DEPUIS LE LANCEMENT, fin 1978, de la réforme agricole, la Chine a connu des changements d'une importance majeure. Les chiffres annuelle dans l'agriculture : environ 9,48% entre 1979 et 1984, 17,1% en 1984. Depuis 1979, des entreprises non-agricoles ont commencé à se développer dans les campagnes, atteignant leur point culminant
Cette année-là, la réforme qui a mis fin au système du monopole dans l'achat des produits agricoles subsidiaires, a favorisé la production de la viande, du poisson et des légumes, ce qui s'est accompagné marquant la fin de la période précédente. Il est de 1,6% pour l'année
1985, 3,5% pour 1986 et 4,7% pour 1987. Mais cela n'affaiblit pas le poids de l'économie rurale sur l'ensemble de la vie economique du pays. Le Parti communiste chinois (PCC), est contraint d'appliquer des réformes encore plus radicales dans l'industrie et le domaine des
CHINE
Premier bilan de la réforme rurale officiels parlent de l'extraordinaire taux de croissance moyenne en 1984-1985, avec un taux de croissance de 40 à 50%.
d'une recrudescence de l'inflation.
Mais, à partir de 1985, le taux de croissance a chuté brutalement, prix, déclenchant une crise sociale aigué.
Xiao DIAN
S
UITE A DEUX décennies de tergiversations de la période Mao
Zedong, l'économie rurale était en stagnation et, en 1978, le reper capita des paysans venu annuel net était de 134 yuans. Par rapport aux 73 yuans de 1957, la hausse moyenne annuelle n'était que de 2,9%. Chaque unité familiale économisait environ 32 yuans, un peu de céréales en stock et moins de
500 yuans en valeur foncière. Près de 200 millions de paysans vivaient en dessous du seuil de pauvreté.
Une faible productivité
La principale raison qui peut expliquer cette situation, est le manque d'initiative dévolue aux paysans dans la production. Que la productivité agricole sur les terres collectives soit de 5 à 7 fois inférieure à celle obtenue sur leur propre terrain, parle de soi. Cette faiblesse de motivation s'explique essentiellement par l'égalitarisme de la politique de la Commune du peuple (1). Le collectivisme forcé ne tenait pas compte des conditions subjectives des paysans et du niveau objectif de la productivité agricole. Il faut y ajouter l'arbitraire de la bureaucratie du parti, et la répression, qui ont engendré chez les paysans, un sentiment de divorce avec la terre, les moyens de production ou le produit de leur travail.
Autre raison de cette faiblesse, la politique stalinienne consistant à donner la priorité absolue à l'industrie lourde, au mépris de l'industrie légère et de l'agriculture. En provoquant une crise des ciseaux entre les prix industriels et les prix agricoles, le PCC a maintenu de bas salaires et de faibles coûts des matières premières pour les grandes entreprises, obtenant ainsi les fonds nécessaires à la mise en place de l'industrie lourde. En revanche, pendant de longues années, l'agriculture a manqué de crédits pour investir.
Pour maintenir cette politique, le PCC a eu recours à une série de mesures : dans la production, il a imposé la propriété collective des terres, interdit toute transaction de terre, y a attaché les paysans par une procédure d'enregistrement des foyers. Dans la distribution, il a maintenu de bas prix d'achat et a fourni des moyens de production bon marché. Dans la sphère de circulation des produits, il a imposé le monopole d'Etat, en fermant les marchés, en restreignant le commerce inter-régional, et en appliquant une politique de contrôle des prix.
Une paysannerie assujettie
Le résultat de ces mesures fut l'assujettissement de 800 millions de paysans à la terre, l'attribution per capita des terres cultivées ne dépassant pas 0,5 hectare.
C'était là un véritable gâchis des ressources en main-d'œuvre et un obstacle à la mécanisation et à l'organisation efficace du travail agricole. Les paysans n'avaient pas le droit de quitter leur terre ou de décider la nature de leur production. L'économie rurale ainsi étouffée, le potentiel en machines et en moyens de transport, produits par l'industrie, n'a pu être utilisé.
