PERSONNE NE MET en cause l'importance de l'organisation Herri Batasuna (HB), non seulement en Euskadi, mais aussi dans l'ensemble de l'Etat espagnol. Pour les partisans du système, le problème est de savoir comment parvenir à intégrer HB ou comment le faire capituler. Pour ce faire, ils combinent diverses tactiques faites de dures condamnations en exigeant une action répressive, ou bien l'invitent à l'intégration politique dans le cadre institutionnel. Leur objectif est clair : qu'elle s'intègre ou qu'elle disparaisse. José Iriarte BIKILA
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Averse : qu'Herri Batasuna demeure forte et ferme, car les voies de la révolution étant très complexes, le concours et la collaboration de tous les révolutionnaires - même s'ils ont des idées différentes - est nécessaire. Pour nous, LKI, analyser la signification de HB, apprendre de cette expérience est très important.
L'apparition de HB
Voilà dix ans, se constituait Herri Batasuna. Nous étions dans la période précédent l'autonomie, la constitution de l'Etat espagnol n'était pas encore approuvée, les mouvements sociaux demeuraient actifs, le mouvement ouvrier faisait de larges grèves générales et exprimait dans la lutte, son opposition à la répression. Et surtout, dans la majorité des secteurs abertzales ("patriotes basques"), l'insatisfaction était manifeste. Peu après, lors du vote de la Constitution le total des voix contre et de l'abstention active prouvera le rejet de la Constitution en Euskadi. Pour un large secteur, ETA apparaissait comme l'avant-garde de la résistance. Beaucoup de gens s'identifiaient aux attaques d'ETA contre le système. Pourtant, ce secteur social n'était pas homogène :
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dans un sens général, tous étaient abertzales (certains depuis longtemps, d'autres de façon plus récente), mais d'idéologies différentes, ayant des positions sociales différentes et appartenant à divers partis. En somme, HB s'est alimentée à des sources différentes : nationalisme classique, organisations nationalistes de gauche, et certains secteurs issus du mouvement des assemblées et des militants pleins de qualités. Tous d'une façon ou d'une autre, s'identifiaient avec la lutte d'ETA.
Les organisations qui composaient le Bureau d'Alsasua sont à l'origine de la fondation de Herri Batasuna, offrant à cet ensemble une alternative unificatrice, nationaliste, démocratique et radicale. Ce faisant, KAS venait combler un manque dans les instruments organisationnels de ce large secteur social.
C'est en rejetant cette pré-autonomie et en appelant à voter contre la Constitution, qu'apparut HB. Elle devenait rapidement le principal protagoniste des développements politiques au Pays basque, autour de ces deux axes. Ultérieurement, HB a été le seul parti parlementaire qui ait refusé la légitimité de la Constitution en Euskadi (il n'y a plus trace du vote négatif de Euskadiko Ezkerra, et on ne mentionne plus l'abstention du PNV) et qui ait dénoncé l'autonomie issue de la Constitution comme une fausse solution.
A l'orée de l'application du Statut et face aux institutions qui étaient en train de se former, HB a proposé la constitution du Euskal Herriko Batzarre Nazionala (EHBN), organisme dont elle espérait qu'il jouerait un rôle de contre-pouvoir. Cette tentative n'eut pas de suite. D'une part, le mouvement n'avait pas les forces suffisantes, d'autre part, le projet n'apparaissait pas comme suffisamment défini.
Euskadi en sigles
EA : Eusko Alkatuma (Solidarité basque). Scission en 1984 du PNV, dirigée par l'ancien président du gouvernement basque, le Lendekari Carlos Garaikoetxea.
EE : Euzkadiko Ezkerra (Gauche basque). Formée au départ par d'anciens militants d'ETA branche politico-militaire, qui abandonnèrent la lutte armée, cette organisation est devenue depuis franchement réformiste.
EMK : Mouvement communiste d'Euskadi. Organisation en Euskadi du MC.
ETA : Euskadi Ta Askatasuna (Patrie basque et liberté). Née en 1960, sous la dictature franquiste, réaction de secteurs radicaux contre le conservatisme du PNV.
HB : Herri Batasuna (Unité populaire). Créée en 1978.
KAS : Coordination patriotique socialiste. Plate-forme politique d'HB, dont les trois points les plus importants sont le droit à l'autodétermination, la réincorporation de la Navarre dans le territoire basque et l'amnistie.
LKI : Ligue communiste révolutionnaire. Organisation en Euskadi de la section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol. Elle est née de la fusion en 1970 d'une scission d'ETA (ETA VI-sixième assemblée d'ETA) et de la LCR.
PNV : Parti nationaliste basque. Créé au siècle dernier par Sabino Arana, considéré comme le fondateur du nationalisme basque.
