Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

PALESTINE

Où va l'OLP ? (I) La longue marche... à reculons

· Inprecor n° 280, 23 janvier 1989 · p. 3-10 · 9 770 mots

Salah Jaber était le pseudonyme de Gilbert Achcar, dirigeant de la section libanaise et, à partir de 1983, membre du Bureau de la IVe Internationale ; plus tard professeur à la SOAS (université de Londres).

Palestine et Israël URSS et Russie États-Unis

des travaux de la 19e session du Conseil national palestinien (CNP), instance la plus large de l'organisation. A trois semaines du premier anniversaire du soulèvement héroïque, ininterrompu jusqu'à ce jour, des masses palestiniennes de Gaza et de Cisjordanie, et trois mois et à la suite de la première guerre israélo-arabe de 1948 et occupé par

Israël en 1967 (1), la proclamation de l'Etat palestinien par le CNP était

PALESTINE

Où va l'OLP ? (1)

La longue marche... à reculons

LE 15 NOVEMBRE 1988, Yasser Arafat, president du Comite executif de l'OLP, proclamait "l'instauration de l'Etat de Palestine" à l'issue demi après la renonciation officielle du roi Hussein de Jordanie à toute prétention sur ce dernier territoire, annexé par son royaume doublement nécessaire (2).

Salah JABER

C

ETTE PROCLAMATION était nécessaire, d'une part, pour combler le vide juridique créé par la décision brusque du monarque jordanien. Elle l'était aussi pour répondre à l'attente de la majorité deux territoires, sièges du soulèvement, dont l'objectif immédiat est de se libérer de l'occupation sioniste et de se constituer en

Etat indépendant. Cependant, cette proclamation nécessaire était accompagnée de décisions qui, elles, ne l'étaient aucunement.

La plus retentissante fut l'acceptation explicite de la résolution 242 (1967) du

Conseil de sécurité de l'ONU, qui couplée avec l'acceptation de la résolution 181

(1947) de l'Assemblée générale (voir encadré), équivaut à une reconnaissance de l'Etat sioniste dans ses frontières établies avant la guerre de juin 1967. Cette décision-ci est contraire aux convictions et sentiments de l'écrasante majorité des Palestiniens de Palestine et de l'exil.

Pour les réfugiés, c'est-à-dire la grande majorité du peuple palestinien, expulsés des 80% de leur territoire sur lesquels s'est établi l'Etat sioniste depuis 1948, le refus de cette reconnaissance va de soi. Mais il est également partagé par la grande majorité des habitants de Cisjordanie (dont moins de la moitié sont des réfugiés de 1948), comme l'indique un sondage effectué parmi eux à la veille de la dernière session du CNP

(3) : 98,6% des personnes interrogées approuvaient la création d'un Etat palestinien indépendant, mais 78% se prononçaient contre la création d'un tel Etat s'il devait avoir pour condition la reconnaissance de

Si donc cette dernière décision ne répondait pas aux aspirations des Palestiniens, elle répondait par contre à bien d'autres attentes : celle des régimes réactionnaires arabes, notamment l'Egypte, la Jordanie et l'Arabie saoudite, dont la pression dans ce sens ne s'est pas relâchée au cours des dernières années ; celle de la bureaucratie soviétique, dont le chef actuel a tenu à rendre ses conseils publics lors de sa rencontre avec Arafat à Moscou, en avril dernier ; celle de l'Europe impérialiste, et no tamment du gouvernement français agis sant de concert avec l'Egypte de Moubarak; celle enfin, et surtout, de l'adminis tration américaine qui, après avoir obligé le chef de l'OLP à mettre des points sur cer tains i, s'estimera satisfaite et décidera, le 14 décembre, d'entamer un dialogue direct avec la centrale palestinienne.

