Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

CHINE

La bureaucratie poursuit la « démaoisation »

· Inprecor n° 28, 12 mai 1978 · p. 17-24 · 6 183 mots

Chine Stalinisme

La Ve Assemblée nationale populaire chinoise s'est réunie du 26 février au 6 mars dernier. Prévue à l'automne dernier, la session de la plus haute instance de l'Etat chinois avait été repoussée en raison de la poursuite de l'épuration, particulièrement en province, des partisans du «groupe de Shanghai » et des divergences au sein de la nouvelle direction entre les partisans de Hua Kuo-feng et Teng Hsiao-ping. Entourée d'une publicité inhabituelle, - la précédente Assemblée populaire avait été réunie dans le plus grand secret - elle avait pour but de sanctionner et de « légaliser» l'entrée de la Chine dans une nouvelle ère : celle de « l'après-Mao». L'Assemblée populaire a ainsi ratifié le coup de force de Hua Kuo-feng contre le «groupe de Shanghai », qui conduisit à l'arrestation de ce dernier en octobre 1977, à la réhabilitation officielle de Teng Hsiao-ping en juillet dernier et surtout les orientations adoptées par le XIIe congrès du Parti communiste chinois. Celles-ci, tant sur le plan du nouveau plan de développement économique, que sur celui, étroitement lié, du changement radical des rapports entre la bureaucratie chinoise et les masses, constituent le tournant politique le plus fondamental qu'ait connu la Chine depuis la victoire de la révolution en 1949.

L'objectif que poursuit la direction chinoise par cette réorientation radicale est clair : il s'agit de la stabilisation de la couche bureaucratique en Chine. En poursuivant

Chine

La bureaucratie poursuit la démaoisation

En poursuivant la « démaoisation » entamée depuis plus d'un an, la nouvelle direction chinoise tranche enfin le débat qui a divisé la bureaucratie depuis la révolution culturelle, pour ne pas remonter à une période plus lointaine.

la « démaoïsation»

, entamée depuis plus d'un an, la nouvelle direction chinoise tranche enfin le débat qui a divisé la bureaucratie depuis la révolution culturelle, pour ne pas remonter à une période plus lointaine...

UN NOUVEAU «MODELE»

DE DEVELOPPEMENT

ECONOMIQUE

« Unissons-nous pour édifier un puissant Etat socialiste moderne» est le titre du rapport présenté par

Hua Kuo-feng aux membres de la

Ve Assemblée populaire. Par delà la prudence du rapporteur dans les termes choisis et les dizaines de citations et slogans du «grand timonier » qui parsèment le rapport afin de lui donner une tonalité maoiste, les objectifs fixés marquent une rupture nette avec l'ancien « modèle » de développement.

L'objectif n'est pourtant nouveau. En 1964, Chou En-lai avait présenté devant la troisième Assemblée populaire l'objectif des « quatre modernisations» (de l'agriculture, de l'industrie, de la défense, des sciences et techniques) qui avait sombré dans les remous de la révolution culturelle. En 1975, le plan remanié, avec l'aide notamment de

Teng Hsiao-ping réhabilité, était présenté en l'absence de Mao à la

IVe Assemblée populaire. Il s'agissait alors de « faire de la Chine une.

grande puissance industrielle avant la fin du siècle», mais le fragile compromis passé entre le « groupe de Shanghai», Chou En-lai et les «réhabilités » d'après la révolution culturelle éclatait peu après la mort du Premier ministre chinois. Alors que s'engageait la « campagne-antidroitière», dont Teng Hsiao-ping était la cible, le plan adopté par l'Assemblée disparaissait à nouveau.

C'est ce projet, remanié par Teng Hsiao-ping, et affiné par les multiples conférences sectorielles qui se sont déroulées depuis un an, qui commence à être appliqué aujourd'hui.

Les grandes orientations du projet peuvent être rapidement résumées ainsi : renforcement de la planification centrale, priorité à l'industrie lourde avec la réalisation de «120 grands projets», spécialisation accrue de la production en développant la coopération entre différentes industries, ce qui ébrèche pour le moins le slogan « compter sur ses propres forces», développement de la productivité du travail par l'incorporation d'une technologie avancée, si besoin est achetée à l'étranger, recherche de la rentabilité (« Faites des bénéfices», lançait le Quotidien du Peuple aux chefs d'entreprise).

Il s'agit donc pour la direction chinoise d'élargir la base de l'industrie (investissements importants dans l'industrie lourde) et de rationaliser la production en évitant un gaspillage trop important de la force de travail qu'impliquaient les en-

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treprises moyennes ou semi-artisanales autonomes dans les communes populaires.

