la présidence. Chacun attendait la fraude dont est coutûmier le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir sans partage depuis
Cuauhtémoc Cardenas, candidat du Front démocratique national
(FDN), s'est vu accorder 31,12%. Cardenas était soutenu par le Parti
(PRT), la section mexicaine de la IVe Internationale, et sa candidate,
Rosario Ibarra de Piedra, le PRI leur concédait gracieusement 0,38%
Officiellement donc, le PRI a gagné, même si le score de Salinas fait
Dès le 9 juillet, dans une conférence de presse qui réunissait les trois candidats de l'opposition, Rosario Ibarra déclarait, au nom du PRT, que la volonté populaire devait être respectée et Cardenas reconnu
Nous publions ci-dessous de larges extraits de la résolution adoptée
MEXIQUE
Lendemains de fraude électorale
LE 6 JUILLET dernier, les Mexicains allaient aux urnes pour élire le président de la République, les députés et les sénateurs.
Il aura fallu dix jours pour connaître les résultats officiels pour
60 ans, elle fut au rendez-vous.
Carlos Salinas de Gortari, le candidat du PRI à la succession de Miguel de la Madrid, s'est octroyé 50,36% des voix.
mexicain socialiste (PMS).
Le Parti d'action nationale (PAN-droite) qui présentait Manuel
Clouthier, a obtenu 17,07% des voix.
Quant à nos camarades du Parti révolutionnaire des travailleurs et leur supprimait ainsi toute représentation parlementaire.
pâle figure face aux 70, 80 voire 90% dont se gratifiaient ses prédécesseurs. Même avec la fraude, il est mal élu.
Et pour une grande partie de la population, il n'est même pas élu du tout. Au lendemain du vote, de gigantesques manifestations contre la fraude déferlaient sur le pays.
comme président. Elle appelait les travailleurs des villes et des campagnes à se mobiliser contre la fraude.
par le Comité central du PRT.
DOCUMENT
E 6 JUILLET, les potentialités politiques du peuple mexicain se sont révélées dans toutes leurs dimensions. Les travailleurs des campagnes et de la ville ont infligé une défaite impressionnante au PRI. Ce vote du peuple exprime le niveau de mécontentement populaire face au caractère antidémocratique de ce régime et aux attaques contre le niveau de vie. En ce sens, il ne faut pas se tromper sur les motivations à l'origine de ce vote. Une série de commentateurs politiques l'ont analysé comme une volonté manifeste des Mexicains de voter pour un changement sans violence, et cette appréciation paraît renforcée quand on regarde le faible nombre de voix obtenues par le PMS et le PRT.
Toutefois, le phénomène du vote pour
Cardenas reflète une évolution diamétralement opposée. En premier lieu, il reflète une dynamique pour l'indépendance politique. Il est vrai que la politique proposée par Cardenas ne signifie réellement en rien la nécessité de l'indépendance politique, mais, pour des secteurs significatifs du peuple mexicain, elle signifie une rupture avec le PRI, du point de vue politique.
Cardenas, le vote utile
En second lieu, ceux qui ont voté pour Cardenas le firent parce qu'il apparaissait comme le meilleur instrument pour déloger le PRI. En ce sens, pour la première fois au Mexique, une dynamique de vote utile s'est exprimée. Et, en troisième lieu, mais c'est fondamental, ils ont voté pour Cardenas comme la meilleure façon d'avancer dans la lutte pour la démocratie, comprise non seulement sur le terrain électoral, mais aussi fondamentalement, sur le terrain social. Ils le firent parce qu'ils voulaient provoquer un changement dans le rapport des forces.
C'est pourquoi juste après les élections, les secteurs populaires sont descendus dans la rue pour manifester leur volonté de changement et de transformation. Ils ont pris confiance en eux-mêmes et n'ont plus peur de s'exprimer politiquement.
Quand les masses n'ont plus peur du pouvoir et de la politique de l'Etat, s'ouvrent alors de grandes possibilités pour qu'elles comprennent qu'elles doivent fondamentalement contrôler leur destin, et se profilent alors des situations de crise sociale où les classes se structurent politiquement pour donner une solution définitive à cette crise.