L'OLP vient, incontestablement, d'o pérer un nouveau tournant politique majeur. Pour bien en mesurer la signification et la portée, il faut d'abord le situer dans la longue trajectoire dont il est l'aboutisse-

La fondation de l'OLP

L'Organisation de libération de la Palestine (OLP) a été créée en 1964 par décision du premier sommet des chefs d'Etats arabes, réunis au Caire en janvier. Fin mai de la même année, la première session du CNP, dont les membres ont été désignés sous le contrôle des Etats arabes, se tient à Jérusalem. Elle est inaugurée par le roi Hussein. Le CNP se compose alors, essentiellement, de représentants de la bourgeoisie et de notables palestiniens, religieux inclus ; une armée (ALP) est fondée, rattachée à l'armée de chacun des Etats où ses brigades sont constituées.

1) La bande de Gaza était passée après 1948, sous administration égyptienne, sans annexion formelle.

2) Nous expliquerons dans la deuxième partie de cet article, qui sera publiée dans le prochain numéro d'Inprecor, pourquoi il faut exiger des gouvemements la reconnaissance de l'Etat palestinien.

3) Al-Hayat des 12-13 novembre. Publié dans l'organe du Mouvement des fils du pays (Abna El-Balad), paraissant à Nazareth : Al-Raia du 25 novembre 1988.

Les résolutions 181, 242 et 338

La résolution 181 : adoptée le 29 novembre 1947 par l'Assemblée générale de l'ONU, elle institue le partage de la Palestine en deux Etats, à la veille du retrait britannique de ce territoire sous mandat. Les Juifs, pour la plupart des immigrants des quinze dernières années, constituent alors un tiers de la population du pays, et n'en possèdent que 6% de la superficie. L'Etat juif obtient néanmoins plus de

55% du territoire palestinien, sur lesquels la moitié de la population est arabe ! Les Palestiniens, soutenus par les Etats arabes, rejetteront le partage. A l'achèvement du retrait britannique, en mai 1948, éclatera la première guerre israélo-arabe, au cours de laquelle les sionistes s'empareront au total de près de 80% du territoire de la Palestine, dont l'écrasante majorité des habitants arabes auront été contraints de fuir, sans jamais être autorisés à retourner. En juin 1967, au cours d'une nouvelle guerre israélo-arabe, l'Etat sioniste s'emparera du reste de la Palestine (Cisjordanie et Gaza), ainsi que du Sinaï égyptien et du Golan syrien.

La résolution 242 : adoptée le 22 novembre 1967 par le Conseil de sécurité de l'ONU, elle prévoit qu'en échange du retrait israélien "de territoires occupés" en 1967 (et non de tous les territoires), il y aura "cessation de toutes revendications

You états de belligérance" et reconnaissance de chaque Etat de la région et de son "droit de vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues, à l'abri de menaces ou d'actes de force" - y compris par

"l'établissement de zones démilitarisées". Le peuple palestinien n'est même pas mentionné. La résolution se contente de préconiser " un juste réglement du problème des réfugiés"

La résolution 338 : adoptée par le Conseil de sécurité, le 22 octobre 1973, pour arrêter la guerre israélo-arabe déclenchée seize jours auparavant. Elle reconfirme la résolution 242 st décide que "des négociations s'engagent entre les parties interessées sous les auspices appropriés et en vue d'établir une paix juste et durable".

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nien et arabe. Elle stipule que "le partage de la Palestine, en 1947, et la création d'Israël n'ont aucune validité, quel que soit le temps écoulé depuis cette date, car ils sont contraires à la volonté du peuple palestinien et à son droit naturel sur sa pa- MER trie". Elle exclut, par ailleurs, du champ de la souveraineté de l'OLP les territoires palestiniens non occupés par Israël, dont la Cisjordanie et Gaza. La libération de la Palestine y est envisagée comme responsabilité de "la nation arabe tout entière, gouvernements et peuples, le peuple arabe palestinien étant au premier rang". Enfin, la Charte ne propose aux habitants juifs de l'Etat d'Israël qu'une distinction entre les Juifs d'origine palestinienne, habilités à vivre en Palestine, et les c'est-à-dire l'écrasante majorité, auxquels elle n'offre aucune perspective.

Dès 1964, toutefois, l'OLP se trouvera contestée par diverses fractions palestiniennes et par la gauche du parti Baas (4). La critique, tout à fait correcte, portera sur deux thèmes essentiels quant à l'autonomie réelle de l'Organisation : le mode de désignation du CNP, auquel sera opposé l'exigence de l'élection directe de leurs représentants par les Palestiniens ; la nature de l'ALP, à laquelle sera opposé le projet d'une armée indépendante des Etats arabes.