Le «plan de dix ans» (1976-1985) doit permettre d'établir les bases de ce projet. Les objectifs fixés pour ce nouveau «grand bon en avant» ne semblent pas excessifs. Il prévoit une augmentation de la production agricole de 4 à 5% (la production céréalière devrait atteindre 400 millions de tonnes, contre 285 aujourd'hui) et celle de l'industrie de plus de 10% par an. Pour atteindre ces objectifs, le plan prévoit de « porter à 85% au moins la mécanisation des principales activités agricoles» et établit une série de priorités industrielles : métallurgie (la production d'acier devrait atteindre 60 millions de tonnes contre 28 aujourd'hui), énergie avec le développement de la production de charbon, de pétrole et d'électricité (y compris au moyen de centrales nucléaires) et édification de nouvel les branches avec une technologie avancée telles que la pétrochimie et l'électronique. En ce qui concerne la planification, il est prévu de mettre en place six grandes régions au développement économique intégré.

La relative modestie des objectifs du plan (sauf dans les secteurs-clé) tient essentiellement à l'état de relative désorganisation de l'économie chinoise - ce que l'on appelle le « sabotage du gang des quatre » -, conséquence des luttes politiques qui se sont menées ces trois dernières années. Elle tient également, en ce qui concerne l'agriculture, aux nombreuses catastrophes naturelles (sécheresse, inondations) qui frappé la Chine ces demières années, nécessitant une hausse importante des achats de céréales à l'étranger (ce qui, en retour, grève les finances en ne permettant pas de débloquer les devises nécessaires à l'achat de la technologie étrangère en quantité suffisante).

Enfin, l'accent est mis sur la recherche scientifique et l'éducation. Ces domaines-clé pour assurer le nouveau «grand bond en avant» sont ceux qui ont le plus souffert des activités du «groupe de Shanghai ». La déportation des gardes rouges dans les campagnes après la révolution culturelle, la fermeture pour une longue période des établissements d'enseignement supérieur et de recherche scientifique, sans parler des attaques incessantes qu'ont subies professeurs, universitaires et chercheurs, constituent aujourd'hui un handicap grave pour l'économie chinoise qui a accumulé dans la formation de ses techniciens et chercheurs de nombreuses années de retard.

La mise en œuvre de cette politique nécessite avant tout le «retablissement de l'ordre et de la discipline» sur le plan social et politique : la nouvelle direction chinoise doit prouver, après trois ans de convulsions, qu'elle est enfin stabilisée

Teng Hsiao-ping et ne tolérera plus aucune initiative autonome des masses. En contrepartie, pour réaliser « l'Union nationale» autour de ses objectifs, elle doit procéder à une certaine « libéralisation » : «libéralisation » au niveau de l'encadrement bureaucratique et idéologique des masses; « libéralisation » sur le plan culturel et sur celui de la recherche scientifique pour rallier la couche des intellectuels et chercheurs que le PC s'était en grande la révolution culturelle. Enfin, la direction fait miroiter aux masses une « élévation assez considérable de son niveau de vie » selon le rapport de Hua Kuo-feng. D'ores et déjà les «encouragements matériels» sont remis à l'honneur et il est probable que les privilèges matériels des cadres de l'appareil comme ceux des techniciens dont le concours est indispensable vont connaître une nette croissance. «ASSURER L'ORDRE DANS LE PAYS»

Hua Kuo-feng peut rajouter dans son rapport devant la Ve Assemblée nationale populaire «en axant les activités sur la lutte de classe » ; cette affirmation «orthodoxe» apparaît pour ce qu'elle est : une clause de style. Dès le lendemain de la chute des « quatre », avec constance jusqu'à aujourd'hui, la nouvelle direction chinoise n'a cessé de multiplier les appels « à l'ordre», la « discipline» et à «l'unité autour du comité central dirigé par le président Hua Kuo-feng».

Cette campagne pour le rétablissement de l'ordre est une nécessité vitale pour elle. Non seulement parce que la direction ne bénéficie pas de la «légitimité» autrefois représentée par Mao et que les circonstances dans lesquelles elle s'est emparée du pouvoir restent quelque peu obscures, mais aussi en raison de l'état du pays après la mort du «grand timonier».

Autorité auprès des cadres moyens de l'appareil d'abord, paralysés pendant une longue période en raison des affrontements qui se déroulaient au sommet. Ces cadres, menacés à tous moments par l'une des diverses « campagnes» menées par l'une ou l'autre fraction de la bureaucratie, devaient faire preuve d'une perspicacité vigilante pour savoir dans quel sens le vent tournait, au risque de perdre leur place ou d'aller se faire « rééduquer par le travail» pour une période indéterminée. Situation qui n'était pas propre à la prise d'initiatives, ce qui explique en partie la désorganisation économique.

Mais autorité surtout auprès des masses. En effet, depuis 1974, les grèves et les affrontements, parfois armés, n'ont cessé de se multiplier dans les différentes provinces chinoises, reflétant à ce niveau la lutte pour le pouvoir qui se déroulait au sommet. Les travailleurs n'ont pas

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manqué, en de nombreuses occasions, , de profiter de la paralysie de l'appareil ou des affrontements entre les différentes fractions pour faire valoir leurs revendications propres. De même, cette période a été fertile pour l'éclosion de petits groupes développant un programme antibureaucratique, composés parfois de « vétérans» de la révolution culturelle.

