TROUVER UNE ISSUE à la crise sociale et politique toujours plus explosive, serait possible si le régime et la direction de Solidarité réussissaient à se mettre d'accord sur un "pacte anti-crise", sorte de pacte de la Moncloa à la polonaise, soutiennent quelques personnalités de l'opposition démocratique. Le récent mouvement de
Un programme qui respecte la réalité internationale et tienne compte de la réalité spécifiquement polonaise. Un programme qui prévoit une réforme du système, avec une visée révolutionnaire ; le passage de l'ordre stalinien à un ordre démocratique.
la dictature à la démocratie. La victoire a été précédée par un pacte anti-crise pour
En somme, le communisme actuel est-il aussi réformable que le régime de Franco ?
Pour rester fidèle à la vérité, la réponse se situe plus près du scepticisme que de
Au sein de la bureaucratie, il existe bien sûr des secteurs qui, conscients d'une décomposition catastrophique du régime appelé "socialisme réel", appellent à la concertation sans délai pour "un pacte anti-crise". Ce qui crée une véritable panique génération, dans les entreprises et les universités. Ils craignent qu'à court terme, la scène politique polonaise ne soit dominée par un affrontement ouvert "entre les rebelles qui ont la pierre à la main et les policiers avec leurs matraques", selon une
Sous l'impact des grèves et des protestations de masse d'avril et mai, le 28 juin dernier a eu lieu la première rencontre entre les partisans du "pacte anti-crise" des deux camps. L'opposition était notamment représentée par les vieux conseillers de la direction de Solidarité, Bronislaw Geremek, Andrzej Wielowieyski et Ryszard Bugaj.
Parmi les bureaucrates participant à la rencontre se trouvaient le colonel Stanislaw
Kwiatkowski (directeur du Centre d'études d'opinion publique, CBOS), le journaliste
Quelles seraient les caractéristiques et les objectifs d'un "pacte anti-crise", et quels ont été les résultats de la rencontre ? Marian Gulczynski, professeur à l'Académie des sciences sociales auprès du Comité central du POUP, a révélé certaines choses à ce sujet dans l'interview publiée par le principal quotidien de la capitale Zycie
Le pacte anti-crise
grèves était à son apogée quand Adam Michnik écrivait dans l'hebdomadaire ouest-allemand Der Spiegel, du 22 août : "Il s'agit d'élaborer un programme-Solidarnosc pour l'époque perestroika. L'histoire récente de l'Europe offre un exemple : le passage en Espagne de des réformes politiques, qui a fixé les règles d'un compromis et amené une loi électorale démocratique. L'élite du communisme polonais pourra-t-elle produire une force d'imagination semblable à celle de l'élite de Franco à l'époque ? Et les élites de Solidarnosc pourront-elles montrer les memes capacites au compromis que l'opposition espagnole autrefois ? l'espoir." dans ces secteurs, c'est la radicalisation et le caractère explosif de la jeune expression récemment forgée par quelques intellectuels du régime. Ryszard Wojna et le sociologue Marian Gulczynski. Warszawy, du 9 juillet. Nous en reproduisons ci-dessous les extraits les plus significatifs.
AW.
ZYCIE WARSZAWY: Qui sont pour vous, aujourd'hui, les forces anti-refor-
MARIAN GULCZYNSKI : Ces forces ont deux ailes. Une aile est constituée des rebelles, qui aspirent à la destruction du système, sans savoir ce qui devrait être construit sur les ruines. J'ai observé cette attitude surtout dans la jeune génération, qui se sent frustrée et mal à l'aise, ce qui est dû au marasme et à l'insuffisance des réformes. N'oublions pas que, par exemple, un couple sur deux n'a pas d'appartement à lui à Varsovie. Dans l'autre aile, se sont retranchées les forces dogmatiques, conservatrices. Elles défendent le vieux modèle du socialisme, parce que leurs intérêts vitaux sont liés à ce modè-le, par exemple, l'administration et le lobby qui contrôlent les matières premières et l'acier. De même, les divers establishments locaux qui contrôlent les décisions concernant la répartition des biens en quantité insuffisante, le matériel de construction, les engrais, les tracteurs etc., et obtiennent grâce à cela des avantages bien concrets.
• Vous parlez de "rebelles", ce qui pourrait suggérer qu'il s'agit de quelque groupe
Ce n'est pas un groupe, mais un phénomène social, une "masse de poussière", très dangereuse, parce que c'est la poussière qui s'enflamme le plus facilement. Il s'agit d'adolescents et de ceux qui ont une vingtaine d'années. Ils sont frustrés non seulement à cause de ce qui fonctionne mal au niveau de l'ensemble du système, mais aussi à cause de ce qui ne marche pas pour eux, à l'usine ou à l'université. Parmi ces jeunes je ne vois pas de dirigeants, mais je suis sûr qu'ils apparaîtront quand se produira l'explosion. Ils sont là, en train de mûrir. Pour éviter la mise à feu de cette "poussière", il faut assurer rapidement à ces jeunes la possibilité de s'organiser librement. Nous devons être conscients qu'une protestation des jeunes est inévitable. Mais peut adopter des formes sauvages, agressives, et alors le contact entre le pouvoir et la jeune génération se fera par la matraque et la pierre. Elle peut aussi prendre d'autres formes, organisées, respectueuses des règles de la légalité, si la jeunesse a la possibilité de s'auto-orga-
• Il s'agirait donc de domestiquer la révoltés ?
