DES SON ACCESSION à la tête du Parti communiste chinois (PCC), marché privés, entreprises sous la responsabilité des directeurs et non plus des dirigeants du Parti, ouverture accentuée aux échanges
Zedong a suscité un débat de grande ampleur lors du Xille congrès du PCC entre les "réformistes" et les "conservateurs". Ce débat est loin de s'être apaisé et les conséquences des réformes déjà engagées
L'article ci-dessous analyse la position des courants qui partagent
CHINE
Les habits neufs de Zhao Ziyang à l'automne 1987, Zhao Ziyang annonçait son plan de réformes économiques et politiques, élargissement de la production et du commerciaux internationaux et aux investissements étrangers.
On peut faire un parallèle entre la politique qu'entend désormais mener la direction chinoise et le cours suivi en Union soviétique, la perestroika.
Cette rupture radicale avec la politique suivie du temps de Mao sont aujourd'hui au cour de la vie politique et économique en
République populaire de Chine.
le PC chinois. Dans notre prochain numéro nous en publierons la seconde partie qui traite de la réforme économique et de celles de l'administration et du Parti.
A. MARAVER
E TREIZIEME CONGRES du Parti communiste de Chine s'est réuni à
Pékin du 25 octobre au ler novembre 1987. Représentant 46 millions de militants, 1 959 délégués avaient comme principaux points à l'ordre du jour de leurs sessions de travail, l'élection d'une nouvelle direction, dans le cadre d'un changement général sans précédent dans l'histoire du parti, et l'adoption d'une ligne politique stratégique pour la réforme, qui signifie la fin idéologique du maoisme.
Avant le lever de rideau
La tenue de ce congrès a été précédée de dix mois d'intenses luttes fractionnelles entre conservateurs et réformistes.
En janvier 1987, au milieu des mobilisations étudiantes qui occupaient les villes les plus importantes du pays, la crise politique interne provoque la chute du secrétaire général du parti, Hu Yaobang.
L'offensive conservatrice qui s'est poursuivie jusqu'à la réunion de l'Assemblée populaire nationale (APN) au mois d'avril, a suscité la radicalisation de la tactique des réformistes, qui ont réussi à imposer leur hégémonie dans la préparation du congrès, après avoir récupéré l'initiative politique dans une contre-offensive générale au mois de mai.
Asseoir cette hégémonie et l'assurer pour le futur, au-delà de la vie physique de
Deng Xiaoping, tel a été le principal objectif du XIIIe congrès. Pour cela, il a fallu donner une cohérence globale aux positions réformistes développées ces neuf dernières années, depuis le troisième plénum du IXe Comité central, dans un projet stratégique pour la construction du socialisme en République populaire de Chine.
En même temps, s'est créé un rapport de forces plus favorable aux réformistes dans les organes dirigeants, qui avec la mise à la retraite de la génération de la Longue marche, ont vu sy accentuer, non seulement leur poids, mais aussi le rôle propre de Deng Xiaoping comme inspirateur et arbitre suprême du parti. C'est là un aspect essentiel, parce que la lutte de ces derniers mois a montré que pour consolider son hégémonie et résoudre le problème de la succession, la fraction réformiste a besoin de profiter au maximum de l'autorité de Deng tant qu'il vivra.
La réforme politique qui a été la cause des mobilisations et des luttes internes du parti ces derniers mois, apparaît pour la première fois dans le programme général des communistes chinois, avec une série de mesures concrètes qui devront être mises en pratique dans les prochaines années et dont le succès conditionnera celui de l'ensemble de la réforme.
Car le principal problème pour le développement économique du pays est avant tout social et politique : comment rétablir des relations de confiance entre le parti et les masses, après la révolution culturelle, et susciter l'enthousiasme de ces dernières et leur activité en faveur du changement, d'ores et déjà qualifié de seconde Longue marche, sans que la réforme ne s'essouffle et se noie dans une série de
Dans un moment historique où le "socialisme réel" est à la croisée des chemins dans le monde entier, où surgissent des projets de réformes de l'ampleur de la perestroïka soviétique, la "Campagne de rectification des erreurs" cubaine, ou la relance du socialisme de marché en Hongrie, la direction chinoise a fait un effort important pour définir idéologiquement un projet qui, jusqu'à présent, est le plus radical sur le terrain politique et économique.
