Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

AFRIQUE DU SUD

Les débats dans l'ANC

· Inprecor n° 280, 23 janvier 1989 · p. 15-17 · 3 200 mots

Afrique australe URSS et Russie Syndicalisme

une modification de l'apartheid sans toucher aux deux grandes lois

Botha cherche ainsi à stabiliser, à son profit, une situation marquée

C'est d'abord la répression qui explique les nouvelles difficultés pour l'opposition anti-apartheid. Mais c'est aussi un certain épuisement

Lors des élections municipales du 26 octobre 1988, le gouvernement et de la collaboration. La participation de l'électorat africain, mais participaient l'ANC (Congrès national Africain), des liberaux blancs sud-africains et des officiels soviétiques. Le thème principal en était

AFRIQUE DU SUD

Les débats dans l'ANC

DE NOMBREUX ELEMENTS NOUVEAUX sont apparus, depuis une année, en Afrique du Sud. Les manœuvres réformatrices du pouvoir s'accompagnent d'un renforcement des dispositions répressives "légales".

Le régime cherche à garder l'initiative politique et tente racistes, la ségrégation de l'habitat et celle de l'enseignement.

par les reculs du mouvement populaire.

des stratégies diverses utilisées tout au long de ces cinq dernières années d'intenses mobilisations de masse.

a tenté une fois de plus - et toujours en vain - d'attirer une partie des masses noires dans le piège des institutions aussi métis ou indien, a été en général très faible.

Pourtant, tous ces événements suscitent de nombreux débats auxquels s'ajoute l'évolution des relations Est-Ouest quant au règlement des "conflits régionaux". En octobre 1988 s'est tenue une importante réunion, en Allemagne de l'Ouest, à laquelle la société "post-apartheid".

Tout ceci explique que le courant autour de l'ANC et du parti communiste (PCSA), connaît un très important débat (1).

Robert MENZEL

TANC avait décrété que l'année

L de "l'Unité

1988 serait l'année d'action pour le pouvoir populaire", mais elle fut une année difficile pour l'organisation nationaliste.

D'importants débats se développent actuellement dans l'organisation et parmi ses partisans sur le chemin à suivre pour progresser en 1989 et dans les années à venir.

Une meilleure coordination et une meilleure collaboration entre l'armée et la police sud-africaine ont causé de lourdes perl'ANC et à sa branche militaire, tes à l'Umkhonto we Sizwe (MK). Le nombre de militants arrêtés ou tués depuis juin 1986, s'élève à 500.

Le procès d'Ismael Ebrahim, commandant présumé du MK pour la région du

Transvaal, a révélé une partie de l'étendue de la guerre au coup pour coup que se livrent la guérilla et l'armée sud-africaine, et du degré de violence déployée par l'Etat, pour tuer et liquider ses adversaires.

Paradoxalement la perspective de l'accord sur l'Angola et la Namibie jette une autre ombre sur l'ANC. Même si les autorités angolaises le nient, ce n'est un secret pour personne que la clause secrète de ces accords prévoit la fermeture des bases de l'ANC en Angola, ce qui est de nature à créer un sérieux problème de logistique pour le transport et l'entraînement de la guérilla (2). En attendant, l'utilisation des routes pour le transport des troupes de l'ANC est sous un sévère contrôle. Le Mozambique et le Swaziland sont virtuellement devenus des "zones interdites" pour l'ANC et le Botswana et le Zimbabwe sont actuellement mis sous pression.

Des opérations intensifiées

Malgré tout cela, la guérilla de l'ANC a intensifié ses opérations à l'intérieur du territoire sud-africain. Les attaques contre les policiers et les soldats se poursuivent et les attentats à la bombe contre des "soft targets" (cibles non-militaires comme les centres commerciaux, les cinémas, les stades, etc) ont connu une nette augmentation. Certaines de ces actions ont été cependant désavouées par l'ANC.

Jusqu'en 1987, cette organisation a connu des succès considérables dans ses efforts pour obtenir une reconnaissance in-

Afrique du Sud ternationale. Lorsque Olivier Tambo, le président de l'ANC, a été reçu par le secrétaire d'Etat américain, George Schultz, en 1987, tout le monde pensait que l'essentiel était fait. Par ailleurs, l'ANC accédait à un statut quasi-diplomatique dans beaucoup d'autres pays dont un nombre impressionnant adoptait en même temps des sanctions à l'égard de l'Afrique du Sud.

