rien obtenu lors du mouvement de printemps dans le Chantier naval
"Lénine" de Gdansk, moins de trois mois plus tard ils reprenaient le mouvement, plus nombreux et plus déterminés. Les tentatives répétées, malgré la forte présence policière et un rapport de
3) Cf. notre document page 6.
4) Elle atteint près de 40 milliards de dollars contre
26 en 1981, sans compter la dette en roubles qui s'élève à près de 7 milliards.
5) Par rapport à 1980 l'indice du coût de la vie a atteint 603% fin 1987 et on estime qu'il dépassera le scuil de 900% cette année.
6) On estime que 30 à 40% des capacités industrielles ne sont pas utilisées faute de matières premières, d'énergie ou de main-d'ocuvre.
7) On estime généralement à près de 30% la baisse du salaire réel depuis 1981 bien qu'il faille tenir compte de la pénurie généralisée qui rendait largement symbolique alors les revenus monétaires.
8) A Varsovie plus de la moitié des jeunes couples ne disposent pas de logement et l'attente moyenne pour l'obtention d'un logement après avoir payé son dû dans une coopérative est estimée à... 30 ans.
forces défavorable localement, de démarrer des grèves dans une série d'entreprises cet été, comme la résistance tenace des mineurs de Haute-Silésie, dont certains n'avaient pas hésité à s'isoler au fond pour empêcher la reprise du travail malgré l'évacuation de la majorité de leur camarades par la police, témoignent également d'un haut niveau de combativité et de détermination.
La vague de grèves d'août aura contribué à réorganiser les structures de Solidarité en les dotant de nouvelles directions là où les dirigeants historiques ont disparus ou n'ont pas été à la hauteur de la tâche, et en leur permettant un recrutement massif de travailleurs. Dans de nombreuses entreprises les travailleurs ont en effet profité des grèves pour remettre sur pieds des commissions syndicales nouvelles. D'autre part, dans certains cas les travailleurs ont d'ores et déjà élu leurs représentants pour la table ronde annoncée par le général Kiszczak. Cela réduit les possibilités d'un accord au sommet tournant le dos à la mobilisation des travailleurs.
Ce projet, et en particulier dans la forme qu'en donnent les dirigeants et experts de Solidarité, est plus dangereux par l'attentisme et la désorientation politique qu'il suscite que par la potentialité de sa mise en pratique.
De nouvelles organisations radicales
Enfin l'apparition sur le devant de la scène de nouvelles organisations radicales témoigne d'une politisation croissante en particulier de la jeune génération. Ainsi les militants du Mouvement Liberté et Paix (WiP) ont joué un rôle important dans le soutien aux grèves, assurant la circulation de l'information et organisant les initiatives de soutien. Dans ce mouvement des courants se réclamant de l'anarchie ont fait leur apparition, ce qui symbolise la volonté de la nouvelle génération de renouer avec les traditions historiques du mouvement ouvrier. La répression dont furent victimes plusieurs dirigeants centraux du Parti socialiste polonais (PPS) - dont à nouveau Jozef Pinior, Czeslaw Borowczyk et Jolanta Skiba à Wroclaw ainsi que Piotr Ikonowicz, Krzysztof Trzaska et Jacek Kilian en Haute-Silésie, emprisonnés pour leur rôle dans les grèves - témoigne de l'insertion dans les luttes de cette nouvelle organisaton.
La réaparition massive de l'Association indépendante des étudiants (NZS) au printemps de cette année comme les succès croissants des initiatives politicosurréalistes de l'Alternative orange indiquent l'importance de la radicalisation dans la jeunesse étudiante. Notons enfin que toutes les organisations politiques traditionnelles de l'opposition ont connu un renouveau important - c'est la cas de la plus ancienne d'entre elles, la Confédération de la Pologne indépendante (KPN) qui avait organisé des meetings dans plusieurs villes le 1 septembre 1988 et aussi de l'Organisation Solidarité combattante (OSW) dont le principal dirigeant Kornel Morawiecki, banni au printemps, est revenu clandestinement dans le pays fin août.
L'ensemble de ces organisations se sont avérées capables d'organiser en commun, de concert avec différentes structures de Solidarité, des mobilisations significatives, comme par exemple la manifestation du 31 août à Poznan. Leur capacité (bien que encore ponctuelle) de parvenir, malgré des divergences souvent très profondes, à l'unité d'action pour développer la mobilisation est certainement un élément nouveau et important de la situation politique polonaise. Il contribue comme les autres facteurs cités à rendre aléatoires les projets gouvernementaux visant à museler les travailleurs polonais au travers d'un pacte anti-crise.
1er septembre 1988