A la fin de l'année 1978, à la tête de la fraction alors au pouvoir, Deng se fait le promoteur d'une réforme de l'économie agricole. De propriété collective, la terre passe sous le contrôle des familles paysannes, constituées en unités de base. Le bétail et les machines, au départ propriété collective, sont alors vendus ou loués à ces mêmes familles. Des entreprises à gestion communale sont soit mises à la disposition des collectifs d'entreprises ou de leurs directeurs, soit distribuées aux paysans sous forme de titres. La quasi totalité des paysans réagit favorablement au changement du système de la Commune du peuple.
L'Etat reconnaît ainsi aux paysans le droit d'avoir une propriété privée et d'accumuler des richesses. Il leur accorde également le droit de s'engager dans diverses activités économiques, leur permettant ainsi de modifier leur statut social. Le statut des entreprises privées est confirmé, les paysans peuvent désormais céder le droit d'utilisation de leurs terres, ils peuvent émigrer vers les villes, les marchés sont réouverts et le monopole des entreprises d'Etat sur le commerce prend fin. Ce sont là les bases d'une restauration et d'une expansion des mécanismes du marché.
Le "Enrichissez-vous" de Deng
En 1979-1980, le PCC augmente également le prix d'achat des produits agricoles et les paysans bénéficient de revenus plus importants leur permettant une accumulation primitive et une consommation élargie. Ceci stimule l'initiative des paysans dans la production. Sous couvert d'aide aux foyers spécialisés dans certaines cultures en arguant que ceux qui s'enrichissent ainsi, aideraient les autres par la suite, l'Etat favorise, en terme de prêts et d'aide technique, les unités pay sannes ayant les meilleurs résultats, et leur donne priorité pour l'achat de leurs produits. Des régions originellement plus riches, comme les provinces côtières, ont largement bénéficié de cette politique. Dans le même ordre d'idée, le PCC encourage également le développement des industries rurales, sous forme d'entreprises coopératives ou privées, notamment par l'entremise des prêts, amenant la rapide extension de l'industrie rurale, du commerce et des services.
Ces réformes ont introduit d'importants changements dans les campagnes chinoises. De 1979 à 1984, le taux annuel moyen de croissance de la production agricole (9,48%) se situe au-dessus des 8,96% de la production totale. La produc-
1) En 1958, avec le "Grand bond en avant", la direction maoïste s'est lancée dans une politique de collectivisation forcée dans les campagnes.
tion céréalière s'accroît de 4,95% (taux annuel) malgré une réduction des terres cultivables de l'ordre de 6,4%.
De 1978 à 1986, le revenu per capita de la population paysanne passe de 184 à 424 yuans, soit une hausse de 220%. Même si cela ne constitue que la moitié du salaire d'un ouvrier, l'écart avec ce dernier se réduit. Selon les estimations, les familles paysannes disposaient, en 1985, d'épargne, d'argent, d'avoirs et de réserves céréalières d'une valeur totale supérieure à 3 880 yuans. Toutefois, du fait de l'inégalité des revenus paysans, le fossé entre les familles pauvres (10 à 15% de la population, soit quelque 100 millions de paysans) et les familles riches s'est visiblement creusé.
Le succès initial
La réussite majeure de cette réforme portait sur la transformation d'un plus large secteur de l'économie rurale qui a évolué de l'économie d'agriculture parcellaire à l'économie marchande, introduisant la division sociale du travail et, par là même, jetant les bases d'une productivité agricole accrue. En 1985, si l'on prend 1979 comme point de comparaison, le montant des achats en aliments subsidiaires avait doublé. Les liquidités constituaient 65% des revenus totaux des paysans qui possédaient plus de 50% du pouvoir d'achat total de la société. 60% des ventes au détail des marchandises s'effectuaient à la campagne contre 52% en 1978.