L'offensive conservatrice
Le lancement de la campagne contre le "libéralisme bourgeois" à la réunion du Bureau politique du 14 janvier 1987 et la démission ultérieure immédiate de Hu Yaobang, furent le signal d'une offensive générale de la fraction conservatrice à laquelle se joignit un secteur de l'Armée populaire de libération.
A partir de leur contrôle sur le Département de propagande, les conservateurs commencèrent à diffuser une critique globale de la situation économique et sociale : la réforme était la cause de l'inflation et des inégalités sociales croissantes en introduisant dans le cadre de la planification, un secteur capitaliste, dont le fonctionnement corrompait idéologiquement la population. Pour y faire face, il était indispensable de récupérer le contrôle politique de la situation, en réprimant toute manifestation de rue, comme cela s'était fait lors du mouvement étudiant ; renforcer le secteur socialiste de la production et mettre fin à des activités comme la bourse des valeurs, la relation directe entre entreprises et marchés paysans ; réimposer enfin, les valeurs morales socialistes chez les intellectuels et l'ensemble de la société.
L'intervention directe de Deng Xiao-
ping, à travers la publication dans le Quotidien du peuple d'un de ses vieux articles de 1962, limita, à la mi-février, l'essor de l'offensive conservatrice, en exigeant que la campagne contre "le libéralisme bourgeois" n'affecte ni le secteur économique ni l'armée, et qu'elle se limite en pratique à l'intérieur du parti. Déjà à cette date, les dégâts causés au projet réformiste étaient très importants, en provoquant notamment une méfiance généralisée parmi les intellectuels et les directeurs d'entreprises sur l'avenir de la réforme, ravivant ainsi les traumatismes de la révolution culturelle.
Le dilemme des conservateurs
La fraction conservatrice s'est trouvée confrontée à un dilemme insoluble. D'une part, elle avait besoin de profiter de la campagne contre "le libéralisme bourgeois" pour diffuser ses positions dans la perspective du prochain congrès, et établir ainsi une base d'appui social plus large qui lui permettrait une relève des générations, sans affecter le rapport de forces établi à la réunion du bureau politique du 14 février. D'autre part, toute tentative de rompre le consensus et d'élargir la campagne impliquait le danger d'être accusée de fractionalisme, et surtout, de réveiller l'instabilité politique, en contradiction ouverte avec son programme "d'ordre et discipline". La presse internationale, en prenant ouvertement parti pour les réformistes, augmentait les risques en ce sens et réduisait les possibilités de manœuvres intermédiaires, car elle présenterait tout nouveau mouvement conservateur comme un défi personnel à Deng, avec de graves répercussions sur la confiance des investisseurs étrangers, qui ont déjà des intérêts significatifs liés à la réforme (1).
La réunion de la 5e session de la VIe Assemblée populaire nationale, avril 1987, s'offrait à la fraction conservatrice comme l'unique cadre public où poursuivre la campagne contre "le libéralisme bourgeois" de Peng Zhen, président de l'APN et principal porte-parole des conservateurs dans la crise de janvier. La discussion du rapport sur les travaux du gouvernement, que devait présenter Zhao Ziyang, permettait un affrontement contrôlé avec les réformistes, sur un terrain favorable aux con-
Parfaitement conscients de cet état de choses, les réformistes évitèrent le piège. Le rapport de Zhao reprenait tout léventail des critiques conservatrices, pour faire explicitement référence immédiatement après, aux bases politiques du consensus auquel on était parvenu en janvier, et qui ne pouvaient être autres que la réforme.
Sur le terrain économique, le travail du gouvernement fut caractérisé comme "réajustement (...) pour renforcer et améliorer continuellement le contrôle macro-économique". Le déficit budgétaire avait été combattu par une politique d'austérité, compensée par le contrôle des prix et des salaires. Le gouvernement avait tout particulièrement mis l'accent sur la réduction de la consommation dispendieuse de certains organismes ou entreprises "avides de somptuosité, de luxe, de pompe et dostentation (...) occasionnant une distribution abusive en espèces et dilapidant les fonds publics".