HB, après un important résultat électoral, poussa fortement à la mobilisation, impulsant des grèves générales, appuyant des assemblées nationales de respectueux des luttes unitaires (qui, dans ce temps là, étaient convoquées l'unité d'action avec les révolutionnaires). HB impulsait et dirigeait la lutte contre la répression et la lutte nationale, et offrait une couverture politique et son appui à d'autres types de lutte.
D'un autre côté, elle dénonçait le jeu réformiste du parlementarisme, donnant la priorité à la lutte et la mobilisation, et décidait ne pas participer aux Parlements basque et espagnol. Postérieurement, HB se retirera du Parlement de Navarre. Cette tactique a eu ses aspects positifs, mais aussi ses faiblesses. En étant appliquée de façon excessivement rigide, de nombreuses occasions furent perdues. L'intervention de Yoldi au Parlement basque inaugurait une tactique plus équilibrée.
Le 23 février 1981, avec la tentative de putsch de Tejero, marque la fin de cette phase. Face au danger de golpe, ETA et HB ne prennent pas une position adaptée. Avec la théorie de l'auto-golpe, elles ne donnent pas l'importance qu'elle mérite à une réalité dangereuse et ne répondent pas à la peur qui s'est fait jour dans l'ensemble de la population.
Le chemin de la négociation Le PSOE, après son ascension au gouvernement de l'Etat, se lance dans de dures attaques contre Euskadi, tant contre le Statut que contre la résistance radicale, même si c'est avec une intensité et des formes différentes. Le Statut demeure paralysé et le PNV se divise, en essayant de chercher une issue. Les "officialistes" décident de céder face au centralisme, alors que les garaikoetxeistas maintiennent la tactique antérieure, qu'ils cherchent maintenant à baptiser troisième voie. De l'autre côté, le seul langage du PSOE vis-à-vis d'ETA et de HB, c'est la répression.
En même temps, le PSOE s'attaque au mouvement ouvrier réussissant à affaiblir sa résistance après des luttes très dures. Enfin, tournant le dos au mouvement contre l'Otan, il organise le référendum manipulation.
Tout ce processus ne fut pas sans incidence. Dans le camp des défenseurs du Statut, se produit un double effet : d'une part le Statut paraît dépendre chaque fois plus de la bonne volonté de l'Etat, ce qui donne raison à HB, mais, d'autre part, une partie du mouvement nationaliste tombe entre les mains des centralistes, ce qui accroît l'isolement de HB. C'en est bien fini des positions défendues jusque-là par le PNV (ne serait-ce que par calcul), quant au sort des réfugiés, la répression et la négociation. Dans le camp de la résistance, le maintien et la légère progression électorale de HB dans des conditions difficiles — avec le triomphe aux élections européennes — le succès des mobilisations légales et le résultat du référendum sur l'Otan, ne peuvent pourtant occulter la diminution de la capacité de mobilisation en réponse aux agressions.
ETA et HB, face à l'évolution de cette situation, car derrière quelques discours triomphalistes, cette préoccupation apparaît, donnent chaque fois plus d'importance à la stratégie de négociation. Si cette dernière fut liée, pendant un temps, à la rupture, elle prend aujourd'hui un autre sens : voyant que la situation est bloquée, on essaye de chercher une issue.
Dix ans de lutte
Nous avons déjà exprimé notre opinion sur le clair obscur de cette nouvelle stratégie (voir Inprecor numéro 261 du 14 mars 1988). Durant toutes ces années, notamment autour de l'initiative KAS, s'est formé un processus d'organisation qui a pris la relève du fonctionnement plus ouvert des débuts. La situation actuelle requiert de serrer les rangs et plus encore quand le mouvement est à marée basse, et c'est pour cela qu'il est nécessaire d'insister sur l'organisation. Maintenant, nous pensons qu'il est possible de trouver un équilibre, lequel ne doit pas necessairement s'instaurer contre la pluralité l'unité des mouvements.
Il est certain que quelques propositions de HB nous préoccupent, comme certaines positions sur la négociation, certaines propositions économiques autour de la reconstruction nationale basque, des positions déterminées sur le front national, la séparation en phases distinctes de la libération nationale et sociale... Mais ce sont là des différences entre révolutionnaires. Nous mettons le jugement général que méritent dix années de lutte au-dessus du reste : HB et son influence ont été très positives pour la lutte révolutionnaire. La majeure partie des révolutionnaires basques s'est retrouvée au sein de HB, un large mouvement de masse qui s'est affronté au régime et, surtout, un ensemble populaire organisé autour d'un projet qui maintient inchangée sa confiance en ETA, une organisation révolutionnaire. Ce n'est pas rien.
Une organisation qui, comme HB, a été capable de se maintenir en lutte pendant dix ans — et quelle lutte ! — mérite tout notre respect, toute notre estime et tout notre appui.
Nous désirons et nous espérons que s'étendent devant nous de longues années "de joie et de combat" jusqu'à ce que nous obtenions la véritable liberté, une Euskadi indépendante et socialiste.
Zutik, Octobre 1988