Depuis le mois de novembre, nous avons insisté sur la possibilité pour le PRI de perdre les élections. Toutefois, il faut clairement le dire, nous ne pensions pas que cette situation s'accompagnerait des grandes mobilisations de masse qui se sont produites, qui ont précisément approfondi la crise du PRI. Mais nous ne sommes encore qu'au début de cette crise. Dans le futur, nous allons connaître plus clairement encore l'expression de cette crise. (...)
La crise du PRI et de l'Etat
Tout au long de la campagne électorale, nous avons assisté à un processus contradictoire où Cardenas progressait en même temps que Salinas perdait du terrain, et la division s'accentuait au sein du PRI, qui trouva sa plus haute expression le 6 juillet.
Alors que les secteurs de la vieille bureaucratie politique étaient convaincus qu'il était nécessaire de maintenir une politique de fraude électorale sauvage, d'autres pensaient qu'il fallait trouver une fraude "honnête" qui serait en même temps, la base d'une possible concertation ultérieure. C'est là qu'il faut chercher l'origine des déclarations contradictoires au soir des élections. (...)
Tout était en place pour que s'imposent les tenants de la fraude sauvage. Et c'est là que prend toute son importance l'action menée par les trois candidats de l'opposition dans la nuit du 6 juillet. La prise du Secrétariat du gouvernement par les militants du FDN-PMS, du PAN et du PRT et l'entrevue - particulièrement violente au plan verbal - entre Bartelett (Président du conseil électoral, ndlr) et les candidats de l'opposition, a empêché cette fraude sauvage.
Quelques heures après, le président du PRI annonçait le triomphe "écrasant" du PRI et expliquait que Bartelett allait proclamer dans quelques minutes la victoire de Salinas, et pourtant, rien de tel ne se produisit. Le jour suivant, Salinas dut expliquer que nous avions vécu les élections les plus serrées de l'histoire et que l'opposition avait obtenu des victoires importantes.
A partir de là, il était clair que la ligne qui allait s'imposer serait celle de la fraude 'honnête" . Cela reflétait les contradictions qui s'exprimaient dans le PRI. Alors qu'était annoncée la défaite de Camboa
Pascoe, Fidel Velasquez (1) se refusait à accepter la défaite de ses candidats. Il est même très significatif que Fidel fut le seul des dirigeants des secteurs du PRI à ne pas être présent lors de l'annonce des résultats électoraux par Salinas. Et si le jour d'après, il se réunit avec Salinas, la division engendrée par le vote massif pour Cardenas était déjà patente.
Dans ce sens, nous pouvons signaler que la fraude qui s'est commise n'était pas celle qu'attendaient les secteurs les plus rétrogrades du PRI. Dans la pratique, dans les prochains mois, nous allons vivre un règlement de compte entre les différents courants qui se manifestent aujourd hui à l'intérieur du parti.
La lutte dans la bureaucratie
Mais le plus important dans la lutte politique à l'intérieur du PRI, nous allons le connaître au sein de la bureaucratie syndicale. Depuis longtemps, notre parti considère que les divisions à l'intérieur du PRI se manifesteront dans un premier temps, à partir de ruptures à l'intérieur de la bureaucratie syndicale. En un sens, c'est là l'explication du peu d'importance que nous avions accordé au début à l'apparition du Courant démocratique du PRI. Cette vision sur les possibles fractures à l'intérieur de la bureaucratie syndicale se base sur deux idées.
Premièrement, la politique économique et sociale du régime de Miguel de la Madrid affectait fondamentalement les mécanismes de domination du mouvement de masse, et nous pensions que ceci allait amener certains secteurs de la bureaucratie syndicale à réagir et prendre la tête de certaines mobilisations. En second lieu, parce qu'en observant le développement de la crise politique qui couvait, nous pensions qu'elle éclaterait dans toutes ses dimensions, s'il se produisait une rupture de l'appareil "charro", dans la mesure où cet appareil fut la colonne vertébrale de la stabilité politique
S'il est vrai que la crise à l'intérieur du PRI n'a pas commencé par la bureaucratie syndicale, il ne fait aucun doute que lexpression, le développement et la conclusion de cette crise sont totalement liés à l'avenir de cet appareil de domination. Pendant la campagne de Salinas, les fractures entre les divers secteur de la bureaucratie syndicale et le candidat du PRI, s'exprimèrent sous diverses formes. (...).