La main-d'œuvre rurale connut également des transformations importantes. Entre 1979 et 1985, 45,77 millions d'ouvriers agricoles passent dans des activités non-agricoles. La population urbaine augmente de 127 millions et, plus d'un million d'ouvriers migrants restent en ville à la recherche d'un moyen de subsistance. Chaque année, six millions de personnes quittent la campagne pour s'embaucher ailleurs, dans des emplois temporaires.
En somme, près d'un cinquième de la force de travail paysanne change d'emploi, de lieu de résidence ou de statut social.
Le soutien sans équivoque du PCC aux entreprises rurales en 1984, leur assure une rapide extension. La valeur de leur production constituait, à elle-seule, 44% de la valeur totale de la production rurale et 17% de la valeur totale de la production nationale. 64,16 millions d'emplois ont été fournis et 17% des ouvriers agricoles ont été ainsi libérés de leur terre.
La fraction de Deng a éliminé le système de la Commune populaire et a directement lié les paysans au fruit de leur travail, par le truchement de la responsabilité familiale. Ceci a largement contribué au développement des initiatives personnelles dans la production et l'intensification du travail. C'est la principale raison de la croissance dans le domaine de la production agricole. Cela confirme, d'un point de vue négatif, que toute politique de contrainte et d'expropriation forcée des paysans ne mène qu'à leur résistance passive, à la stagnation production rurale, lourdement payée par l'ensemble de la société.
L'accumulation
La collectivisation forcée en Union soviétique, dans les années 30, et la communalisation de la Chine, dans les années 50, ont eu des conséquences extrêmement graves. Ce n'est qu'aujourd'hui que les théoriciens du PCC commencent à admettre la vérité, c'est-à-dire que la transformation des campagnes ne peut se faire à marche forcée
La hausse des prix d'achat des produits agricoles est un premier pas dans l'accumulation capitaliste chez les paysans et vers le développement de l'industrie, du commerce et de l'agriculture subsidiaire. Lorsque des terres furent soustraites à un certain nombre de paysans, la concentration commença d'opérer, et avec elle, la mécanisation fut rendue possible, permettant ainsi la hausse de la productivité à l'hectare.
Un autre facteur de la mise en place d'une économie rurale active fut l'extension des entreprises agricoles individuelles et familiales. La politique précédente avait négligé le problème de la consommation et des besoins des populations rurales et urbaines, d'où la forte demande potentielle pour les produits agricoles et subsidiaires, les biens de consommation et les services divers. La pénurie de biens de consommation de services avait abouti à une accumulation de pouvoir d'achat dans la société. Lorsque les contraintes administratives furent levées, la demande et le pouvoir d'achat ont impulsé un rapide développement des activités économiques.
Développement technologique
Certaines industries domestiques sont parties d'une base très primitive, faisant usage des déchets pour leur production. Malgré la mauvaise qualité des produits, elles étaient en mesure de répondre à la demande paysanne, d'un niveau relativement bas. Plus tard, elles ont progressé sur le plan technologique et par la mécanisation des outils, améliorant ainsi leur productivité. Ainsi, les déchets potentiellement utilisableset de nouvelles technologies, ont permis aux entreprises rurales de décoller rapidement, malgré un faible niveau de départ. Les améliorations dans le domaine agricole étaient en partie le ré sultat de la prolétarisation de la main-d'œuvre et du déploiement de la technologie, des sciences et des nouvelles mé-
Les trois décennies de développement industriel et technologique en Chine ont permis l'établissement des conditions matérielles nécessaires au développement de l'industrie rurale (petits et moyens tracteurs, matières premières pour la production industrielle, insecticides, engrais chimiques, etc.). Sans ces conditions objectives, l'économie rurale n'aurait pu se développer aussi rapidement.
En résumé, la réforme rurale de Deng a rectifié la politique rurale absolument irrationnelle d'avant 1978, et dans une certaine mesure a levé les contraintes antérieures pesant sur les initiatives des pay-
L'augmentation de la production agricole de 1979 à 1984 n'était pas fondamentalement due à une productivité accrue el n'était, par ailleurs, qu'un replâtrage du déficit géant laissé par une mauvaise politique passée.