Le Fath

L'idée d'une lutte armée palestinienne, autonome et immédiate, sera concrétisée par un groupe petit-bourgeois au nationalisme fortement mêlé d'islamisme, le Fath. Lançant sa première opération de commando contre Israël, le 1er janvier 1965, avant tous les autres, il en tirera un grand prestige. De sorte que, lorsque les armées arabes subiront leur défaite écrasante face à l'Etat sioniste en juin 1967, le Fath sera le mieux placé pour tirer profit de l'extraordinaire vague de radicalisation qui s'emparera des Palestiniens et s'étendra à la jeunesse des pays où ils sont concentrés, ainsi qu'au reste des pays arabes. C'est sous la pression de cette radicalisation que le sommet arabe de Khartoum adopte, le 1er septembre 1967, trois "non" célèbres face à Israël : "non à la paix, non à la reconnaissance, non à la négociation". Moins de trois mois plus tard, l'Egypte et la Jordanie trahissaient ce triple engagement en approuvant

Ne pouvant contenir la radicalisation palestinienne, et encore moins lui faire front, les Etats arabes s'attelleront à la récupérer. Face à l'émergence d'un courant palestinien d'extrême-gauche, avec la fondation du Front populaire (FPLP) en novembre 1967, et d'un courant baassiste, l'Egypte et l'Arabie saoudite choisiront de soutenir le Fath de Yasser Arafat. La première lui offrira de s'emparer de l'OLP qui était largement sous son contrôle ; la seconde commencera à déverser ses pétro-dollars sur le mouvement palestinien, qui disposera très

MEDITERRANÉE

BEYROUTH HAÏFA d • NAZI Galilée TEL-AVIV-JAFFA JÉRUSALEM GAZA HÉBRON ARABIE SAOUDITE vite de revenus qu'aucun mouvement de libération n'a jamais rêvé de posséder.

La 4e session du CNP, réunie au Caire en juillet 1968, amendera la Charte nationale conformément aux souhaits du Fath, de manière à préparer l'intégration de ce dernier dans l'OLP. La Charte est radicalisée dans les limites idéologiques du Fath : "la lutte armée est la seule voie pour la li bération de la Palestine". Il s'agit mainte. nant de l'ensemble de la Palestine, y compris la Cisjordanie et Gaza, d'autant plus que ces territoires sont tombés sous l'occupation sioniste en 1967. L'accent est mis sur la "révolution armée" du peuple palestinien, que les Etats arabes ont le devoir de soutenir, notamment en lui fournissant Maximalisme et conservatisme

Le maximalisme nationaliste, qui caractérise le Fath de l'époque, transparaît dans le nouvel article 21, qui "rejette toute solution de remplacement à la libération totale de la Palestine". Il se combinait avec un rejet explicite de toute perspective de lutte de classe inter-palestinienne ou de lutte politique contre les régimes arabes. Ce conservatisme socio-politique, terrain de convergence entre l'OLP bourgeoise et le Fath petit-bourgeois, était la raison essentielle de l'appui apporté à ce dernier par la plupart des Etats arabes. "L'OLP coopérera avec tous les pays arabes", stipule l'article 27 de la Charte ; elle "n'interviendra dans les affaires intérieures d'aucun

A la veille du 5e CNP, en janvier 1969, le Fath adopte une plate-forme complémentaire qu'il fera entériner par l'OLP. Elle "rejette catégoriquement" la résolution 242 et avance, pour la première fois, la perspective programmatique d'un Etat démocratique "dont tous les citoyens, quelle que soit leur religion, jouiront de droits égaux". Il s'agissait là d'un progrès certain par rapport à la Charte, mais dont les limites étaient évidentes : croyance en la possibilité d'une solution "démocratique" (bourgeoise) de la question israélo-palestinienne ; d'une solution dans le cadre territorial restreint de la Palestine (qui signifierait, dans l'hypothèse la plus généreuse, la cohabitation d'un nombre sensiblement égal d'Arabes et de Juifs dans un Etat palestinien) ; d'une solution, enfin, qui n'envisage les Israéliens que comme une communauté religieuse, ignorant le caractère national de la nouvelle société créée en Palestine par la colonisation sioniste. La gauche et l'OLP Le mois suivant, le 5e CNP, réuni au Caire, scelle l'intégration dans l'OLP du Fath, qui en prend la direction, avec la bénédiction des tuteurs arabes. C'est la fusion d'un mouvement petit-bourgeois, en voie de dégénérescence bureaucratique et bourgeoise sous l'impulsion de sa corruption, accélérée par les pétro-dollars arabes, avec une institution bourgeoise où la bourgeoisie palestinienne est largement et directement représentée.

Dans un premier temps, le FPLP, organisation petite-bourgeoise nationaliste de gauche, refusera d'intégrer l'OLP, contestant le caractère non démocratique de son mode de composition. Boycottant le CNP, où quelques strapontins lui avaient été offerts, le FP organisera 40 réunions popu laires parmi les Palestiniens de Jordanie, les présentant comme autant de "conseils nationaux". Il finira cependant par rejoindre l'OLP, tout en demandant qu'elle soit transformée en front paritaire des organisations palestiniennes de lutte armée.

Dans un deuxième temps et jusqu'à ce jour, il demandera, en vain, que la composition du CNP soit révisée en tenant compte de la représentativité réelle de ses mem-

En février 1969 également, une scission de gauche, dirigée par Nayef Hawatmeh se détachera du FPLP de Georges Habache pour former le Front populaire démocratique (FPDLP, aujourd'hui FDLP). Au cours de ses deux premières années d'existence, le FD sera l'organisation palestinienne la plus proche du marxisme révolutionnaire, n'hésitant pas même à citer Trotsky, non sans éclectisme et confusion théoriques. Il avancera la perspective programmatique d'une solution socialiste ré volutionnaire de la question de Palestine : dans le cadre d'un Etat fédéral socialiste arabe, un Etat palestinien unitaire où les Juifs jouiraient du droit de "développer leur culture nationale". Bien qu'en deçà d'un programme internationaliste conséquent tel que celui adopté par les groupes trotskystes

4) Cette fraction sera évincée du pouvoir en Syrie et réprimée par Hafez El-Assad, en novembre 1970.

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de la région en 1974 (5), les thèses du FD étaient très en avance sur celles des autres tendances de la résistance palestinienne.

A partir d'une approche inspirée de la théorie de la révolution permanente, le FD critiquera les politiques palestinienne et arabe du Fath, notamment sa conception de "l'unité nationale" et son principe de "non-ingérence dans les affaires intérieures des pays arabes". Il expliquera à quel point ce dernier principe était néfaste, même d'un point de vue étroitement palestino-centriste, la résistance palestinienne se développant sur le territoire d'Etats arabes qui ne se privaient pas de "s'ingérer" dans ses affaires. Quant à "l'unité nationale" palestinienne, le FD constatera qu'elle s'est établie "sous la direction des féodaux et des millionnaires... jusqu'au CNP qui a regroupé de nombreux représentants de la réaction palestinienne dirigée par la clique des millionnaires, banquiers et grands entrepreneurs, auxquels se sont ajoutés les représentants des organisations combattantes après la 4e session ". Cette critique radicale du CNP n'empêchera pas le FD, dans sa phase révolutionnaire, de l'utiliser tactiquement, ainsi que les autres instances de l'OLP, comme tribune de propagande.

L'hégémonie du Fath sur le mouvement palestinien et sa ligne politique d'autolimitation droitière aboutiront à la défaite écrasante du mouvement en Jordanie, en 1970-71, malgré des conditions exceptionnellement favorables au départ. La gauche palestinienne a longuement décrit la responsabilité de la droite dans cette défaite, subie sous le double signe de la "non-ingérence" et de "l'unité des rangs arabes face au sionisme".

Un appareil d'Etat

L'ampleur de la catastrophe — hécatombe dans les rangs du peuple palestinien et de son avant-garde, perte de la principale base de masse de la résistance palestinienne — se traduisit par un glissement à droite de l'ensemble du mouvement, replié sur le Liban. Le FDLP de Hawatmeh vira, à partir de 1972, vers un alignement progressif et définitif sur le courant stalinien prosoviétique. Petite dégénérescence au regard de l'achèvement qualitatif de la double dégénérescence, bureaucratique et bourgeoise, du Fath entièrement intégré à l'OLP au point d'une confusion des deux appareils.

Dès cette époque, nous expliquions que le Fath-OLP était devenu un "appareil d'Etat sans Etat en quête d'un Etat aux moindres frais" (6). Un rapport sur "les structures de l'OLP" (7), rédigé par le "responsable du bureau de Yasser Arafat", après avoir longuement décrit les différentes instances législatives, exécutives et judiciaires de la centrale palestinienne, y compris ses tribunaux, ses prisons et ses départements aussi variés que ceux de toute administration étatique, conclut : "L'OLP diffère par sa nature des autres organisations qui ont représenté, ou représentent encore, leurs peuples respectifs dans leur lutte de libération nationale. L'OLP n'est pas un parti politique, et elle est plus large qu'un front de libération. C'est une institution qui a la na-

PALESTINE LIBAN PLAN DE ANGLAISE ON.U. 1922 Tel-Aviv Gaza ture d'un Etat". Cette mutation du Fath-OLP appelait inéluctablement une adaptation programmatique. Le maximalisme des premières années, adapté à sa base sociale, les réfugiés des camps, population démunie et marginalisée, n'était plus de mise pour l'énorme appareil bureaucratique et son sommet aux privilèges considérables. Un raccourci devait être trouvé pour doter l'appareil d'Etat d'un territoire, fut-ce au prix d'un accommodement avec l'impérialisme et l'Etat sioniste. Le FD défricha le terrain politiquement : s'alignant sur Moscou, qui a toujours reconnu la "légitimité" d'Israël et qui, à ce titre, considérait jusque-là les organisations palestiniennes comme de dangereux gauchistes, le FD se fera, le premier, l'avocat de l'Etat palestinien en

Il sera combattu par le reste de la gauche palestinienne : la gauche du Fath et le FPLP. Ces courants dénonçaient à juste titre les implications du projet, c'est-à-dire la perspective d'un règlement négocié et, en dépit des dénégations du FD, d'une coexistence pacifique avec l'Etat sioniste. En somme, une solution de liquidation de la question palestinienne, qui est loin de se réduire aux 20% de la Palestine occupés en 1967. Cependant, le maximalisme de ces mêmes courants les empêchait de formuler des contre-propositions de nature transitoire, telle que "le retrait total et inconditionnel de l'armée israélienne des territoires occupés en 1967" (8).

Le Fath-OLP restait cependant tributaire de sa base sociale, regroupée dans les camps du Liban, base sans laquelle il perdrait son utilité aux yeux de ses bailleurs de fonds arabes. Il lui fallait, pour adapter son programme officiel, des circonstances po-

ISRAEL tel qu'il ISRAEL aprés 1967

1949

T.-A T.-A EGYPTE litiques propices. Elles seront fournies par la guerre d'octobre 1973, déclenchée par l'Egypte de Sadate, et qualifiée par la gauche révolutionnaire arabe et palestinienne de "guerre du règlement". La soi-disant victoire arabe d'octobre donna à Sadate les moyens politiques d'inaugurer un cours qui mènera à Camp David, cinq ans plus tard. Dans un premier temps, ce fut la Conférence de Genève, sous l'égide des EtatsUnis et de l'URSS, qui entama les négociations pour un règlement du conflit israélo-arabe.

Le Fath-OLP devait se mettre en condition de profiter d'un éventuel règlement. En prévision d'un retrait israélien de Cisjordanie, le concurrent direct de l'OLP, revendiquant le même territoire, était le roi Hussein. Il fallait donc proclamer la revendication d'un pouvoir palestinien indépendant sur ce territoire. Toutefois, la pression de la base de masse — les réfugiés de 1948 — était telle, à lépoque, que le nouveau pro gramme devait être formulé avec infiniment de précautions pour ne pas apparaître comme une trahison de la cause. Il en résulta le "programme en dix points" du CNP de juin 1974, un programme révolutionnaire si on le compare aux récentes positions de TOLP.

