GUATEMALA Cerezo sur le fil du rasoir
LE GOUVERNEMENT de Venicio Cerezo traverse une période de turbulences. D'une part, les rumeurs de coup d'Etat militaire se font plus précises, d'autre part, il doit faire face à de multiples manifestations syndicales en réaction aux mesures économiques prises en juin dernier.
Au mois de mai, deux tentatives de coup d'Etat avaient échoué et les liens qu'entretiennent une partie de l'armée et l'organisation d'extrême-droite, le Mouvement de libération s'étaient révélés au grand jour.
Ces tentatives étaient des coups de semonce, un avertissement à Cerezo de la part de l'armée qui refuse toute idée de négociation avec les guérillas regroupées au sein de l'Unité révolutionnaire nationale guatémaltèque (URNG); négociations prévues pourtant par le processus d'Esquipulas signé en août 1987, mais qui, tout le monde s'accorde à le reconnaître,
Bien évidemment, le président du Guatemala a nié tout accord passé avec les militaires, il a simplement déclaré qu'il allait reconsidérer sa politique de "neutralité active" (sic) dans les conflits centroaméricains et qu'il était hors de question d'entamer des pourparlers avec la guérilla. Les militaires n'auront pu qu'être satisfaits de son refus de la trêve avancée par l'URNG. Réagissant à propositions faites par certains groupes politiques selon lesquelles l'URNG devrait participer à la commission de "dialogue national" (prévue elle aussi par Esquipulas), le Général Hector Gramajo devait élégamment avertir qu'il se trouverait peu de "politiciens pour se suicider en négociant avec des gens qui continuent de porter les armes". Les suicides, au Guatemala, n'en restent pas forcément au plan poli-
La répression menée par les groupes para-militaires, qui n'avait jamais disparu vraiment même si elle s'était atténuée pendant une période, connaît une nouvelle vigueur. A côté des escadrons de la mort urbains, opèrent dans les campagnes les "patrouilles de défense civiles", l'un des instrument-clé de la stratégie contre-insurpour protester contre cette répression et contre les mesures d'austérité prises en juin, que l'Unité d'action syndicale et populaire (UASP) qui regroupe une large coalition d'organisations ouvrières et populaires, a appelé à manifester de manière répétée depuis le mois de juin.
Au début septembre, Cerezo, pressé par certains partis qui craignent que le gouvernement, par son intransigeance économique, ne favorise la jonction entre les groupes révolutionnaires armés et le mouvement syndical et populaire, a accepté de revenir sur certaines des mesures de ce programme d'austérité, baptisé pompeusement Guatemala 2000.
Cette concession est insuffisante pour TUASP qui revendique un million d'adhédemande l'annulation des aug mentations du prix du fuel, la réintroduction du contrôle des prix sur les produits de première nécessité, et que le gouvernement respecte ses engagements en matière de droits de l'Homme et de liberté syndicale. Cela n'en prend guère le chemin.