En 1984, apogée de l'intensification du travail paysan, la production de céréales atteignit son point culminant et 1l eut une surproduction temporaire de cé. réales qui entraîna la chute brutale du prix de ces denrées. Les paysans eurent des difficultés à vendre leur production et certains furent attirés vers des activités substitutives non-agricoles. Ils réduisirent les aires cultivées et la part de leur travail consacré à l'agriculture. Cela conduisit,
après 1984, à un renversement dans la production céréalière.
De 1978 à 1984, la production de céréales, par hectare, décrût chaque année ce qui, associé à une rapide réduction des surfaces cultivées, fit baisser la production totale de 7%. Au cours des deux années suivantes, la production totale de céréales n'atteignit pas le niveau de 1984 et il s'est révélé très difficile de la stabiliser.
La bonne récolte céréalière de 1984 entraîna une chute des prix de 12,5% sur le marché libre, taux inférieur au prix d'achat fixé par l'Etat. Les achats par l'Etat constituèrent une subvention sérieuse pour les paysans, mais un lourd fardeau pour l'Etat et causèrent également une crise de stockage. Dans ces conditions, le Parti communiste chinois annonça, en 1985, que les achats étatiques seraient supprimés et remplacés par un système de contrats.
Cette politique se heurta rapidement à des difficultés. Avec la baisse de la production de céréales, le prix de ces denrées sur le marché libre s'éleva au-dessus des prix de contrat et les paysans refusèrent de signer de tels engagements. Face à cette crise, le PCC eut recours à des mesures administratives, annonça que les contrats d'achat tombaient dans une catégorie régie par le plan et que les paysans devaient remplir leurs contrats malgré leurs réticences.
Au même moment, dans certaines régions, le marché libre fut restreint et le commerce céréalier inter-régional interdit, ce qui entraîna un vif mécontentement chez les paysans. Tout cela montre l'arbitraire dans les changements de politique du Parti ainsi que la fragilité de cette politique.
Une production anarchique
La réforme agraire conduisit l'économie rurale à produire de façon anarchique pour le marché. Souvent, un village entier se tournait vers la production d'une seule espèce de récolte ou d'un seul produit et la production souffrait des oscillations du marché. Les bureaucrates ne purent donner de directives, encourageant au contraire les paysans et les entreprises à la production anarchique. Le résultat fut une sérieuse sous-production des autres produits. Les paysans devinrent les principales victimes de cette politique. Tout cela était totalement contraire aux intentions premières du PCC qui espérait que les paysans répondent à temps aux besoins, à travers les mécanismes du marché.
Un autre objectif de la réforme était de promouvoir la spécialisation à la campagne, pour que les experts puissent aider augmenter la productivité. Cependant, si la spécialisation rurale atteignit un niveau maximal de 2% en 1984 (nombre d'unités domestiques spécialisées parmi les familles paysannes), elle tomba par contre à 1,7% en 1985, ce qui montre le renversement de tendance. Cela est peutêtre dû aux risques accrus d'oscillations du marché, les paysans préférant donc étaler les risques
Contrairement aux attentes de Deng, malgré la hausse de la quantité d'aliments subsidiaires et de biens de consommation produits, leur prix n'a pas baissé. L'une des raisons de ce phénomène réside dans l'insuffisance des moyens de transports et de redistribution, car des super-profits monopolistiques peuvent être dans le secteur du transport et du commerce de détail. Un nombre assez important de produits sont toujours déficitaires, il y a donc stockage et spéculation. Une autre raison importante c'est que les bureaucrates, à tous les niveaux, exigent des pots-de-vin et des taxes arbitraires, entravant ainsi la liaison entre la production et la distribution sous divers prétextes, afin d'accroître les bénéfices du gouvernement et leurs propres revenus. Le régionalisme est florissant et les pertes, directes et indirectes, causées par les droits de douanes et la rétention des marchandises, conduisent à de grosses différences entre les prix du marché et ceux obtenus par les paysans à la vente de leur production. Paysans et consommateurs en sont victimes.
