Be problème de la minorité nongroise de Transylvanie a créé une tension sérieuse entre la Hongrie et la Roumanie, aboutissant le 29 juin dernier à la fermeture du consulat hongrois de Cluj-Napoca et à l'expulsion de son personnel par le gouverne-
Le problème ne date pas d'hier. Rattaché à la Roumanie depuis 1918, la Transylvanie abrite une minorité hongroise dont les droits nationaux sont bafoués par le régime roumain. Elle comprendrait plus de 2 millions de personnes selon les chiffres hongrois et 1,7 million selon les statistiques rou-
Depuis de nombreuses années, les intellectuels de Transylvanie émigrent légalement en Hongrie pour fuir cette oppression nationale.
Une immigration massive
La nouveauté, c'est une immigration clandestine massive depuis le début de l'année : plus de 10 000 personnes, essentiellement d'origine ouvrière. Ce qui a également changé, c'est l'attitude du gouvernement hongrois qui a décidé de se préoccuper du problème : il accueille ouvertement les réfugiés venant de Transylvanie, débloque des fonds pour les aider financièrement et multiplie les déclarations en faveur de la minorité hongroise. Matyas Szurös, secrétaire du Comité central (CC) du Parti communiste hongrois, chargé des relations internationales, déclare par exemple à Radio-Budapest que la "nation-mère" (la Hongrie), doit "intervenir de la manière la plus ferme" pour le respect des droits des Hongrois à l'étranger, dans leur identité nationale (Le Monde, 27 avril 1988). La Hongrie installe même un puissant émetteur radio à la frontière roumaine pour s'adresser à la minorité hongroise.
Du côté roumain, c'est l'agacement et l'intensification de la politique d'assimilation forcée. On interdit par exemple aux minorités d'utiliser les noms hongrois (ou allemands) des villes de Transylvanie : on doit utiliser les noms roumains ! La circulation frontalière est également limitée. Le gouvernement de Ceaucescu décide d'appliquer un plan
La minorité hongroise de Roumanie
"d'aménagement du territoire", datant de 1982, qui prévoit de raser 8 000 villages dont une majorité se trouverait en Transylvanie.
Les mouvements indépendants en Hongrie, comme le Forum démocratique ou le Réseau d'initiatives libres, groupe d'opposants qui avait organisé la manifestation du 16 juin dernier pour réclamer la réhabilitation d'Imre Nagy, s'intéressent aussi de près à la question de la minorité hongroise en Roumanie. Une manifestation est organisée par ces groupes pour protester contre le projet "d'aménagement du territoire" de Ceaucescu. Le 27 juin, 50 000 personnes défilent devant l'ambassade roumaine à Budapest aux cris de "Hitler, Staline, Ceaucescu, tous les mêmes !" ou "Roumanie égale fascisme !". Il s'agit de la plus grande manifestation en Hongrie depuis l'insurrection de 1956. La manifestation reçoit un soutien tacite du gouvernement et la police n'intervient pas alors qu'elle n'avait pas hésité à réprimer deux semaines plus tôt une manifestation organisée à l'occasion du 30e anniversaire de l'exécution de Imre Nagy•
En réaction à la manifestation du 27 juin, la Roumanie décidait de fermer le consulat de Hongrie de Cluj-Napoca. Depuis, les relations entre les deux pays restent très tendues malgré les appels au dialogue lancés par Karoly Grosz.
Ce conflit pourrait avoir également une dimension qui entre dans le cadre des règlements de comptes internationaux entre partisans et adversaires de la perestroïka. Le consul général de Hongrie Domonkos Vekas aurait en effet qualifié la Roumanie de "pays stalinien démodé" et aurait affirmé que "l'avenir de Ceaucescu est limité (...) parce qu'il se place en dehors du processus du renouveau du socialisme"... (Le Monde, 12 juillet 1988).
La Hongrie bénéficie d'ailleurs du soutien de l'URSS dans ce conflit. Le seul ennui, c'est qu'il y a également des problèmes avec la minorité hongroise d'Ukraine en Union soviétique ! "J'aimerais bien visiter un pays qui n'ait pas de problème de nationalités"... disait Gorbatchev à Belgrade... (Le Monde, 27 avril 1988). •