IL NE S'AGIT PAS ICI (1) de faire une description de la situation du travail des femmes en Espagne mais plutôt d'analyser et de souligner les facteurs et les traits fondamentaux de cette situation, par delà le détail des statistiques même si nous y ferons référence chaque fois
Car en effet, la simple description de la situation présente, ou même de l'évolution récente de la participation des femmes au monde du complexes, y compris contradictoires, qui déterminent cette situation.
ETAT ESPAGNOL
Travail des femmes
qu'il est nécessaire. travail, ne mettrait pas en lumière les processus et les éléments José Ignacio CASAS
E PREMIER ELEMENT à détacher c'est la tendance, vieille d'un siècle, à l'intégration de la population féminine au marché du travail salarié. C'est-à-dire aux "emplois" socialement reconnus comme tels (2). Car à côté de ce marché, les femmes ont été présentes - et continuent de l'être encore -sur d'autres marchés du travail qui se caractérisent (en termes économiques) par leur "imperfection". Il s'agit de secteurs d'activité laborieuse où les structures de type institutionnel, social, et familial, déterminent le régime de cette prestation de travail, les modalités possibles, voire la possibilité même que ce travail se réalise ou pas.
Les cas les plus typiques sont l'aide familiale, le service domestique des employées de maison, etc. Il faut ici inclure une grande partie du travail à domicile, que la main-d'œuvre féminine répertoriée sous ce terme travaille au foyer ou n'effectue tout simplement aucun autre travail rémunéré.
De nombreuses femmes qui, dans les enquêtes sur la population active, figurent comme patrons sans salariés du secteur agricole, c'est-à-dire des paysannes qui travaillent sur la petite exploitation familiale, mais dont le pouvoir de décision sur celle-ci est limité, se trouvent dans la
L'évolution de la présence de la main-d'œuvre féminine dans ce type de marché du travail "imparfait" est difficile à retracer. Pendant les années 50, 60 et au début des années 70, la tendance était celle d'une réduction plus ou moins accélérée de ces marchés. Mais la crise économique et la restructuration industrielle ultérieure ont favorisé l'apparition de zones d'économie souterraine et de travail précaire qui, en partie, coïncident avec ces marchés du tra-
Cela a retardé leur disparition et a même inversé la tendance. En revanche, le processus de baisse continue de la population active féminine se poursuit dans les secteurs agricoles non-salariés, phénomène lié au vieillissement de cette popula-
Pour ce qui est du marché du travail salarié, il faudrait plus justement parler de l'intégration qui s'est produite dans les dernières décennies comme d'une seconde mes dans le travail salarié a été traditionnelle dans certains secteurs industriels (textile, alimentation, etc.) et des services. La "nouveauté" dans cette seconde intégration, c'est que nous avons affaire à une main-d'œuvre plus qualifiée ayant eu une scolarité notablement plus longue. Les secteurs où elle a été intégrée furent ceux qui connurent l'expansion la plus importante pendant ces année-là : les services, notamment ceux du secteur public (administration publique, éducation, santé, etc.). Cette main-d'œuvre s'est donc intégrée dans les "trous" existants sur le marché du travail, trait typique de tous les processus d'insertion des femmes dans le milieu du travail.
Composition de la population
Dans l'ensemble, une transformation de la composition de la population féminine active s'est produite et continue de se produire. D'autres sociologues ont essayé d'estimer le poids respectif de chacune de ses composantes.
Il existe une première catégorie de femmes, d'un âge relativement élevé qui travaillent, dans la majeure partie des cas, comme aides familiales ou bien, de façon secondaire, comme travailleuses indépenconcentrant principalement dans l'agriculture, le commerce et l'hôtellerie. Cela représenterait autour de 25 à 30% de la population active féminine.
La deuxième catégorie est constituée de jeunes travailleuses, ayant une faible qualification professionnelle et qui occupent les postes de travail peu qualifiés dans les services ou les secteurs industriels localisés (textile, confection). Près de 50 à 60% des femmes ayant un emploi sont dans cette situation.
Enfin, nous trouvons des travailleuses possédant un niveau professionnel moyen ou semi-élevé, d'un âge intermédiaire à celui des groupes socio-professionnels précédemment cités et qui travaillent comme salariées dans les services (éducation et santé), surtout dans le secteur public. C'est ce groupe, qui a connu la croissance la plus forte, tant en termes absolus que relatifs, même s'il reste clairement minoritaire et confiné dans des emplois bien déterminés. Il est néanmoins, le groupe qui bénéficie de la plus grande "visibilité sociale".
