Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Interview de Josu Iraeta, membre de la direction nationale de Herri Batasuna

· Inprecor n° 278, 13 décembre 1988 · p. 26-28 · 1 694 mots

Euskadi État espagnol

Membre de la direction nationale POUR LES DIX ANNEES d'existence d'Herri Batasuna, Zutik s'est entretenu avec Josu Iraeta, membre de la Direction nationale de cette organisation.

• ZUTIK : Pendant ces dix années, Herri Batasuna a été l'expression fondamentale de la résistance nationale basque et de l'opposition au cadre politique créé par la Réforme. Si tu devais décrire les bases qui fondent l'identité de HB, que dirais-tu ?

- Josu IRAETA : Tu as raison quand tu affirmes que HB a été l'expression fondamentale de la résistance et de l'opposition à la Réforme espagnole. Voilà une décennie, HB est née comme un regroupement électoral, qui s'est fait le vecteur de ce que ressentait une partie importante de notre peuple. Plus tard a concrétisé et défini son caractère d'Unité populaire, avec des tâches spécide Herri Batasuna tiques à mener a bien. Mais aujourd hui, dix ans après, nous caractérisons Herri Batasuna comme une alliance tacticostratégique entre la classe ouvrière et les secteurs populaires, insérée dans un processus d'accumulation de forces et dans un cadre concret, celui de la négociation politique pour aboutir à l'application l'alternative tactique KAS.

En conséquence, Herri Batasuna, développe sa pratique politique dans le cadre de la libération nationale et sociale d'Euskal Herria (l'ensemble du territoire et du peuple basque, ndlr). HB s'identifie ces objectifs et, en conséquence, avec ceux qui luttent pour les obtenir. Voilà pourquoi son activité est revendicative. Pour HB, tout processus de libération nationale comprend un ensemble d'objectifs, et donc, on ne peut l'envisager de façon isolée que ce soit par rapport à ceux qui en sont partie prenante ou par rapport aux ennemis communs.

Voilà pourquoi Herri Batasuna, qui

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connaît à la fois ses ennemis et les moyens qu'ils utilisent, comme la réalité d'Euskal Herria, développe son activité politique avec sûreté et fermeté en vue de la construction d'un Etat de la nation basque. La preuve de la justesse de cette activité, se trouve dans la lutte de masse et la lutte institutionnelle développées tout au long de ces dix années. non seulement au cours de processus électoraux (Otan, Parlement européen, etc.) mais dans l'ensemble de la dynamique et de l'activité développée par l'Unité populaire, dynamique et activité qui, comme pôle de référence plus large du Mouvement de libération nationale basque, ont été irremplaçables dans la tâche de défendre les positions de ce mouvement en Euskal Herria.

En conséquence, la répression s'est heurtée et se heurte à l'Unité populaire. Cette répression ne cherche pas seulement à affaiblir l'Unité populaire mais aussi à introduire des facteurs de division dans le Mouvement, entre ses diverses structures agissantes, tentatives qui ont échoué jusqu'à présent et qui échoueront à l'avenir, grâce à la cohésion et à la progression des positions libératrices basques.

• Vu du dehors, on a l'impression que dans HB de la première période, les thèmes sociaux avaient plus d'importance qu'aujourd'hui. Il semble qu'il y ait maintenant une certaine vision unilatérale par rapport au problème national (ou aujourd'hui sur la négociation) dans tous les secteurs de travail de HB. Qu'en est-il de l'intérieur ?

Quand on n'utilise pas une méthode scientifique pour analyser la réalité politique d'un peuple (dans tous ses aspects, économiques, sociaux, culturels, etc.) on parvient facilement à opposer des concepts qui, appartenant à cette réalité, en sont l'expression commune. De cette façon, en Euskadi Sud, à partir de positions idéologiques très diverses, depuis la droite réactionnaire jusqu'au gauchisme en passant par le dogmatisme. et le réformisme, l'eurocommunisme et la social-démocratie, et ce qu'on nomme les nationalismes, tous ont essayé de faire face au concept national et social

0 basque. Déjà en soi, c'est méconnaître la réalité de notre peuple.

Je veux commencer par souligner que le fait national et social basque se situe dans un contexte très concret. Notre situation dans une Europe hautement industrialisée, avec une forte composante proavec un développement écorants internationaux, n'est pas éloignée de l'évolution de certaines formes juridiques et politiques tels que les

Get espagnol. En référence à Euskadi Sud, la réforme franquiste a prétendu consolider, à travers la Constitution de 1978, les privilèges d'une oligarchie sur la base de l'exploitation et de l'oppression de la classe ouvrière et des couches populaires. Pour moi, il est évident que la conscience nationale d'un peuple hautement prolétarisé comme le nôtre, définit des conditions d'ordre objectif et subjectif sur lesquelles établir les critères de base d'une lutte de libéra-

Il n'est pas question de basculer d'un critère à l'autre. Les deux aspects sont inséparables dans le programme de libé ration basque. Nous voulons simplement situer ainsi notre réalité, de façon adéquate. Pour l'Etat bourgeois, le maintien de son cadre est essentiel dans la perspective de ses intérêts de classe. C'est pour cela que la rupture, la décomposition du cadre actuel, favorisent les intérêts de la classe ouvrière basque.

L'adoption d'une stratégie nationale basque consiste à comprendre scientifiquement la contradiction qui existe et se reflète dans notre peuple. Cette conception n'est donc ni exclusive ni unilatérale, mais aborde le problème de la seule façon correcte possible. Et c'est là ce qui intéresse le peuple travailleur basque.