Mais l'instabilité s'étendait au niveau social, avec le développement dans les villes du nombre de jeunes sans emploi, échappant au contrôle des autorités avec l'aide de leurs amis ou parents. Parmi eux, de nombreux jeunes exilés dans les provinces au lendemain de la révolution culturelle et revenus clandestinement dans les villes. Parallèlement, la Chine connaissait une vague, encore mesurée, de délinquance et de banditisme comme il s'en développe dans toute période troublée.

La direction chinoise doit mener la lutte sur trois fronts : répression brutale de la délinquance, ce qui correspond sans aucun doute à l'aspiration à la sécurité d'une bonne partie de la population après de nombreuses années agitées; intimidation de la classe ouvrière, élimination de ce qui restait des « conquêtes » de la révolution culturelle et répression extrêmement sévère des groupes antibureaucratiques; enfin, poursuite de la campagne pour extirper de l'appareil tout courant favorable au «groupe des quatre » et opposé à la « démaoisation»

La presse n'a pas manqué de souligner l'augmentation sensible des condamnations à mort depuis l'élimination des «quatre», comme la publicité qui leur a été faite en Chine. Si ces condamnations touchaient essentiellement des criminels, nombre de victimes ont été exécutées pour des causes politiques. L'exemple le plus clair à ce sujet concerne le démantèlement, en janvier dernier de « treize groupes contre-révolutionnaires» qui auraient réuni trente-deux personnes en tout, dans la ville de Hangchow, capitale du Chékiang. Sur les affiches annonçant condamnations, huit noms étaient barrés de rouge, ce qui signifie que huit des dirigeants ont été immédiatement exécutés. Les autres ont été condamnés à de lourdes peines de prison. 'Un des groupes était accusé d'avoir organisé des « activités contre-révolutionnaires avec des programmes politiques, d'avoir voulu diffuser de la propagande visant à saper le système socialiste». Ses membres, selon l'affiche officielle annonçant la condamnation, étaient «poussés par un profond mécontentement à l'égard du comité central du PCC dirigé par Hua Kuo-feng». Un autre groupe se voit reproché de s'être procuré des armes et d'avoir forcé des gens à lui fournir des vivres sous la menace. Déjà, en 1977, neuf militants avaient été exécutés dans cette ville pour des motifs semblables.

Ces exécutions prennent toute leur signification lorsque l'on sait qu'Hangchow, pendant toute la période 1974-1976 au moins, a été le theatre de troubles, d'affrontements armes entre organisations rivales et surtout de longues grèves qui ont paralysé la ville entière. Après la chute des «quatre», la direction avait tenté de faire porter la responsabilité de ces troubles sur le «groupe de Shanghai». Pourtant c'est Wang Hung-wen lui-même qui, à l'époque, avait été envoyé pour faire reprendre le travail aux ouvriers. A la suite de leur refus, Teng Hsiaoping avait envoyé l'armée pour rétablir l'ordre.

On pourrait multiplier les exemples : He Chun-shu, 45 ans, exécuté à la mi-février à Canton pour avoir rédigé et imprimé une brochure « contre-révolutionnaire » diffusée localement et envoyée à l'étranger; ou, récemment, Hsu Kwei-chang, exécuté à la fin janvier à Kunming, dans le Yunnan pour « viol, propagation de rumeurs nuisibles au président Hua Kuo-feng et vols»... Ces exécutions et la publicité qui leur est faite constituent un avertissement très clair pour les éléments avancés de la classe ouvrière: la nouvelle direction ne tolérera aucune initiative des travailleurs allant à l'encontre de ses intérêts, pas plus que l'existence de groupes antibureaucratiques contestant son monopole politique.

Le troisième volet de cette campagne est celui qui prend pour cible la « bande des quatre ». Constituant la première partie du rapport de Hua Kuo-feng devant l'Assemblée populaire, elle est définie comme «la tâche d'importance primordiale à l'heure actuelle comme pour la période à venir». La relance de cette troisième campagne contre les «quatre » prouve l'implantation de leurs partisans dans l'appareil et la méfiance maintenue d'une fraction des cadres moyens ou inférieurs envers la nouvelle direction; méfiance sans doute accrue par la réhabilitation de Teng, critiqué vivement par Mao et le dénigrement de la révolution culturelle, à la mode aujourd'hui dans la presse du parti. Par delà l'épuration importante (40% des membres du Comité central et les deux-tiers de ceux des comités révolutionnaires provinciaux ont perdu leur poste), cette campagne vise à faire avaliser par l'appareil et les masses la nouvelle orientation de la direction, sur le plan politique, économique et même théorique. Il s'agit également de faire accepter la dissociation entre Mao Tsé-toung et les «quatre » chargés de toutes les tares l'oppression bureaucratique.

