Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

IRAN-IRAK

La guerre est finie ?

· Inprecor n° 272, 19 septembre 1988 · p. 3-7 · 5 990 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

Iran Golfe et Irak États-Unis

résolution 598 portant sur la cessation du conflit entre l'Iran et l'Irak et

La surprise fut générale, et pour cause : deux semaines auparavant,

Airbus iranien avec 290 passagers à bord, avait suscité une violente

Khomeiny appelait les Iraniens à se "précipiter tous sur le front pour islamique élevait la "guerre contre l'Irak jusqu'à la victoire totale" au

IRAN-IRAK

La guerre est finie ?

LE 18 JUILLET DERNIER, soit un an moins deux jours après l'adoption unanime par le Conseil de sécurité de l'ONU de sa immédiatement approuvée par ce dernier, Téhéran annonçait l'acceptation de cette résolution.

le 3 juillet, la destruction par un navire de guerre américain d'un surenchère belliqueuse en Iran.

une guerre à outrance", tandis que le Parlement de la République rang de "stratégie prioritaire" !

Salah JABER

ERTES, il était facile après coup

C

' d'énumérer les raisons militaires

, et économiques expliquant la volte-face iranienne.

Mais en l'occurrence, le régime des mollahs s'était jusque-là distingué plutôt par un comportement relevant d'une "rationalité" tout à fait particulière. Au mépris de considéraévidentes, tions matérielles sans parler des considérations humanitaires,

Khomeiny manifestait une détermination inébranlable, empreinte de mysticisme, à poursuivre la guerre coûte que coûte jusqu'au renversement de son ennemi juré, le dictateur irakien Saddam Hussein. Rien ne semblait pouvoir y taire, excepte la mort de l'ayatollah qui n'en finissait plus détre

"imminente". L'idéologie, voire le caprice d'un individu, étaient-ils donc au poste de commande en Iran ?

La rationalité des mollahs

En fait, la rationalité propre au régime des mollahs, pour être particulière, n'en était pas moins réelle dans la guerre contre l'Irak. Il en allait de sa survie même, celle de la dictature d'une catégorie sociale, d'un "état" (au sens où le clergé en constituait un), dont la guerre était devenue la raison suprême. Et ce, à plusieurs titres : celui du maintien de sa cohésion au pouvoir, en dépit de ses nombreux clivages sociaux et politiques ; celui du maintien de son ascendant sur sa base populaire, embrigadée et fanatisée ; celui de l'absorption à bon compte d'une masse énorme de chômeurs, déjà considérable sous le Shah et fortement amplifiée par la déliquescence de l'économie sous la gestion des mollahs ; celui enfin, subsidiaire, des intérêts de la classe marchande, principale alliée de la dictature intégriste, dans la mesure où la consommation guerrière et ses dérivés (notamment la création d'une masse immense d'assistés -handicapés, veuves, orphelins, etc) se combinaient avec la désorganisation de la production pour accroître grandement le rôle de l'importation et de la distribution.

A l'aune des intérêts d'une bourgeoisie moderne, soucieuse de croissance éconopris du régime "islamique". C'est donc de ce côté exclusivement qu'il faut chercher les raisons de son récent revirement.

Khomeiny pouvait négliger les considérations du développement capitaliste, fermer les yeux sur l'accumulation négative des destructions, du manque à gagner et des dépenses improductives (1), tant que la rente pétrolière de lIran et ses réserves monétaires permettaient d'alimenter l'effort de guerre et d'entretenir les assistés. Or, précisément, l'influx de ce nerf de la guerre n'est plus, pour l'Iran, à la mesure de l'effort exigé. En dépit de mesures d'austérité draconiennes, les importations de Téhéran s'élèvent encore à une dizaine de milliards de dollars par an. Elles servent en bonne partie les besoins d'une guerre, dont le coût pour l'Iran a dépassé 6 milliards de dollars en 1987, selon les calculs de l'Institut international d'études stratégiques de Londres.

Cependant, les recettes pétrolières du pays ne dépasseront probablement pas les 7 milliards de dollars cette année, tandis que ses réserves en devises sont en passe de tarir ! Certes, l'Iran a sur l'Irak surendetté - plus de 60 milliards de dollars, dont près de la moitié envers des créanciers peu susceptibles de passer l'éponge sur leur dû - l'avantage de n'être pratiquement pas débiteur. Mais à moins d'un retournement complet de sa politique extérieure, il ne pouvait s'attendre à voir sa guerre financée par des crédits de l'étranger, aussi bien de l'Est que de l'Ouest.