Pour ce qui est des rythmes de croissance, l'aspect le plus important des critiques des conservateurs, Zhao souligna que "les investissements dans la construction d'infrastructures dans les entreprises propriétés de tout le peuple, n'augmenteront que de 7,3%, pourcentage très inférieur aux 44,6% de 1985. Aujourd'hui, le principal problème est dû à ce que l'expansion des investissements dans des actifs fixes en marge du Plan, n'a toujours pas été efficacement contrôlée" (2)
Tout cela semble un écho des interventions de Chen Yun lors des derniers troubles, en ce sens que la forte inflation, officiellement de 10% mais en réalité proche de 20% (3), et l'apparition de différences sociales, notamment par une consommation démesurée et la corruption de la bureaucratie (4), étaient les causes fondamentales de la croissante instabilité
Mais les principaux objectifs du gouvernement en 1987, selon Zhao, étaient "La réforme des mécanismes opérateurs des entreprises et du système de direction au sein de chacune d'elles, par la poursuite de l'incitation à l'association économique horizontale, l'accélération dans la mesure appropriée de la réforme bancaire, et l'élargissement ultérieur du marché des biens de production, la transformation et le perfectionnement progressifs des systèmes de travail et de salaires des entreprises par des méthodes de contrôle de l'investissement en actifs fixes, tout en préparant activement le terrain pour la prochaine phase de réformes complémen-
La première d'entre elles, la réforme du système de gestion des entreprises, qui sépare directions politique et technique, augmente l'autonomie et la responsabilité des gestionnaires et distingue les formes de propriété des formes de gestion en introduisant des types de leasing et de souscontrats, avait déjà été présentée par le gouvernement à l'APN sous forme d'un projet de "Loi des entreprises industrielles d'Etat" mais l'opposition active des conservateurs était parvenue à geler son adoption.
Sur le terrain idéologique, les mobilisations étudiantes "furent pour l'essentiel", selon le rapport, "le produit d'un débordement du courant de libéralisation bourgeois (...) Voilà pourquoi nous disons que la lutte contre la libéralisation bourgeoise est fondamentale pour le succès ou l'échec de la modernisation socialiste et le destin de la nation". Mais c'était l'ultime concession qu'étaient prêts à faire les réformistes. "Ici poursuivit Zhao je me permets de répéter solennellement la chose suivante : durant tout le cours de la lutte contre la libéralisation bourgeoise, la disposition générale de concentration des efforts sur le développement des forces productives sociales et d'impulsion au développement de la civilisation socialiste sur les plans matériel et spirituel, avec comme axe la modernisation économique, ne changera pas. L'orientation de réforme sur toute la ligne ne changera pas."
Des mesures concrètes
Sur le terrain de la réforme politique, enfin, Zhao relevait le défi conservateur et annonçait l'élaboration d'une étude permettant de formuler une proposition de mesures concrètes au XIlle congrès. Cependant, il déclarait que "jamais ne serait permise la relativisation du problème de la démocratie sous prétexte de combattre la libéralisation bourgeoise".
Le succès de cette tactique des réformistes obligea Peng Zhen à sauter le pas pour défendre la fraction conservatrice dans une conférence de presse avec des journalistes de Hong-Kong et de Macao (5). En premier lieu, face à l'accusation voilée de fractionalisme de l'APN pour geler la Loi des entreprises industrielles d'Etat, Peng s'attribuait le mérite d'avoir été le premier à proposer le système de la responsabilité personnelle des directeurs d'usine, mais qu'à l'époque cette question avait été écartée, en accord avec Zhao Ziyang, parce qu'il existait encore des divergences et des lacunes concernant certains articles de la loi. Il repoussait également la division de la direction du parti entre réformistes et conservateurs : "De fait, parmi nous il n'y a que des marxistes (...) le camarade Deng Xiaoping a dit la chose suivante : en ce qui concerne la réforme, je suis un réformiste, et quand il s'agit des Quatres principes fondamen-
1) En 1986, les investissements étrangers ont diminué de 47,6%, soit 3,3 milliards de dollars au lieu des 6,3 milliards de 1985.
2) Rapport sur le travail du gouvemement présenté à la Se session de la Vle APN. Beijing Informa numéro 16, du 21 avril 1987. (Pékin Informations, version en langue espagnole).