- Y a-t-il une autre solution ? Laquelle, l'émigration ? L'initiative privée ? Ces soupapes de sécurité sont déjà largement fermées. Il est caractéristique que la colère des jeunes se tourne aujourd'hui principalement contre les situations locales, contre la bureaucratie des entreprises qui défend férocement ses privilèges. Nous connaissons des cas dans lesquels la défense du socialisme s'identifie avec la défense d'une équipe au pouvoir. Mais la bureaucratie est dangereuse
Il faut se rendre compte que de fait, nous avons perdu les élections municipales, récemment, tout en les gagnant formellement ! Nous les aurions] ment gagnées, si de nouvelles solutions avaient été introduites dans la nouvelle loi électorale, comme le réclamait l'opinion publique ; si dans les collèges électoraux s'étaient retrouvés des gens n'ap partenant pas aux bureaucraties locales ; s'il avait suffi de recueillir 100 à 200 signatures pour inscrire quelqu'un sur la liste des candidats, etc. Alors les conseils municipaux se seraient réellement renouvelés, et même si, disons, l'opposition avait pris le pouvoir dans 15 communes et dans un département, cela ne serait pas un drame. Au contraire, ce serait très bien, parce que l'opposition se verrait obligée d'assumer des tâches de co-responsabilité, et les vieux establishments auraient été obligés de se mobiliser pour faire un meilleur travail.
• Dans un an il y a aura de nouvelles élections, cette fois à la Diète (Parlement). Comment, selon vous, devrions-nous organiser la campagne électorale ?
- Je crois que le futur Parlement devrait être plus proche du véritable rapport des forces politiquement actives qui existent dans notre société. Il n'en est pas ainsi. Il existe des forces organisées de façon informelle qui, à plus long terme, peuvent se convertir en forces illégales. Mais en général quand de telles forces se réorganisent illégalement, elles deviennent destructrices. La majeure partie de ces forces peuvent se constituer en une opposition constructive. C'est pourquoi je pense que le plus important est le droit d'association libre, y compris le droit de former des associations et des clubs politiques... J'insiste tout spécialement sur la forme des clubs, parce que je crois - et sur ce point je suis d'accord avec beaucoup de représentants de l'op position - que si des partis se créent d'un jour sur l'autre, ce seront les démagogues et les populistes qui occuperont le devant de la scène. Les associations et les clubs sont différents, parce qu'ils mettent en marche des processus qui peuvent graduellement conduire à la formation d'un large éventail de forces politiques coali-
• Sans qu'on les appelle partis ?
- Dans l'avenir ces forces devraient s'appeler partis. Je n'ai rien contre, mais cela devrait être le résultat d'un long processus de constitution, qu'une partie importante de telles associations et clubs serait de caractère parlementaire, c'est-à-dire, aurait une représentation à la Diète, suffisamment importante pour influer sur les prises de délégislatif Mais ils ne seraient pas forts pour renverser le parti, ou la coali-
• Mais il reste très peu de temps avant les élections à la Diète !
- C'est pourquoi il faut commencer immédiatement à travailler sur la nouvelle loi électorale, en associant ces représentants de l'opposition qui respecréalités constitutionnelles de notre système.
• En excluant les rebelles ?
- Evidemment ! C'est justement ce que j'ai proposé pendant la réunion (du 28 juin), réunion déjà célèbre, bien que je pense qu'aucun de ceux qui y ont participé ne recherchaient la notoriété pu-
• Quels ont été les résultats de cette
- Il est apparu que les divergences sont secondaires, si on les compare à ce qui nous unit, tant en ce qui concerne nos jugements sur ce qui va mal dans le pays, qu'en ce qui concerne nos convictions sur ce qu'il faut faire pour remédier à ces maux. Sur un point, il y a eu un accord absolu, que de nouvelles réunions de ce type n'ont pas grand sens, parce que nous nous connaissons déjà suffisamment pour, je crois, collaborer. La nation attend des actes !
• Quelles sont les limites ? Quelles concessions sont inacceptables pour le pouvoir?
- Il ne peut y avoir des concessions de deux types. Il est inadmissible que les forces rebelles s'organisent et agissent librement. On ne peut permettre aux rebelles de désintégrer le système et de le rendre anarchique. C'est évident. Mais si présentons rapidement un projet constructif, qui inclue le droit d'association, nous pourrions espérer que les secteurs un peu raisonnables, qui pourraient être sous l'influence des rebelles, se retrouvent, en fin de comptes, dans le camp des réformateurs.
On ne peut accepter une déstabilisation de notre position en Europe, position qui conditionne le délicat équilibre mondial entre les deux blocs politico-militaires. Il s'agit d'une question fondamentale pour la sécurité et le développement, à notre échelle comme à celle de l'univers. Les réformes et les changements ne peuvent affecter les alliances qui garantissent notre existence. Ce sont là les limites. C'est là l'enjeu.
Zycie Warszawy 9 juillet 19881