Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

SUISSE/AFRIQUE DU SUD

Une visite discrète comme un secret bancaire...

Inprecor n° 276, 14 novembre 1988 · p. 28 · 566 mots

Afrique australe

URGENT-URGENT-URGENT-URGENT-URGENT-

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SUISSE/AFRIQUE DU SUD Une visite discrète comme un secret bancaire...

Le Président de l'Afrique du Sud, Pieter Botha et son ministre des Affaires étrangères, "Pik" Botha, de retour de l'enterrement du Bavarois Franz Joseph Strauss (rappelé à Dieu voici peu) ont effectué une visite "privée" en Suisse aussi discrète que le secret bancaire dont enorgueillit ce beau pays. Les raisons de ce déplacement sont simples et triviales : l'Afrique du Sud a besoin d'argent.

En effet, une crise aiguë frappe l'économie du régime sud-africain. Les maux sont facilement repérables. Le bas niveau des prix actuels de l'or entraîne une baisse des revenus en devises ; la dévaluation de la monnaie sud-africaine, le rand, stimule la poussée inflationniste (hausse des prix à l'importation) ; l'endettement budgétaire sous-tendu par les coûts de la politique d'apartheid (depuis les récentes aventures militaires jusqu'à la politique de répression tous azimuts) fait grimper l'inflation (avec ses effets sur les revenus salariés) ; le poids du paiement de la dette extérieure qui atteint 24 milliards de dollars, se fait plus lourd au moment où des remboursements importants arrivent à échéance (en 1990-1991, 3 milliards de dollars, alors que l'Afrique du Sud ne disposait que de 2,3 milliards de dollars de réserve fin juillet 1988) ; les effets de la crise politique et de la campagne de désinvestissements comme le boycott freinent les investissements. Le taux de croissance est inférieur à la poussée démographique, c'est-à-dire que la paupérisation se renforce.

Tout ceci fait dire au Financial Mail de Johannesburg : "Les décennies de rêves d'une forteresse économique (...) d'un sous-continent prospère apparaissent chaque jour plus comme un château en Espagne"

Conclusion, les deux Botha demandent de l'aide. A qui ? Entre autre aux banques suisses. Mais les mines des banquiers suisses ne devaient pas être plus réjouies que celles de circonstances qu'ont dû prendre nos deux compères lors de l'enterrement de leur ami Strauss. La description de la situation de l'économie sud-africaine, même embellie, ne les a pas rassurés. Comme le disait un éditorialiste financier britannique : "Les roues (de l'économie sud-africaine, ndlr) ont déraillé".

Qui organisa le meeting pour aider les Sud-Africains ? L'association Suisse-Afrique du Sud qui lutte contre les sanctions économiques à l'encontre cette dernière. Qui en est membre ? Presque tous les grands banquiers helvétiques, l'Union des banques suisses (UBS) en tête. Les Botha qui partagent beaucoup de convictions et de culture avec les élites économiques helvétiques, savent combien les swap sur l'or (les avances sur l'or) ont été importantes dans la dernière période afin de faire face aux difficultés de trésorerie du régime d'apartheid.

Tout cela s'éclaire lorsque le Financial Times, le quotidien de la City londonienne explique sans détour dans son numéro du 17 octobre 1988, le pourquoi de ces allées et venues : la répression a porté un coup au mouvement de lutte contre l'apartheid ; il faut en profiter pour faire quelques réformes cosmétiques; une pression peut être exercée sur le régime de Botha à cet effet; il faut présenter l'aide à l'Afrique du Sud dans le cadre d'une aide à l'Afrique australe dans son ensemble à commencer par le Mozambique.

Ce que d'ailleurs Botha a souligné ouvertement en disant : "L'Afrique du Sud a besoin de capitaux. (...) (Elle) est un pays en voie de développement. (...) Ces capitaux sont destinés à des projets de développement qui doivent également profiter aux pays Mozambique"...

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