Les effets négatifs
Au niveau national, le nombre de tracteurs s'est considérablement accru, mais il s'agissait surtout de tracteurs de moyenne et de petite taille. Les surfaces labourées par tracteur ont diminué ce qui reflète le recul de l'usage des gros tracteurs. Il faut également y ajouter les coûts sociaux visibles et invisibles, l'usure des machines, les insecticides, les combustibles et la pollution de l'air. Par conséquent, l'efficacité globale de la culture mécanisée a été réduite. Tant que les paysans étaient encore enthousiastes, cela pouvait être compensé. Mais à partir du moment où cet enthousiasme s'est affaibli à cause du développement de la production pour le marché et d'autres activités non agricoles, les conséquences et les effets à long terme de cette régression se sont trouvés aggravés. Les travaux d'irrigation ne se sont pas développés parce que l'Etat a réduit les investissements et que les paysans ne voulaient pas fournir de travail non rémunéré. L'accumulation de cette négligence de longue date et de la désertion, sont susceptibles d'affecter sérieusement les capacités de résistance de la Chine aux désastres naturels. C'est une question qui mérite une attention sérieuse car le climat de la planète est en train de changer de façon brutale et les sécheresses, les inondations et les ouragans, devenus beaucoup plus fréquents, pourraient entraîner des pertes inestimables. Dernièrement, les sécheresses et les inondations sur lesquelles les autorités chinoises ont attiré l'attention n'étaient pas sans rapport avec la baisse d'efficacité des travaux d'irrigation.
Profits maximums
Les paysans qui ont loué des terres et des forêts essaient d'obtenir le maximum de profits pendant la période de leur contrat. A long terme cela peut affecter gravement la productivité des ressources en terres et en forêts. C'est pourquoi, le Parti communiste a graduellement étendu la durée des contrats à 15 ans, en espérant qu'ainsi, les paysans protégeraient consciencieusement les terres et les forêts, mais il n'en sera rien. Les paysans ont été échaudés par les oscillations des politiques du parti et continueront à essayer de tirer le profit maximum er. un minimum de
Une conséquence plus directe de la réforme découle du développement des industries rurales. Au départ, comme elles comblaient le déficit en biens de consommation, elles se développèrent rapidement. Cependant, elles avaient, pour la plupart, une productivité très faible et en dessous des normes de qualité. Leur développement massif accapara rapidement les matières premières, les capacités de transport et l'énergie qui auraient été nécessaires aux grosses industries de haut rendement. Il s'en suivit un envol des prix, une spéculation extensive, et une explosion du régionalisme. Des barrières furent érigées par des gouvernements locaux, ce qui affecta la production normale des grosses industries des régions avancées et l'efficacité globale de la production.
Autre conséquence de la réforme, les études ont commencé a être considérées comme inutiles. A la campagne, il y eut beaucoup de retraits des écoles. Bien que les unités domestiques spécialisées individuelles se soient mises à suivre un enseignement plus spécialisé, cela n'a pu compenser le recul général de l'éducation. Face à l'essor des prix, les professeurs ont
été obligés de prendre des emplois à temps partiel et la qualité de l'enseignement s'en est ressentie, aggravant la crise du système scolaire.
Par ailleurs, à la campagne, les secteurs de production coopérative comme les départements de préservation des forêts, les dispensaires vétérinaires, les départements de travaux d'irrigation et les coopératives d'achat et de vente se sont trouvés paralysés ou en état de désintégration à cause du développement rapide du système de responsabilité en vertu duquel les cadres ont été drainés ailleurs. Le capital a manqué et la gestion fut désorgani-
L'un des buts de la réforme de Deng était de réduire les investissements publics dans l'agriculture et de s'appuyer davantage sur les investissements spontanés des paysans eux-mêmes. La proportion d'investissements de l'Etat dans l'agriculture, dans le total des investissements en capital, a chuté de 11,1% en 1979 à 3,4% en 1985. Quant aux paysans, alors que leurs revenus ont augmenté, leur investissement productif a décliné. En 1983, la proportion d'investissement productif dans les dépenses paysannes totales a atteint le niveau élevé de 5,7%, pour tomber ensuite à 3,8%, en 1985, surtout dans le secteur des cultures. Cela était particulièrement préoccupant, car ce secteur dépend en grande partie des investissements paysans.