Conscient du fait que le talon d'Achille de l'Iran se situe à ce niveau, Bagdad avait judicieusement choisi, dès 1984, de s'y attaquer de manière intensive. La "guerre des pétroliers" devint, dès lors, une dimension fondamentale de la guerre du Golfe. En entravant considérablement les exportations maritimes iraniennes de pétrole, en forçant Téhéran à consentir des rabais importants à ses clients, y compris pour couvrir des frais de transport et d'assurance surélevés, dans un contexte d'offre mondiale excédentaire et de tendance des prix à la baisse, l'Irak avait contribué à faire chuter d'un tiers (de 20 à 13 milliards de dollars) les revenus pétroliers de l'Iran entre 1983 et 1985, sans compter la baisse encore plus importante du pouvoir d'achat réel de ces revenus en raison de la dépréciation du dollar et de l'inflation (2).

La guerre des pétroliers

En 1986, au cours des premiers mois, les victoires remportées par l'Iran sur l'Irak, avec surtout la prise du port irakien de Fao en février, aboutissaient à la combinaison d'une recrudescence de la "guerre des pétroliers" et de la "guerre des prix" déclenchée par l'Arabie saoudite, en partie pour freiner la progression iranienne. Le prix officiel du baril de pétrole s'effondra de 28 dollars à moins de 8 dollars, entraînant une chute brutale des revenus de la plupart des pays exportateurs. L'Tran se vit obligé de puiser dans ses réserves monétaires déjà très diminuées : 2,5 milliards de dollars en un an, de la mi-1986 à la mi-1987, soit le tiers des réserves disponibles qui n'atteignaient plus, à cette dernière date, que 5,3 milliards contre 20 milliards en 1980! Malgré le redressement partiel des prix à partir de l'été 1986, les recettes iraniennes pour l'année furent inférieures à celle de 1985.

Le succès des tractations secrètes entre l'administration Reagan et le très puissant président du Parlement iranien, Hachemi Rafsandjani, dans lesquelles les dirigeants saoudiens étaient aussi impliqués (comme ce fut révélé par le scandale Iran-Contra, entre autres), avait amené ces derniers, désireux de se concilier un Iran ayant le vent en poupe, à interrompre la "guerre des prix" ", leurs autres objectifs au niveau de l'OPEP pouvant être jugés atteints par ailleurs.

Cependant, les révélations de lIrangate, à la fin de 1986, avaient déclenché à Téhéran un regain de surenchère interne

1) Total estimé à 216 milliards de dollars pour l'Iran et 193 milliards pour l'Irak, en huit ans de guerre, selon l'Economist Intelligence Unit

2) Et sans compter la part croissante de ces revenus consacrée à ce que l'on pourrait appeler des "importations de substitution à la production", en raison des destructions opérées par l'aviation irakienne. Ainsi, par exemple l'Iran se trouve actuellement obligé d'importer plus de 200 000 barils/jour de produits pétroliers à cause des dégâts subis par ses raffineries!

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contre les protégés de Washington dans le Golfe, permettant aux "enragés"' du régime des mollahs de passer à l'action. Le Koweit en avait subi les conséquences, dès avril 1987, suivi par l'Arabie saoudite qui réprimera dans le sang les émeutes des pèlerins iraniens à la Mecque, les 31 juillet et ler août de la même année.

Dès lors, rien n'allait plus entre Riyad et Téhéran, et les dirigeants saoudiens provoquaient délibérément, par la suite, un nouveau mouvement de baisse des prix de pétrole. La "guerre des prix" de 1986 avait été une guerre-éclair dévastatrice. Celle qui lui a succédé à partir de décembre 1987 s'apparente plutôt à une guerre d'usure. En sept mois, le baril a perdu 4 dollars, passant de 18 dollars pour le brut de référence - prix établi en décembre 1986 et maintenu pendant un an - à 14 dollars en juillet.

Et celle des prix des prix" nouvelle

Cette "guerre menée par les Saoudiens relève certainement plus de considérations politiques que de calculs économiques. C'est là une conviction largement répandue, comme l'a démontré la réaction du marché à l'annonce par l'Iran, le 18 juillet, de son acceptation de la résolution 598.

Logiquement, la cessation du conflit dans le Golfe ne peut qu'accroître l'offre de pétrole, déjà très excédentaire, en permettant à l'Iran d'augmenter ses exportations dès l'arrêt des hostilités. Logiquement donc, de même que le déclenchement du conflit en 1980 avait propulsé vers le haut les prix du pétrole, l'annonce de son interruption prochaine aurait dû les déprimer. Or, c'est le contraire qui s'est produit : en quelques jours, les prix ont regagné 2 dollars ! L'explication de ce paradoxe : le marché a estimé qu'au vu de la décision iranienne, Riyad accep terait de coopérer de nouveau avec les autres membres de l'OPEP pour le redressement et la stabilisation des prix. Il fallut bien vite déchanter : les dirigeants saoudiens restent sur leurs positions, par défiance, en attendant l'issue des négociations en cours entre l'Iran et l'Irak.

