; PRESENTATION PAR Rodolphe PRAGER
• trochainement paraitra aux editions EDI
• premier volume de la premiere sere des Jer vres de Léon Trotsky, 1933-1940. C'est une entreprise d'envergure puisque cette première série comprendra près de 25 volumes. Il a été choisi, il est vrai, de produire de petits livres de l'ordre de 300 pages afin que l'achat en soit facilité aux militants et à un large public. Le rythme de parution prévu est de quatre livres par an. Il ne s'agit pas encore d'œuvres complètes du fait qu'une masse considérable d'écrits de Trotsky reste encore inaccessible. Mais c'est un progrès dans ce sens et c'est donc une date importante dans l'étude de la pensée et de Faction de Trotsky.
Il ne s'agit plus, cette fois, d'ouvrages concernant tel ou tel sujet mais d'articles, de brochures, de lettres reproduits dans l'ordre chronologique qui épouse mieux les efforts de Trotsky dirigés prioritairement vers la reconstruction d'un mouvement révolutionnaire, puis vers la création de la [Ve Internationale. Nos camarades de Pathfinder Press ont été les premiers à travailler dans ce sens dans les remarquables douze volumes des Writings 1929-1940. Les Oeuvres en français n'auraient pu voir le jour sans ce travail. Elles s'efforcent d'aller au-delà en incluant des livres inédits en français et des titres déjà parus qu'accepteront de céder cer tains éditeurs. La poursuite de la recherche conduit aussi, naturellement, à découvrir de nouveaux textes et nos camarades américains ont été les premiers à communiquer les écrits qu'ils ont pu trouver après l'achèvement des Writings.
L'une des richesses des Oeuvres sera l'extrême variété des textes reflétant toutes les préoccupations du moment de Trotsky, le développement de sa pensée, sa méthode d'analyse et aussi les difficultés d'ordre divers auxquelles il dut faire face.
LE TOURNANT VERS
LA IVe INTERNATIONALE
Ainsi, le premier volume traite principalement des réajustements que l'opposition de gauche internationale doit opérer après la défaite sans combat du mouvement ouvrier allemand et, singulie rement du PCA. Le livre commence par une lettre du 12 mars au Secrétariat international: «Il faut un nouveau parti en Allemagne». C'est la fin du cours du redressement interne que l'opposition avait suivie jusqu'alors. Trotsky aborde ce tournant capital prudemment, par étapes, et c'est bien normal. «Nous appelons aujourd'hui à la création en Allemagne d'un nouveau parti afin d'arracher 1) 29, rue Descartes, Paris 5e.
Parution prochaine
l'IC des mains de la bureaucratie stalinienne. La question n'est pas de créer la IVe Internationale, mais de sauver la Ille», est la conclusion de cette lettre. Trois mois plus tard, Trotsky invite l'opposition à cesser de se considérer comme une opposition, à passer à la construction de nouveaux partis et d'une nouvelle Internationale (article du 15 juillet 1933).
En même temps Trotsky voit aboutir les démarches entreprises pour obtenir un visa en France qui lui rendra possible de collaborer plus étroitement avec les organisations trotskystes européennes. Le séjour en France n'est pas sans poser de grands problèmes. Le gouvernement souhaiterait confiner Trotsky en Corse. La réaction et les staliniens se déchaînent. Les Russes blancs pourraient tenter quelque coup. Trotsky quitte la Turquie le 17 juillet, non sans une certaine mélancolie qu'il exprime dans ses « Adieux à Prinkipo » où il évoque en des termes passionnants et passionnés ses parties de pêche en mer.