Tout cela se déroule au milieu de la lutte pour la succession de Fidel Velas-
Depuis longtemps, nous avons signalé l'importance que revêt cette succession. Les divers courants qui se préparent pour cette lutte ont été pas mal secoués par la campagne électorale. Il ne fait pas de doute que le courant de Gamboa Pascoe, regroupé dans la Fédération des travailleurs du District fédéral avec près de 700 000 adhérents, a été le plus touché.
Aujourd'hui, nous sommes plus convaincus que jamais qu'à l'intérieur de la bureaucratie syndicale les difficultés sont qu'il n'est pas naïf de penser qu'à court terme, nous allons connaître une série de fractures. Cette évolution sera plus forte si, comme tout le laisse à croire, Salinas approfondit la politique de "modernisation" et de reconversion industrielle. Le caractère profondément lâche de la bureaucratie syndicale l'a menée à se mettre en danger avec une politique qui ne lui est pas propre. Face à l'imminence des attaques patronales et gouvernementales, des secteurs de la bureaucratie syndicale se préparent à la lutte. Les actions de la Quina ou la déclaration de Romo (2) sont un avertissement aux modernisateurs quant à leur réponse future si ces derniers
No le Puedo reer! Carlos Salinas de Gortari : Je ne peux pas y croire !
... Moi non plus s'obstinent à toucher à leur part de pouvoir. Maintenant il sera plus facile que ces bureaucrates réagissent parce qu'il existe un nouveau pouvoir politique qui est un défi à la politique modernisatrice, c'est-à-dire Cardenas. Nous sommes très certainement à la veille d'une sortie du PRI d'importants secteurs de la bureaucratie syndicale. Ce qui aujourd'hui retient la Quina n'est évidemment pas sa loyauté à Salinas, mais la lutte pour la succession au sein de la CTM. S'il voit qu'il n'existe pas de possibilités de parvenir à être le successeur de Velasquez ou si celui-ci meurt et qu'il n'est pas intronisé nouveau tsar de la CTM, alors son évolution vers Cardenas sera plus rapide. (...)
A partir de cette situation, le noyau le plus proche des collaborateurs de Salinas s'attela à la mise en pratique de la fraude "honnête". De fait, il fallait assurer plus de 50% des votes effectifs afin de pouvoir gouverner soi-disant avec légitimité. Pourtant, le vote pour le PRI fut si bas qu'ils n'eurent d'autres solutions que de faire monter l'abstention. Cette vision de qu'une concertation serait nécessaire. En ce sens, il est très significatif de constater la quantité d'encre répandue par les journalistes conseillant à Cardenas qu'il se satisfasse de ses triomphes et qu'il participe à gouvernement de concertation. (...) C'est à partir de ce type de déclarations qu'on peut apprécier toutes les peurs du PRI, ouvertes ou dissimulées, quant à la dynamique qui s'ouvre à partir de la décision de Cardenas de ne pas reconnaître le triomphe de Salinas. (...)
Les supporters de Salinas sont aujourd'hui au désespoir de ne pas avoir de réponse favorable à leurs propositions de concertation, il fallut même utiliser le Procureur général de la République, individu qui jouit de la sympathie de certains secteurs cardénistes, pour faire un discours dans lequel il insistait sur la nécessité de cette concertation. La plupart des journalistes soulignèrent l'importance de cet appel, mais sans dire qu'il impliquait que les
"minoritaires" reconnaissent le triomphe du PRI. Au train où vont les choses, le plus probable est que Salinas soit le prochain président de la République, mais que son gouvernement qu'il pensait fort et démocratique, soit bien plus un gouvernement faible et antidémocratique. Salinas sera le nouveau grand solitaire du palais, non seulement à cause des désertions qu'a connues le PRI, mais aussi fondamentalement parce que dès le début de son mandat, il devra compter sur le rejet populaire. C'est probablement sous l'administration de Salinas que nous vivrons la fin de ce mode de domination. Celui qui voulait être le modernisateur du PRI en sera le fossoyeur.
