NICARAGUA Cyclone Joan : un désastre écologique
LA DESTRUCTION, en quelques heures, de presque toute la forêt dense de l'Atlantique Sud qui a été prise de plein fouet par des vents de 300 km/heure, est une des conséquences irréversibles du cataclysme qui s'est abattu fin octobre sur le On estime que Joan a arraché rien moins qu'un million de mètres cubes d'arbres dans l'Atlantique Sud. Ces ravages se conjuguent à d'autres phénomènes non-moins graves comme la formation de courants de sédiments, la déviation de cours d'eau (dont les méandres qui ralentissent les eaux et donc l'érosion, ont disparu) et le lavage de la couche fertile d'une bonne partie des sols. C'est pourquoi les spécialistes pensent que l'on va assister à des modifications de la faune et de la
"L'habitat de la faune vivant au sol ou dans les arbres a été transformé ou détruit — explique Xavier Lopez de la Direction des ressources naturelles (IRENA) — Leurs refuges et leur nourriture ont disparu. Certaines espèces aquatiques, qui sont des produits d'exportation importants pour l'économie nicaraguayenne, ont reçu un coup mortel. Leur milieu ambiant est pollué par des tonnes de sédiments arrachés aux parties hautes. La reproduction et l'alimentation des langoustes et des crevettes est désormais en péril"
D'autres espèces propres à l'écosystème tropical humide (écureuils, parresseux, rongeurs et primates) ont été également profondément affectées. Mais les scientifiques ont surtout deux préoccupations principales après le passage Joan, le déboisement et l'état des sols. Comme le disent les habitants de la région, le triangle compris entre Bluefields, Karalawa et la Cruz de Rio Grande "semble être un autre pays" et présente le spectacle désolé d'un paradis dévasté par une explosion nucléaire. La disparition des 80 000 cocotiers de Corn Island et de la moitié des bananiers n'est qu'un détail dans un tableau beaucoup plus vaste : en effet, arbres, plantes et cultures ont été complètement arrachés tout au long de la route de l'ouragan, qui a traversé le Nicaragua de part en part.
Le désastre a frappé un pays qui connaissait déjà des problèmes écologiques. Il y a quelques années, l'incendie allumé par la Contra sur les 160 mille hectares de pins qui faisaient partie du projet forestier du nord-est à Slilma Lila, avait alerté les spécialistes quant aux conséquences de l'agression sur l'écosystème. Une étude récente de l'Université centro-américaine, analyse les effets en chaîne des opérations militaires sur la nature au Nicaragua.
Par exemple, le rayon d'action d'une grenade est de 200 mètres, espace dans lequel les éclats atteignent l'écorce des arbres où ils ouvrent des plaies béantes propices au développement des champignons et des bactéries. Pour l'atterrissage des hélicoptères, il faut dégager un cercle de 60 mètres de diamètre. Quant aux tranchées de protection individuelle, elles nécessitent le déblayage de 1,5 mètre de terre. A cela s'ajoutent la pêche à la grenade et la chasse effrenée aux iguanes et aux singes pour assurer la survie des combattants.
Selon les scientifiques, dans certaines régions, les dégâts infligés aux sols sont graves et les conséquences sur la production se feront sentir à moyen terme.