Les compétents
Le Parti communiste ayant accordé un soutien actif aux unités domestiques "compétentes" et spécialisées, beaucoup de terres, de ressources et de moyens de production ont été concentrés en peu de temps entre les mains d'un petit nombre de gens qui ont accumulé, à travers les contrats, un revenu de plusieurs dizaines de milliers de yuans. Un nombre important d'affaires individuelles et de petites entreprises ont exploité l'extrême inégalité dans la distribution et la vente, et obtenu des bénéfices considérables. Les paysans qui n'ont pas saisi ces opportunités pour s'enrichir, ont vu leurs revenus baisser par rapport à ceux des paysans riches et le niveau de vie de quelques-uns s'est même détérioré à cause de l'inflation des prix. Quelques paysans sont devenus des salariés agricoles. Généralement parlant, la différenciation sociale et la différenciation de classe se sont intensifiées dans la paysannerie. Dans les régions côtières, par exemple, les unités domestiques riches peuvent atteindre un revenu 100 fois supérieur à celui des unités domestiques pauvres.
La spéculation
Un nombre important de bureaucrates se sont servis de la pénurie des matières premières et des biens de consommation pour s'engager dans la voie du stockage et de la spéculation. Ils ont étranglé l'arrivée normale des fournitures, engendré une grande pénurie artificielle et ont pu ramasser une fortune considérable, s'ajoutant aux gains de la corruption.
Le Parti communiste n'a pas pris de mesures actives pour restreindre de tels agissements. Il a proposé un impôt uniforme sur les bénéfices, 35 % pour les entreprises et 40% pour les investisseurs dans les entreprises. Il n'a pas appliqué une échelle fiscale progressive personnes ou les entreprises qui obtiennent d'énormes profits. Par ailleurs, de sérieuses fissures existent dans le système d'imposition dont l'application pratique est arbitraire et irrégulière, ouvrant une voie supplémentaire à la corruption bureaucratique.
Le mécontentement et les rivalités entre les paysans se sont souvent exprimés par des attaques et des sabotages mutuels, tels que, par exemple, l'empoisonnement des lieux de pêches des autres. Les récriminations des paysans contre la corruption et l'incompétence bureaucratiques et le désordre créé sur le marché ont parfois entraîné des révoltes paysannes. En mai 1987, 30 à 40 000 paysans de la province de Shandong se sont révoltés et ont attaqué les bureaux locaux du gouverne ment, car, alors qu'il avait encouragé la production d'ail, l'Etat cessa de leur en acheter lorsque la récolte s'avéra très bonne.
La crédibilité du régime déclina rapidement. Comme la réforme avait relâché le contrôle sur le lieu de résidence et les allocations en céréales des paysans, ceux-ci ne se sentirent plus effrayés ni liés, et il y eut des cas de vols collectifs, de soulèvements et même de violences contre les collecteurs d'impôts et les forces de sécurité. L'idéologie et les normes morales sociales antérieures, se sont désagrégées sous l'influence de mots d'ordre comme "devenir riche" ou "l'argent d'apagne. Deng voulait s'appuyer sur les paysans riches, mais a finalement affaibli son soutien chez les paysans pauvres et moyens.