3) Li Rongxia, dans "Réforme du système des prix à Guandong", Beijing Informa, numéro 37 du 15 septembre 1987, signale que "en 1986, l'indice du coût de la vie a baissé de 22,5% record historique, à 3,4% le plus bas parmi les grandes villes".
4) Selon le Quotidien du peuple, dans les deux dernières années les nouvelles sociétés, associations et entreprises ont acheté près de 200 000 voitures, dépensé de 7 à 8 millions de yuan d'essence et d'entretien en plus du coût des véhicules. Beijing Informa numéro 35, du 1er septembre 1987.
5) "Peng Zhen avec des joumalistes de Hong Kong et Macao" - Beijing Informa numéro 17, du 28 avril 1987.
taux, je suis un conservateur" (6). Peng révélait, pour consolider l'appui social des conservateurs, qu'en 1982 "beaucoup de cadres" avaient suggéré sa cooptation au Comité permanent, et qu'il l'avait rejetée pour des raisons d'âge, reconnaissant la nécessité de rajeunir la direction du PCC, avec y compris sa mise à la retraite comme celle d'autres dirigeants conservateurs, mais en y maintenant explicitement Deng Xiaoping.
Il s'agissait en définitive d'un repli, et de l'acceptation des bases du consensus du 14 janvier, ce qui laissait de nouveau l'initiative aux mains des réformistes dans la préparation du XIlle Congrès.
L'offensive conservatrice avait fait un pas en avant et deux pas en arrière.
La contre-offensive réformiste
Le signal de la contre-offensive réformiste fut le discours prononcé par Zhao Ziyang le 13 mai lors d'une réunion de responsables de la propagande, de la presse, des écoles du Parti et des Instituts de recherche. Sur un ton très différent de celui employé devant l'APN, Zhao critiqua "les personnes qui plaident pour l'élargissement de la lutte contre le libéralisme bourgeois sur le terrain économique : ils sont irresponsables, ils se trompent politiquement et violent la discipline sur le plan organisationnel", pour réfuter ensuite un à un les arguments des conservateurs : la situation économique non seulement n'était pas mauvaise, mais montrait une croissance soutenue y compris pendant la période de réajustement 1985-1986 ; à aucun moment les nouvelles formes de gestion industrielle et le système de responsabilité dans les campagnes n'avaient menacé la propriété collective des moyens de production ; on ne pouvait opposer un secteur socialiste planifié "pur" à un secteur capitaliste marchand "corrompu" : la campagne contre le libéralisme bourgeois ne pourrait jamais être un substitut à la réforme politique, etc.
Enfin, Zhao définissait la situation à laquelle doit faire face le parti : "si nous ne persévérons pas dans les Quatre principes, nous tomberons inévitablement dans le libéralisme bourgeois ; mais si la réforme n'est pas menée à bien, des conditions favorisant indubitablement cette tendance seront créées. La raison en est que seule la réforme peut développer l'initiative et la capacité créatrice des gens et développer les forces productives, en permettant que le socialisme démontre sa supériorité (...) La réforme est devenue une tendance dans les pays socialistes, sans laquelle ils n'ont pas d'issue".
Le second scénario de cette contre-offensive fut la réunion, le 26 mai, de la commission de la Campagne de rectification ou de consolidation du parti. Dans son intervention, Zhao Ziyang répétait les arguments qu'il avait exposés auparavant et demandait que le seul critère pour la promotion des cadres soit leur contribution positive à la réforme. Bo Yibo, vice-président de la commission, signalait que les inégalités relevées dans l'application de la campagne étaient le résultat du "formalisme" et de la peur de la critique de la part de beaucoup de militants, qui manquent de confiance dans la stabilité politique de la réforme. Mais il souligna qu'ils ne feraient plus appel à "aucun mouvement de masse", comme on appelle les méthodes de luttes fractionnelles de la Révolution culturelle, et que la Campagne devait se limiter à la critique et l'autocritique. Dans un parti de 46 millions de membres, le résultat de la Campagne n'avait été que de 33 896 expulsions (7), chiffre qui parle de lui-même.