Mais une foule d'autres sujets sont abordés dans ce livre. Aussi bien sur l'art et la philosophie que sur la politique des formations, centristes et du groupe d'Andrès Nin en Espagne et les problèmes internes de l'opposition de gauche. La correspondance représente une part énorme du combat politique de Trotsky. Dans ses lettres au Secrétariat international, aux dirigeants des sections, se dégagent avec une grande précision les orientations et les démarches tactiques qui lui paraissent s'imposer. Des introductions historiques fournies et des annotations nombreuses sont indispensables pour l'intelligence de ce genre de textes. Ce sera également une des caractéristiques des Oeuvres qui contribueront de la sorte à une connaissance plus intime de l'histoire de ce qu'on appelle le trotskysme, histoire qui reste à écrire.
L'INSTITUT LEON TROTSKY
Un projet d'une telle envergure ne pouvait être entrepris que par un travail d'équipe réunissant certains moyens et établissant un réseau de collaborations à l'échelle nationale et internationale. Cela a conduit plusieurs militants à fonder, il y a quelques mois, l'Institut Léon Trotsky (1). Certains d'entre eux sont membres de l'OCI ou de la LCR, d'autres n'appartiennent à aucune organisation, celles-ci n'étant pas impliquées en tant que telles. L'objet de cet Institut est donc la recherche en vue de la publication en français, sur une base scientifique, des textes de Trotsky. Il bénéficie
2) Marguerite Bonnet, présidente; Rodolphe Prager, vice-président; Pierre Broué, directeur scientifique; Jean Risacher, trésoà cet effet du soutien moral et matériel de Sieva Volkou, petit-fils et héritier de Trotsky et de la participation directe de Marguerite Bonnet, mandataire des droits de Trotsky.
La base scientifique qui préside à ce travail ne saurait être compatible, évidemment, avec une utilisation fractionnelle quelconque se rattachant à des différents actuels.
Le bureau de l'Institut délibère sur chaque volume et au cas où des divergences apparaftraient, qui ne pourraient être réduites, des interprétations différentes seraient publiées sous une forme non polémique. On s'efforcera, évidemment, d'éviter le recours à cette solution qui est une clause de garantie démocratique. L'expérience des premiers volumes mis en chantier est à cet égard tres concluante. Les discussions se sont déroulées dans le meilleur esprit. Outre son bureau composé de cinq personnes (2), l'Institut comprend également un comité de parrainage international où d'anciens Trotsky, des personnes qui se sont consacrées à l'étude de son œuvre et des historiens du mouvement ouvrier. L'un des soucis essentiels est, précisément, de rechercher une collaboration scientifique internationale sans laquelle une véritable étude de l'œuvre de Trotsky et du mouve ment trotskyste international ne saurait se concevoir. Cette collaboration ne peut être qu'egalitaire, bien entendu. L'Institut ne peut y jouer un rôle rier-secrétaire général; Michel Dreyfus, directeur des « Cahiers Léon Trostky».
collaborateurs tes-rendus de particulier, il n'a aucune vocation supra-nationale, il importe de le préciser. Il serait seulement souhaitable que des équipes de recherche se constituent dans d'autres pays où cela ne s'est déjà fait. Chaque équipe aura la faculté d'emprunter les travaux accomplis par l'Institut - comme l'Institut se sert des Writings de Pathfinder - en les adaptant à ses besoins spécifiques sous sa propre responsabilité.
LES CAHIERS LEON TROTSKY
Il faut encore mentionner les Cahiers Léon Trotsky que l'Institut se propose de publier trois ou quatre fois par an et qui permettront de créer un lien avec tous ceux qui portent un intérêt à ses activités. Ces cahiers présenteront des documents réunis au cours des recherches: lettres des proches collaborateurs ou « secrétaires» de Trotsky : Léon Sédou, Erwin Wolf, Walter Held, Jan Frankel par exemple ou d'autres personnes. Témoignages divers, récits et comptravaux universitaires y trouveront également place ainsi que le courrier lecteurs. L'ambition est de créer un courant d'échange d'idées enrichissantes.
Sans aucun doute les militants et sympathisants de la IVe Internationale suivront avec le plus vif intérêt les réalisations de l'Institut Léon Trotsky et contribueront de leur mieux, sous toutes les formes, au succès de son entreprise.