Un cours dangereux
La réforme de Deng a renforcé les conditions objectives d'une restauration capitaliste. Le capital accumulé par les unités domestiques spécialisées ou par les bureaucrates, pourrait être utilisé dans le système de production de marchandise qui s'est encore davantage élargi, pour étayer l'extension d'une production capitaliste employant davantage de travailleurs et s'appuyant sur les inégalités de la structure économique. La privatisation de la terre (même s'il ne s'agit que du droit d'usage) et d'autres moyens de production au profit de capitalistes va obliger davantage de gens à vendre leur force de travail. L'apparition massive de travailleurs salariés est un signal dangereux. Un autre signe dangereux est la montée des prêts à la campagne, à des taux usuraires, avec des intérêts pouvant atteindre 100%. Tout cela indique une tendance dangereuse au développement du capitalisme dans la paysannerie chinoise. Une restauration capitaliste en Chine prendra son élan en s'appuyant sur la réforme anti-socialiste du marché et la corruption des cadres.
Par le passé, la politique constante de priorité à l'industrie aux dépens de l'agriculture, a donné naissance à une structure de prix rigide, qui a masqué l'échange inégal entre industrie et agriculture. Tout cela a permis le maintien d'une structure bureaucratique hypertrophique et inefficace et l'irrationalité de la structure industrielle.
La réforme rurale a partiellement aboli l'écrasement des prix des produits agricoles et des matières premières. De plus, à cause des obstacles engendrés par la structure bureaucratique et des coûts élevés de la circulation des biens, les prix du marché sont devenus beaucoup plus élevés,
bien que les producteurs n'en aient pas profité. Or il existe déjà une pénurie de matières premières et la concurrence entre les entreprises rurales pour les obtenir, ainsi que les spéculations des bureaucrates ont aggravé le problème. Le prix des matières premières s'est élevé à un niveau irrationnel. Ce prix s'additionnant aux problèmes de transport et d'énergie, les entreprises urbaines ont été sévèrement touchées, et la production a chuté ou s'est arrêtée. Ainsi, le développement de la crise de la réforme rurale s'est accompagné d'une intensification de la crise dans les villes. Selon des estimations, 80% de la population urbaine a été sérieusement frappée par l'inflation galopante.
Résistance ouvrière
Le problème principal de l'industrie était la faible motivation des ouvriers. La production industrielle est essentiellement différente de la production agricole, et le système de responsabilité ne peut s'appliquer ici. La stimulation à la production ne peut pas, non plus, être augmentée en élargissant le fossé des revenus entre les ouvriers. Pour que les ouvriers accroissent leur rentabilité productive, soit il faut les forcer à produire pour leur subsistance, comme dans le mode de production capitaliste, soit leur permettre de se sentir réellement maîtres de leur production, comme dans une société socialiste
La première solution ne peut être appliquée que par une contre-révolution qui privatiserait l'actuel système de propriété étatique, c'est-à-dire par la restauration générale du capitalisme. Mais il faudrait, au préalable, écraser toute résistance des présent, une telle contre-révolution n'est pas à l'ordre du jour, même si la politique erronée de Deng a permis l'extension du capitalisme à la campagne. La précondition pour la deuxième solution serait le renversement du règne de la bureaucratie afin qu'un authentique contrôle ouvrier puisse être établi et ce n'est bien sûr pas le chemin emprunté
Le régime de Deng essaie aujourd'hui de faire payer le coût de la réforme aux travailleurs et de les obliger, en même temps, à travailler plus dur. Le pouvoir a été décentralisé en faveur des directeurs d'entreprise et des technocrates. Les différences de salaire ont été élargies et le système du travail aux pièces a été imposé ; l'emploi contractuel remplace l'embauche à long terme, et les licenciements sont utilisés comme menace contre les travailleurs; la sécurité sociale et les subventions des prix de l'eau, de l'électricité, du logement, de l'alimentation, etc. ont été progressivement supprimées.
Certains signes montrent que les travailleurs résistent passivement ou activement à ces mesures: le nombre des grèves a augmenté et un mécontentement social général fait surface. Les syndicats officiels sentent évidemment cette pression et sont obligés d'y répondre. Bien sûr, la classe ouvrière a encore un long chemin à faire pour passer du mécontentement à la résistance organisée. Mais les réformes à la Deng dans les villes vont sûrement rencontrer une résistance renforcée de la classe ouvrière.