Ainsi donc, la valeur réelle des recettes pétrolières de l'Iran sera probablement cette année, compte tenu de l'inflation et de la parité du dollar, inférieure de 20% à celle de l'année dernière, de 16% à celle de l'année désastreuse 1986 et de 66% à celle de 1985, sans parler des années précédentes. Cette strangulation économique de l'Iran qui a été largement déterminante pour fléchir Téhéran, est véritablement le produit d'une convergence internationale, rendue possible par la décision des Etats-Unis, depuis l'été 1987, de mettre un terme à la guerre du Golfe (3). Se sont conjugués : les raids de l'aviation irakienne visant à entraver les exportations pétrolières de l'Iran; l'action des flottes impérialistes déployées dans le Golfe depuis plus d'un an et qui, en empêchant l'Iran d'exercer des représailles contre le trafic maritime des autres pays riverains, le privaient de sa seule parade aux raids irakiens (4); la "guerre des prix" menée depuis la fin de 1987 par le royaume saoudien ; les embargos français (août 1987) et américain (octobre) sur les exportations pétrolières en provenance de l'Iran qui, combinés avec la restriction des importations japonaises, aggravaient les difficultés rencontrées par pour écouler son pétrole (d'où l'octroi de rabais diminuant d'autant ses recettes pétrolières). L'unique objectif commun de cette convergence d'actions était d'imposer à l'Iran d'accepter la résolution 598 et de s'y conformer de manière à permettre la cessation définitive de la guerre du Golfe. L'objectif particulier de l'Irak était d'aborder cette éventualité dans les conditions les plus avantageuses pour lui.

De l'interaction entre cet étranglement de l'Iran et l'état de délabrement interne de son économie, a résulté un cercle vicieux qui a accru l'efficacité de la pression extérieure en amplifiant ses effets. Le manque de devises a conduit le régime des mollahs à désindustrialiser le pays: le choix politique d'accorder la priorité absolue à l'effort de guerre et le choix social de privilégier le commerce au détriment de l'industrie se sont combinés pour priver l'industrie de pièces de rechange et de ma-

3) Voir "L'impérialisme et la guerre du Golfe", dans Inprecor numéro 255 du 15 décembre 1987.

4) L'Irak ayant été privé d'accès direct aux eaux du Golfe depuis le début du conflit, l'Iran avait choisi de risposter aux attaques irakiennes contre son propre trafic maritime, en attaquant celui des voisins et bailleurs de fonds de l'Trak, dont principalement le Koweit et l'Arabie saoudite. L'intervention des flottes impérialistes visait à protéger ceux-ci et l'accès à leurs ports au nom de la "liberté de navigation". C'est effectivement le rôle qu'elles ont joué. En réagissant violemment au mouillage de mines attribué à l'Iran en avril demier, la flotte américaine cherchait à dissuader Téhéran de couvrir les revers que son armée commençait à subir sur le front avec l'Irak, par une escalade des opérations dans les caux du Golfe. En fait, Téhéran trouvera son compte dans les affrontements répétés par la suite entre sa petite force tières premières. Résultat : en 1985, 690 unités de production industrielle ont dû fermer leurs portes sur un total de 7628 ; en 1986, 750 000 travailleurs ont été mis au chômage partiel, etc. Une illustration de la faveur dont jouissent les marchands : 20 millions de mètres de tissu ont été importés en 1987, alors que les usines textiles du pays tournent largement en dessous de leur capacité par manque de devises (5) ! La boucle est ainsi bouclée : le manque de devises aboutit à la réduction de la production qui augmente la part des importations dans la consommation, ce qui accroît le besoin de devises... Le capitalisme iranien se retrouve plus dépendant que jamais.

Le corollaire de tout ceci est que la misère et le chômage augmentent, la pénurie et le marché noir aidant. Dans un pays où la liberté de commerce est sacrée, au sens religieux du terme - l'inflation est galopante : 60 à 70%, avec des prix exorbitants pour certains produits de base et certains services (6). Cet état de choses a grandement contribué à accentuer la désaffection des masses iraniennes pour le régime des mollahs et pour sa guerre sainte". Durant les premières années de guerre, le pouvoir intégriste avait pu bénéficier du réflexe nationaliste, empreint de chauvinisme, d'une population confrontée à une invasion de son territoire. Une fois l'envahisseur repoussé et la guerre portée sur son propre territoire, c'est-à-dire depuis lété 1982, le consensus nationaliste persan cédait la place au fanatisme religieux d'une guerre ayant pour but déclaré, depuis qu'elle avait été déclenchée, de placer l'Irak sous la bannière du khomeinisme. Puisant dans sa vaste clientèle sociale (les couches plébéiennes assistées) et idéologique, notamment parmi les jeunes adolescents, pâture de prédilection de toutes les entreprises de fanatisation à travers l'histoire (7), le régime put mener sa guerre tant que la victoire finale semblait à sa portée, c'est-à-dire jusqu'en 1986.