C'est une erreur, c'est une appréciation fausse que de penser que la négociation politique est la base de travail de HB, comme fin en soi. Dans tout processus, l'on établit des domaines de travail, des tactiques et des mécanismes. Pour atteindre certains objectifs, il est nécessaire d'accumuler des forces. La négociation politique entre ETA et l'Etat espagnol oppresseur est un mécanisme destiné à obtenir l'alternative tactique KAS et dans tous les cas, cela nécessite un rapport des forces adéquat. Le processus de négociation et la dynamique qui s'est développée pour rendre effectifs tous les objectifs de l'alternative tactique KAS, demeurent donc des instruments d'accumulation de forces.

• On voit parfois des écrits où l'on trouve l'idée d'un Front national qui incluerait le PNV, EA. Pour parler plus concrètement, vous avez parfois proposé au PNV et à EA un accord de gouvernement sur la base d'un programme de souveraineté nationale.

Comment percevez-vous, à partir de l'histoire de HB, cette question du Front national?

- Le Front national compris comme une alliance, même conjoncturelle, avec les partis qui sont les expressions politiques de ce qu'on nomme le nationalisme basque bourgeois, n'a aucun sens dans la perspective du Mouvement de libération nationale basque. Il n'a aucun sens et n'est pas réalisable dans les conditions socio-politiques basques. HB est le seul Front national du processus de libération basque qui réponde aux intérêts objectifs de la classe ouvrière et des secteurs populaires.

Les directions du PNV et de EA et les forces économico-politiques qu'elles représentent, ne sont en rien intéressées par le changement du cadre juridico-politique actuel, sous l'hégémonie populaire basque (c'est-à-dire, lobtention de l'intégralité de l'alternative tactique KAS) et sont encore moins intéressées par un Etat basque indépendant, qui serait égale ment socialiste, réunifié et eskaldun (basquophone, de culture basque, ndlr).

Le PNV et EA, qui défendent, en essence, le même projet politique, leur séparation organisationnelle étant le produit de la progression du Mouvement de libération nationale basque, sont liés par leurs directions, aux Etats oppresseurs espagnol et français, au Marché commun européen des monopoles et au capitalisme international. Leur fonction est de légitimer n'importe quel cadre juridique qui s'affronte au Mouvement et, en conséquence, en défendant les intérêt de la prétendue bourgeoisie basque, de freiner la montée de la lutte de l'ensemble du Mouvement. Ils prétendent dévier l'affrontement du peuple travailleur basque contre les Etats oppresseurs en un affrontement interne entre "Basques mêmes". On ne peut comprendre d'une autre façon les étapes successives de collaboration qu'ils ont franchies pour soutenir la solution intoxico-policière coctent nos ennemis pour le "problème

Pour toutes ces raisons, je dois dire que le seul front national, qui regroupe les secteurs ouvriers et populaires de notre peuple, c'est HB, avec une fonction claire à l'intérieur d'un programme politique réellement alternatif à la situation globale actuelle, programme politique qui, une fois atteint, suivra son déve-

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loppement et sa ligne de continuité adéquats.

• Pour paraphraser Carlos Gardel, Egin, l'hebdomadaire de HB, publie régulièrement une revue des temps passés en affirmant que "dix ans ce n'est rien" (1).

Pourtant cela ne paraît pas très bien "coller" avec une idée qui est en train de se répandre, selon laquelle la solution aux grands problèmes va arriver sous peu ou arrivera avant 1992.

Il nous semble, quant à nous, que le rapport des forces n'est pas aussi assuré et que pour parvenir à ce stade, il faudrait, entre autres choses, une modification importante dans la situation du mouvement ouvrier. II semble qu'à l'intérieur d'HB, cela soit perçu différemment. Qu'en est-ll exactement ?

La réponse est l'intérieur de la complexité de la situation politique en Euskadi Sud de façon concrète et, fondamentalement l'Etat espagnol en général, à mon sens, il devrait être clair pour tout le monde que fixer 1992 comme date de la solution de n'importe quel problème, d'une naïveté proche de l'infantilisme.

En premier lieu, 1992 n'est jamais qu'une date de référence. 1992, année d'entrée en vigueur de "l'Acte unique européen" (qui apportera beaucoup de problèmes graves à notre peuple) est supposé marquer la fin du délai imparti pour une tentative de solution, par des moyens qui impliquent la liquidation du processus de libération, au problème que pose à l'Etat espagnol et à l'Europe, la lutte de libération de notre peuple.

Avec son marché unique, la "liberté" de circulation financière, du marché de l'emploi, etc., dans le cadre du militarisme politique, dont l'expression — rejetée par le peuple basque — est l'Otan, l'Europe exige un ordre intérieur. Le gouvernement social-démocrate espagnol de Felipe Gonzalez est chargé de l'imposer. 1992 est la date-clé pour ce gouvernement, non pour le peuple travailleur basque.

Pour nous, c'est seulement une référence nous permettant de cimenter, avec la structuration sociale et politique de notre peuple, les objectifs de la construction nationale basque. Pour ce faire, le dévelopement de toutes les formes de lutte est essentiel, et la lutte dans le mouvement ouvrier en fait partie.

Zutik, octobre 1988

1) Allusion à la chanson de Carlos Gardel "Volver" (revenir), où il est dit vingt ans, ce n'est rien.

TTEK!

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