Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

GRECE

L'austérité européenne

· Inprecor n° 278, 13 décembre 1988 · p. 12-13 · 2 033 mots

Europe Grèce et Turquie Japon et Corée Économie mondiale

AU LENDEMAIN DES ELECTIONS législatives de juin 1985, qu'il avait le gouvernement du Mouvement socialiste pan-hellénique (le Parti socialiste, PASOK) décidait de mettre en place une sévère politique d'austérité. Cette décision allant à l'encontre de toutes ses promesses le ménage dans ses rangs, et exclure plusieurs dirigeants syndicaux de grèves, notamment en juin 1986, en novembre et décembre 1987

Koskotas, qui a déjà coûté leur poste à plusieurs ministres, au mois semble affaibli, à quelques mois des élections législatives, prévues des autres installations militaires américaines en Grèce, Papandreou de la Grèce au Marché commun, occupe une place importante dans

GRECE

L'austérité européenne emporté pour la seconde fois consécutive, avec 46% des voix, électorales, était ouvertement le fruit des pressions de la Communauté économique européenne (CEE).

Face à la contestation de sa base ouvrière, le PASOK a dû faire du parti, en décembre 1985. Il sest ensuite heurte a des vagues et plus récemment, au mois de juin dernier.

Secoué également par un scandale politico-financier, l'affaire de novembre, le gouvernement du Premier ministre Papandreou pour juin 1989.

En demandant la fermeture de la base militaire américaine de Heraklion et en menant à l'impasse les négociations sur le sort tente de jouer sur l'hostilité, d'une partie de l'électorat, à l'Otan et aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, le débat sur le sens et le bilan de l'adhésion la vie politique grecque.

Dimitris KATSORIDES

A RECONVERSION capitaliste actuelle, dans un cadre de crise économique, avec son lot de mesures comme la fermeture des entreprises non-rentables, l'introduction de nouvelles technologies, ou la baisse croissante de la production des marchandises dont la demande solvable est faible, a pour objectif la restructuration du marché mondial, autrement dit, sa redistribution.

La nouvelle division intermationale du travail

Le déclin du rôle des Etats-Unis dans l'économie mondiale accélère sérieusement ce processus et permet au Japon et à la CEE de concurrencer l'hégémonie américaine et de caresser le rêve de devenir la nouvelle force économique dominante, dans la nouvelle division internationale du travail.

Cependant, la conjoncture dépressive internationale exacerbe la concurrence mondiale et ressuscite les tarifs protectionnistes qui avaient eu tendance à disparaître, lors de la période de prospérité capitaliste. La classe capitaliste internationale doit donc être prudente. Elle a peur d'un tel retour au protectionnisme, car il marché international, dans les années 30, et pourrait avoir des conséquences économiques générales catastrophiques.

Il est intéressant de noter que la vague protectionniste, qui a suivi la crise économique de 1973, a relativement peu touché les pays membres de la CEE. Ses structures ont tenu le coup. La raison fondamentale en est l'interpénétration des économies des pays concernés. En fait, un effondrement de la CEE serait extrêmement nuisible pour les exportations de tous les pays membres, et bien sûr, par extension, au marché mondial dans son ensemble.

Mais dans leurs efforts d'unification, les pays de la CEE sont confrontés à un sérieux obstacle : le rôle de l'Etat. Un véritable marché commun impliquerait en effet, la constitution d'une nouvelle confédération d'Etats, autrement dit, un Etat fédéral supranational. Dans la mesure où, à l'époque impérialiste, le rôle de l'Etat est d'une importance capitale, et que la CEE n'est pas encore unifiée, ni sur le plan économique ni sur le plan politique, les Etats-Unis et le Japon ont un gros avantage sur les structures pré-étatiques de la CEE. Les firmes américaines et japonaises, basées sur des Etats et des marchés unifiés, sont beaucoup plus fortes au niveau du marché mondial que chacune des puissances impérialistes européennes.

C'est pourquoi, du point de vue des firmes européennes, le maintien et le renforcement du Marché commun sont vitaux pour faire face à la concurrence américaine et japonaise. Sous les effets de la crise capitaliste internationale, cette logique pousse par conséquent, les pays membres de la Communauté et l'ensemble de la bourgeoisie européenne, à accélérer leurs efforts pour transformer la CEE, d'une vague confédération d'Etats en un Etat fédéral. D'où, "l'objectif 1992". Cependant, cette démarche d'unification s'accompagne en même temps de rivalités accrues, entre les pays membres, pour tenter de prendre la plus grande part du gâteau au sein de la CEE.