Quelques heures avant que ne soient closes les urnes, certains cardénistes en vue assuraient que le PRI avait gagné, que le vote pour Cardenas avait été très élevé et qu'il s'était affirmé comme la seconde force. En ce sens, les socialistes qui appuyèrent Cardenas furent les premiers surpris par le triomphe de Cardenas. tard, au moment de la manifestation au gouvernement et face à l'ampleur que prenait la réaction des gens qui s'y étaient réunis, ils se montrèrent assez déconcertés par les suites à donner à cette action. En revanche, le plus clair et le plus tranquille était précisément Car-
Toutes les déclarations qu'il fit et toute l'activité politique qu'il déploya, ont montré un homme politique très habile et très clair dans ce qu'il veut.
Surprend de prime abord la capacité qu'il a eue de subordonner tout le monde à
1) Camboa Pascoe, Fidel Velasquez : figures marquantes de la bureaucratie syndicale liée au PRI les "charros", le second étant secrétaire général de la Centrale des travailleurs mexicains (CTM).
2) Deux des bureaucrates syndicaux qui prirent posi-
Certains d'entre nous pensaient que l'évidence du réformisme cardéniste se manifesterait par son rejet de la mobilisation. Que s'il acceptait jamais le triomphe de Salinas, cela ne signifiait pas qu'il mobiliserait les masses pour défendre sa victoire. Cardenas a mobilisé des centaines de milliers de Mexicains, non seulement dans la ville de Mexico, mais dans différents endroits de province les mobilisations de masse ont été impressionnantes.
Ceci doit nous amener à mieux réévaluer ce que signifie le projet politique que pose le cardénisme. Le plus important à comprendre est sa stratégie politique. Une première réponse doit forcément nous amener à avoir une vision d'ensemble de ce qu'est la politique de Cardenas. Il paraît évidement que Cardenas ne cherche pas une issue négociée à la conjoncture actuelle. Nous sommes convaincus que son projet se modifiait au fur et à mesure que sa force augmentait.
Le FDN, un instrument politique
S'il est vrai que dans la première partie de sa campagne, il pensait à la possibilité de récupérer le PRI, il a désormais une vision radicalement différente. Ce qu'il veut maintenant, c'est diviser davantage le PRI. Il entend reformuler les mécanismes de relations entre les masses et le pouvoir, entre les masses et un parti différent du PRI. Dans de nombreuses occasions, nous avons pu voir que Cuauhtémoc connaît parfaitement l'histoire de notre pays, et tout particulièrement la forme de domination que mit sur pied son père (3).
L'objectif de Cardenas, c'est de créer un nouveau Parti de la révolution mexicaine, avec la même vision que son père, mais avec une différence. Alors que le général le fit depuis l'appareil d'Etat, le fils pense le faire pour réorganiser l'appareil d'Etat, partant de la ferme conviction qu'avec les politiciens actuels du PRI, il est impossible de mener à bien cette tâche.
Cette conviction cardéniste part d'une autre hypothèse : en ne menant pas à bien une reformulation du pacte social issu de la révolution mexicaine, une crise sociale et politique de dimension historique risque d'éclater. Avec cette vision, la politique menée par Miguel de la Madrid et celle que prétend mener Salinas, est le meilleur moyen pour que le système dans son ensemble éclate en mille morceaux. Cardenas cherche à éviter cette possibilité et pour cela, il doit assumer des positions extrêmement radicales contre Salinas.
Pour parvenir à cela, il tend la main aux secteurs rompant avec le PRI et aux secteurs indépendants de gauche. Il cherche à transformer le FDN en un instrument politique (pas forcément en en faisant un parti dans un premier temps) pour encadrer l'appui de masse qu'il a acquis. Le pas suivant, sera sans aucun doute d'organiser cet appui en fonction des secteurs sociaux. Il semble qu'il ait appelé les trois dirigeants les plus significatifs du CEU (4) pour mener à bien un travail dans toutes les universités du pays avec l'objectif de créer une jeunesse cardéniste. Bien évidemment, il ne peut pas appeler maintenant à la formation ouverte d'un nouveau parti, mais cela ne signifie pas qu'il ne fait pas les premiers pas en ce sens. Il ne veut pas qu'on l'accuse de détourner des forces dans ce moment de lutte contre la fraude électorale, et ensuite, il doit préparer ses forces, ceux qui seront avec lui pour ce projet.