Le gigantesque incendie de la forêt de Hinggan, en Mandchourie, a permis à la fraction réformiste de mettre en exemple les objectifs et le pourquoi de la réforme politique. Des milliers d'hectares de bois et des villages entiers furent la proie des flammes, tandis que le ministère des Eaux et Forêts donnait des preuves patentes d'inefficacité et de bureaucratisme.
Le ministre et ses adjoints furent destitués, au milieu d'un torrent d'éditoriaux de pressé qui exigeaient une loi de la part de l'administration d'Etat, dans le cadre plus général de la réforme politique, pour délimiter clairement les responsabilités aux différents niveaux de l'administration et du parti, et mettre fin à la centralisation excessive et à la bureaucratisation. Le ler juillet, le Quotidien du peuple reproduisait le discours de Den Xiaoping "la réforme du système de direction du parti et de l'Etat" par laquelle commença le débat sur la réforme politique au Bureau politique, en juin 1980.
L'épreuve de force
Toutefois, le contrôle sur le Département de propagande était l'épreuve de force la plus importante que devaient surmonter les réformistes. Ce n'est pas par hasard que c'est à partir de cette position stratégique que les conservateurs, Deng Liqun à leur tête, avaient lancé leurs campagnes contre "la pollution spirituelle" et "le libéralisme bourgeois" et mis en échec, peu de mois auparavant, une tentative réformiste de mettre à la tête du Département une nouvelle équipe dirigée par Zhu Houze. L'expérience avait démontré que tout consensus auquel parvenait la direction ouvrait immédiatement une lutte pour son interprétation, en premier lieu dans la presse et les grands moyens de communications. Voilà pourquoi il était fondamental pour les deux fractions de renforcer leur poids respectif dans l'appareil de propagande avant le congrès.
La réunion des chefs provinciaux chargés de la propagande, se tint à Pékin du 9 au 12 octobre et fut le meilleur indicateur du rapport de forces immédiatement avant le congrès. Le responsable du rapport central était Hu Qili, bras droit de Hu Yaobang jusqu'à sa destitution et dirigeant le plus libéral de la direction. Hu en appela au "dialogue démocratique", , utilisant les médias, non seulement pour diffuser la nouvelle politique de réforme, mais aussi pour recueillir les opinions, les critiques et les initiatives spontanées de la population, sans lesquelles, soulignait-il, la progression politique du parti était impossible. Quatre jours plus tard, le 16, le Quotidien du peuple reproduisait son intervention, en même temps qu'était annoncé le départ de Deng Liqun du Département, mesure préalable à sa mise à la retraite et à son élection comme membre de la Commission consultative centrale, au congrès.
Le dernier effort de la fraction réfor-
6) Les Quatre principes sont : conserver la voie socialiste ; défendre la Dictature démocratique et populaire ; défendre la direction du Parti communiste ; et le marxisme- léninisme pensée Mao Zedong.
7) "Zhao : Réforme et opposition à la libéralisation bourgeoise" - Beijing Informa numéro 29, du 21 juillet 1987.
miste consistait à éviter tout point faible dans sa politique extérieure. Zhao Ziyang fit une grande tournée, en juin, en Europe de l'Est, rétablissant les relations de parti à parti avec les bureaucraties réformistes de la région, élargissant la perspective historique de son propre programme et faisant un pas en avant dans la normalisation des relations avec Moscou. Peu après, le Hongrois Janos Kadar et le Yougoslave Stefan Kerosec se rendaient à Pékin comme invités et confidents particuliers de Deng Xiaoping. Le général Yang Shangkun, dans un geste envers le secteur conservateur de l'armée, partait peu de temps après aux Etats-Unis pour réaffirmer d'une part, la politique de réunification pacifique avec Taïwan et critiquer les ingérences nord-américaines et, d'autre part, discuter du programme d'achat d'armes pour la modernisation de l'armée.