Le fanatisme religieux-chauvin, la mobilisation volontaire (8), ont indéniablement joué un rôle essentiel dans l'effort de guerre iranien au cours de cette période. Il navale et l'armada américaine. C'était le moyen de se disculper de ses revers face à Bagdad, en les attribuant à l'intervention américaine en faveur de ce dernier.

5) "L'économie iranienne au bout du rouleau", Le Monde, 11 décembre 1987 ; Tudeh News numéro 94, 20 juillet 1988 ; Report, bulletin du Parti communiste d'Iran, numéro 46, 1-15 août 1988.

6) Le Monde, 12 avril 1988.

7) Certes, une fraction croissante de la population iranienne a subi un enrôlement forcé dans les troupes de Khomeiny. Beaucoup ont choisi de fuir le pays pour échapper à la conscription, rejoignant la Turquie où le nombre des Iraniens atteint 1 à 2 millions de personnes.

8) Le culte du "martyre" et la promesse d'un accès direct au Paradis pour ceux qui meurent au combat dans la "guerre sainte" sont des ingrédients idéologiques fondamentaux de la mobilisation iranienne.

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ne pouvait d'ailleurs en aller autrement pour une guerre de faible "intensité en capital" et de haute "intensité en main-d'œuvre", comme l'illustrent la stratégie des "vagues humaines" et le rôle important des Sepahé Pasdaran (gardiens de la révolution) et autres Bassidji (volontaires) dans les combats. Ce choix était le seul possible pour la guerre des mollahs et ce, pour plusieurs raisons combinées : limitation des ressources financières disponibles; rupture avec les Etats-Unis, source principale de l'armement iranien de haute technologie, et difficulté d'accès à des sources de rechange ; avantage numérique sur l'Irak de plus de trois contre un ; énorme problème de chômage à résorber (9). La conséquence en a été, bien entendu, trois fois plus de victimes du côté iranien : de 750 000 à un million de morts, contre près de 300 000 du côté irakien. Cela d'autant plus que pour tenter de briser les "vagues humaines" assaillant son territoire, Bagdad a utilisé à plusieurs reprises des armes chimiques.

Jusqu'en 1986, les candidats au suicide n'ont pas manqué pour la guerre des mollahs. Les victoires remportées semblaient justifier l'hécatombe, même si le coût en vies humaines du mètre carré de territoire irakien occupé était exorbitant. La dernière grande victoire iranienne, la prise de la péninsule de Fao en février 1986, avait été obtenue par une offensive de plusieurs semaines impliquant près d'un demi-million de combattants. Un an plus tard, le moral des troupes iraniennes était irrémédiablement brisé. Deux facteurs y avaient concouru : un facteur politique, d'abord, avec le scandale de l'Irangate en novembre 1986 et la révélation des rapports établis entre les dirigeants iraniens, d'une part, les Etats-Unis et Israël d'autre part. Etalée au grand jour, la duplicité des ténors du régime de Téhéran fit l'effet d'une douche froide sur les plus acharnés de leurs combattants, ceux qui précisément avaient cru leurs discours auparavant.

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Une profonde crise de confiance s'installait entre le régime et la fraction idéologique de ses troupes, celle qui en constituait le fer de lance. Le second facteur, encore plus important, quoique lié au précédent dans une mesure difficile à déterminer, est d'ordre militaire : l'échec de la grande offensive lancée par l'Iran, en janvier 1987, pour s'emparer du port de Bassorah, deuxième ville de l'Irak et capitale du Sud chiite du pays. Les "vagues humaines" iraniennes se lancèrent infructueusement, pendant cinq semaines, l'assaut des défenses irakiennes : 200 000 assaillants concentrés sur un front de trois kilomètres, 50 000 à 70 000 tués ou blessés dans leurs rangs. L'élan des troupes de Téhéran, sans cesse renouvelé depuis 1981, était

La lettre ouverte de Bazargan

Mehdi Bazargan, figure de proue de l'unique opposition (libérale islamique) tolérée en Iran, exprimait certainement l'opinion majoritaire de la population du pays dans sa lettre ouverte à l'homme fort du régime, Rafsandjani, en date du 25 janvier 1987. Au moment où l'offensive iranienne contre Bassorah s'essouflait, Bazargan, en s'adressant au président du Parlement et représentant de Khomeiny auprès du Conseil supérieur de la défense, s'en prenait de fait implicitement à ce dernier. Sa lettre mérite d'être longuement

"Qui vous a donné le droit, écrivait-il, de disposer de la vie des générations actuelles et des richesses du pays pour obtenir, comme vous le dites, le châtiment d'un homme, même si cet homme est le plus grand criminel de tous les temps ? Sa centaines de milliers et peut-être de millions de tués et la destruction de villes entières ?...

"Votre mot d'ordre de "Guerre, guerre jusqu'à la victoire" est en train de se transformer en "Guerre, guerre jusqu'à la destruction totale". Qui vous a mandaté pour conduire le peuple vers une destruction totale sous le prétexte d'obtenir la chute de Saddam Hussein, alors que la disparition de ce dernier n'aboutirait qu'à son remplacement par un autre dictateur ou par un gouvernement favorable aux Etats-Unis, une éventualité que vous avez affirmé que vous accepteriez?..."