Cardenas a une vision de construction de cet instrument politique par le haut. Dans une réunion qu'il a eue avec les associations des victimes du tremblement de terre, face à un déluge de propositions sur comment organiser les comités anti-fraude et la traditionnelle discussion démocratique des associations, Cardenas répondit
Bien sûr que c'est irrégulier... Depuis quand y-a-t-il autant de gens pour défendre le vote ? que tout ce qui s'était discuté ne servait à rien, que la question fondamentale c'était de construire un commandement unique qui prenne l'essentiel des décisions. La majeure partie des associations acceptèrent cette vision.
Notre point de départ, c'est que le triomphe de Cardenas et les illusions qu'il a engendrées posent inévitablement la possibilité d'avancer dans un processus de réorganisation du mouvement de masse. Bien évidemment, les travailleurs des villes et des campagnes ne vont pas restreindre leur volonté électoral. Ils veulent la démocratisation de leurs organisations sociales, ment les syndicats. En fonction de ce que nous avons dit antérieurement, créer un Front démocratique ou un mouvement national démocratique d'en haut n'est pas identique à quelque chose qui serait le produit de la progression de l'auto-organisation des masses.
Cardenas dans son projet de restructurer des mécanismes politiques qui aident à la recomposition de l'Etat mexicain et de ses relations avec les masses, peut imposer une certaine vision corporatiste vis-à-vis des secteurs sociaux. Il est indubitable qu'il va tenter de créer une organisation de ce type. D'autant plus si nous observons le degré de contradictions internes des cardénistes. Dans un même secteur, cohabitent des cardénistes qui n'ont rien de commun entre eux. (...) Dans le mouvement syndical, la question est encore plus délicate, car dans quasiment tous les secteurs, les représentants cardénistes se rencontrent tant dans les directions syndicales bureaucratiques que dans les courants démocratiques qui les combattent. (...) A partir de cette grande hétérogénéité, Cardenas doit structurer une organisation politique d'en haut, avec une hégémonie indiscutable. Plus, il va jouer de cette hétérogénéité pour imposer son contrôle sur le processus et ne pas permettre que quelqu'un lui fasse de lombre. (...)
Avec tout cela, Cardenas est décidé à combattre Salinas. Il sait qu'il est très difficile que Salinas ne prenne pas possession de son mandat, mais en même temps, il crée les conditions pour qu'il n'aille pas jusqu'au bout de son mandat.
C'est précisément à partir de ce projet que son opposition au courant que représente Salinas est irréductible. Maintenant, cela comporte un nombre de dangers sans fin. En prenant confiance en lui même, le mouvement de masse, son expression politique seront chaque fois plus radicaux. Dans cette dynamique, il combinera de manière inévitable la nécessité de démocratiser ses organisations sociales, avec la nécessité d'améliorer substantiellement son niveau de vie. Son besoin de démocratie n'a rien à voir avec des canaux d'expression, mais englobe aussi la conduite de la politique économique. Le mot crise et une série de questions économiques commencent à ne plus être tabous pour les masses. (...)
Le PRT et son projet démocratique et socialiste
Il n'est pas possible de penser que les travailleurs mexicains vont se contenter de lutter pour démocratiser leurs syndicats ou, plus généralement, leurs organisations sociales. Dans le même temps, ils lutteront pour améliorer leurs conditions de vie. l Dans ce sens, la lutte pour le salaire ou pour l'emploi seront clés, comme la démocratie. Et c'est précisément là que se manifestent les limites du projet cardéniste. Sa lutte démocratique se réduit fondamentalement à la lutte pour la présidence de la République. De façon très significative, le discours qu'il prononça lors du meeting du 16 juillet, révélait clairement ses intentions. Dans ce discours, jamais il ne fit la moindre allusion aux revendications matérielles les plus pressantes de la
3) Le général Lazare Cardenas fut président de la République entre 1934 et 1940. C'est lui qui œuvra pour que la majeure partie des organisations ouvrières et paysannes entre dans le parti qu'il créa alors, le Parti de la révolution mexicaine. Sur le cardénisme, voir le CER numéro 5 sur "le populisme en Amérique latine"
4) Le Conseil étudiant universitaire (CEU) était la direction du mouvement étudiant pendant les mobilisations de l'hiver 1986-1987.
population. Il ne parla ni de la lutte pour les salaires ou pour l'emploi, ni de la transformation des conventions collec-
La nécessité d'étendre cette lutte pour la démocratie à toutes les cellules de la société n'apparut pas davantage. Le discours fut radical par rapport à Salinas de Gortari, qu'il nomma une fois de plus usurpateur, mais par rapport aux revendications populaires, pas un mot. Ce discours, élaboré comme un discours de protestation d'un nouveau président de la République, n'était pas destiné aux gens qui se massaient sur la place de la Constitution, mais à ceux qui n'y étaient pas : la bourgeoisie, l'armée, l'ambassade yankee. (...)