Cette disparité des situations, cette segmentation, pourrions-nous dire - réapparaît également lorsqu'on analyse la répartition territoriale de la main-d'œuvre féminine. Ainsi, par exemple, en Galice selon des chiffres de 1985, le taux d'activité féminine est de 41% avec un chômage de 11,5%, et un pourcentage de 28,3% de femmes salariées. 60,3% des femmes travaillent dans l'agriculture. En Andalousie, le taux d'activité féminine est en revanche de 21,3%, avec un chômage de 29,9% et 71,8% de salariées. 78,8% des femmes ayant un emploi sont dans les services.
Un problème commun : le sexisme
Il est donc impossible de parler d'une population active féminine homogène ou ayant des problèmes communs, à l'exception de la ségrégation sexiste qui existe partout quelle que soit la disparité des situations. Nous pouvons donc conclure que la pression des femmes pour trouver une place dans le monde du travail rencontre des résistances qui les obligent à occuper les "trous" ou les "interstices" qui se pré-
Ces "trous" existent dans les secteurs de travail précaire et/ou progressivement abandonnés par la force de travail masculine ou, enfin, dans les premières phases d'apparition de certains emplois nouveaux (par exemple, les perforatrices au début de l'informatique dans les années 40).
Autre élément qui joue un rôle extrêmement important dans l'éventail des situations des femmes au travail dans notre pays, c'est le chômage. La crise économique a brisé, au milieu des années 70, la croissance progressive du taux d'activité
1) Ce texte fait partie d'un article tiré d'une revue espagnole, Sociologie du travail, numéro 3, éditée par Siglo XXI. Les conclusions de cet article intitulé "Caractéristiques du travail des femmes", ont été publiées dans le journal Combate, organe de la LCR espagnole dans son numéro du 30 juin 1988.
2) L'auteur distingue deux acceptions du terme travail : "la production et la transformation des biens, services ou symboles" et "une position sociale, juridique ou économiquement reconnue comme emploi".
Ainsi, le travail domestique est bien évidemment un travail, mais il ne jouit d'aucune reconnaissance sociale comme "emploi". Ici, le mot emploi s'utilise au sens reconnu socialement.
féminine. De cette façon, le taux officiel de chômage dans les années qui ont suivi, a été en deçà du nombre réel de chômeucar un contingent important de ces dernières figure sur les statistiques officielles comme "non-actives", et non com-
Ce "chômage inanimé" jà, voilà maintenant sept ans, demi million de personnes. La raison pour laquelle ce "chômage inanimé" est composé quasi exclusivement de femmes, est à chercher, avant tout, dans les rôles sociaux dévolus respectivement aux hommes et aux femmes. En effet, alors que l'alternative pour un homme est d'être au travail ou au chômage, pour les femmes, une troisième possibilité existe, celle d'être "femme au foyer".
Socialement, cette troisième forme d'occupation est intégrée avant la situation de chômeuse, et ce, surtout pour les femmes mariées. De plus, le fait qu'un pourcentage important de femmes qui ont un emploi rémunéré l'exerce sur un marché du travail "captif" ou "imparfait" , entraîne une oscillation de leur situation entre celle de travailleuse et celle de femme au foyer sans passer par la position "intermédiaire" de chômeuses.
Des barrières plus élevées
Finalement, la sélection exercée sur la main-d'œuvre potentielle est un autre effet fondamental du chômage sur les attentes des femmes en matière d'emploi. Les barrières à franchir pour accéder à un poste de travail sont beaucoup plus élevées que pour un homme, notamment dans la population jeune où se concentre la majorité de la population féminine active. De ce fait, l'investissement dans l'éducation et dans le travail qui est demandé aux femmes est bien plus grand et le profil moyen de la femme travailleuse se différencie chaque fois davantage des paramètres moyens de la population féminine totale prise dans son ensemble.
Les conséquences de tout ce que nous venons d'énoncer ne sont pas faciles à décrire, d'autant que les transformations du marché du travail sont loin d'être achevées.
Il est un phénomène récent et intéressant à souligner, c'est l'explosion, en période d'amélioration de la situation économique comme cela s'est produit depuis 1986, des chiffres de l'emploi et surtout, du chômage féminin. Il faut en chercher la raison dans l'apparition au grand jour, dans ces périodes-là, d'une partie de ce "chômage inanimé" auquel nous avons fait référence.
Mais l'analyse des effets à long terme sur la place des femmes au sein de la société en général, reste encore à aborder. •
Sociologie du travail, 1988