Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

HONGRIE

Manifestation écologiste

Inprecor n° 273, 3 octobre 1988 · p. 24-25 · 721 mots

Europe de l'Est Écologie

HONGRIE Manifestation écologiste

LE 12 SEPTEMBRE DERNIER à Budapest, plusieurs milliers de personnes ont manifesté à l'appel du Forum démocratique et du Cercle Danube, contre la construction d'un barrage et d'une centrale hydroélectrique à Nagymaros, sur le Danube, la frontière tchèque. Des écologistes autrichiens, dont deux députés des Verts, ont également participé à cette ma-

Nagymaros n'est que le complément d'un projet beaucoup plus ambitieux. Un second barrage et une seconde centrale devraient être construits à Gabcikovo, en Tchécoslovaquie. La combinaison des deux barrages aura pour effet de détourner le cours du Danube sur 180 kms et de détruire l'équilibre écologique des nappes d'eau souterraines qui alimentent toute la région, et notamment Budapest, en eau potable.

Le projet Gabcikovo-Nagymaros est une coproduction tchéco-hongroise qui est à l'étude depuis les années 50, et qui est officiellement en chantier depuis 1977. Le coût total du projet est estimé à environ 3,5 milliards de dollars, soit plus du triple du déficit budgétaire annuel hon-

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grois. Des crédits de banques autrichiennes financeront près de 28% somme. Il s'agit en fait d'un paiement anticipé sur l'énergie électrique que recevra l'Autriche de Nagymaros jusqu'en l'an

En 1985, la mobilisation massive des écologistes autrichiens avait réussi à stopper un projet semblable de barrage et de centrale hydro-électrique, à Hainsburg, en Autriche. Pour le gouvernement autrichien et la société Donaukraftwerk, maître-d'œuvre des travaux, c'était donc une occasion en or de réaliser en Hongrie ce qu'il n'était plus possible de faire en Autriche, et de s'assurer à moindre frais, un approvisionnement en électricité. Les Verts autrichiens ont dénoncé cette attitude "purement impérialiste" de leur gouvernement et ont intenté (en vain) des actions en justice en Autriche, pour faire annuler les contrats passés avec le gouvernement hongrois.

Par ailleurs, outre son coût élevé et les menaces qu'il fait peser sur l'environnement, le projet de Nagymaros n'est pas non plus très rentable. Une fois défalqués les 12 000 mégawatts qui reviendraient à l'Autriche, la production électrique du complexe ne couvrira que moins de 2% des

En 1985, le samizdat Beszelol12 , a publié les minutes d'une réunion secrète tenue en 1953 à laquelle avaient participé les dirigeants hongrois de l'époque, dont Erno Gerö et Imre Nagy. La plupart des arguments utilisés aujourd'hui contre ce projet avaient déjà été soulevés lors de cette réunion mais passés sous silence par la presse hongroise.

En 1984, un groupe d'écologistes hongrois fonde le Cercle Danube, avec comme principal objectif de combattre le projet de Gabcikovo-Nagymaros.

En janvier 1988, une pétition lancée par le mouvement et qui énumère 26 raisons pour arrêter le projet, recueille plus de 10 000 signatures, et le soutien de 191

Au mois de mai, Rezso Nyers, membre du Bureau politique du Parti socialiste ouvrier hongrois (PSOH), rencontre une délégation du Cercle Danube pour discuter de ce projet de Nagymaros.

Le 16 juin, les 26 points de la pétition sont publiés dans le journal officiel du gouvernement, Magyar Hirlap, avec une réponse du gouvernement.

Des personnalités du Cercle ont également voulu se présenter aux premières élections à candidats multiples de Hongrie, dans 8 districts de Budapest. Mais elles ont été contrées par les dirigeants locaux du parti, qui ont rempli les réunions de pré-sélection de leurs propres

Le Cercle a par ailleurs noué des liens étroits avec les écologistes allemands et autrichiens. Le Forum démocratique s'est également associé à la campagne contre le projet de Nagymaros.

Du côté tchèque, une certaine opposition au projet a vu le jour. En 1986 et 1987, lors de discussions organisées par l'Union des jeunes socialistes, l'Académie socialiste et l'Association scientifique et d'ingénieurs, de spécialistes de l'environnement et des représentants du gouvernement les désaccords sur le projet devien-

Le 10 septembre dernier, le Forum démocratique a organisé un meeting qui a rassemblé plus 600 personnes, Esztergom, près du site de Nagymaros. Des représentants d'un groupe indépendant tchèque, Initiatives démocratiques, y ont pris la parole pour annoncer la création prochaine d'un comité écologiste tchèque, contre le projet de barrage.

Le gouvernement hongrois a demandé à l'Académie des sciences d'élaborer un rapport sur les implications économiques, financières et écologiques du projet de Nagymaros. Le chef du gouvernement hongrois, Karoly Grosz s'est cependant opposé à l'idée d'un référendum sur la poursuite des travaux. Entretemps, membre du Cercle Danube a perdu son travail et plusieurs d'entre eux ont vu leurs passeports confisqués.

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