les droits civiques en Irlande du Nord, Gerry Adams, le président du Sinn
Fein, organisation politique solidaire de l'Armée républicaine irlandaise
(IRA), a lancé un appel pour la construction d'un nouveau mouvement de masse. L'IRA a en effet perdu beaucoup de cadres dans la dernière période et court le risque de se retrouver isolée. Depuis le début de l'année, il y a eu plus de 80 morts en Irlande, et le gouvernement britannique a décidé, le 20 octobre dernier, de supprimer le droit au silence des suspects accusés de terrorisme et d'interdire d'antenne les représentants du Sinn Fein, qui a pourtant le soutien de 40% de la population catholique du Nord et possede
L'article suivant est extrait d'un numéro spécial de An Réabhloid, le journal
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IRLANDE
Vingt ans de lutte
LORS D'UN FORUM qui s'est tenu le 8 octobre 1988 à Derry, pour la commémoration du vingtième anniversaire de la lutte pour plus de 60 conseillers communaux. de People's Democracy, section irlandaise de la IVe Internationale. DOCUMENT
N OUS DEVONS TIRER les leçons
de deux décennies de luttes ; ce ne sont pas des leçons de désespoir. Notre mouvement a remporté d'importantes victoires et a forcé les Britanniques à faire des concessions, certes insuffisantes. Aucune réforme ne pourra changer la réalité de l'occupation britannique ni le fait que la préservation de la domination unioniste dépend d'elle.
Il n'y aura pas de liberté civile réelle sans libération nationale. La seule solution de notre lutte est une Irlande indépendante. Notre tâche de l'heure est de déterminer une stratégie qui puisse en faire une réalité afin de mettre fin à l'impasse ac-
Les défaites que notre mouvement a infligées à la Grande-Bretagne et le déclin de sa capacité à imposer une domination impérialiste stable, sont beaucoup plus significatives que les concessions que nous avons arrachées. La lutte pour les droits civiques a tiré sa force du déclin du pouvoir politique et économique des unionistes. La lutte des masses a accéléré ce déclin. Elle a pulvérisé le Parlement de Stormont (installé par les Britanniques en 1921, ndlr), brisé l'unité monolithique des unionistes qui se perdent en querelles fractionnelles, à tel point qu'il leur est désormais impossible de réunifier leur camp.
Une étude de notre histoire fait plus qu'établir une liste des gains et des pertes. Elle nous apprend beaucoup sur les méthodes de lutte. Les pogroms effectués en 1969, par la Police royale d'Ulster (RUC), les Special-B (unité spécifique de la police, ndlr) et les hordes de loyalistes ont réintroduit les armes dans la politique irlandaise. Depuis, ces pogroms et la violence d'Etat omniprésente justifient pleinement le recours à la résistance armée.
Cette nécessité, comme les dangers et sacrifices liés à la résistance armée, ont poussé beaucoup de militants républicains à la voir comme un élément central de la lutte. Ce qui n'est pas le cas. Les attaques armées ont permis de disperser le pouvoir militaire des Britanniques, ont élevé le prix de l'occupation et leur ont imposé l'obligation de se déplacer en force dans les zones nationalistes. Mais elles n'ont enregistré aucune victoire. Ces victoires ne sont dues qu'à la lutte politique unitaire de la masse de la population.
Les mobilisations de masse ne sont pas une alternative au recours à la force. Elles sont une forme différente de l'utilisation de la force. Les masses se mobilisent soit sous la menace, soit au cours d'un soulèvement massif. La contre-offensive très violente des Britanniques, avec les pogroms, les internements, le manche sanglant" (1), auraient dû leur assurer la victoire, même si c'était au prix de centaines de morts. Mais à chaque nouvelle offensive des Britanniques, la classe ouvrière du Sud, ce géant endormi, a commencé à se remuer. Après les interne-
1) Les internements : de 1961 à 1972, politique d'intemements massifs, sans jugement, dans des camps de concentration, des personnes "suspectes" de sympathies
"Dimanche sanglant" : le 30 janvier 1972, à Derry en Irlande du Nord, l'armée britannique a tiré sur une foule de manifestants, sous prétexte qu'il y avait des tireurs de l'Armée républicaine irlandaise (IRA) parmi les manifestants. Bilan : 13 morts, tous des civils, dont des enfants.