Une véritable alternative
Ni la Commune populaire maoïste et la priorité à l'industrie lourde, ni l'économie de marché et la politique libérale de Deng, ne peuvent faire progresser le développement des campagnes et des villes chinoises d'une façon réellement constante.Promouvoir véritablement le développement économique à la campagne, c'est d'abord avoir une politique correcte envers la paysannerie.
Le mode de production doit s'accorder avec le niveau général de productivité et la libre volonté des paysans. La collectivisation forcée tout comme la communalisation sont condamnées à buter sur la résistance passive des paysans. Les conséquences en sont évidentes.
Certes, l'Etat ouvrier ne peut pas se contenter du niveau actuel de productivité à la campagne. Il doit fournir aux paysans des biens industriels bon marché et de bonne qualité, suffisamment d'insecticides, d'engrais, de tracteurs, de technologie agricole, d'irrigation et d'électricité, afin de les aider à élever le niveau de la productivité et de la mécanisation. Il devrait élargir les échanges de produits sociaux entre la paysannerie et la classe ouvriere ; renforcer graduellement Tengagement des paysans dans la production sociale; absorber, dans les industries, le surplus de travail issu d'une productivité agricole supérieure ; aider les paysans à mettre sur pied des coopératives, pour éviter leur exploitation dans le processus de vente des produits. Par ailleurs, l'Etat devrait adopter des lois sans équivoque pour imposer des restrictions priées, y compris une structure d'imposition progressive avec une lourde imposition des paysans riches qui emploient des salariés agricoles ; la mise sur pied système de l'interdiction des taux usuraires. Toutes ces mesures devraient tendre à empêcher terre, l'accumulation et l'exploitation capitalistes. L'Etat devrait fournir une aide à la production, jouer un rôle de coordinastockage des marchandises, pour supprimer les conséquences des grandes oscilla-
Le développement de la production rurale de marchandises est certes porteur d'une tendance au capitalisme. Pour développer la campagne chinoise, la tentative maoïste de sauter par-dessus l'étape du développement économique de la producton rurale de marchandises nest pas viable. Cela tient à la nature petite-bourgeoise des paysans. Mais, en tolérant ou même en encourageant, le développement d'une économie marchande à la campagne, la classe ouvrière ne peut lui permettre de se développer de façon arbitraire, ni de promouvoir activement les différenciations sociales et de classes, comme le fait la politique de Deng.
Une politique paysanne correcte consiste à réprimer consciemment la tendance capitaliste de l'économie marchande, aider les paysans pauvres et rechercher le soutien des paysans moyens. Les prêts doivent être accordés aux paysans selon des critères de classe, leurs impôts doivent être réduits et les coopératives formées sur la base du volontariat. Les paysans pauvres et moyens doivent également bénéficier d'une allocation privilégiée de terres et de la fourniture de tracteurs, de fertilisants, d'insecticides et de semences pour les nouvelles espèces.
Différenciations sociales à la campagne En dernière analyse, le développement d'une couche de paysans riches est basé sur l'oppression des autres couches paysannes et empêche leur développement productif. Il en résulte, sur un plan social général, qu'un secteur de plus en plus grand de la productivité agricole potentielle est entravée. Dans l'intérêt du développement économique rural et de l'économie dans son ensemble, le régime de la classe ouvrière devrait donc aider les paysans moyens et pauvres, alors qu'au contraire, la politique de Deng est d'aider les
La fraction Deng avait proclamé qu'elle donnerait la liberté aux paysans pour la production de marchandises. En réalité, l'intervention et le contrôle de la bureaucratie existent toujours.
L'économie de marché n'ouvre pas seulement la voie à la recherche de privilèges de consommation, par les bureaucrates, mais elle leur fournit aussi les moyens et les objectifs pour accumuler du capital, grâce à l'utilisation de leurs pri-
October Review septembre - octobre 1988