Due s'est-il donc passé à Gdansk ? Le 29 octobre, le gouvernement polonais a annoncé la fermeture des chantiers navals "Lénine" au nom de leur manque de rentabilité. Cela fait au moins deux ans qu'il est question de fermer les entreprises mal gérées en lien avec les projets de réforme de l'économie.
Les chantiers liquidés
Une liste d'usines devant être tout simplement liquidées a même été établie, les chantiers navals de Gdansk y figurent, bien loin de la tête de liste. Il semblerait que cela n'implique rien de concret, que le chemin est encore long avant que le pouvoir se décide à de telles mesures. Les représentants de l'opposition et aussi certains dirigeants de Solidarité avaient plutôt tendance à pousser le gouvernement à radicaliser son action dans ce domaine et les divers discours économiques argumentant de manière naïve, libéralecapitaliste, sur la nécessité de liquider les grandes entreprises, n'en finissaient pas de nous submerger.
Et c'est arrivé. Trois jours avant l'arrivée en Pologne de Margaret That-
cher, le gouvernement Rakowski a fait ce que madame le Premier ministre faisait chez elle à Glasgow il y a quelques années. Tout le monde a été choqué. Bien sûr, la fermeture des chantiers a avant tout une dimension politique, il s'agit d'une provocation des autorités envers l'opposition qui avait accepté de s'asseoir à la
Les dirigeants de Solidarité ont décidé de discuter avec ceux qui portent la responsabilité politique de la destruction du syndicat et voilà qu'au lieu de la légalisation de celui-ci, ils encaissent en premier un coup porté au symbole de Solidarité, à ceux qui ne les avaient jamais abandonnés. Le pouvoir a monté les enchères : le prix que le syndicat paye pour la table ronde est chaque jour plus élevé. Mais en même temps, le centre de l'opposition ne dispose pas de solution de rechange, qui par exemple admette la rupture des négociations de la table ronde. Il manque au sein de la Commission exécutive nationale de Solidarité une alternative politique capable de poser les bases de la défense des chantiers navals. C'est justement là que se trouve la source du désarroi de la direction actuelle de Solidarité, obnubilée depuis quelque temps par les ressources du capitalisme des années 80, dont Margaret Thatcher est justement le symbole le plus parlant. Les dirigeants
syndicaux polonais ont dans ce cas oublié leurs racines : ils ont été incapables de voir en quoi consiste lépoque de madame Thatcher pour les syndicalistes britanniques et plus généralement pour le mouvement ouvrier. Rakowski leur a administré une leçon de modernisme. En une décision, il a expliqué ce que signifie de soumettre le travail au capital et combien d'humiliations et de pauvreté morale le modèle moderniste de développement économique apporte au mouvement ouvrier.
La fascination devant son efficacité et l'incompréhension totale de ses coûts et surtout l'abandon en pratique de l'alternative autogestionnaire qui était apparue si clairement durant la légalité de Solidarité ont conduit les dirigeants du syndicat dans une situation sans issue. Sils réagissent sérieusement à la fermeture des chantiers navals de Gdansk — et le choix n'est qu'entre la rupture des négociations autour de la table ronde et des grèves sous une forme quelconque -- ils devront rejeter toute leur tactique de ces derniers mois.
Le tramway de Solidarité
S'ils ne réagissent pas sérieusement, leur stratégie de compromis avec la nomenklatura dépassera la limite jusqu'où elle pouvait être soutenue par une large partie de la société. Les ouvriers mis à la porte à Gdansk ne seront pas prêts à accepter une telle réforme économique. Le mouvement devra faire face à des problèmes auxquels il n'est nullement préparé. Malheureusement, le pouvoir polonais semble disposer d'une direction politique bien plus décidée et d'un projet stratégique beaucoup plus clair que Solidarité.
A Wroclaw, les tramways de la ligne numéro 0 ont été décorés par des placards publicitaires des magasins Pewex : sur fond bleu parisien, la publicité pour des cigarettes de qualité et les adresses des points où il est possible d'acheter tout cela, en dollars. Le monde en couleurs, la modernité dont tous rêvent. Il m'est arrivé de prendre ce tram depuis la place Grundwaldzki jusqu'à la gare.
Je devais prendre un train, j'étais pressé. Dans la rame, les plombs sautaient, le conducteur devait les changer à chaque arrêt ce qui bien sûr rallongeait le trajet. Les passagers ont commencé à s'impatienter alors que dans le premier wagon les portes se sont bloquées. Il fallait sortir par la pe-
Ceux qui attendaient aux arrêts insultaient le conducteur, pensant que les portes fermées sont la preuve de sa mauvaise volonté. Le ton a monté et le voyage est
Les dirigeants de Solidarité doivent se poser la question: ne sont ils pas dans un tel tram ? Un tram bleu parisien qui ne va le 2 novembre 1988 ; Jozef Pinior
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EN BREF... TURQUIE