Pour diriger idéologiquement et rentabiliser cette contre-offensive réformiste, Deng Xiaoping publiait en juin une compilation de ses interventions dans la dernière période sous le titre "Questions fondamentales dans la Chine d'aujourd'hui". Pour lui, le débat entre conservateurs et réformistes sur les Quatre principes, sa condamnation du mouvement étudiant et son appui à la "liberté de création" pour les intellectuels, ses critiques au fonctionnement économique des Zones spéciales, se situent dans un programme réformiste plus large qui culmine avec le problème de la réforme politique. Le livre s'achève sur son dialogue avec un membre du présidium de la Ligue des communistes yougoslaves, Stefan Kerosec, intitulé "Il faut accélérer la réforme", et qui est une défense passionnée de son programme politique pour le XIIIe Congrès, non seulement comme principal dirigeant historique vivant du parti, mais aussi comme homme d'Etat de dimension internationale responsable dans une époque de changements historiques.
Comme solution au problème de la fraction réformiste, qui cherche à articuler les rapports entre sa base sociale et la population en général, meilleure expression de ses contradictions, la presse commença à publier, tout au long de l'été, les premiers résultats des enquêtes d'opinion effectuées par les Instituts de recherche sociale récemment créés. Le Quotidien du peuple ne laissait planer aucun doute, le 17 août, quand il publiait que 93,8% des gens interrogés étaient en faveur de la réforme. Les "mouvements de masses" écartés, la mobilisation autonome interdite après les débordements du mouvement étudiant, la nécessité politique de démontrer l'existence d'un appui social à son programme trouvait une solution classique dans les traités d'esbrouffe politique : les enquêtes (8).
Quand le 20 octobre, le VIle plénum du XIle comité central se réunit, les résultats de la contre-offensive du printemps étaient patents. Il n'y eut pas de grandes discussions sur le projet de rapport que devait présenter Zhao Ziyang au Congrès, au nom du Comité central. De même, fut approuvé un texte de Deng Xiaoping, "Idées générales sur la réforme de la structure politique", qui devait ajouter au rapport de Zhao, concrètes d'application de la réforme politique. On y effectua les modifications nécessaires des statuts pour que Deng, malgré son départ du Comité permanent et du Bureau politique, puisse continuer d'assurer la présidence de la Commission militaire, ce qui l'excluait de fait du changement de génération qui allait affecter les dirigeants conservateurs les plus en vue, en reconnaissance, une fois de plus, de son rôle d'arbitre du Parti et pour renforcer l'équilibre entre les deux fractions que devrait sanctionner le XIIIe congrès. Il ne restait plus qu à tenir ce dernier.
Le PCC dans la premiere etape du socialisme La première partie du rapport, rassemblée sous les titres "Nos succès historiques et les tâches du présent congrès," et "La première étape du socialisme et la ligne fondamentale du Parti" et le chapitre final de récapitulation, intitulé "Pour une nouvelle victoire du marxisme en Chine," cherche à établir la base méthodologique du programme réformiste, et à expliquer à partir de cette nouvelle perspective, l'histoire du PCC. Le Vle plénum du Xle Comité central en juin 1981, essayait déjà de le faire dans la "Résolution sur certains problèmes de l'histoire du PCC" pour revendiquer, après la défaite de la Bande des quatre, la légitimité de l'héritage de Mao. Mais l'hétérogénéité de l'alliance de tendances et fractions qui formait la direction à ce moment-là, ne lui permit ni d'élaborer un programme qui allait au-delà de la condamnation de la Révolution culturelle ni de se réclamer d'une
Le rapport de Zhao, au contraire, situe au moment du troisième plénum du XIe Comité central, le début d'une nouvelle étape de l'histoire du PCC, sous la direction de Deng Xiaoping, dont les résultats concrets dans l'édification du socialisme sont la base de la nouvelle légitimité du Parti. L'héritage de Mao se réduit à la direction de la lutte anti-japonaise et à la fondation de la République populaire, de telle façon que la pensée Mao Zedong doit se développer dans une nouvelle impulsion créatrice du marxisme qui se résume dans la formule de "construire le socialisme avec des particularités chinoises".