Mais en 1988, cette tendance s'est ralentie. Les pays membres du Commonwealth n'ont pu briser la détermination de Thatcher. Même le sommet de Vancouver, en octobre 1987, ou la réunion de Toronto, en août 1988, du "groupe de travail" censé coordonner les activités des pays du Commonwealth les plus actifs contre l'apartheid, n'ont rien apporté de plus. Aucune nouvelle sanction importante n'a donc été adoptée l'année dernière.

Une autre source de préoccupation pour l'ANC a été l'évolution de la politique africaine de l'Union soviétique. Même si aucun changement n'a été officiellement annoncé jusqu'à maintenant, il est clair que les initiatives de Gorbatchev sur la coexistence pacifique auront des incidences sur la politique soviétique en Afrique du Sud.

Un bilan mitigé

Des entretiens avec Goncharov et Stavuchenko, experts soviétiques sur les questions africaines, ont confirmé que pour eux, la "révolution" n'était plus à l'ordre du jour dans cette région du monde (ni dans une autre région, d'ailleurs). Ils ont donc averti "fraternellement" l'ANC de ne plus rêver au renversement de l'Etat sud-africain et lui ont conseillé d'orienter sa politique de manière à trouver un compromis avec les Blancs, en reconnaissant certains droits spécifiques à la minorité blanche qui est actuellement au pouvoir, dans le cadre d'un accord négocié calqué sur le type des accords de Lancaster House, en 1980, au Zimbabwe (3).

1) Voir à ce propos l'importante brochure de Joe Slovo, secrétaire général du Parti communiste sud-africain : "The South African worker class and the national democratic revolution" (La classe ouvrière sud-africaine et la révolution nationale démocratique) (UNSEBENZ Publication ; Londres) où il pose entre autres la question du socialisme et polémique ouvertement avec les Soviétiques.

2) L'ANC aurait récemment décidé de lui-même de retirer ses bases de l'Angola (Le Monde du 10 janvier 1989).

3) Les accords néo-coloniaux de Lancaster House, ont été signés à Londres, en décembre 1979, pour organiser la fin du régime blanc au Zimbabwe (ex-Rhodésie). Malgré l'accession des Noirs au pouvoir, l'essentiel des intérêts économiques des colons blancs et de l'impérialisme ont été maintenus. Voir l'article Zimbabwe, la fin des illusions, dans Inprecor numéro 279 du 9 janvier 1989

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Au niveau politique, 1988 a eu des conséquences contradictoires pour l'ANC. D'un côté, il a souffert de la pression accrue de l'Etat sur ses alliés intérieurs, essentiellement sur le Front uni démocratique (UDF). L'UDF est effectivement une organisation quasi-interdite et ses structures nationales sont paralysées. Les townships les plus militants ont été "pacifiés" et l'activité des masses est au niveau minimal.

D'un autre côté, l'ANC et ses alliés ont été capables de maintenir leur attrait pour de larges couches de la population. Les élections municipales d'octobre ont de nouveau prouvé que les efforts de l'Etat pour légitimer les collaborateurs avaient largement échoué. Bien plus importante fut la bataille pour gagner "les cœurs et les esprits" au Natal, où l'Inkhata (4) a déployé sa stratégie politico-militaire pour déraciner les partisans de l'ANC. Malgré tout, la résistance locale a pu repousser les assauts, ce qui a renforcé l'ANC au niveau politique et idéologique, même lorsqu'il n'en était pas directement à l'origine.

D'autres progrès évidents ont été réalisés dans la capacité de l'organisation de s'adresser à un nombre croissant de forces politiques, y compris un large éventail de groupes blancs. La diplomatie du "rugby", au mois de novembre dernier, en est un bon exemple. L'ANC s'est proposé comme mé diateur entre les organisations sportives anti-apartheid et la (très Afrikaner) fédération de rugby, avec l'objectif de lever éventuellement le boycott international contre le rugby sud-africain. Cela peut paraître risible, sauf quand on sait que le sport, et plus particulièrement le rugby, est sacré et déchaîne les passions en Afrique du Sud. L'ANC a également engagé de nouveaux contacts avec le Congrès Pan-africain (PAC), et en direction des groupes de Conscience noire et du Congrès national des syndicats (NACTU) (5).