"Israël est le plus grand gagnant de cette guerre. Il jette de l'huile sur le feu, et son objectif est la destruction totale des forces militaires irakiennes et iraniennes, afin de se débarrasser des deux armées en

En dépit du contrôle étroit exercé par les divers appareils du régime khomeiniste sur les masses iraniennes, les manifestations et incidents témoignant d'un sentiment anti-guerre grandissant vont se multiplier en Iran, à partir de 1987, tandis que la capacité du régime d'organiser des manifestations de masse va se rétrécir comme peau de chagrin. Parallèlement, l'enrôlement volontaire diminuera blement, tandis que le nombre teurs s'accroîtra. La recrudescence de la "guerre des villes" alimentera la désaffection des masses à l'égard du carnage que leur infligeait l'entêtement obsessionnel d'un Khomeiny. En février dernier, une nouvelle étape de cette "guerre des villes sera franchie par l'Irak, dont les missiles -des Scud-B soviétiques de portée améliorée par allégement - atteindront, pour la première fois, Téhéran où se concentrait jusqu'alors plus du quart de la population iranienne (11). Enfin, les fortes images, largement diffusées en Iran, du massacre perpétré à l'arme chimique par l'armée irakienne dans la ville kurde de Halabja (Kurdistan irakien), prise en mars par les forces iraniennes et leurs alliés kurdes d'Irak, contribueront de manière importante à la démoralisation des troupes de Téhéran. Elles étaient la cruelle démonstration du fait que, pris à la gorge, le régime irakien ne reculerait devant aucune atrocité pour enrayer la progression des Iraniens sur son territoire. L'enjeu - le renversement de Saddam Hussein - apparaissait de plus en plus, même à nombre de khomeinistes, comme sans commune mesure avec les centaines de milliers de morts qu'il avait déjà coûté et le nombre plus grand encore de vies qu'il faudrait sacrifier pour tenter de l'atteindre.

La débâcle

Dès lors, ce sera la débâcle pour les troupes iraniennes. En avril, Fao sera reprise en moins de deux jours de combat Les Iraniens abandonneront la péninsule en débandade, y laissant une quantité impressionnante de matériel. Le même scénario se reproduira, en succession rapide, dans la région de Chalamcheh, les marais de Howeizah les îles Majnoun et finalefin juin, le Kurdistan irakien. En trois mois, on eût dit que le film des six années précédentes s'était déroulé en marche arrière accélérée. De telle sorte qu'en juillet, l'Irak avait non seulement récupéré de son territoire, mais il s'était permis d'occuper des parcelles de territoire iranien en guise de monnaie d'échange, dans la perspective de négociations pour le règlement du conflit. La nouvelle disposition des combattants iraniens à la reddition lui avait permis, par ailleurs, de capturer quelques milliers de prisonniers supplémentaires pour redresser une balance qui, à cet égard, penche nettement en faveur de l'Iran.

Etranglement économique, mécontentement social de la population, désaffection politique croissante envers le régime et la guerre, débâcle militaire et retournement complet de la situation en faveur de

9) L'équation irakienne était symétrique. Il en a résulté, pour l'Irak, le recours à près d'un million de travailleurs immigrés égyptiens pour remplacer à la production les Irakiens mobilisés, ainsi qu'un recours au travail féminin beaucoup plus important qu'en Iran.

10) Le Monde, 8-9 février 1987.

11) Par son éloignement géographique de la ligne de démarcation, Téhéran était restée jusque-là à l'abri des missiles, contrairement aux villes plus proches du front, dont Bagdad, cible des missiles iraniens depuis 1985.

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l'Irak empiétant à nouveau sur le territoire iranien : tout concourait à faire de l'acceptation du cessez-le-feu la seule option sensée pour l'Iran. Or, le bon sens n'étant pas, chez les intégristes, la chose la mieux partagée, il se trouve au sein du régime iranien des fractions qui, jusqu'à ce jour, récusent cette option. Khomeiny lui-même, sans le feu vert duquel l'annonce faite le 18 juillet eût été impensable, hésita jusqu'au dernier jour. Au lendemain de la tragédie de l'Airbus, début juillet, les serments de guerre à outrance, tels ceux cités au début de cet article, s'étaient multipliés à Téhéran. Seul Rafsandjani cherchait à calmer les esprits : à l'ayatollah Montazeri - porte-parole des intégristes militants et, jusqu'à nouvel ordre, successeur désigné de Khomeiny qui, cependant, le contrecarre de plus en plus - qui demandait à ce dernier de "donner l'ordre à tous les réseaux de résistance à l'intérieur et à l'extérieur du pays d'attaquer les intérêts américains dans le monde entier", le président du Parlement rétorquait en mettant en garde contre toute "réaction maladroite" qui ne pourrait que servir les Etats-Unis en "atténuant la pression internationale qui s'exerce actuellement sur eux".

L'homme fort du régime

Rafsandjani, dont l'habileté démagogique n'est plus à démontrer, même à faire de la tragédie de l'Airbus le principal prétexte de la décision d'accepter le cessez-le-feu, pour laquelle il penchait certainement depuis longtemps. Il expliqua, le 18 juillet, que cette tragédie avait été l'élément décisif qui avait convaincu Khomeiny de changer de position (alors que l'intéressé avait abondé, quelques jours auparavant, dans le sens contraire). Qualifiant l'affaire de "tournant", il la présenta comme "une déclaration de l'Amérique montrant qu'elle pouvait commettre des crimes abominables si l'Iran continuait la guerre ".

Khomeiny, lui, fut moins hypocrite. Avouant, le 20 juillet, que la décision d'arrêter la guerre lui avait été "plus pénible que d'absorber du poison", il reconnut

"quelques jours avant", il était "encore convaincu qu'il fallait continuer la guerre contre Bagdad", mais refusa de révéler ce qui l'avait amené à changer d'avis. "Je vous avais promis de me battre jusqu'à ma dernière goutte de sang" (sic), mais "j'ai renoncé à ce que j'avais dit et j'ai confié ma dignité au jugement de Dieu", ajouta-t-il. A ceux qui pourraient se demander "à quoi a servi le sang versé de nos jeunes", Khomeiny répondit par la même occasion, dans le style ubuesque qui le caractérise, que ceux-là oubliaient "le sens de la philosophie du martyre" qui fait "de nos martyrs des hommes éternels !".

En fait, c'est Rafsandjani qui a arraché sa décision à Khomeiny (12), décision qui renforce son propre pouvoir et le confirme dans sa position d'homme fort du régime iranien. Dans un précédent article (13), nous avions affirmé que Rafsandjani avait tout intérêt à ce que la guerre cesse, notamment parce que le retour de l'armée régulière du front ferait pencher décisivement la balance en sa faveur à Téhéran ; c'est encore plus vrai aujourd'hui. Depuis l'essoufflement de l'offensive iranienne contre Bassorah au début de 1987, Rafsandjani (alors "représentant de l'Imam" auprès du Conseil supérieur de défense), qui avait été un chaud partisan de cette offensive (Kerbala - 5) pour faire oublier son rôle dans l'Irangate, avait cyniquement rejeté la responsabilité de l'échec sur les troupes irrégulières des Pasdaran et Bassidji, chair à canon des "vagues humaines". Il dénigrait ainsi, du même coup, un bastion essentiel des tendances du régime opposées à sa personne, tout en se lançant dans une surenchère guerrière hautement hypocrite qui lui valait la faveur d'un Khomeiny obsédé, avant tout, par sa haine de Saddam Hussein et soucieux de maintenir la cohésion du régime qu'il avait fondé.

L'attitude conciliante envers Rafsandjani adoptée par Khomeiny sera un facteur décisif de clivage au sein de la mouvance intégriste qui lui était dévouée, entre les plus "radicaux", opposés au président du Parlement et ralliés autour de l'ayatollah Montazeri, et les inconditionnels "l'Imam", Ahmed Khomeiny, ainsi que par les hodjataleslams (14) Khoeyniha et Mohtashami. Ainsi, bien que cette dernière fraction emporta la majorité des sièges aux parlementaires du dernier, elle n'en reconduisit pas moins Rafsandjani dans ses fonctions de président de l'Assemblée.

Le ralliement de limam

Auparavant, Khomeiny était intervenu en faveur du gouvernement dirigé Hussein Mossavi, un allié de Rafsandjani, contre une autre fraction du régime opposée à ce dernier et prépondérante au sein du Conseil de surveillance de la Constitution (CSC). Cette fraction regroupée dans l'Association des religieux combattants de Téhéran et liée au Conseil central des commerçants de la capitale, est l'aile la plus conservatrice du régime, s'opposant à toute mesure susceptible de porter la moindre atteinte aux principes sacrés de la propriété privée et de la liberté du commerce. Sur le plan de la politique extérieure, elle trouve néanmoins compte dans l'extrémisme anti-américain et anti-irakien et converge sur ce terrain avec les partisans de Montazeri, comme sur le terrain du combat contre la fraction Rafsandjani. En janvier dernier, Khomeiny décréta, à la surprise générale, que l'action du gouvernement devait primer sur les "lois secondaires de la religion" invoquées souvent par le CSC. Il bouleversait ainsi une pratique en vigueur depuis 1980.

