APRES LE COUP D'ETAT militaire de septembre 1980, en Turquie, toutes les publications de gauche et d'extrême-gauche ont été interdites, et leurs éditeurs furent poursuivis et lourdement condamnés par les tribunaux militaires. La presse socialiste n'a pu survivre qu'avec des revues publiées dans l'immigration en Europe.
Malgré les possibilités d'intervention légale et l'ouverture qui s'est accélérée, surtout depuis un an, la censure, devenue plus sélective, est toujours présente et la situation de la presse progressiste est toujours précaire. Depuis cet été, une vague de répression frappe l'ensemble de la presse socialiste. Plus d'une dizaine de revues ont été saisies et leurs rédacteurs ont été poursuivis et emprisonnés. Même la grande presse bourgeoise n'a pas échappé à cette répression, à l'instar du quotidien Milliyet qui s'est vu interdire, au mois de juin, de publier un reportage sur le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK). La police a investi les locaux du journal et le célèbre journaliste libéral M.A. Birand qui avait réalisé ce reportage et interviewé Apo, le président du PKK, a été poursuivi pour "incitation au séparatisme".
A partir de fin 1985/début 1986, les publications de gauche ont pu réapparaître légalement en Turquie, profitant d'un espace, certes très réduit, né d'une "libéralisation" au goutte à goutte, sous l'effet de la politique du gouvernement turc de rapprochement avec la CEE.
Les marxistes-révolutionnaires ont également profité de cet espace pour publier, en septembre 1988, un nouveau journal mensuel, Yeniyol (Cours nouveau).
Laminée par le coup d'état, l'extrême-gauche ne s'est pas encore relevée de la défaite de 1980. Beaucoup de cadres sont encore en exil ou en prison. Toutes les organisations sont en crise et de nouvelles divisions et scissions se sont ajoutées aux précédentes. D'importants débats politiques, programmatiques et idéologiques, traversent plus d'une trentaine de revues légales de gauche, dont la diffusion totale ne dépasse cependant pas quelques milliers d'exemplaires.
Yeniyol veut donc être d'une part, un journal militant qui intervient dans luttes ouvrières qui renaissent petit à petit ; et d'autre part, un instrument de débat pour peser sur le processus de recomposition de la gauche. Dans ses trois premiers numéros, Yeniyol a publié des interviews et des reportages sur les grèves en cours, dans l'imprimerie et les usines de papeterie ; des dossiers sur le mouvement syndical, la répression et les luttes dans les prisons ; des analyses et positions sur la situation politique en Turquie, une analyse des répercussions en Turquie des mouvements nationalistes du Caucase, en Union soviétique ; des débats sur la démocratie nationale et la création de la IVe internationale ; des articles de solidarité internadénonciation du massacre Kurdes en Irak, soutien à l'Intifada en Palestine ou à Solidarité en Pologne.
il est possible de se procurer des exemplaires de Yeniyol et de s'y abonner en écrivant à la librairie La Brèche, 9 rue de Tunis, 75011 Paris. EUROPE