"L'EMPIRE DU MAL" a frappé de nouveau : moins de deux ans après le raid meurtrier de l'aviation américaine contre de moins de trois millions d'habitants, la première armée
LIBYE
Nouvelle agression américaine la Libye en avril 1986, raid qui succédait à une série de provocations militaires de l'US Navy contre ce pays impérialiste mondiale a récidivé. Le 4 janvier dernier, deux chasseurs appartenant à la flotte américaine croisant en Méditerranée orientale ont abattu deux chasseurs libyens à quelques des côtes de leur pays.
C
ET INCIDENT que Washington s'est empressé de déclarer "clos"
- attitude pour le moins désinvolte - n'était aucunement fortuit. Tout indique, au contraire, qu'il était prémédité ; de fait, il était même prévisible et prévu. En effet, alors que Moammar
Kadhafi n'a jamais cessé de figurer en tête de
"ennemis publics" de Ronald liste des
Reagan et des médias américains, la CIA a lancé depuis octobre dernier une campagne d'agitation contre la Libye, préparant manifestement l'opinion publique américaine et mondiale à une nouvelle agression contre ce pays.
L'usine d'armes chimiques
William Webster, le directeur de l'Agence dont le palmarès d'actions humanitaires et la profondeur des convictions pacifistes sont bien connus, avait déclenché la campagne le 25 octobre, en déclarant que la Libye construisait la plus grande usine d'armes chimiques que ses services aient jamais détectée. Le ministère libyen des Affaires étrangères réagissait alors en affirmant que l'usine en question était une usine pharmaceutique (elle s'appelle d'ailleurs "Pharma-150") et en ajoutant, à juste titre, que "ces accusations coutumières n'étonnent plus les Libyens, et n'ont qu'une seule explication : servir de prétexte à une nouvelle agression contre la Libye" Le
Le 21 décembre, Reagan en personne revenait à la charge dans une interview télévisée au cours de laquelle, selon son porte-parole explicitant ses propos le lendemain, il a "fait clairement savoir que l'utilisation de la force militaire était une option qu'il faut considérer".
Le 23 décembre, la Libye répondait en informant officiellement l'Italie, qui joue traditionnellement les bons offices entre
Tripoli et Washington, qu'elle était prête à accueillir toute commission d'enquête dépêchée par l'ONU. L'ambassadeur libyen à kilomètres Rome confirmait cette position et invitait même ambassadeurs et journalistes à visiter l'usine incriminée, mais, ajoutait-t-il, "nous ne pouvons accepter qu'il y ait un gendarme du monde" (Le Monde, 25-26 décembre 1988).
Le gendarme impérialiste poursuivit néanmoins sur sa lancée. Le 28 décembre, Reagan renouvelait pour six mois les sanctions économiques (gel des biens libyens aux Etats-Unis et embargo commercial) qu'il avait décrétées contre la Libye depuis janvier 1986. Il justifiait sa décision dans une lettre au Congrès, où il réitérait l'accusation de "soutien au terrorisme international" à l'encontre du gouvernement libyen, ajoutant sans peur du ridicule, que celui-ci faisait peser une "menace extraordinaire sur la sécurité nationale" des Etats-
Le 30 décembre, Phyllis Oakley, porte-parole adjoint du Département d'Etat, rejetait les propositions d'enquêtes libyennes en des termes qui ne laissaient subsister aucun doute sur l'intention d'agression délibérée des Etats-Unis. "Une visite organisée par la Libye ne dissiperait pas les inquiétudes sur la vraie nature de l'usine Pharma-150 à Rabta", déclarait-elle, en expliquant qu"une usine d'armes chimiques pourrait facilement être modifiée pour apparaître comme une usine de produits chimiques
L'arrogance américaine
La position américaine atteint là le comble de l'arrogance et de l'arbitraire impérialistes. Car, en toute logique, si une usine d'armes chimiques peut facilement être modifiée en usine chimique civile, la réciproque est tout aussi vraie : toute usine chimique, de produits pharmaceutiques ou de fertilisants, peut facilement être modifiée en usine d'armes chimiques. Washington s'arroge donc le privilège de juger qui a le droit, non seulement de produire, mais même d'avoir la capacité de produire des armes chimiques.
Bien plus, Washington s'arroge le 686L droit de "punir" militairement un pays qui, en tout état de cause, n'est nullement en mesure d'utiliser l'arme chimique, ou toute autre, contre les Etats-Unis, ne serait-ce que pour des raisons de distance !
L'hypocrisie américaine est on ne peut plus flagrante, si l'on tient compte des faits suivants : 1) les Etats-Unis détiennent l'armement nucléaire, en face duquel les gaz toxiques sont dans le même rapport qu'un plomb de carabine à air comprimé face à un obus d'une tonne ; 2) ils n'ont jamais menacé de la sorte les Etats qui, comme Israël, l'Afrique du Sud ou le Pakistan, se sont dotés de l'arme nucléaire ; 3) ils ont été les principaux utilisateurs d'armes chimiques depuis la dernière guerre mondiale, et en ont fait un large usage contre le peuple vietnamien (serait-il plus "humanitaire" de brûler au napalm que de gazer ?) ; 4) plusieurs Etats, y compris du Tiers-monde, détiennent l'arme chimique et deux d'entre eux - l'Iran et surtout l'Irak - en ont fait usage récemment ; 5) l'Etat du Moyen-Orient qui détient l'armement de loin le plus meurtrier, armes chimiques et nucléaires incluses, est sans nul doute l'Etat d'Israël, allié privilégié des Etats-Unis.
Pourquoi cet acharnement ?
Pourquoi donc Washington s'acharne-til contre la Libye ? Certains commentateurs ont cru n'y voir qu'une volonté de l'administration Reagan-Bush de se défouler à bon compte sur une cible facile. Il y a cependant plus dans cette affaire : ce qui effraie Washington, c'est que la Libye, comme la Syrie, dans la foulée de l'Iran et de l'Irak, a été dotée par l'URSS de missiles balistiques de moyenne portée. Israël, bien sûr, les surpasse nettement dans ce domaine aussi.
Cependant, la capacité dissuasive de l'armement israélien se trouve certainement réduite, dès lors que les ennemis de l'Etat sioniste disposent eux aussi de moyens d'extermination massive. En outre, la Libye serait en train de développer un système de ravitaillement en vol de ses chasseurs-bombardiers de fabrication française, qui ainsi deviendraient prochainement capables d'intervenir contre Israël (New York Times du ler janvier 1989).
A la lumière de ces données, il devient clair que la nouvelle agression américaine contre la Libye s'inscrit dans le cadre de ce principe intangible de la politique de Washington au Moyen-Orient: maintenir la suprématie militaire de l'Etat sioniste. Le régime libyen reste un des ennemis les plus implacables de ce dernier, en dépit du fait qu'il a mis beaucoup d'eau dans son vin en 1988 dans d'autres domaines.
La nouvelle agression américaine doit, certes, être dénoncée vigoureusement par tous les militants anti-impérialistes dans le monde. Elle doit, en particulier, être l'occasion pour les militants des nombreux pays méditerranéens, où existent des bases militaires américaines, d'amplifier la campagne pour le démantèlement de ces bases.
6 janvier 1989.