2) "Vendredi sanglant" : en juillet 1972, à Belfast, une série d'attentats à la bombe, organisée par l'IRAprovisoire, marque la fin de la trêve avec l'armée britannique. Cette dernière en profite pour déclencher "Topération motorman" le 31 juillet, et réinvestir militairement les quartiers d'où elle avait été expulsée.
ments et le "Dimanche sanglant", il s'est réveillé. La grève générale et la mise à feu de l'ambassade britannique ont fait entrevoir un soulèvement populaire contre les intérêts britanniques au Sud. Ceci, couplé à l'opposition au sein de la classe ouvrière anglaise et au niveau international, a limité la marge de manœuvre de l'impérialisme.
Ce mécanisme n'a pas été clairement compris. Beaucoup d'occasions de construire dans le Sud ont été perdues. La lutte armée a parfois été détachée de la lutte des masses et en certaines occasions, elle l'a court-circuitée au lieu de lui être subordonnée et de la soutenir. "L'Opération motorman" ple. Les bombes du "Vendredi sanglant" (2) ont contribué à affaiblir un mouvement qui a perdu son élan, et ont donné aux Britanniques le prétexte qu'ils attendaient pour occuper les territoires rés" et a privé la lutte de masse de l'un de ses acquis les plus importants, le développement de territoires d'où le pouvoir Mais la lutte des masses avait déjà été af-
Le capitalisme irlandais
Le mouvement républicain était la direction centrale de la lutte, cependant, un mouvement de masse ne peut se construire qu'à travers des alliances avec d'autres forces. Dans sa politique d'alliance, la direcvers la classe capitaliste irlandaise. D'une façon directe avec le Parti travailliste social et démocratique (SDLP) (3) et indirecte avec le gouvernement de Dublin, au Sud. Pourtant, l'objectif des capitalistes n'était pas de créer une Irlande réunifiée et indépendante.
Leur expérience d'un Etat capitaliste indépendant basé seulement sur les 26 comtés (4) avait échoué dans les années 60. Il ne s'agissait pas là d'une lutte contre l'impérialisme mais seulement d'une tentative de gagner une relative autonomie au sein du système impérialiste. Il n'était question que de trouver une nouvelle stabilité impérialiste à travers l'ossature de la partition, ce qui a abouti à l'Accord commercial anglo-irlandais et aux négociations entre O'Neil et Lamass dans les années 60. (5)
La nouvelle real politik trouvait un écho parmi les catholiques des classes
3) SDLP : bien que membre de l'Interationale socialiste, ce parti ne peut être considéré comme un véritable parti social-démocrate. Il est plutôt l'héritier du Parti nationaliste, formation traditionnelle de la bourgeoisie catholique du Nord.
4) L'Irlande est divisée en 32 comtés, dont 9 forment la province d'Ulster au Nord. Les 26 comtés (23 comtés du Sud et 3 comtés de l'Ulster) forment la République d'Irlande du Sud. Les 6 autres comtés d'Ulster sont incorporés au Royaume-Uni.
5) Rencontre historique entre les Premiers ministres du Sud (Lamass) et du Nord (O'Neill) au chateau de Stormont en 1965. Il s'agissait de la première rencontre officielle à ce niveau entre le Nord et le Sud depuis 1922 et marquait la volonté de conciliation de la bourgeoisie du Sud.
geance des unionistes et a rendu cette | au Nord. A des moments clés, comme le | ont été sélectionnées de manière à assurer moyennes qui allaient former le SDLP. Ils voulaient la liberté Atlantic Ocean pour leur classe au sein d'un Etat du Nord. La classe ouvrière qui compose la base réelle du mouvement pour les droits civiques a vu cela comme une étape en direction d'une Irlande réunifiée.
Le rôle des capitalistes dans le mouvement des droits civiques a été un rôle de destruction et de sabotage. Durant des mois, lors de la manifestation du 5 octobre 1968, ils ont tenté de dissoudre le mouvement en appelant à une trêve avec le Premier ministre unioniste O'Neill. NORTHERN
IRELANO La collaboration
La marche de Burntollet (6), organisée par Peoples democracy a démontré l'intransitrêve impossible. L'histoire du SDLP, depuis sa création, est une histoire de collaboration, de division du mouvement, de recrutement pour le Régiment de défense de l'Ulster (UDR) (police paramilitaire, ndlr). Le SDLP n'a pas hésité à briser l'interdiction de participation au fonctionnement des institutions publiques, après les internements. Le point culminant de cette politique a été l'envoi d'huissiers contre ceux qui faisaient la grève des impôts locaux et des loyers pour protester contre les Accords de Sunningdale. (7)
Nous avons vu la même situation au Sud. Devant les pogroms de 1969, Jack Lynch (Premier ministre du Sud, à l'époque, ndlr) avait promis de ne pas se croiser les bras. En effet, le Sud a immédiatement établi un système de sécurité renforcée aux frontières pour défendre la partition et a lancé une circulaire restreignant les droits civiques pour porter un coup aux républicains.
L'accord de Hillsborough (8) est le dernier maillon de cette longue chaîne de collaboration. Le capitalisme irlandais est devenu le fer de lance des attaques contre l'autodétermination nationale. Liens entre le RUC et la police d'Irlande du Sud, incursions massives, extraditions, la partition et des vetos unionistes, tel est le programme du capitalisme irlandais. Les Britanniques n'avaient même plus à faire de concessions en échange de cette servilité : ils se sont contentés de lancer une modeste campagne de relations publiques promettant des réformes immi-
Il n'est pas étonnant que vingt tentatives d'alliance avec le capitalisme irlandais se soient soldés par un échec. Ce qui est étonnant par contre, c'est que le mouvement anti-impérialiste n'aît pas développé durant ces vingt années, une stratégie d'alliance centrée sur la classe ouvrière du Sud. Pourtant, au cours de cette période, les actions de la classe ont eu une importance décisive pour soutenir la lutte
• Londonderry NORTHERN IRELAND Lougi Neagh Lisburn LOUCH Erne • Armagh Camlough • • Newry REPUBLIC OF GREAT BRITAIN IRELAND
2 Miles 20 Dimanche sanglant, la mobilisation spontanée des travailleurs du Sud a marqué les limites de ce que l'occupant pouvait se
Durant ces deux décennies, la question nationale a entraîné des mobilisations de masse, des attaques contre les intérêts bril'industrie, la chute de gouvernements, l'élection de prisonniers au Parlement. Il n'y a cependant pas encore de mouvement de masse à l'échelle des 32 comtés, même si la lutte du Bloc-H (9) a développé les lignes conductrices d'un tel mouvement.
Une série de problèmes subsiste. Il n'existe pas de parti de masse de la classe ouvrière. Les partis capitalistes ont gagné le soutien de la majorité des travail-
Un bloc réactionnaire
Les directions syndicales représentent un bloc réactionnaire et anti-démocratique au sein du mouvement ouvrier. Et surtout, la simple sympathie des travailleurs du Sud n'est pas une base suffisante pour construire un mouvement. Car ils souffrent eux-même de l'exploitation économique de l'impérialisme et sont confrontés au chômage, à l'austérité et à l'émigration. Pour gagner un ferme appui des travailleurs du Sud, le mouvement antiimpérialiste doit prendre en charge ces
Il n'y a pas lieu de douter des aspirations révolutionnaires de l'actuelle direction du mouvement républicain. C'est d'ailleurs un résultat de notre lutte. Mais cette direction est largement confinée au Nord. Elle ne pourra progresser qu'en prenant la tête de la classe ouvrière et des opprimés dans les 32 comtés. Cela passe par une critique sérieuse de la direction politique et syndicale actuelle ; une défense intransigeante de la classe ouvrière contre les mesures d'austérité et une défense intransigeante des droits démocratiques. Notre histoire nous indique également les moyens de construire une action de masse. L'action de masse est construite autour des revendications. n'importe lesquelles, mais des revendications qui représentent les tâches à l'ordre du jour pour les travailleurs et les opprimés. © Belfast
Une méthode alternative de construction, dite de "Front populaire", initiée par le Parti communiste, est de chercher le plus petit commun dénominateur", ce qui se réduit en pratique aux revendications que les Greencastle forces les plus droitières Irish Sea raient susceptibles d'accepter.
Cette analyse du Parti communiste a influencé l'Association pour les droits civiques. Les revendications des droits civiques le soutien des classes moyennes, mais représentaient également les tâches immédiates et les points d'attaque pour la classe ouvrière.
Discuter démocratiquement
Le SDLP n'a plus jamais rejoint un autre mouvement unitaire. Son dirigeant Hume, et ses acolytes, ont réussi à démanteler le mouvement des droits civiques. Néanmoins, des mouvements comme le Mouvement de résistance du Nord, le Comité pour la libération des otages politiques, et le Mouvement du Bloc-H/ Armagh ont pu mobiliser des dizaines de milliers de partisans du SDLP et empêcher sa direction de collaborer à des initiatives britanniques d'une importance décisive.
Ces mouvements ont déterminé correctement les tâches auxquelles était confrontée la classe ouvrière : faire échouer les internements, défendre le statut politique des prisonniers. L'unité des républicains et des socialistes tâches a permis la construction du mouvement de masse.
Mais les revendications en elles-mêmes sont insuffisantes. Beaucoup de campagnes, avec des revendications abso-
6) Longue marche entre Belfast et Derry, harcelée tout le long de la route par les extrémistes protestants.
7) le 8 décembre 1972, accord entre la GrandeBretagne, l'Irlande du Sud et du Nord qui entérine le partage du pouvoir entre les communautés d'Ulster. L'accord devient caduc dès 1974, après une série de grèves au Nord, à l'initiative des loyalistes.
8) le 15 novembre 1985, réédition des accords de Sunningdale à une échelle plus modeste. Prévoit une consultation entre l'Irlande du Sud et le Royaume-Uni en matière de sécurité.
9) Au milieu des années 70, les Bloc-H remplacent le système des internements : les camps de concentration sont transformés en prison, les suspects sont désormais condamnés sur la base d'aveux extorqués sous la torture. Les prisonniers de ITRA, dans les Blocs-H, sont soumis au traitement des criminels de droit commun. En octobre 1980, ils entament une grève de la faim pour protester contre ce statut de criminel et le port de l'uniforme des prisonniers. Jusqu'à la fin de ces grèves en octobre 1981, dix d'entre eux vont mourir sans réussir à faire plier l'administration britannique.
lument correctes, n'ont pas connu de succès de mobilisation. Les Comités d'action des parents de détenus en sont un exemple. Ils se sont battus pour les mêmes objectifs que le mouvement du Bloc-H, mais il leur manquait les structures ouvertes et démocratiques qu'avaient les comités du Bloc-H. Ce n'est que lorsque les groupes politiques, syndicaux et communautaires peuvent s'affilier en tant qu'organisations, et discuter démocratiquement des revendications, de la stratégie, des tactiques, qu'un mouvement peut développer la vitalité nécessaire pour une
La démocratie est importante, car elle permet le changement. Les revendications et la stratégie d'un mouvement peuvent s'ajuster aux tournants de la lutte. Son absence dans les comités d'action des parents de détenus a provoqué une scission dans la direction dès que la lutte a évolué. La démocratie est également nécessaire car elle élargit le soutien, dans la mesure où des groupes opprimés peuvent apporter leur propres problèmes et tions et essayer de les faire inclure dans le programme du front unitaire.
Les mouvements n'ont pas été des fronts unis dans la lutte. Ils ont surtout été des formations défensives organisées autour de tâches immédiates. Un nouveau mouvement aura besoin d'une stratégie qui porte plus sur le long terme. Il lui faudrait prendre en charge des revendications plus larges des droits démocratiques (les droits des femmes, par exemple) et articuler des revendications transitoires qui commencent à poser, pour les masses le problème des changements révolutionnaires, un exemple concret en serait un appel à une Assemblée constituante pour toute l'Irlande.
L'offensive impérialiste
Cela donne des repères clairs pour la construction d'un mouvement de masse aujourd'hui. Mais ce n'est pas à cela qu'aboutiront les pourparlers entre le Sinn Fein et le SDLP. Hume, Haughey (Premier ministre actuel du Sud, ndlr) et compagnie ont vingt années d'expérience et de ruse derrière eux. Ils ne s'y laisseront pas prendre une seconde fois, surtout en l'absence de la pression d'un mouvement de masse existant. En fait, le point de départ d'une action de masse, les questions immédiates de défense, nécessite la confrontation avec ces personnages, car l'offensive actuelle de l'impérialisme est basée sur leur soutien au traité de Hillsborough.
Le vingtième anniversaire de la lutte pour les droits civiques nous donne l'occasion de relancer le mouvement de masse. Un tel mouvement devrait se donner comme première tâche, la défense immédiate des droits menacés. Il devrait s'opposer à l'accord de Hillsborough et aux résultats de son application dans les deux parties de l'Irlande : répression juridique et terreur d'Etat ; extraditions ; discriminations dans l'emploi ; soutien des vetos des unionistes ; érosion de l'indépendance politique et des libertés civiles au Sud; et extension de la domination britannique dans les 26 comtés du Sud. Une structure démocratique devrait permettre à ce mouvement de se construire avec le soutien des partis politiques, des syndicalistes et des groupes communautaires. Cela permettrait également d'ouvrir un débat très important.
Une alternative
Davre te c des mienton, Co
D'autres sujets intéressent également divers secteurs de la classe ouvrière et des opprimés : l'opposition à l'émigration en tant que politique d'Etat ; l'austérité ; les impôts excessifs contre les travailleurs ; la domination des multinationales étrangères ; les entraves à la politique de neutralité et le soutien du gouvernement à la politique belliqueuse de l'impérialisme ; le droit des femmes à contrôler leur propre corps ; les discriminations contre les homosexuels ; la sauvegarde de la langue ir-
Sans un tel programme, un nouveau mouvement pourrait juste mobiliser la moitié des nationalistes du Nord et près de 70% des travailleurs du Sud (ceux qui ont activement soutenu le mouvement du Bloc H). Pour aller au-delà, il faudrait permettre aux couches opprimées d'intégrer le mouvement avec leur propres revendications et de débattre pour les inclure dans le programme d'ensemble.
Par ailleurs, une réelle structure de front unique pourrait présenter une alternative d'ensemble à la politique capitaliste de collaboration avec l'impérialisme. Ce qui permettrait de s'affronter à la composition confessionnelle des deux Etats irlandais, en appelant à la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Et il serait surtout possible de lancer le mot d'ordre d'une Assemblée constituante pour toute l'Irlande, non pas comme manœuvre constitutionnelle qui entrerait en fonction après le retrait des Britanniques, mais comme mécanisme pour forcer ce retrait en commençant à construire, dès aujourd'hui, au niveau local et national, les
NORTHERN IRELAND
/ institutions d'une société libre. Cela aurait également l'avantage de mettre à l'épreuve tous ceux qui apportent un soutien verbal à la libération de l'Irlande.
Tout le monde devrait comprendre que l'impasse actuelle de la lutte contre les forces impérialistes a des racines profondes qui vont plus loin que les problèmes de l'étape actuelle de la lutte. Le problème central est le programme dont s'est dotée la principale direction révolutionnaire, le mouvement républicain. Les républicains ont parfaitement raison de définir la question nationale comme étant la question clé de la révolution irlandaise. Mais ils ont tort de la considérer comme l'unique problème. La justesse de leur analyse se vérifie du fait que la lutte au Nord a dominé en permanence la politique irlandaise durant les vingt dernières années et confirmé le rôle des républicains comme direction révolutionnaire, capable de surcroît, de résister à plusieurs vagues de répression. Mais l'insuffisance de leur analyse est également démontrée parce qu'au bout de vingt ans de lutte, sous leur conduite, seuls 2% de la population du Sud et 15% de celle du Nord leur apportent un soutien actif.
