AMERIQUE LATINE La "doctrine de sécurité nationale" est de retour EN FAIT, elle n'était jamais vraiment partie. Simplement, la passation des pouvoirs aux civils dans un certain nombre de pays jusque-là sous le contrôle des militaires (Argentine, Brésil, Uruguay) l'avait un peu rejetée dans l'ombre, à l'image de ces derniers qui préfèrent maintenant une position moins spectaculaire, mais finalement tout aussi efficace.
Et voilà qu'elle est retour, trine dite de "sécurité nationale" qui servit de soubassement idéologique aux sanglantes dictatures de la décennie précédente.
Si l'on en croit deux journaux argentins, Pagina 12 et El Observador, (et pourquoi ne pas les croire ?) elle fut bien présente lors de la conférence qui réunit les commandements des différentes armées du sous-continent en novembre dernier, à Mar del Plata.
Neuf mois plus tard, les journalistes ont eu entre les mains un document préparé lors de cette conférence, où l'on peut voir que les armées de la région n'ont guère oublié le bon vieux langage des années 70. C'est visiblement par des "fuites" de l'armée elle-même que ce texte est parvenu à la rédaction.
Voilà quelques semaines, un groupe d'officiers argentins à la retraite, le Centre des militaires pour la démocratie, avait publiquement dénoncé la perpétuation de cette "doctrine de sécurité nationale" dans le projet de loi sur la défense écrit par le gouvernement Alfonsin, et qui fut adopté
Le Commandant en chef de l'armée Argentine, le Général Caridi, est tout particulièrement mis sur la sellette. Lors de la conférence de Mar del Plata, il avait affirmé publiquement et péremptoirement que "La doctrine de sécurité nationale (...) a totalement été écartée. Donc ce sujet n'a pas été discuté (...) Nous n'avons parlé que de trafic de drogue et de terrorisme. "
Toutefois, le document publié à Buenos-Aires montre bien l'inverse On y met
"l'ennemi intérieur", et on souligne que la menace la plus importante pour la région provient "du mouvement communiste international", terme qui, avec celui de "subversion", embrasse les éléments les plus disparates de la gauche. Dans le document, les militaires expriment leur point de vue, selon lequel communiste international (...) s'insère dans la théologie de la libération et dans les partis humanistes". Ils concluent également que "la subversion (en Amérique latine, ndlr) est devenue plus importante au fur et à mesure que la démocratisation et la modernisation progres-
Le même type de langage est apparu directement en Argentine, lors d'une déclaration faite en juillet dernier par le Cercle d'officiers en retraite des forces armées. Le pays, est-il dit, "a commencé et accéléré son mouvement vers la décadence la plus complète (produit de) l'infiltration à tous les niveaux, d'une idée aberrante, le
Et le texte se poursuit par la dénonciation de la "résurgence et du regain d'activité des formations terroristes déterminées à reprendre le terrain perdu".