Les acquis réformistes
Pour qu'il ne reste aucun doute, les résultats concrets, tant pratiques qu'idéologiques, que la fraction réformiste s'attribue sont énumérés : une croissance économique soutenue, qui a permis de multiplier par deux le PNB en neuf ans ; le maintien de l'unité et de la stabilité politiques sur la base d'un consensus dont les deux éléments fondamentaux sont la politique de réforme et les Quatre principes ; l'analyse des étapes de la construction du socialisme en Chine et de la nécessité d'impulser et construire une économie marchande planifiée dans la première d'entre elles ; le développement de la démocratie socialiste et d'un système légal, mettant en place les bases d'un nouvel appareil d'Etat, séparé du Parti dans la formation d'un nouveau modèle de société socialiste ; l'enrichissement culturel et idéologique du pays, dans le cadre du principe de "liberté de création", avec l'objectif de créer une nouvelle civilisation spirituelle socialiste ; l'élaboration d'une nouvelle stratégie militaire pour la défense du pays et la réorganisation de l'Armée populaire de libération ; la progression dans le processus de réunification nationale grâce à la politique de "un pays, deux systèmes" qui a permis les accords de récupération de Hong-Kong et Macao respectivement avec la Grande-Bretagne et le Portugal, et de reformuler radicalement la perspective d'une négociation avec Taïwan ; enfin, le rétablissement de la Chine dans le concert des nations, avec une politique extérieure indépendante en faveur de la paix et du développement du Tiers-monde.
La tâche centrale du XIlle Congrès est d'approfondir et d'accélérer la réforme, avec la conscience du temps perdu à cause de la faible base économique de départ et des erreurs politiques commises. Le facteur temps joue sur la rapidité de la révolution technologique, la lutte pour les marchés et la restructuration du système éco-
Toutefois, le temps intérieur de la Réforme sera marqué par le niveau de développement de la Chine et ses propres contradictions, c'est-à-dire, par l'étape de construction du socialisme dans laquelle elle s'effectue. Pour la définir, Zhao, remonte aux débats sur la nature de la révolution chinoise dans les années 20 de l'Internationale communiste et du PCC : "Nous avions un immense pays semicolonial et semi-féodal. Après des luttes répétées entre les différentes forces politiques durant plus de 100 ans à partir du milieu du siècle passé, les nombreux
8) "Première organisation d'enquêtes d'opinion publique" - Beijing Informa numéro 36 , du 8 septembre 1987.
échecs de la révolution de vieille démocratie et la victoire finale de la révolution de nouvelle démocratie, il fut démontré que la Chine ne pouvait transiter par le capitalisme et que la seule issue consistait, sous la direction du Parti communiste, à abattre la domination réactionnaire de l'impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucratique et à emprunter la voie socialiste. Maintenant, le fait que notre société soit issue des entrailles d'une société semi-coloniale et semi-féodale et que le niveau des forces productives soit bien en deça de celui des pays capitalistes développés, détermine la nécessité de transiter par une première étape très prolongée pour faire de l'industrialisation une réalité, de même que la mercantilisation, la socialisation et la modernisation de la production atteintes par beaucoup d'autres pays dans les conditions du capitalisme" (9).
L'étape du socialisme
La caractérisation de cette première étape du socialisme ne se déduit pas pour autant d'un schéma général a priori, mais de l'analyse des conditions concrètes de la révolution chinoise. Elle se différencie tant de la période de transition, dans laquelle s'est établie la dictature démocratique populaire, selon la terminologie maoïste, mais dans laquelle n'existaient pas encore les bases d'une économie socialiste, que de l'étape suivante dans laquelle se sera effectuée la modernisation socialiste. "La contradiction principale à laquelle nous devons faire face dans l'étape actuelle, c'est celle qui existe entre les croissantes nécessités matérielles et culturelles du peuple, d'une part, et la production sociale retardataire de l'autre. La lutte de classes subsistera longtemps dans des limites déterminées, mais elle n'est plus la contradiction principale".
La nouvelle conception s'oppose frontalement à la théorie de la Révolution ininterrompue de Mao Zedong, selon laquelle les contradictions entre structure et superstructure dans un pays socialiste arriéré comme la Chine, se reflètent dans l'apparition périodique de couches sociales ayant des privilèges et des intérêts propres "suivant la voie capitaliste", à l'intérieur et en dehors du Parti communiste, et pouvant même aller jusqu'à s'emparer de la direction. La progresssion dans le processus de construction socialiste ne peut se faire qu'en prenant la lutte de classes comme contradiction principale, en dénonçant et détruisant ces couches sociales pro-capitalistes à travers de grandes mobilisations de masse qui prennent la forme de révolutions culturelles. L'histoire du Parti communiste chinois était interprétée comme une succession de luttes fractionnelles entre "deux lignes", , la socialiste, représentée par Mao, et les diverses variantes réformistes pro-capitalistes.