L'Europe en perte de vitesse Ces dernières années, les impérialistes européens ont perdu beaucoup de terrain par rapport aux Américains et aux Japonais, surtout au niveau des technologies de pointe. Aucun pays européen ne fait le poids à lui tout seul, dans la concurrence technologique internationale. Mais en unifiant leurs capacités financières, technologiques et scientifiques, l'ensemble des pays de la CEE, en tout cas les plus développés d'entre eux, peuvent modifier cette situation. D'où les programmes européens dans le domaine de la formation, comme Erasmus, Comett, Esprit et autres.

Mais tous ces plans de la bourgeoisie ne sont qu'un aspect du problème. Il y a aussi le revers de la médaille. Les lois de l'économie capitaliste, l'anarchie de la production et la concurrence, jettent les fondements d'une nouvelle explosion des antagonismes nationaux que craignent les forces bourgeoises. Tout cela prépare le terrain à une nouvelle vague de protectionnisme et la menace de faillites se profile dans certains pays. Par conséquent, la poursuite du déclin économique, sur le long terme, va entraîner une longue phase de crise et de doutes dans la CEE.

Certes, il est peu probable que la CEE s'effondre et disparaisse. En revanche, la création rapide d'un Etat supranational semble être une douce illusion, en tout cas pour le moment. La perspective la plus probable est que la CEE passera par une étape intermédiaire, à mi-chemin entre une simple zone de libre-échange et une véritable confédération bourgeoise.

Avec l'ouverture des frontières économiques dans la CEE, la concurrence entre les grandes firmes et monopoles s'est accrue et a forcé les économies nationales à se réadapter. Pour l'économie grecque, comme pour d'autres pays, un tel réajustement allait dans le sens d'une modernisation bourgeoise et de la nécessité d'être plus compétitive au sein de la CEE.

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D'autant plus que le succès du système monétaire européen (SME) dépend de sa capacité à combattre l'inflation dans les pays membres les plus faibles, comme la Grèce.

Les mesures d'austérité et le pro-

"stabilisation" de 1985, imposés par le gouvernement du PASOK, la prétendue politique des revenus, étaient inspirés par un tel souci de "réadaptation" de l'économie grec-

"nouvelles conditions de la compétition internationale". Le gouvernement de Papandreou alors de dévaluer le Drachme de 15% ; de réformer le système d'échelle mobile en gelant les salaires jusqu'en décembre 1987; de réduire l'accroissement des dépenses publiques ; et de freiner les prix agricoles. (Voir Inprenuméro 207 du 18 novembre

Cette politique a entraîné une chute du niveau de vie, les salaires réels diminuant de 10 à 12% entre 1985 et 1987. La restructuration capitaliste a donc réduit les revenus des travailleurs, lié les salaires à la productivité, augmenté les cadences et réorganisé le travail sur un modèle autoritaire, privatisé ou fermé des entreprises à problèmes, introduit de nouvelles formes de flexibilité du travail, fragmenté la classe ouvrière et étendu le chômage. Par ailleurs, elle s'est accompagnée d'une transformation qualifications et des statuts des travailleurs, d'une intervention accrue du gouvernement dans le mouvement ouvrier et d'une offensive idéologique contre la classe ouvrière, afin de la convaincre de travailler davantage, pour améliorer la com-

"notre économie" et pour "l'intérêt national".

Les forts et les faibles

Cette politique de modernisation bourgeoise va concentrer la production, au sein de la CEE, dans les mains d'un nombre restreint de monopoles. Les plus forts l'emporteront sur les plus faibles et c'est le peuple qui fournira les ressources nécessaires. Autrement dit, la compétitivité aura toujours besoin de plus de sacrifices, d'austérité et de la soumission du peuple à l'autoritarisme.

Le développement économique de la Grèce sera perturbé et déséquilibré par son intégration à la CEE, car ce sont, bien sûr, les économies les plus fortes qui vont profiter de l'élargissement du marché européen, puisque les moins développées sont aussi les moins compétitives.

La tentative d'ouverture de la CEE à la Grèce et à l'Europe méridionale, poursuivait deux objectifs. D'une part, disposer d'un tremplin et d'un nouveau canal pour étendre son commerce vers l'Afrique, l'Asie et le Moyen-Orient; et d'autre part, élargir sa marge de manœuvre, afin de pouvoir systématiquement faire porter le poids de la crise, aux économies les plus faibles.

Dans la nouvelle division internatio-

992 nale du travail, le rôle qui échoit à la Grèce est celui d'être le pont de l'impérialisme vers l'Afrique et l'Asie. La Grèce est d'ailleurs partie prenante du Traité de coopération économique de Lomé, signé en 1975, entre la CEE et initialement 53 pays de la zone ACP (Afrique, Caraibes, Pacifique) auxquels 13 autres se sont rajoutés par la suite. Il s'agit d'un traité de caractère clairement néo-colonialiste, car la majorité de ces pays sont d'anciennes colonies de la France, du Royaume-Uni, de l'Espagne, du Portugal, des Pays-Bas et de la Belgique.

Chaque nouvel adhérent de la CEE acceptant automatiquement le Traité Lomé, la Grèce, qui ne possédait pas de colonies auparavant, en acquiert ainsi 66 d'un coup ! Aujourd'hui, elle participe donc à l'exploitation de ces pays. L'"aide" fournie aux pays de la zone ACP peut être regroupée en trois catégories : construction de travaux publics, chines-outils, et aide technique.

La fin des mythes grecs

Ces données détruisent tous les vieux mythes au sujet d'une Grèce "périphérique", "sous-développée", "appuyant" les pays du Tiers-monde, etc. En réalité, avec le Traité de Lomé, elle est devenue un partenaire, certes mineur, des grands pays impérialistes de la CEE, dans une de leurs

Les liens entre la Grèce et la CEE sont bien entendu le fruit d'une politique délibérée de la bourgeoisie grecque, depuis la Deuxième Guerre mondiale. Ils traduisent également les progrès du capitalisme grec, qui s'est davantage renforcé à travers ces mêmes liens. Le capitalisme grec essaie surtout d'obtenir, de la CEE, les ressources économiques et le capital nécessaires pour son propre développement.

Face à l'approfondissement de la crise internationale et aux menaces d'une ré volte des travailleurs, le capitalisme grec tente également de remettre la direction de l'économie grecque entre les mains des grands monopoles européens. Il cherche à partager ses responsabilités et ses profits avec eux, afin de consolider sa propre domination. De plus, d'un point de vue politique, pour faire face au problème des négociations avec son propre mouvement ouvrier, le capital grec préfère s'en remettre à une direction collective plus expérimentée et mieux organisée, la CEE.

Mais avant toute chose, l'économie grecque est incapable de résoudre tous ses problèmes, l'inflation (15,7% en 1987), le déficit budgétaire (1,3 milliard de dollars), le manque d'investissements, la dette publique, l'industrialisation dépendante, etc. A cause de la crise économique internationale et de sa dépendance, elle ne peut survivre

"indépendamment" et en ayant "les mains libres" au sein du capitalisme mondial. Il ne lui reste donc plus qu'à s'intégrer dans le Marché commun.

C'est également la seule possibilité pour qu'elle puisse supporter la concurrence de certains pays de ce qu'on appelle Tiers-monde (Taïwan, Corée du Sud, etc.), dont l'économie, en plein essor, est plus développée que la sienne.

Les sentiments anti-américains

Les sentiments anti-impérialistes et anti-américains du peuple grec ont été adroitement exploités pour le convaincre des aspects "positifs" de l'incorporation dans le Marché commun, en arguant que la CEE faisait des efforts pour être politiquement indépendante des Etats-Unis, dans le but de devenir plus compétitive. Alors que ce phénomène n'est que le reflet du conflit inter-impérialiste entre les trois pôles en concurrence, l'Europe, le Japon et les Etats-Unis. La classe ouvrière commettrait une erreur tragique si elle tombait dans ce piège, en prenant position pour l'un de ces protagonistes. Pourtant c'est justement à cela que les partis réformistes de la gauche institutionnelle veulent aboutir.

Mais d'un autre côté, brandir le mot d'ordre de "non à la CEE" tel qu'il est développé par le Parti communiste (KEE, pro-Moscou) aujourd'hui et le PASOK hier, serait aussi une erreur. Car si ce mot d'ordre n'est pas lié à la lutte contre la bourgeoisie grecque (qui cherche à s'allier à celle de la CEE) et à la perspective d'une fédération des Etats-Unis socialistes de toute l'Europe, il reste confiné dans la sphère bourgeoise du "développement économique auto-suffisant", ou de la concurrence internationale. •

Marxistike Syspeiros août - septembre 1988

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