La publication d'un nouveau "projet constitutionnel pour une Afrique du Sud démocratique" par l'ANC, fait également partie de cette relative ouverture. Ayant ainsi réactualisé la Charte de la liberté, l'ANC s'est engagé à instaurer un Etat avec un système pluraliste de partis, avec une économie mixte où la propriété privée serait protégée et avec un système juridique indé-

Les formations politiques blanches libérales sont aujourd'hui, beaucoup plus disposées à discuter ouvertement avec l'ANC. Le Parti fédéral progressiste (PFP, princi pal parti libéral blanc d'opposition), tout comme le Mouvement de la nouvelle démocratie (MND) de W. Malan et le Parti indépendant (PI) de D.Worral (ruptures du Parti national au pouvoir, ndlr) se sont engagés dans un processus d'unification, qu'ils espèrent voir aboutir et qui leur donnera plus de poids. Un des points à leur ordre du jour est d'agencer la façon dont ils vont jouer un rôle de "courtier" entre l'Etat et l'ANC.

Les "faucons" qui contrôlent aujourd'hui les cercles qui se trouvent tout au cœur du pouvoir, sont déterminés à gagner la guerre contre l'ANC. Dans cette optique, ils ont réussi à réaménager avec succès le système de sécurité selon leurs souhaits. Mais comme le disait le secrétaire d'Etat à la sécurité (équivalent du ministre de l'Intérieur, ndlr), le général Charles Llyod, "la guerre contre la subversion n'est militaire qu'à 20%, 80% du problème étant politique". Or, tout ce qui s'est passé ces deux dernières années confirme que l'ANC reste toujours la principale force dans les town-

"Chercher, trouver, détruire, coopter"

Deux options se sont dégagées dans la stratégie de l'Etat pour tenter de faire face à cette situation. Elles s'expriment certes avec un discours différent, mais ne sont pas contradictoires. Cette "cohabitation" explique les hésitations et les contradictions de la politique suivie par l'Etat, même si pour le moment, ce sont plutôt les "faucons" qui sont en position de force.

Une première stratégie est celle de "trouver et détruire" l'ennemi. Elle a le mérite d'être relativement simple. Elle refuse toute négociation et toute médiation avec la résistance. Elle se base sur l'affirmation qu'aucune démocratisation de l'Afrique du Sud ne pourra se faire, sans que l'on ait, au réorganisé totalement la société civile de manière à ce qu'elle ne reproduise plus les conditions qui permettent à la résistance noire de s'épanouir. Les partisans de cette option pensent que la supériorité militaire indéniable de l'Etat, pourrait suffire à le maintenir indéfiniment. Cela suppose également que la communauté internationale ne changera pas radicalement de politique par rapport à l'Afrique du Sud.

L'autre stratégie est celle du "trouver l'ennemi et l'affaiblir au point de le forcer à accepter nos conditions". Les défenseurs de cette option sont conscients qu'à long terme, les pressions économiques et militaires sur l'Afrique du sud vont l'épuiser et qu'une sorte d'intégration-cooptation-négociation est nécessaire maintenant, avant que la situation n'échappe réellement à leur contrôle. Dans ce contexte, certains terrains de négociation sont recherchés avec l'ANC et avec la résistance en général.

Bien entendu, il n'est nullement question de transmettre le pouvoir à une quelconque majorité noire, et même les réformateurs les plus audacieux dans l'appareil d'Etat, n'oseraient rêver de "partage du pou-

You d'une solution "à la zimbabwéenne"

Mais la question centrale pour les tenants de cette option est d'amener l'opposition extra-parlementaire à accepter certai nes formes de collaboration avec l'Etat, à reconnaître les limites du terrain politique, à mener une opposition "rationnelle" (au lieu de défier l'Etat) afin d'obtenir des acquis économiques et sociaux et de prendre des responsabilités locales ou consultatives.

Il y a actuellement un consensus dans l'ANC pour refuser ce genre de projets, mais d'importants débats ont lieu sur la question de savoir ce qu'il est possible de faire pour sortir de l'impasse actuelle.

Dans ce contexte, le débat autour des "soft targets" doit être vu plutôt comme un symptôme que comme une question cen trale. Cela touche en fait à toute la question de la lutte armée. Le nom de Chris Hani, le chef d'Etat-major du MK, et qui est apparemment l'étoile montante de l'ANC, est souvent associé à ces débats.

L'ANC et l'insurrection

Depuis 1985, l'ANC s'est engagé dans un changement de stratégie décisif. Lors de la Conférence consultative de Kabwe, vers le milieu de 1985, la direction de l'organisation s'est lancée dans une perspective de "guerre populaire". Cela a encouragé les militants de l'ANC et des organisations de masse à construire des "bases révolutionnaires" et des "unités de combat de masse". contrôle politique sur la majorité des townships, Nous sommes assez bien informés sur la crise profonde à laquelle la classe dominante de notre pays est confrontée. Le peuple a rejeté de ses rangs tous les organes qui imposent la loi de la minorité raciale. Notre tâche est d'organiser dans chaque base révolutionnaire de masse, des unités de combat qui, d'une part, défendront le peuple contre l'Armée de l'apartheid et d'autre part, organiseront des attaques armées pour lancer une offensive contre l'ennemi (...)"

4) Organisation réactionnaire à caractère ethnique zoulou, contrôlée par Mangosuthu Buthelezi, le chef du bantoustan KwaZulu. Voir les articles Les affrontements au Natal et Les spécificités du KwaZulu dans Inprecor numéro 257 du 18 janvier 1988

5) Pan African Congress : Congrès pan-africain, c'est une scission de l'ANC, en 1957. Il connaît une légère remontée ces demiers temps.

Conscience noire : Mouvement politique né au début des années 70, dirigé par Steve Biko, très puissant lors du soulèvement de Soweto, en 1976.

National congress of trade-unions, Congrès national des syndicats, seconde fédération syndicale indépendante du pays, , où des courants proches du PAC et de Conscience noire sont relativement puissants

6) Radio freedom broadcast d'Addis Abeba, 20 mars 1987.

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Pendant un moment, cette proposition l'a emporté dans l'ANC. Même après juin 1986, alors que l'Etat avait réussi à mater les soulèvements locaux, la ligne officielle de l'ANC était de préparer l'assaut final. "Les signes sont encourageants et la victoire finale semble en vue" disait le Parti communiste sud-africain au début de 1988. (7)

Avec le soutien de ses proches collaborateurs, comme le nouveau commissaire politique du MK, Steve Tshwete, Chris Hani a continué à pousser dans le sens d'une solution 'militaire". "Nous allons porter la guerre dans la zone des Blancs", disait-il. Il répondait ainsi implicitement à ceux qui critiquaient l'élargissement des attaques contre les "soft targets" : "Nous allons empêcher les Blancs de continuer à vivre en sécurité. Les récentes bombes ont servi à leur dire : nous pouvons ramper et glisser tout près de vous... Nous sommes capables de porter un grand coup dans vos zones à vous..." (8)

Les débats en cours

Cependant, certains signes importants nous montrent que cette position "insurrectionaliste" est de plus en plus critiquée au sein de l'ANC.

Avant tout, il est clair que les perspectives de renversement du régime sont repoussées indéfiniment. L'historien Colin Bundy, de l'Université du Cap-Ouest, a récemment démontré, dans une étude sur la période 1984-86, que les conditions d'une prise révolutionnaire du pouvoir n'étaient pas mûres, même au moment où les soulèvements de 198485 atteignaient leur point culminant. Entre autres facteurs, il cite "le monopole de l'Etat sur le contrôle des instruments de coercition" et le "haut degré de loyauté de la police et de l'armée envers le régime" et ajoutait que "depuis 1789, il a été démontré maintes fois qu'il ne pouvait y avoir de révolution moderne victorieuse, tant que les forces armées du régime n'étaient pas soumises à une érosion substantielle". (9)

Les réorganisations de juin dernier, au Comité exécutif national (CEN) de l'ANC, reflètent partiellement ces débats. Tshwete a perdu sa position de numéro trois du MK mais, en même temps, il est devenu membre à part entière du CEN (ce qui indique que ses positions ne sont pas totalement défaites).

Par ailleurs, le CEN s'est clairement prononcé contre la tactique des "soft targets", tout en reconnaissant que plusieurs de ces attaques avaient été menées par les combattants du MK. Une source proche de l'ANC a admis que l'organisation "n'avait pas entièrement réussi à établir une direction politique expérimentée pour les combattants que nous avons ou entraînons au niveau local" (10).

Mais Chris Hani et ses partisans sont loin d'être écartés. Ils peuvent compter sur le soutien des "jeunes lions", la génération de 1976 qui a quitté l'Afrique du Sud pour rejoindre l'ANC et la lutte armée et qui est impatiente d'attendre pour lancer l'assaut final à une échelle de masse. Cette couche de militants forme aujourd'hui, la majorité dans l'ANC et le MK et a été récemment rejointe par la "promotion" 1984-86, c'est-à-dire de nouveaux "jeunes lions" qui ont commencé à militer dans le climat révolutionnaire de 1984-86 et qui sont peut être encore plus enragés et assoiffés de passer à l'action.

Réévaluation cours dans l'ANC sur la phase insurrectionaliste est inconnue. les nombreuses réunions, précitées, avec des groupes de Blancs, représentent une autre façon de faire de la politique, pour des dirigeants comme Olivier Tambo, même si pour lui, comme pour toute la direction, le rôle de la lutte armée reste très important. La question est de savoir quel type de lutte armée, et de quelle ampleur. de l'ANC, c'est qu'elle n'a pas grand chose à

La réelle étendue de la réévaluation en

Les initiatives sur la Constitution et tre 1988.

Le problème pour la direction modérée dire aux townships, pour le moment. Toute négociation avec le régime ou participation aux institutions de l'Etat, sont exclues dans le contexte actuel.

Joe Slovo, principal dirigeant du PCSA, a soulevé un autre débat. Il faut préciser, ici, qu'il est clair que les débats internes de l'ANC sont de moins en moins des affrontements

"nationalistes" et "commuentre nistes". Dans le débat sur la réévaluation de "la tendance insurrectionaliste", par exemple, il y avait des

"communistes"

et des "nationalistes" des deux côtés.

L'opposition au militarisme

En tant que précédent chef d'état-major du MK, Slovo préconisait une guerre de guérilla de basse intensité, plutôt symbole de la résistance, qu'assaut généralisé contre l'Etat. Il a souvent dit que

"frapper les Blancs" était une dévia tion importante de la lutte, qui ne ferait que la racialiser encore plus.

Lorsque les événements de 1984-86 ont éclaté, il avait accepté un changement en direction d'une sorte de poussée insurrectionnelle.

Mais son départ du MK pour réaffirmer publiquement ses responsabilités dans le PCSA, a été perçu comme une tentative de construire le PCSA comme une force politique à part entière. Slovo a toujours défendu l'idée qu'il était important que la classe ouvrière s'organise plus ouvertement, en défendant explicitement un programme socialiste.

En 1986, le PCSA a lancé un avertissement, en soulignant le danger pour la révolution sud-africaine, d'être dévoyée et paralysée par des "éléments bour geois", et ajoutait "nous ne devons pas nous arrêter à la 'Révolution de février' mais pousser jusqu'à Octobre" faisant référence à la Révolution russe. Slovo s'inquiètait que le parti et le programme socialiste qu'il déclare défendre, étaient insuffisamment préparés dans l'éventualité d'une chute relativement rapide du régime.

Par conséquent, le PCSA sous la direction de Slovo, s'est orienté vers l'entrée dans les organisations de masse, surtout les syndicats, et leur reprise en main. Pour

Slovo, il s'agissait d'importants terrains de bataille politique, trop longtemps sous- estimés par l'alliance ANC-PCSA et dangereusement influencés par les soi-disant

"ouvriéristes" et autres indépendants de

Cette stratégie pose plusieurs problèmes. D'un côté, les organisations de masse,

7) African communist, numéro 112, premier trimes-

8) Weekly Mail, du 8 juillet 1988.

9) Around which corner (derrière quel coin) ?

Revolutionary theory and contemporary South Africa,

Center for research on Africa, UWC, 21 juillet 1988.

10) Weekly mail, 26 août 1988.

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