Les erreurs de "gauche" et de "droite" ne sont pas le produit, selon le rapport de Zhao, de la "lutte de deux lignes", mais de l'incompréhension de la nature de la révolution chinoise. "Dans les conditions historiques spécifiques de la Chine moderne, nier que le peuple chinois puisse prendre le chemin du socialisme sans que se soit produit auparavant le plein développement du capitalisme est une position mécaniste (...) source d'erreurs de 'droite. D'un autre côté, l'opinion selon laquelle on peut faire l'économie de la première étape du socialisme sans que se soit produit un développement des forces productives, est une attitude utopique (...) source des erreurs de 'gauche. Face au premier type d'erreurs, le rapport oppose la défense des Quatre principes, et face au second, la politique de réforme.
Le seul critère valable est la recherche de la vérité des faits, car, comme le souligne le rapport, "la construction du socialisme dans un pays d'Orient aux dimensions de la Chine est quelque chose de nouveau dans l'histoire du développement du marxisme", qui a devant lui la tâche d'élargir sa vision et son horizon avec les nouvelles réalités de notre époque, libre du dogmatisme à courte vue et des tendances utopiques, dans la lignée du travail théorique de Marx et Engels qui établirent, socialisme scientifique. Zhao synthétise le noyau de la nouvelle méthode réformiste face à Mao, quand il signale que "le matérialisme historique marxiste a toujours considéré que ce sont les forces productives qui décident en dernière analyse de tout le développement social. Les rapports de production et la superstructure ne peuvent contribuer au développement des forces productives que quand ils s'ajustent à l'état dans lequel se trouvent ces dernières".
Un nouveau modèle de socialisme
Si les forces productives se caractérisent par leur retard dans cette première étape du socialisme en Chine, les rapports de production le font par le caractère inégal et combiné de leur développement : le secteur de la propriété socialiste, bien que représentant 50% de l'économie, est hypothéqué par la faible socialisation de la production et devrait se réduire selon Zhao à 30% (10) : le marché domestique et l'économie marchande se sont faiblement développés ; l'économie naturelle et seminaturelle ont un poids considérable dans l'ensemble du PNB.
Sur le terrain de la superstructure, le rapport pose à nouveau la thèse déterministe des réformistes, selon laquelle la faiblesse du système économique socialiste "entraîne une insuffisance aiguë de toute une série de conditions économiques et culturelles nécessaires à la formation d'une démocratie socialiste hautement développée" et avance la thèse gradualiste selon laquelle au fur et mesure que seront dépassées ces insuffisances, il sera possiplus larges, même si l'on fait d'un nouveau de socialisme, l'idéal pour l'avenir. Parvenu à ce point, le rapport de Zhao Ziyang pose la question classique : Que faire ?
Avant tout, répond-il, il faut se concentrer sur le développement des forces productives et la modernisation, à travers l'application générale de la Réforme dans tous les domaines. C'est le mécanisme permettant de résoudre les contradictions entre les rapports de production et la superstructure dans une société socialiste et, sans passer par des révolutions culturelles, de réintégrer l'économie chinoise dans l'économie mondiale, pour qu'elle puisse prospérer grâce à la politique de portes ouvertes de la révolution scientifico-technique, tout en développant, en même temps, une "économie marchande planifiée" dans laquelle le rôle dominant sera joué par le secteur de la propriété publique. Sur le terrain politique, il s'agit de construire une démocratie socialiste, pas à pas, de façon ordon-née et sur la base de l'unité et de la stabilité. Sur le terrain culturel et idéologique, cela s'exprime par la naissance "d'une civilisation spirituelle socialiste" de haut contenu moral.
15 janvier 1988
9) Les citations du Rapport de Zhao Ziyang sont tirées de la version espagnole publiée par Beijing Informa numéro 45, du 10 novembre 1987.
10) Quotidien du peuple, du 3 octobre 1987. Interview de Zhao avec Arthur Dunkel, directeur général du GATT (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce).