sous chape de plomb le 1er janvier 1984, a entraîné un approfondissement de la division des conditions de vie et une croissance spectaculaire des inégalités
Dans les principaux pays de la région, la pression monte en faveur d'un changement radical. Mais la menace militaire nord-américaine
CARAIBES
Des îles
LE PLAN REAGAN pour les Caraïbes, mis en œuvre depuis internationale du travail dans les îles Caraïbes, une régression constitue une puissante dissuasion. Andy BROK
E PLAN REAGAN pour les Caraibes, également connu sous le sigle CBI (Caribbean Basin Initiative) est le fruit d'une double préoccupation de la classe dirigeante nord-américaine : premièrement, restructurer les économies caraïbes en vue d'une plus grande ouverture aux exportations américaines et à l'investissement privé, notamment des firmes nord-américaines ; deuxièmement relancer l'activité économique par le secteur privé et enrayer ainsi la montée révolutionnaire stimulée par les révolutions de Grenade et du Nicaragua, la lutte armée au Salvador et au Guatemala, la consolidation de la révolution cubaine.
Ce plan prévoit de mettre des fonds supplémentaires à la disposition des secteurs privés locaux et des gouvernements. Il exonère de droits à l'importation, l'entrée des Etats-Unis, les produits fabriqués dans les 22 pays bénéficiaires du CBI. Des réformes sont attendues en contrepartie des pays "bénéficiaires" : privatisations, ouverture aux investissements étrangers, notamment par la création de zones franches industrielles, dévaluations et conversions de dettes en investissements étrangers (1).
Les Etats-Unis veillent au grain Avec l'intervention à Grenade en 1983, la Maison-Blanche a de plus, donné des assurances qu'elle emploierait tous les moyens pour préserver les intérêts capitalistes dans la région. La révolution de Grenade était effectivement lourde de dangers pour l'impérialisme. Elle indiquait aux peuples des îles anglophones une voie vers la libération sociale et nationale autrement plus réaliste que le réformisme parlementaire légué par l'héritage colonial.
Globalement, le plan Reagan a atteint son premier objectif. D'après une enquête récente du Congrès des Etats-Unis, entre les ler janvier 1984 et 1988, les nouveaux investissements ou extensions d'investissements générateurs de devises dans les 22 pays CBI, ont atteint le nombre de 670 pour un capital investi total de 1,5 milliard de dollars. Ces investissements auraient créé environ 100 000 emplois directs. Les nouveaux investissements sont le fait, pour 47%, de sociétés américaines et seulement pour 33%, de sociétés caraïbes.
Ouverture totale au capital étranger
Bien que les pays de la région soient dominés depuis des siècles par les intérêts étrangers, ce dernier chiffre indique à quel point le capital local est relégué au second rang ou au rôle d'associé minoritaire dans le seul secteur dynamique de ces économies, c'est-à-dire celui qui est tourné vers les marchés extérieurs.
Enfin, cette vague d'investissements étrangers commence seulement à déferler sur certains pays de la région, notamment la Jamaïque et la République dominicaine, offrant des "avantages comparatifs" considérables aux entreprises à forte main-d'œuvre : salaires parmi les plus bas du monde (entre 0,40 et 0,80 dollar de l'heure), fiscalité zéro, accès sans droits de douane aux Etats-Unis et proximité de ce grand marché. Actuellement, dans et hors les zones franches industrielles, plus de 200 000 ouvrières (et dans une moindre mesure, ouvriers) travaillent dans des usines d'assemblage (textile, électronique, chaussures, articles de sport, bijouterie, jouets, etc.) Ce chiffre, vu le rythme de croissance passé et les projets en cours, devrait approcher de 400 000 à la fin 1990.
Cependant, la relance de l'activité économique est loin d'être atteinte. La restructuration des économies caraïbes n'a pas entraîné de croissance de la valeur des exportations du fait du déclin des exportations traditionnelles (canne, bauxite, pétrole). Les importations des Etats-Unis en provenance de la région ont même reculé de 9,2 milliards de dollars en 1983 à 6,5 milliards en 1986.
En outre, cette relance ne concerne que quelques activités (telles que l'industrie d'assemblage et le tourisme), susceptibles de se déplacer facilement vers un autre pays ou une autre région.
Par ailleurs, chaque pays tire différemment son épingle du jeu dans la concurrence pour attirer les investissements agricoles, les touristes et les industries d'assemblage. Un exemple, à propos de ca dernier secteur, qui domine la création d'emplois dans la région : en 1987, les exportations de matériel électronique de la Barbade ont chuté à 0,5 million de dollars, contre 150 millions en 1984, date à laquelle la Barbade était sans doute le premier exportateur caraïbe de ce secteur vers les Etats-Unis. En trois ans, la Barbade a perdu sa compétitivité, notamment du fait des dévaluations au Mexique, en Jamaïque et en République dominicaine.
Enfin, les politiques libérales imposées depuis Washington ont aggravé, dans presque tous les pays, les conditions de vie, quelquefois déjà dramatiques, des couches populaires et creusé encore les inégalités.
Dans la plupart des pays Caraïbes, à l'exception notable de Haïti, la dette extérieure par tête d'habitant dépasse les 1000 dollars. Cette région est l'une des plus endettées du monde. En 1986, la Jamaïque a consacré 40% de son budget au paiement du service de la dette.
La région est une mosaïque diles, la plupart très différentes par leur histoire, leur culture, leur géographie et leur économie. Il n'est donc pas surprenant que les situations politiques y soient très spécifiques.
Le syndrome grenadien
Pourtant, au moins un trait commun unit les nations caraïbes : leur situation de pays dominés de plus en plus par les Etats-Unis. Cette domination économique implique des régimes autoritaires (avec, en général, des intermèdes "démocratiques"), une misère accrue dans presque tous les cas et des inégalités croissantes accompagnant le "respect des lois du marché". Une telle situation est apparemment favorable au développement de luttes de masse. Cuba comme le Nicaragua témoignent dans la région même, de révolutions victorieuses.
Toutefois, un autre exemple, celui de Grenade, est toujours au moins aussi présent dans l'esprit de ceux qui veulent engager leur pays dans la voie d'une véritable indépendance et démocratie. Une des grandes leçons de Grenade, c'est la faiblesse de chaque pays pris séparément face à la capacité d'agression économique, politique et, aux besoins militaires des Etats-Unis. Dans la majorité des pays ca-
1) Sur ce dernier mécanisme, voir l'article "Les nouveaux pièges de la dette", de Charles-André Udry, Inprecor numéro 262, du 30 mars 1988.
raïbes, la menace d'intervention impérialiste est un des principaux obstacles au développement de processus révolutionnaires et ce, d'autant plus que l'impérialisme nord-américain n'est pas le seul à être actif militairement dans la région. (2)
Jamaïque, la dérive du PNP
Le cas des trois pays indépendants les plus peuplés de la "Méditerranée américaine" , c'est-à-dire la République dominicaine, Haïti et la Jamaïque, témoigne du potentiel de lutte mais aussi du handicap que constitue un rapport de forces très défavorable avec l'impérialisme.
C'est en Jamaïque, depuis l'arrivée en 1980 d'Edward Seaga à la tête de l'Etat, que le tournant libéral a été le plus accentué. Annonçant d'emblée qu'il allait "délivrer" les forces du marché et remplacer le modèle de "substitution d'importation" par un modèle exportateur, le nouveau Premier ministre jamaïcain a mené tambour battant, un programme "néo-libéral" : dévaluation, réduction des dépenses publiques, privatisations, démantèlement des protections douanières, incitations à l'investissement étranger, échange de créances de la dette extérieure contre actifs jamaïcains.
Outre la relance du tourisme, l'effet le plus spectaculaire sur le plan économique est le développement d'un important secteur industriel d'assemblage. La seule branche confection pour l'exportation, il est vrai la plus importante, occupe dans et hors zone franche, environ 25 000 per-
Le peuple jamaïcain paie très cher un tel "développement" : dégradation des services publics et recul du pouvoir d'achat. Dans ces conditions, le Parti national populaire (PNP) de Michael
Avec l'intervention à la Grenade, les Américains ont montré
Manley, écarté du pouvoir en 1980, a regagné sur son adversaire une grande part du terrain perdu en huit ans d'incohérences
D'après tous les sondages, le PNP est majoritaire dans l'opinion. Cependant, le passage du cyclone Gilbert qui a ravagé le pays, permettra peut-être à Edward Seaga de gagner les élections qui doivent se dérouler au premier trimestre 1989. Il est en effet considéré comme plus à même d'obtenir des subsides importants.
En 1980, la CIA était intervenue sous toutes les formes possibles, du côté de Seaga, dans une campagne marquée par la violence et les assassinats. Cette fois-ci, Manley prend les devants... en reculant d'avance : il promet depuis des mois "d'accroître les mesures de libéralisation de l'économie afin d'encourager la produc-
La gauche du PNP a été combattue vivement par Manley et se trouve aujourd'hui très affaiblie. Quant au très stalinien Parti ouvrier de Jamaïque (WPJ), qui joua un rôle néfaste lors de la crise de Grenade, il est entré en crise après son échec aux élections municipales. Il a été, dernièrement, amené à remettre en cause son inféodation aux "Etats socialistes", son fonctionnement anti-démocratique et ses pratiques manipulatoires. Un contrecoup de la glasnost ?
République dominicaine :
l'attentisme électoral Entre 1978 et 1986, le PRD, parti populiste bourgeois affilié à l'Internationale socialiste, a tué les illusions populaires sur une voie "social-démocrate" de développement. Sa gestion a été marquée par une corruption massive, la soumission à Washington, la répression sélective et les massacres d'avril 1984. La qu'ils entendaient préserver leurs intérêts dans la région (DR)
politique du président Balaguer élu en 1986, ancien lieutenant du dictateur Trujillo et aujourd'hui chef du parti conservateur PRSC, se différencie surtout de la précédente par une accélération de la crise sociale : chute du salaire réel, dégradation des services publics, spirale de la criminalité.
En février 1988, des émeutes ont balayé plusieurs villes du pays.
Parallèlement, la dévaluation accélérée de la devise nationale favorise les inves tissements étrangers, surtout dans l'agrobusiness, le tourisme et les industries d'assemblage pour l'exportation. A un rythme encore plus élevé qu'en Jamaïque, les investisseurs affluent, y compris d'Asie, pour attaquer le marché des Etats Unis avec des coûts de main-d'œuvre de 0,50 dollar de l'heure, toutes charges comprises. Une dizaine de zones franches emploient déjà près de 90 000 personnes.
Une situation difficile pour la gauche
Malgré les traditions héritées de la lutte contre la dictature de Trujillo et de la guerre de 1965, la situation de la gauche dominicaine est également difficile, même si elle est très différente de celle de la gauche jamaïcaine. La tentative de regroupement que constituait le Front de la gauche dominicaine (FID) a éclaté avant les élections de 1986. Aujourd'hui dispersée, la gauche dominicaine joue un rôle très important lors des luttes et dans les organisations syndicales. Mais elle pèse d'un faible poids sur le champ politique alors que le Parti de la libération dominicaine (PLD, populiste) y occupe une place grandissante. Cette situation complexe a entraîné une crise dans la plupart des organisations de la gauche, dont plusieurs ont subi des scissions. La difficulté à faire vivre un projet révolutionnaire est en partie le résultat de l'expérience de l'insurrection de 1965 victorieuse face à l'armée locale, mais écrasée dans le sang par l'intervention de 40 000 marines.