Au printemps, la série accablante de défaites subies par les forces iraniennes finit par convaincre "l'Imam" de se rallier au point de vue de Rafsandjani, et de se décharger sur lui de la responsabilité d'une guerre qui prenait une allure de déroute pour l'Tran. Le 2 juin, Khomeiny nommait Rafsandjani commandant en chef des for"pleins pouvoirs" pour "unifier toutes les forces militaires" sous sa direction. Celuici, grand opportuniste dénué de scrupules, prononça le lendemain un discours de remerciement des plus démagogiques, dans lequel il s'engageait à "poursuivre la guerre contre l'Irak à n'importe quel prix... jusqu'à la réalisation de tous les objectifs fixés par l'Imam Khomeiny". On sait ce qu'il en fut. La première mesure de Rafsandjani en vertu de ses nouveaux pouvoirs, fut cependant d'imposer au commandant des Pasdaran, Mohsen Rezai, une autocritique humiliante devant les caméras de la télévision. Il chercha également à renforcer l'armée régulière. Que veut Rafsandjani ? L'homme fort actuel du régime iranien peut être décrit comme un partisan d'une normalisation et d'une stabilisation de l'Iran en tant que pays capitaliste en voie de développement. Il veut renforcer le rôle d'un Etat consolidé et homogénéisé dans le développement de l'économie et sa gestion, ainsi que dans la régulation d'une société dont il sait que les déséquilibres actuels sont hautement explosifs.

Il veut, dans cette optique générale, rétablir les liens de confiance avec le capital mondial, y compris avec l'impérialisme américain, ce dont il se cache de moins en moins. Jusqu'au 18 juillet, Rafsandjani justifiait ce choix par les impératifs de la guerre contre l'Irak : "Nous avons, disait-il encore le 2 juillet, par nos gesticulations révolutionnaires, poussé ceux qui auraient pu rester neutres, dans le camp de nos ennemis et nous n'avons rien fait pour gagner à notre cause ceux qui auraient pu être des amis".

12) Voir à ce sujet les informations rapportées de Téhéran par Jean Gueyras, dans Le Monde des 21-22 août 1988.

13) Voir Inprecor, op. cit..

14) Rang inférieur à celui d'ayatollah dans la hiérarchie des théologiens chutes.

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C'est la fraction Rafsandjani qui est à l'origine de l'amélioration notoire des relations de l'Iran avec les pays impérialistes, cette année, signalée de manière spectaculaire par la libération progressive des otages occidentaux détenus au Liban, à commencer par les otages français. Depuis le 18 juillet, Rafsandjani cherche à mettre en valeur d'autres justifications au rapprochement avec Washington que la question de la guerre contre lIrak. Ainsi soulignait-il récemment, devant un groupe d'universitaires américains participant à une conférence à Téhéran au mois d'août, la convergence des deux Etats sur le terrain de l'anticommunisme (15).

L'administration américaine, qui connaît bien Rafsandjani pour avoir traité avec lui jusqu'à ce que le pot aux roses fut découvert en novembre 1986, ne pouvait qu'être satisfaite par la concentration de nouveaux pouvoirs entre ses mains depuis le 2 juin. Quelques jours plus tard, le magazine américain Newsweek citait un "expert" du Département d'Etat qui y voyait une occasion à saisir sans tarder "pour avancer vers la fin de la guerre Iran-Irak, aussi bien que pour améliorer les relations entre les Etats-Unis et l'Iran" (16). "L'expert" avait vu juste. Trois semaines plus tard, dans le même magazine, Kissinger, autre "expert" shington, expliquait ce qui suit :

"Fondamentalement, il y a peu de nations au monde avec moins de raisons de querelle et plus d'intérêts compatibles que l'Iran et les Etats-Unis. Bien que le Shah vint à symboliser l'amitié entre les deux pays dans les années soixante-dix, ces intérêts ne dépendaient pas de lui. Ils reflétaient des réalités politiques et stratégiques qui continuent aujourd'hui" (...).

"Deux menaces radicales existent dans le Golfe : l'Irak laïque et l'Iran intégriste (...). Tant que l'Iran semblait remporter la guerre, il était nécessaire pour les EtatsUnis de pencher pour l'Irak. Mais en définitive l'Amérique ne peut avoir d'intérêt concevable dans la victoire d'une des deux parties" (17).

La réconciliation avec "le grand satan"

Le titre de l'article de Kissinger était : "Il est temps de parler à l'Iran". Le 25 juillet, déclaration de Reagan : "S'ils veulent parler et s'ils sont prêts à le faire, c'est le moment". Le 26 juillet, réponse de Rafsandjani : "S'ils veulent parler, qu'ils adoptent une attitude qui ne soit pas hostile en libérant nos avoirs. Dans ce cas, nous userons de notre influence au Liban pour régler le problème des otages"

