PHILIPPINES Un charnier découvert à Manille
UN CHARNIER contenant probablement les corps de victimes des vigilantes a été découvert à Manille, en juin dernier. Depuis, la police et les officiels font tout leur possible pour empêcher une enquête sérieuse autour de cette affaire.
L'identification des corps des victimes comme étant ceux de militants progressistes enlevés par la police ou les forces armées, pourrait apporter la preuve officielle des connexions entre la tristement célèbre Western District Police de Manille et les vigilantes. Mais les réponses évasives et les mensonges officiels ont empêché jusqu'à maintenant une identification formelle de la plupart des cadavres découverts dans le charnier.
Les vigilantes, sont des "organisations d'auto-défense formées de taires civils", autrement dit, des groupes paramilitaires qui sont un élément de la nouvelle stratégie contre-insurectionnelle de l'armée philippine. Ils effectuent les "sales boulots", comme l'espionnage, la dénonciation, l'intimidation, la torture et l'assassinat. (voir le rapport d'Amnesty International dans Inprecor numéro 265
du 9 mai 1988). Le charnier a été découvert par cinq hommes d'une communauté urbaine des quartiers pauvres, près de Manille. Alors qu'ils patrouillaient à côté du cimetière bordant leur communauté, ils tombèrent sur un camion suspect qui, aux dires de son chauffeur, transportait poissons séchés. En fait, un coup d'œil discret dans le camion leur fit découvrir une vingtaine de cadavres. Le camion entra dans le cimetière, mais le gardien refusa les corps, car les formalités administratives n'étaient pas complètes. Le chauffeur appela alors la police d'une maison des environs. Finalement, un capitaine de police arriva et s'empressa de convaincre le gardien en lui ordonnant d'enterrer les corps dans un trou peu profond dans la section des pauvres : "ne vous en faites pas pour les papiers... j'en ai parlé au co-
Plus tard, le 10 juin, 22 corps décomposés, dont ceux d'une femme et d'un enfant, furent retirés de la fosse, grâce à l'intervention du Mouvement œcuménique pour la justice et la paix (MEJP) et du d'action médicale. Les corps étaient nus et ensanglantés comme s'ils avaient été criblés de balles ou de coups
Afin d'essayer d'identifier les corps, le MEJP contacta les familles des personnes enlevées par la police ou les vigilantes. D'après les statistiques du groupe, 70 personnes ont "disparu" à Manille en 1987, et 12 autres dans les premiers mois de
Les corps étaient méconnaissables, mais les parents de Ernesto Cabuso, un militant de la communauté disparu en juin 1987, reconnurent celui de leur fils. Les autorités durent rendre le corps à mille, mais continuèrent de prétendre que les parents de la victime se trompaient en croyant identifier le corps de leur fils.
D'après les autorités, il s'agissait là de cadavres ramassés dans les rues de Manille et non-réclamés. Tous les corps avaient été soi-disant dûment autopsiés et répertoriés. Mais les registres disparurent malencontreusement après le début de l'en-
Le MEJP recueillit également les témoignages des familles de personnes enlevées par l'armée ou les vigilantes.
Gilberto Reyes, un policier responsable de l'enlèvement d'Angelito, un jeune adolescent de 17 ans, fut tué, probablement par un commando de la Nouvelle armée populaire (NPA). La Western Police District et un groupe de vigilantes transformèrent les funérailles de Reyes en une manifestation revancharde de droite.
Quelques jours après, Emmanuel Mendoza, l'avocat qui avait recueilli le témoignage de la mère d'Angelito, fut assassiné à son tour par les vigilantes.
La Commission philippine des droits de l'Homme fit une enquête sur toute cette affaire. La commission, composée de proches de Corazon Aquino, aboutit à la conclusion qu'il n'y avait jamais eu de charnier mais un simple enterrement de cadavres anonymes ramassés dans les rues de