Un mouvement national
Il y a eu de nombreux changements au sein du mouvement républicain qui s'est doté d'une direction de gauche, mais sa nature reste la même : un mouvement national révolutionnaire qui s'adresse à l'ensemble du peuple irlandais. Les républicains veulent gagner le soutien des travailleurs du Sud, mais n'essayent pas d'organiser la classe ouvrière sur une base de classe et ne reconnaissent pas qu'elle doit jouer un rôle central dans la victoire de la révolution. Il en résulte une réelle confusion sur le rôle du capitalisme irlandais, ce qui est à la base de la crise stratégique actuelle.
L'oppression impérialiste n'est perçue qu'à travers l'occupation militaire du Nord. L'austérité, le chômage, le poids de l'Eglise et le contrôle des multinationales, qui sont aussi des produits du joug
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impérialiste, ne sont pas clairement compris comme faisant partie de la question nationale. Le résultat en est une démarche incohérente.
Le mouvement républicain soutient les revendications des travailleurs, mais ne se bat pas pour gagner leur direction. Il considère cela essentiellement comme un moyen d'obtenir un soutien à la lutte pour le retrait des Britanniques, au lieu de lier les revendications immédiates des travailleurs à la revendication d'indépendance nationale.
Il en résulte également une approche minimaliste par rapport à la question du socialisme. La direction républicaine a su gagner beaucoup de sympathies pour un programme socialiste. Mais pour elle, ce n'est qu'un objectif lointain qui ne viendrait à l'ordre du jour qu'après lindépendance. Elle a une vision "étapiste" de l'histoire et se concentre étroitement sur ce qu'elle estime être "létape" actuelle, la libération nationale.
"L'étape" actuelle
Mais ce n'est pas ainsi qu'avance l'histoire. Il y a vingt ans, les dirigeants du mouvement républicain et des droits civiques, avaient décrété que "l'étape" actuelle était celle de la démocratisation du Nord. Ils ont essayé de bloquer l'émergence de la question nationale, mais celleci s'est imposée à l'ordre du jour et seuls ceux qui ont été capables de s'adapter à la réalité ont pu se maintenir à la direction
Il y a eu un constant progrès dans la ligne politique des républicains. De nouvelles questions ont pu être posées et ont engendré des tensions et des divisions. Tout cela a menacé l'unité du mouvement et les dangers de scissions ont montré que le mouvement n'était pas capable, par lui-même, de résoudre ces nouveaux problèmes. La solution est venue de l'extérieur, du mouvement de masse. Son émergence a changé les règles du jeu, soumis les différentes positions au test de la lutte de classe, a amorti l'effet des scissions en rejetant ceux qui n'avaient pas été à la hauteur des exigences de la lutte et en apportant de nouvelles forces pour remplacer les déserteurs. Mais ces expériences de la lutte des masses ne sont pas non plus suffisantes en elles-mêmes pour avoir une vision globale des tâches actuelles.
L'impérialisme britannique considère l'Irlande comme une zone de profits hors
June source d'exploitation illimitée de ressources naturelles ; une base militaire stratégique et une réserve de main-d'œuvre où il peut puiser chaque fois qu'il en a besoin, grâce à l'émigration. Les intérêts de classe du capitalisme irlandais s'expriment à travers les structures de domination de l'impérialisme. Trop faibles pour survivre seuls, les capitalistes irlandais ont accueilli l'impérialisme à bras ouverts et l'ont aidé à exploiter les travail-
La partition de l'île n'est qu'un mécanisme de ce contrôle. Car elle fragmente la classe ouvrière en deux Etats différents, en groupes d'intérêts et de religions différents, tout en renforçant les forces cléricales et réactionnaires tant au Sud qu'au Nord. Et surtout, il s'agit d'une violation de la démocratie. En l'absence d'un droit démocratique centralisé à l'autodétermination, tous les autres droits démocratiques sont également grignotés. Depuis la partition, la répression, l'utilisation des pouvoirs spéciaux et militaires avec l'Etat d'urgence sont monnaie courante des deux côtés de la frontière.