Le parti a tracé une ligne politique basée sur la nécessité de maintenir un pôle d'indépendance de classe dans cette campagne électorale. Certains opportunistes de la politique comme Marcos Rascon de Punto Critico (5), prétendent évaluer la validité de cette décision à la lumière des résultats électoraux. Ce n'est évidemment pas là notre façon d'analyser la justesse ou pas d'une politique déterminée. Dans ces derniers mois, notre parti et plus encore, notre projet stratégique, ont été constamment attaqués, et il faut insister là-dessus, ce n'est jamais que le début, ce que nous allons connaître va être beaucoup plus fort. Les agressions et le harcèlement dont nous avons été victimes ont comme origine l'idée que l'existence indépendante du PRT est extrêmement gênante. Certains voudraient que toute la gauche mexicaine soit orgueilleusement cardéniste.
Un projet socialiste à long terme
Quand notre parti a décidé de se maintenir avec une ligne indépendante, il a démontré une grande solidité politique. Et cela prend une signification plus grande encore si nous comprenons que nous étions un parti qui avait connu une accumulation permanente de succès politiques.
Et de plus, nous étions un parti où l'idéologie de faire de la politique grand, en rompant les schémas sectaires du passé, s'était transformée en conscience fausse. Certains partirent et il ne fait pas de doute que nous, qui fûmes les dans l'élaboration de cette fausse conscience, en portons une part de
En un petit nombre d'années, nous sommes parvenus à accumuler de tels succès, que nous avons perdu la perspective de ce que signifiait avoir un projet encore minoritaire dans la société. Nous davantage éduqué nos militants dans le succès conjoncturel que dans la vision à long terme que signifiait notre projet socialiste. C'est pour cela que nous avons beaucoup d'admiration pour notre PRT qui est sorti vainqueur de cette première grande épreuve, sans avoir perdu son profil révolutionnaire et socialiste. Il est vrai que dans cette épreuve, certains camarades - beaucoup d'entre-eux, de bons camarades - ont pris un autre chemin et ont rompu avec le parti. Ce fut là le prix à payer pour maintenir une ligne d'indépendance de classe.
Conscience et contradictions
On ne peut juger si notre décision était correcte ou pas à partir de notre résultat électoral. Certains camarades pensent que notre recul électoral traduit une baisse du niveau de conscience des masses. C'est totalement faux. Ceux qui raisonnent ainsi semblent ne pas savoir quels furent nos résultats électoraux auparavant. Le PRT n'avait pas 30%, ou même 10% des voix, et serait tombé maintenant à 0,38% selon le gouvernement. La vérité, c'est que notre parti avait en 1982 près de 3% réellement, en 1985 près de 2% (réellement, encore une fois) et qu'aujourd'hui nous sommes aux environs de 1,5%. Cela a mené certains commentateurs à dire que le socialisme est minoritaire dans la société mexicaine. Mais c'est un fait évident non seulement en 1988, mais depuis de nombreuses décennies, sinon depuis toujours.
Ce qui est important est ailleurs. Ces élections n'ont pas manifesté une baisse du niveau de conscience des masses. Au contraire, la défaite que les travailleurs des villes et des campagnes ont infligée au gouvernement du PRI exprime un niveau de conscience supérieur. Il est vrai que cette conscience se traduit de manière contradictoire, mais il ne pouvait en être autrement. Notre tâche ne peut être de nous adapter aux circonstances mais bien de lutter pour favoriser une élévation de cette conscience à un niveau supérieur. Notre politique a montré une très grande cohérence dans cette conjoncture. Ceux qui craignaient que nous soyons en marge des larges masses, voire que nous soyions rejetés pour ne pas avoir appelé à voter pour Cardenas, doivent reconnaître que non seulement il n'en fut pas ainsi, mais que les masses ont bien compris notre position, même si pour le moment, elles ne sont pas totalement d'accord avec nous.