Bien avant le rappel de Grenade, le peuple dominicain est devenu conscient de la taille de l'obstacle à sa libération nationale et sociale.
Dans ces conditions, il n'est pas étonnant que l'espoir d'une issue électorale, pourtant déçue par le PRD, renaisse autour d'un autre parti populiste, le PLD du professeur et ex-président Juan Bosch, malgré son âge avancé et son autoritarisme. Il ne fait aucun doute que ce parti est devenu aujourd'hui majoritaire dans l'opinion et représente l'espoir d'un changement radical lors des élections de 1990
Pour s'assurer la bienveillance des Etats-Unis et de la bourgeoisie locale, qui l'ont déjà exclu du pouvoir par un coup
2) Dans les Caraïbes, les Etats-Unis ont d'ailleurs déjà associé à de grandes manœuvres militaires, les forces armées d'autres puissances : Grande-Bretagne, France, Hollande. La France rend la pareille en accueillant en Guyane, dans son "centre d'entraînement en forêt équatoriale", des stagiaires provenant des Etats-Unis, de Hollande et du Canada.
Juan Bosch multiplie militaire en 1963, les déclarations de maintien de l'ordre capitaliste et s'efforce de démobiliser les luttes pour arriver jusqu'en 1990 sans explosion remettant en cause le calendrier électoral ou les institutions bourgeoises.
Héritière de la gendarmerie mise sur pied pendant l'occupation américaine
(1915-1934), à titre de formation suppléété détive, l'armée haïtienne a, depuis, volue à des tâches de répression. Depuis la chute de Duvalier, c'est elle qui détient le pouvoir réel. Après l'intermède qu'a constitué la présidence de Leslie Manigat, la dictature du général Namphy s'est exercée sans retenue. Privée de la plus grande partie de l'aide internationale, elle s'est lancée dans une fuite en avant et une politique de terreur. Il devenait alors urgent pour les Etats-Unis de mettre fin à ce régime devenu incontrôlable et de s'assurer à nouveau la maîtrise de l'armée.
Les Etats-Unis contrôlent bien l'armée
Au début du mois de septembre, les contacts se sont multipliés entre les ambassades occidentales, le nonce apostolique et l'entourage du général Prosper
Avril. Au même moment, d'autres complots se tramaient au sein de l'armée. Le coup d'Etat du 17 septembre, qui a vu la garde présidentielle se soulever contre
Namphy et le remplacer par Prosper Avril, est la résultante de plusieurs opérations, provenant à la fois de la base et de la tête de l'armée. Mais au bout du compte, Avril et l'ambassade américaine ont été les grands gagnants. Les officiers mis en retraite sous la pression de la base ont souvent été remplacés par des hommes plus liés aux Etats-Unis. Et les soldats qui avaient débordé Avril pendant quelques jours et voulaient résolument épurer l'armée, ont été réprimés après avoir été trompés (voir ci-contre).
Les Etats-Unis ont donc, apparemment, réussi à reprendre le contrôle de l'armée. Mais la situation est loin d'être stabilisée. Au sein même de l'ins-
"folles titution militaire, les journées" qui virent des casernes entières se mutiner contre leur commandant, laisseront des traces profondes. Et l'affaire des soldats emprisonnés est loin d'être close. Lors de la grève générale appelée avec succès par la Centrale autonome des travailleurs haïtiens
(CATH), le 21 novembre, la demande de leur mise en liberté était l'une des principales revendications. Le succès même de cette grève, au caractère très politique, et déclarée illégale par le gouvernement, témoigne de la radicalisation d'une population dont les conditions de vie ne cessent d'empirer (3) et à qui il n'a pas fallu deux mois pour perdre toute illusion sur Prosper Avril. Le niveau de conscience moyen a beaucoup progressé en deux années. Un autre signe en est la crise que vit l'Eglise catholique, peut-être encore plus grave que dans tout autre pays d'Amérique latine.
Les courants électoralistes sont moins crédibles
Les courants politiques dont la stratégie repose sur la tenue d'élections démocratiques ont vu leur crédibilité très affectée depuis que les élections du 29 novembre 1987 ont fini dans un bain de sang avec la bénédiction de la CIA. Ils en ont conclu qu'il ne fallait pas présenter de candidat qui n'ait l'agrément des Etats-Unis. Mais tant que les secteurs macoutes garderont leur puissance, la tenue d'élections un tant soit peu libres restera très hypothétique. Quoiqu'encore faiblement structuré, le secteur constitué par les organisations populaires radicales, anti-électoralistes et anti-impérialistes gagne en influence. Il a prouvé à plusieurs reprises ses capacités de mobilisation, même s'il est encore loin de pouvoir offrir une alternative
En novembre 1987, le Mouvement du peuple uni (UPM) accueillait dans l'île de Saint-Vincent, les représentants d'organisations anti-impérialistes des Caraïbes anglophones. C'était la première réunion organisée au niveau d'une sous-région du bassin Caraïbe par l'Assemblée des organisations anti-impérialistes de la Caraïbe et de l'Amérique centrale, organisme créé en 1984 à La Havane. Cette assemblée a elle-même tenu sa troisième session du 20 au 22 juin 1988 à Panama.
Elle a réuni 41 partis politiques et mouvements de 23 pays. Un nouveau comité de coordination a été désigné. Ont été élus Cheddi Jagan (Parti progressiste du peuple de Guyana), comme président, Olga Sanabri (Parti socialiste portoricain) comme secrétaire exécutif, Don Rojas (Mouvement patriotique Maurice Bishop, de Grenade) comme secrétaire à l'information, Eugène Gotfried (mouvement socialiste de Curação) comme trésorier, ainsi que Michel Bangou (Parti communiste guadeloupéen), Oscar Allen (Mouvement du peuple uni de Saint-Vincent) Antonio Martinez (FMLN salvadorien). Le président sortant était Rafael "Fafa" Taveras (Bloc socialiste de République dominicaine).
Du 22 au 24 juin avait lieu la cinquième conférence syndicale pour l'unité des travailleurs de la Caraïbe. Elle était organisée par le conseil des syndicats progressistes de Trinidad et Tobago. Les délégués provenaient de 17 pays de la ré gion. La tenue de ces conférences témoigne des liens croissants qui s'établissent entre les organisations du bassin caraïbe.
L'unité nécessaire
Don Rojas, du Mouvement patriotique Maurice Bishop expliquait en février dernier, que le climat de coopération, de compréhension et de respect mutuels s'est depuis deux ans, amélioré de façon qualitative entre les révolutionnaires, les progressistes et les démocrates des Caraïbes (4). Il devrait donc devenir possible que ces conférences s'élargissent à l'ensemble des forces révolutionnaires de la région et qu'elles se transforment progressivement en des organismes de solidarité active. Car, comme le soulignait également Don Rojas : "Il est maintenant impératif pour les partis anti-impérialistes de la région de commencer à développer une coopération régulière. Nous devons travailler en semble pour aider les peuples de la Caraïbe à analyser les enjeux politiques, et pour les mobiliser en défense de leurs intérêts, et contre ceux des riches élites dominantes. La réunion de Saint-Vincent organisée par les Organisations anti-impérialistes de la Caraïbe et de l'Amérique centrale, a été un pas dans cette direction. Maintenant, nous devons trouver les moyens de faire en sorte que les positions qui y ont été adoptées, se traduisent par des actions menées autour de campagnes communes" 30 novembre 1988 3) Sur la crise haitienne, voir l'article de Filip Martens, Inprecor numéro 250, du 5 octobre 1987. 4) The Militant, 5 février 1988, New York.