Pour la classe ouvrière, la partition est un obstacle au pouvoir des travailleurs et à l'obtention de droits démocratiques qui lui permettrait de prendre la tête d'une alliance avec tous les opprimés. Toutes les couches opprimées de la société irlandaise sont soumises à l'exploitation impérialiste mais seule la classe ouvrière a la force et l'organisation nécessaire pour la battre. Pour nous, la lutte en Irlande est un processus de révolution permanente. Le mot d'ordre d'une Irlande réunifiée est une revendication révolutionnaire. réalisation nécessite une auto-organisation de la classe ouvrière, la construction d'une nouvelle direction révolutionnaire et des alliances avec d'autre forces progressistes. C'est autour du programme socialiste que le mouvement pourra se construire. Il rendra possible la libération de l'Irlande et assurera que la révolution donne naissance au pouvoir des travail-
La place de lirande
Notre vision de l'Irlande n'est pas seulement déterminée par les aléas de la lutte dans le pays mais aussi par la place de l'Irlande dans le combat mondial contre l'impérialisme. 1968 était une année de révolution, pas seulement en Irlande, mais dans le monde entier. C'est la convergence du rapport de forces au niveau international et du ressentiment de la minorité nationale opprimée au Nord qui a provoqué cette explosion en Irlande. l'impérialisme a été haineuse et sanglante. Cela lui a fait marquer des points mais n'a pas renversé l'équilibre général des forces. Nous vivons toujours à lépoque de 1968. Le renversement révolutionnaire de l'impérialisme reste à l'ordre du jour.
Et c'est encore plus vrai en Irlande. 1968 a balayé l'alliance interclassiste des unionistes et a fait chuter l'Etat sectaire qui assurait la domination stable de l'impérialisme. Vingt ans après, malgré la cooptation directe du capitalisme irlandais à travers l'accord de Hillsborough, l'impérialisme n'a toujours pas pu trouver de so-
Nous ne devons pas oublier que le Premier ministre unioniste Terence O'Neill pouvait encore compter sur un soutien de masse, lorsqu'il promettait des réformes. Ce n'est que lorsque ces promesses se sont avérées creuses que l'explosion a eu lieu. Aujourd'hui, nous avons eu l'affaire de Stalker; les Six de Birmingham ; les assassinats de Gibraltar ; lacquittement de soldats anglais qui étaient pourtant clairement coupables de meurtre ; des extraditions et encore plus de répression (10). Ce n'est pas la force de l'impérialisme ou un manque de sacrifices de notre part qui ont conduit à l'impasse actuelle. C'est plutôt notre échec à construire un programme politique et les structures, d'une action de masse et de classe, capables de nous apporter la victoire, qui en est la cause.
Nous devons maintenant relever ces défis. Une structure unitaire, démocratique de front unique doit être construite. La base d'une résistance de masse contre l'accord de Hillsborough doit être établie dans les 32 contés.
Par l'unité à travers l'action, les socialistes et les républicains pourront trouver un terrain commun pour débattre et forger la défaite de l'impérialisme.
An Reabhloid Automne 1988
10) "L'affaire Stalker" : un des chefs de la police de Manchester, l'officier Stalker, chargé d'enquêter sur l'assassinat de six "suspects" par la brigade anti-terroriste d'Ulster, en 1982, fait des révélations sur la consigne de "tirer pour tuer, sans sommations" appliquée par l'armée britannique contre les nationalistes irlandais, ce que le gouvemement avait toujours nié. Il sera démis de ses foncbions.
Les "Six de Birmingham" : Après un attentat à la bombe qui fait 21 morts à Birmingham le 21 novembre 1974, six catholiques irlandais sont arrêtés, des "aveux" leur sont extorqués et ils sont condamnés à la prison à vie, après un jugement expéditif dans une atmosphère de "lynchage". En janvier 1988, malgré la protestation de toutes les forces politiques, même les plus modérées, d'Triande du Nord et même de l'épiscopat, la cour d'Appel de Londres confirme les condamnations de 1974.
Assassinats de Gibraltar: le 6 mars 1988, à Gibraltar, un commando d'élite de l'armée britannique, le Special Air Service (SAS) tire sans sommation s et tue trois militants de l'IRA qui étaient pourtant désarmés.