Les premiers gestes de Washington en direction de l'Iran seront effectués dès les premiers jours qui suivirent la nouvelle nomination de Rafsandjani en juin : protestation américaine contre l'utilisation par l'Trak d'armes chimiques (deux mois après le massacre de Halabja !) ; réception, le 9 juin, au Département d'Etat, de Jalal Talabani, chef de l'Union patriotique kurde (du Kurdistan irakien), alliée à Téhéran et combattant aux côtés de ses troupes. En réaction à cette réception, Tarek Aziz, le ministre irakien des affaires étrangères, annula une rencontre qu'il devait avoir avec George Schultz ; puis, le 28 juin, Saddam Hussein accusait les Américains de transmettre à l'Iran des informations obtenues grâce à leurs satellites. La tension entre Bagdad et Washington s'est accrue depuis : le 9 septembre, le Sénat des Etats-Unis allait jusqu'à adopter une motion demandant que de lourdes sanctions économiques soient infligées à l'Irak. La riposte à Bagdad fut une manifestation de 10 000 personnes organisée par le régime, le 11 décembre, devant l'ambassade américaine et dénonçant la collusion entre les Etats-Unis et Israël. De fait, ce dernier, qui ne cacha pas sa déception devant les succès militaires remportés par l'Irak, ne manque pas d'inciter Washington contre Bagdad.

La défiance irakienne

La promotion de Rafsandjani début juin, la réaction positive immédiate de Washington à cette promotion, sont des facteurs qui ne pouvaient que susciter une profonde défiance de la part du régime irakien. Ainsi, lorsque l'Iran annonça son acceptation de la résolution 598, le 18 juillet, Bagdad se garda bien de donner son accord pour un cessez-le-feu immédiat. La dictature baassiste demandait des garanties de bonnes intentions de la part de Téhéran et cherchait à consolider son avantage militaire sur le terrain. L'exigence par Bagdad de négociations directes avec Téhéran visait à s'assurer que le régime des mollahs était bien prêt à s'accommoder de l'existence du régime baassiste dont il avait juré la perte. L'Irak obtint gain de cause à cet égard et le cessez-le-feu, supervisé par l'ONU, put entrer en vigueur en août. Depuis, les négociations entre les deux Etats butent sur une nouvelle condition posée par l'Irak pour retirer ses troupes des portions de territoire iranien qu'elles occupent : celle de déblayer le Chatt-Al-Arab, confluent du Tigre et de l'Euphrate et unique voie d'accès de

En fait, Bagdad cherche à s'assurer du caractère définitif de la renonciation de l'Iran à la guerre et à obtenir le maximum de concessions possibles en échange de la seule carte qu'il détient dans les négociations présentes, celle du retrait de ses troupes. La dictature baassiste est angoissée par l'idée que l'Iran cherche uniquement à jouir d'un répit tactique, plus ou moins prolongé, pour reconstituer ses forces et repartir à l'assaut de l'Irak, avec la complicité des Etats-Unis cette fois-ci. Elle sait, d'autre part, que même si Rafsandjani désirait réellement la paix, d'autres fractions du régime des mollahs y sont opposées. L'annonce faite par le nouveau chef des forces armées iraniennes, le 18 juillet, avait été qualifiée de "trahison" par le journal Ressalat, porte-parole de la fraction ultra-conservatrice.

De leur côté, les Pasdaran partisans de l'ayatollah Montazeri ne cachent pas leur rancune contre le même Rafsandjani (18). L'issue du conflit entre ces diverses fractions, surtout après la mort sans doute prochaine de Khomeiny, déterminera l'évolution des rapports entre l'Iran et l'Irak et l'avenir de la paix.

Cette grande marge d'incertitude explique l'extrême sauvagerie avec laquelle Bagdad a entrepris de rétablir son contrôle total sur la partie du Kurdistan incluse dans ses frontières étatiques Saddam Hussein cherche ainsi à mettre à profit, lui-même, le plus vite possible, ce qui pourrait n'être qu'une trêve éphémère, pour se débarrasser d'une rébellion nationale qui l'a considérablement gêné militairement en s'alliant à l'Iran. De l'autre côté de la frontière, le régime des mollahs procède, depuis le cessez-le-feu, à des exécutions en chaîne de prisonniers poli-

Ainsi donc, l'arrêt du carnage à la frontière des deux Etats, pour positif qu'il soit, sans le moindre doute, et à supposer qu'il soit durable, ne signifie nullement l'arrêt des tueries à l'intérieur de leurs frontières. En vérité, les peuples de la région ne connaîtront de véritable paix, civile et extérieure, que lorsqu'ils se seront débarrassés de toutes les formes d'oppression sociale et nationale, en éliminant les classes et couches porteuses de ces oppressions et fauteuses de guerre. En attendant, leur calvaire continuera sous diverses formes.

15 septembre 1988

15) Voir l'article de J. Gueyras, op. cit.

16) Newsweek du 27 juin 1988.

17) Newsweek du 18 juillet 1988.

18) "Tout récemment encore les pasdaran ont distribué à Téhéran des posters représentant une bannière étoilée dans le centre de laquelle on pouvait reconnaître clairment le visage de Rafsandjani". J. Gueyras, op. ciL.

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