Le projet socialiste, d'indépendance de classe que représente notre parti doit se poursuivre, aujourd'hui plus que jamais. Toujours dans les situations de crise, les révolutionnaires sont confrontés plus clairement qu'auparavant - à la difficulté d'être minoritaires, mais ceci ne doit pas cacher la vision de la signification du projet stratégique. Ce n'est pas la même chose d'être minoritaires dans une époque de tranquillité sociale et dans des moments où nous voyons les masses prendre confiance en elles-mêmes et se mobiliser de façon impressionnante, c'est là une vérité que nous ne pouvons occulter. Une vision plus manichéenne est celle qui cherche à rendre les masses responsables de ne pas comprendre le projet socialiste. (...)
Nous avons maintenu notre projet indépendant et socialiste non par nécessité narcissique l'avons maintenu et nous drons parce qu'il est nécessaire pour le mouvement de masse de notre pays, ni plus ni moins. Dans l'avalanche réformiste que nous connaissons, les masses ont besoin d'une référence socialiste et elles la voient précisément comme un point de référence, comme un point de vue qu'il est nécessaire de prendre en compte au vu de ce qui se passe dans notre pays.
Le PRT et ses perspectives
Comme nous l'avons dit plus haut, ce qui est fondamental aujourd'hui pour les perspectives de notre parti, ne peut être considéré en fonction des intentions actuelles de la direction du mouvement, mais en fonction de la dynamique qu'ouvre ce mouvement. Notre objectif ne doit pas être d'attendre la trahison ou que les masses perdent leurs illusions, pour alors intervenir. Notre travail n'est pas de briser
5) Punto critico. groupe de gauche indépendant partie prenante du FDN.
les illusions des masses mais de canaliser ces illusions vers d'autres objectifs. Nous devons nous insérer dans la dynamique actuelle des masses et participer avec elles à quelque chose qui n'est plus simplement les élections (ou tout du moins pas complètement), mais bien la possibilité de progresser dans le processus de réorganisation du mouvement de masse.
En premier lieu, nous devons participer de façon active à la construction des comités contre la fraude électorale. (...)
Au niveau politique plus général, nous devons comprendre que sans avoir une vision de débordement, il est nécessaire de jouer à fond la lutte démocratique. Cardenas pense qu'il est possible de parvenir au retrait des députés dans sa lutte pour ôter sa légitimité à la victoire de Salinas. (...) Dans le collège électoral auquel nous devons participer, il sera nécessaire de lutter, d'abord contre la reconnaissance de Salinas comme président de la République, mais ultérieurement, nous devrons mener une politique qui accentue la crise des institutions. (...)
En même temps, nous ne devons pas agir comme si nous n'avions déjà plus le registre légal. Il est évident que le PRT a également été victime de la fraude électorale. Nous devons aller au collège électoral pour nous battre pour notre enregistrement légal, et en même temps, faire de la politique. (...) Evidemment, dans cette défense, nous avons beaucoup de limites à cause du faible nombre de représentants de notre parti dans les bureaux de vote. Toutefois, il est nécessaire de rassembler tous les faits que nous avons, y compris avec les autres partis, pour pouvoir comparer ces résultats avec ceux que nous a octroyés le gouvernement.
Une poignée de voix Une fois de plus, le gouvernement tente de domestiquer notre parti en pensant que nous allons changer notre profil politique pour une poignée de voix. Une fois que les choses furent bien claires pour lui et les calomniateurs de la gauche qui se frottaient déjà les mains pour accuser le PRT de se prêter à la fraude électorale, ils n'insistèrent plus. Et bien entendu, ils décidèrent de se venger en nous donnant un score très bas, avec l'objectif de minimiser notre présence dans la société. Le PRT est sorti vainqueur de cette épreuve. (...) Mais ce n'est pas pour cela que nous allons baisser les bras. Si le PRT perd son registre, ce ne sera pas à cause de son score électoral, mais bien sur décision du gouvernement pour se venger de nos positions politiques. Voilà pourquoi notre bataille pour le registre n'est pas finie et dans toutes les mobilisations générales contre la fraude, nous devons exiger que la défense du registre du PRT soit posée comme une revendication.
Comité central du PRT 22-24 juillet 1988
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