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Enfin, le rétablissement de « l'ordre » passe par l'élimination des conquêtes ouvrières lors de la révolution culturelle. Les ouvriers doivent travailler pour réaliser le nouveau «bond en avant». Finies, ou limitées au maximum les discussions politiques pendant le temps de travail dans les usines. Liquidation de ce qui pouvait rester le droit de regard des travailleurs sur la marche de leur entreprise. Suppression des comités révolutionnaires d'entreprise, remplacés par un directeur unique, campagnes idéologiques contre la révolution culturelle, etc...

Parallèlement au retour de plusieurs dizaines de milliers de cadres épurés pendant ou après la révolution culturelle, sortant des camps de rééducation où entrent les partisans des «quatre», la nouvelle direction remet en place les canaux « classiques» d'encadrement masses, supprimés au cours de la révolution culturelle. Et l'on voit ainsi réapparaître syndicats, Ligue de la jeunesse communiste, organisation des femmes, etc... sans parler de la réactivation de la Conférence consultative du peuple chinois. Ce fantome, disparu depuis une quinzaine d'années, est censé représenter le «front uni» avec les partis de la «bourgeoisie nationale». Préparlement en 1949, il ne représente absolument aucune réalité aujourd'hui, mais semble devoir symboliser « l'union nationale», à destination particulièrement des intellectuels, artistes et minorités nationales. Teng Hsiao-ping en a été nommé président... autre symbole. LIBERALISATION ET DEVELOPPEMENT DE «L'ENTHOUSIASME POUR LE TRAVAIL »

Il est clair que les seules mesures répressives sont notoirement insuffisantes pour « remettre la Chine au travail» et permettre la stabilisation de la couche bureaucratique. La nouvelle direction chinoise doit obtenir un certain soutien des masses chinoises, ou au moins leur neutralité, pour atteindre ses objectifs. De même, après plus d'un an de dénonciation de la «dictature de la bande des quatre », boucs émissaires de l'oppression bureaucratique, elle est obligée de répondre à sa façon aux aspirations de changement des masses.

Développer «l'enthousiasme pour le travail», directive lancée par le journal Clarté, alors que s'était développée ces dernières années une nette tendance au ralentissement du travail et une poussée de l'absentéisme; cela au moment même où sont supprimées les demières conquêtes de la révolution culturelle ne peut être réalisable que par la promesse d'une augmentation du niveau de vie. En effet, au moment même où est peint dans les ateliers le fameux slogan de Teng Hsiao-ping: « établir et perfectionner les règlements rationnels, renforcer la discipline et l'organisation», 60% des ouvriers et employés chinois ont bénéficié de leur première augmentation de salaire depuis 15 ans. Cette avance sur les résultats du nouveau «bond en avant» a sans doute été appréciée par les travailleurs. De même, alors que les pointeuses font dans certaines usines leur réapparition et que des retraits de salaires sont opérés pour retard et absentéisme, les primes à la production sont réintroduites massivement. Clarté, le journal de Pékin, expliquait récemment qu'il fallait « habituer l'opinion révolutionnaire à la réhabilitation des primes selon le travail fourni». Cette question, en discussion depuis la révolution culturelle, n'est pas une question de principe. L'absence de prime est possible dans l'hypothèse d'un haut niveau de conscience de classe et d'organisation réellement démocratique de la production sans parler d'un niveau de développement des forces productives permettant une rémunération conséquente des travailleurs. De même le développement à outrance du système de primes, sans parler du salaire aux pièces, ne peut être qu'un élément supplémentaire de division de la classe ouvrière. Il est encore trop tôt pour déterminer l'ampleur de cette restauration des primes. On peut néanmoins souligner que dans certaines industries, les primes sont d'ores et déjà appelées à constituer entre le quart et la moitié de la rémunération globale des travailleurs. Et, tenant compte de l'idéologie « producPékin 6 mars 1978. Un million de personnes pour «soutenir» Hua Kuo-feng tiviste » à tout prix qui anime l'actuelle direction chinoise, en particulier la fraction représentée par Teng Hsiao-pin, l'on peut émettre des craintes sur l'importance que prendra la prime, même si la mise en place d'un stakhanovisme à la chinoise semble pour l'instant exclue.

Corollaire du « bâton» de la répression, la « carotte» de la prime, si elle permet une augmentation de la productivité, risque de développer les inégalités sociales. Lorsqu'on sait que l'échelle des salaires en Chine, sans parler des divers avantages dont disposent les cadres, est déjà de un à quinze...

Mais la «libéralisation» touche bien d'autres secteurs de la vie sociale, ceux qui ont été les plus re-

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marqués par la presse occidentale. Sur le plan culturel d'abord, où la direction a remis à l'ordre du jour, en le contrôlant étroitement, le mot d'ordre que « cent fleurs s'épanouissent ». Les Chinois peuvent enfin revoir les films d'avant la révolution culturelle, mis à l'index du temps de la «bande des quatre»; ils peuvent enfin voir d'autres opéras (manifestation culturelle traditionnelle chinoise) que les soupes « révolutionnaires» de Chiang Ching. auteurs étrangers mis à l'index, comme de nombreux auteurs chinois, sont à nouveau publiés. Il est mis fin à la xénophobie sur le plan culturel, à l'honneur il y a encore deux ans. Les artistes sont appelés à créer de nouveau. Certes, l'art doit être « placé au service des ouuriers, paysans, soldats», affirmait Hua Kuo-feng dans son rapport à l'Assemblée populaire, « refléter les glorieux exploits du président Mao, de Chou En-lai, etc...». Mais la nouvelle direction met l'accent sur la qualité, la diversité, explique qu'il ne faut pas « interdire aux gens d'entrer en contact avec ce qui est erroné, laid ou ce qui nous est hostile ». S'il est clair que les critères staliniens en matière d'art sont maintenus, les mesures prises permettront sans doute d'élever considérablement le niveau des productions culturelles, ce qui n'est pas très difficile en regard de la nullité et du désert qui régnait en ce domaine depuis la révolution cultu-

Enfin, et c'est une petite révolution, il semble que les Chinois pourront acheter à leur guise les billets, pour voir les œuvres de leur choix, qui avant étaient distribués par le comité révolutionnaire de l'usine ou du quartier.

Il semble par ailleurs que l'encadrement bureaucratique des populations des villes, au niveau du comportement, du mode de vie, etc..., se relâche quelque peu. S'habiller de manière originale, avoir les cheveux plus longs de quelques centimètres, ou, pour les couples, se tenir la main dans les pares de Pékin, n'est plus considéré a priori comme un signe d'asociabilité, de «déviance» ou de pré-délinquance. Nul doute que pour la jeunesse en particulier, ce desserrement de l'étau bureaucratique en ce domaine soit apprécié.

Mais la « libéralisation» touche en premier lieu les couches sociales que veut se concilier le régime : intellectuels, chercheurs, enseignants et cadres de l'appareil. La direction chinoise accorde une attention particulière à la réhabilitation des intellectuels, victimes des humiliations du «groupe deShanghai». Hua Kuofeng défend passionnément le droit à la critique, à « des discussions très animées sur les problèmes théoriaux controverses. Hsiao-ping tranche la contradiction entre «rouge et expert» en expliquant que si les chercheurs et autres techniciens consacrent tout leur temps à leur activité professionnelle en répondant au besoin de la science et de la production, c'est un « uibrant témoignage de leur affection à la cause du socialisme» et une manifestation qu'ils sont à la fois «rouges et experts». De même les équipes de contrôle politique et idéologique du travail de ces « experts » sont supprimées. La direction insiste sur le « respect de la discipline » que doivent les étudiants à leur professeur. Ces campagnes s'accompagnent probablement de rétributions susceptibles de développer également parmi eux « l'enthousiasme pour le travail».

Quant aux cadres de l'appareil, du parti ou de l'Etat, mis à part ceux liés à la « bande des quatre», la direction leur offre avant tout la sécurité. Ils n'ont plus à craindre les accusations de la base ou les campagnes lancées contre la «nouvelle bourgeoisie». Et cette répression supprimée, ils peuvent augmenter leurs privilèges, mais ne sont plus forcés de les dissimuler plus ou moins comme auparavant. A Pékin, l'on peut voir les cadres rouler avec leur famille dans leurs voitures de fonction, acheter les produits, non rationnés pour eux, dans des boutiques qui leur sont réservées, envoyer leurs enfants dans des écoles spéciales, ete...

Par sa politique « d'unité nationale » et de « libéralisation», la nouvelle direction cherche à créer un consensus autour de ses objectifs. Elle tente également d'apparaître comme stabilisée et unie pour développer, sinon la confiance, du moins la soumission. Mais, plus que jamais depuis la réhabilitation de Hsiao-ping, les divergences et les affrontements en son sein sont flagrants. Contrairement à la période qui suivit la révolution culturelle, la bureaucratie n'est pas divisée sur des problèmes fondamentaux. Un large accord existe, tant autour du programme de développement écodont Teng Hsiao-ping s'était fait l'infatigable défenseur, qu'autour de la perspective de stabilisation de la couche bureaucratique. Les affrontements actuels ne peuvent pourtant pas être réduits a une lutte pour le pouvoir entre Teng Hsiao-ping et Hua Kuo-feng, même si cet aspect intervient sans aucun doute; ils concernent la mise en œuvre des objectifs définis et surtout l'ampleur de la « démaoisaENCORE ET TOUJOURS, TIEN AN MEN

Depuis la «chute des quatre», deux questions délicates n'ont cessé de se poser à la direction chinoise. La première concernait la réhabilitation officielle de Teng Hsiao-ping, à quels postes et dans quels délais. La seconde, qui lui est étroitement était celle de la révision du «verdict » des incidents de la place Tien An Men en avril 1976; incidents qui avaient conduit au limogeage de Teng Hsiao-ping.

C'est précisément sur l'immense place de Pékin qu'en janvier 1977 et en avril demier furent une nouvelle fois posées ces questions. Elles ont aujourd'hui toutes deux reçu une réponse officielle. En juillet 1977, Teng Hsiao-ping était officiellement réhabilité et retrouvait toutes ses fonctions antérieures, notamment celles de membre du Bureau politique, vice-Premier ministre, chef d'état major de l'Armée populaire de libération et vice président du PCC (lors du Xle congrès).

Le 7 avril dernier, la veuve de Chou En-lai présentait une « nouvelle interprétation » des incidents de la place Tien An Men. Ceux-ci étaient une grande manifestation de « passion des masses pour Chou Enlai», des «enquêtes répétées» avaient prouvé que Teng n'y était pas lié; mais, bien sûr, « dans de telles manifestations, on ne peut empêcher les manifestations de contre-révolutionnaires». Le «verdict» semble donc révisé, du moins à

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moitié. Car il reste à savoir si les enfants tués, blessés ou emprisonnés sont considérés comme des « contre-révolutionnaires»...

L'affaire de Tien An Men est une véritable épine dans le pied de la direction chinoise, et sans doute particulièrement dans celui de Hua Kuo-feng.

On se souvient en effet que les émeutes d'avril 1976, dirigées contre le «groupe de Shanghai » et violemment réprimées, avaient été condamnées à l'époque comme « contre-révolutionnaires» par un « comité central unanime». Teng Hsiaoping était limogé et Hua Kuo-feng nommé Premier ministre en remplacement de Chou En-lai. Cette « unanimité» implique évidemment tous les dirigeants (à l'exclusion, bien sûr, de Teng Hsiao-ping) y compris Hua Kuo-teng, apparemment le principal bénéticiaire de l'affaire; Wu Teh, maire de Pékin et Chen Hsi-lien, général commandant la région militaire, plus particulièrement responsable de la répression. Enfin elle implique, du moins théoriquement, la responsabilité de Mao Tsétoung lui-même. On le voit, l'affaire est délicate, d'autant plus que Wu Teh et Chen Hsi-lien apparaissent actuellement comme les chauds partisans de Teng au sein du Bureau politique. S'ils étaient limogés, de même que les autres dirigeants ayant pris part aux attaques contre Teng Hsiao-ping, Hua Kuofeng se trouverait tragiquement isoau sein de la nouvelle direction chinoise et aurait quelque peine à maintenir une orientation un tant soi peu indépendante.

Pourtant, jusqu'à présent du moins, malgré les attaques répétées à leur encontre par voix de dazibao, malgré l'autocritique qu'a dû faire le maire de Pékin et les accusations selon lesquelles il aurait fait des «pressions» lors des élections de délégués à l'Assemblée populaire, les deux membres du Bureau politique ont conservé leurs fonctions au sein du parti et de l'Etat comme l'ont montré les nominations de l'Assemblée populaire. Mieux encore, la position de Hua Kuo-feng semble stabilisée : d'une part, aucun nouveau partisan de Teng n'a été nommé à un poste-clé à la suite de cette réunion; d'autre part, Hua

Kuo-feng, autour duquel commence à se développer un « mini-culte de la personnalité», conserve le cumul de ses postes de président du PCC et de Premier ministre. Il a par ailleurs évité le rétablissement du poste de Président de la République, qui, selon des rumeurs persistantes à Pékin, aurait pu revenir à Teng Hsiao-ping.

Il serait néanmoins prématuré d'en conclure que Hua Kuo-feng a réussi à stabiliser sa position « bonapartiste » («centriste») dans l'appareil. D'abord parce que les attaques contre ses partisans les plus proches se poursuivent et que chaque recul ne peut qu'en entraîner un autre. Ensuite parce que ce cadre « obscur » du parti, avant d'être tiré de l'ombre par Mao Tsé-toung qui évitait ainsi de trancher entre les «quatre» et les partisans de Teng, ne bénéficie pas, dans l'appareil et dans les masses, du prestige de nombre de ses pairs au Bureau politique. Sa seule légitimité provient de sa nomination par le « grand timonier» («avec toi aux affaires, je suis tranquille») dont la politique est aujourd'hui remise en dans les faits.

On comprend que, contraint d'appliquer un programme élaboré par Chou En-lai et affiné par Teng Hsiaoping auquel il ne peut présenter d'alternative, Hua Kuo-feng cherche à limiter au maximum les effets politiques de la «démaoisation». Par delà la course aux postes du pouvoir dans l'appareil, qui a suivi la réhabilitation de Teng, le président du PCC tente visiblement de maintenir un certain nombre « d'acquis» ou de référencesau maoisme face au productivisme à outrance de son vice-Premier ministre et d'une bonne partie des cadres, de l'économie et de l'armée principalement.

Dans ce sens, les références à Mao, la réaffirmation de la « lutte de classe comme axe» , même si c'est pour «assurer l'ordre», comme l'appel à « développer les conquêtes de la Grande révolution culturelle prolétarienne» (liquidées dans les faits) peuvent être l'expression des affrontements au sein de la direction.

Hua Kuo-feng, qui ne jouit de la popularité de Teng Hsiaoping, considéré souvent par les Chinois comme leur « vrai» dirigeant, peut tenter de s'appuyer sur toute une fraction des cadres de l'appareil inquiète de l'ampleur de la « révision » politique en cours. Cadres qui par ailleurs voient leur rôle relativisé au profit des cadres liés à la production, la planification, la recherche, etc... L'actuelle direction a plus besoin de cadres « experts» que « rouges».

Quelles que soient les péripéties et l'issue des incessantes manœuvres et luttes au sein des sommets de la bureaucratie, l'affirmation du pouvoir de Hua Kuo-feng nécessitera de nouvelles ruptures ou un accord d'une autre portée que les compromis passés jusqu'à présent au sein de la direction.

Mais, pour l'ensemble de la direction, il s'agit maintenant de réaliser le programme fixé et de répondre aux espoirs qu'a suscités au sein des masses le renversement du « groupe de Shanghai». La question est de savoir si cela est possible. Dans le cas contraire, une nouvelle désillusion des masses chinoises pourrait provoquer des conséquences déplaisantes pour la direction. D'autant plus que se sont multipliées ces derniers temps des interventions antibureaucratiques. UN REPIT POUR LA BUREAUCRATIE CHINOISE

Nul doute que pour la grande masse de la population, la chute des «quatre » et le changement de direction du PCC suscitèrent et suscitent encore l'espoir d'une vie meilleure. La nouvelle direction chinoise s'est appuyée sur la lassitude et la démobilisation provoquées par les huit années de luttes antibureaucratiques au sommet dans lesquelles, sauf exceptions locales, les masses ne purent intervenir de manière autonome. C'est ce qui explique que la classe ouvrière chinoise, qui a connu sans doute la mobilisation antibureaucratique la plus profonde et la plus prolongée au cours de la révolution culturelle, ait assisté en spectatrice à la lutte pour le pouvoir qui succéda à la mort de Mao. C'est ce qui explique également,

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avec une certaine détérioration du niveau de vie, sensible ces dernières années, qu'elle ait de nouveau placé ses espoirs dans une fraction de la bureaucratie chinoise. La propagande de l'équipe dirigeante, rejetant sur les « quatre » toutes les tares du système bureaucratique, a renforcé le courant.

Mais cette relative passivité momentanée ne peut être assimilée à une mobilisation, une dépolitisation profondeur, comparable par exemple à celle qui peut exister en URSS. Le capital de confiance dont bénéficie la bureaucratie peut n'être qu'un répit dont la durée dépendra de sa capacité à répondre aux aspirations des masses. Et cela sur deux points essentiels : le plus important concerne l'augmentation du niveau de vie et donc la réalisation du plan économique; le second, l'exigence de la démocratisation, sinon de démocratie politique qui apparaît de plus en plus au sein de l'opposition chinoise.

A cet égard, on peut se demander dans quelle mesure la direction chinoise aura la possibilité d'accorder Chiang Ching, veuve de Mao, membre du «gang des quatre» la contrepartie qu'elle fait miroiter aux travailleurs en échange du nouvel « effort » qui leur est demandé : l'amélioration du niveau de vie. En effet, si l'on tient compte de l'état actuel de l'économie chinoise, des importants investissements en cours de planification, de la nécessité d'importer de l'étranger la technologie nécessaire, sinon des usines «clés en main», des impératifs de modernisatión de l'armée chinoise, réclamée depuis longtemps par l'état-major et acceptée par la nouvelle direction, l'on voit mal comment à court ou moyen terme les masses chinoises pourraient profiter du « nouveau bond en avant». Surtout si celui-ci doit se prolonger jusqu'à l'an 2000.

Par ailleurs les augmentations de salaires consenties, qui ne touchent que la population urbaine, risquent d'être touchées par un fléau jusqu'alors inconnu en Chine : l'inflation.

En effet, si l'on considère le rationnement renforcé qui touche les populations urbaines depuis quelques années, il ne semble pas que les produits de consommation équivalents à l'augmentation de la masse salariale puissent être facilement mis sur le marché, même si des efforts en vue d'améliorer le ravitaillement ont été réalisés.

Enfin l'augmentation de la productivité du travail risque également d'accroître le très fort sous-emploi, ainsi que le chômage déguisé massif existant en Chine.

Mais, à ces risques pour les masses chinoises de ne pouvoir profiter avant longtemps de l'effort productif qui leur est demandé, s'ajoutera certainement celui de voir les différenciations sociales s'accroître fortement au sein de la société chinoise.

Dans les campagnes d'abord avec probablement une place plus importante prise par les «lopins privés»des paysans qui, selon le discours de Cheng Yung-kuei à la conférence sur l'agriculture de décembre 1976 «fournissent un quart des productions agricoles reçues par le Département du commerce». Sur une superficie infime, selon l'ancien paysan de la brigade modèle de Tachai, il faut«permettre et encourager les occupations familiales, à condi-• tion de donner la priorité à l'économie collective» .

Compte tenu de l'augmentation du déficit céréalier, dû à de nombreuses catastrophes naturelles, et au fait que de plus en plus, la production est mise « au poste de commande», l'on peut penser qu'une extension de l'agriculture « privée» est très probable, ce qu'avait essayé de limiter le « groupe de Shanghai ».

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Ceci ne pourrait que renforcer les différenciations sociales dans les campagnes et, à terme, mettre en danger « l'alliance ouvriers-paysans» établie en Chine, ce qui ne manquerait pas d'avoir des conséquences graves pour un pays où plus des trois quarts de la population travaillent la terre...

Mais les différenciations sociales frapperont certainement autant les villes. Renforcements des rétributions et des privilèges des cadres du Parti et de l'Etat, comme de ceux des techniciens, chercheurs, ingénieurs, intellectuels, etc., risquent d'être mal perçus par les travailleurs, même si la direction chinoise a lancé une grande campagne de réhabilitation en faveur de ces couches sociales.

Au sein même de la classe ouvrière, l'ouverture probable de l'éventail des salaires (une réforme est à l'étude en ce moment) comme la multiplication des primes, peuvent contribuer à diviser les travailleurs. LA QUESTION DES PRIVILEGES

La question des privilèges est, en Chine plus encore que dans d'autres Etats ouvriers, explosive. L'omniprésence de ce thème parmi les gardes rouges lors de la révolution culturelle, sa persistance dans les manifestations antibureaucratiques (Li Yi-she) comme les campagnes lancées par le «groupe de Shanghai» afin d'obtenir un appui au sein de la classe ouvrière contre les privilèges et les bureaucrates affublés de la caractérisation, aujourd'hui tombée en désuétude, de « nouvelle bourgeoisie», le montrent. Ces thèmes ont été de nouveau exploités par la direction Hua Kuo-feng contre le «groupe de Shanghai» afin de le présenter comme un groupe de «super-privilégiés».

Ce thème peut être combiné avec celui de la «démocratie» et de la «légalité socialiste » qui semble être l'axe principal des groupes ou individus de l'opposition antibureaucratique ces dernières années. Du dazibao de Li Yi-she à l'affiche apposée le 7 avril dernier à Pékin proclamant que «le peuple n'est pas maître de la Chine» et expliquant que les choses ne vont pas mieux depuis la chute des « quatre », cette exigence n'a cessé d'être mise en avant, s'insérant souvent dans les campagnes pour le retour de Teng. En janvier 1977, des affiches signées «des groupes d'ouvriers» demandaient que « le peuple puisse choisir ses propres dirigeants» et réclamaient l'extension des « droits démocratiques» et de certaines

«libertés» pour la population. D'autres affiches apposées en avril 1978 insistaient sur la nécessité «d'empêcher la réapparition d'un KGB outrepassant la loi et les intérêts du prolétariat». L'on pourrait ainsi citer de multiples exemples. C'est sans aucun doute à cette pression comme aux conséquences de la campagne contre la « dictature des quatre », que l'on doit la révision dans un sens plus « démocratique» de la Constitution chinoise adoptée à la Ve Assemblée populaire. On y a vu le maréchal Yeh Chien-ying appeler à combattre «tout acte qui porte atteinte à la vie démocratique et aux droits des citoyens». Mais il n'est bien entendu pas question pour la nouvelle direction de faire un pas quelconque vers une véritable démocratie ouvrière; c'est le sens de son appel au «renforcement de l'appareil d'Etat», du « centralisme» et l'appel à «combattre l'anarchie, le factionalisme bourgeois et tout acte qui compromet la discipline et l'unité», c'est-à-dire toute opposition au pouvoir en place...

Dans cette mesure, les miettes formelles de «démocratisation», comme un effort pour légaliser l'arbitraire bureaucratique, ne peuvent en aucun cas satisfaire les aspirations de l'opposition et d'une fraction importante des masses.

Son existence, comme sa capacité à offrir une alternative à toutes les fractions bureaucratiques, peut jouer un rôle déterminant dans les années à venir lorsque se dissiperont les illusions dont peut bénéficier la direction chinoise. Par sa lutte contre l'arbitraire et les privilèges bureaucratiques, pour une réelle démocratie ouvrière et la défense du niveau de vie des travailleurs chinois, elle peut élargir l'écho dont elle dispose et contribuer à rendre difficile la stabilisation bureaucratique que souhaite la direction. D'autant plus qu'elle peut trouver l'appui d'une classe ouvrière qui, contrairement à celle de l'URSS, n'a jamais connu de répression frontale et d'atomisation. Plus que jamais, dans les années à venir, la solidarité internationale avec les oppositions antibureaucratiques en Chine doit être une de nos tâches essentielles.

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