Le programme de 1974 Réaffirmant "l'objectif stratégique" de "l'Etat démocratique" et le rejet de la résolution 242, le programme de 1974 stipulait que l'OLP établirait "un pouvoir national, indépendant et combattant sur toute partie du territoire palestinien qui sera libérée" et ce par "tous les moyens, et en premier lieu la lutte armée". Il ajoutait : "L'OLP luttera contre tout projet d'entité palestinienne dont le prix serait la reconnaissance (d'Israël), la paix, des frontières sûres, la renonciation à nos droits nationaux", etc. Bien plus, contre le bourreau jordanien du peuple palestinien, le programme de 1974 formulait l'objectif "d'instaurer en Jordanie un pouvoir national démocratique, ment lié à l'entité palestinienne qui sera créée grâce à notre lutte".

Cependant, au-delà des bonnes résolutions, le débat inter-palestinien allait se concentrer sur la question de la Conférence de Genève. Le FPLP dénonçait celle-ci, à juste titre, comme incompatible avec le droit imprescriptible du peuple palestinien à la libre autodétermination. Néanmoins,

5) Résolution sur la "Révolution arabe", publiée en Cahier Rouge. Elle prévoyait, après la destruction de l'Etat sioniste, dans le cadre d'une révolution socialiste régionale, la reconnaissance du droit à l'auto-détermination "de la minorité nationale juive en Palestine, y compris son droit à la séparation étatique sur une partie du territoire palestinien", à la condition expresse que l'exercice de ce droit ne porte pas préjudice au peuple arabe palestinien.

6) Voir le dossier publié dans Inprecor, numéro 19 du 13 février 1975.

7) Traduction française publiée dans la Revue d'études palestiniennes, numéro 21, automne 1986.

8) Revendication figurant dans le programme de 1974 des trotskystes de la région et couplée avec la perspective d'un "pouvoir palestinien ou jordano-palestinien, comme pouvoir national révolutionnaire, ouvrier et pay san" dans ces territoires.

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1900 SAOUDITE ARAB

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Yasser Arafat et Hussein de Jordanie (DR) la direction du Fath-OLP chercha ouvertement à y participer, scellant sur ce terrain une alliance avec Moscou, rendue possible par le tournant de l'OLP. Condamnant cette "déviation historique", le FPLP organisera un "Front du refus des solutions capitulardes" et se retirera des instances dirigeantes de l'OLP.

Devenue acceptable pour Moscou et pour la légitimité telle que définie par l'ONU, l'OLP sera reconnue, en octobre 1974, par l'Assemblée générale de cette dernière comme "le représentant du peuple palestinien" et ce, à une large majorité dont la voix de la France. Quelques jours plus tard, le sommet des chefs d'Etats arabes de Rabat reconnaîtra l'OLP comme "seul représentant légitime du peuple palestinien". Les Etats arabes avaient opté pour l'OLP contre le roi Hussein. L'intérêt étroit de ce dernier, qui dut se plier provisoirement, ne correspondait pas au leur. Ils avaient besoin de l'OLP, comme l'explique bien Georges Habache dans une longue interview-bilan accordée à l'organe de son Front, Al-Hadaf, en décembre 1987 :

"La politique du règlement a été suivie par la direction droitière hégémonique dans l'OLP depuis longtemps, en particulier après 1973, et continue à l'être aujourd'hui... Cette politique a constitué une couverture pour l'effondrement arabe officiel. Les régimes arabes réactionnaires, incapables d'affronter l'entité sioniste, attendaient que la direction de l'OLP leur donne

Men proclamant la possibilité d'une coexistence avec cette entité, pour s'engager dans une paix capitularde avec celle-ci, comme le fit le régime égyptien

"L'alliance entre la droite palestinienne, qui dirige l'OLP, et la droite arabe est une alliance de nature organique. Elle a plusieurs raisons dont la principale est, certes, le besoin de la droite arabe d'une couverture palestinienne pour sa politique capitularde. Cette alliance a fait, bien entendu, que la droite palestiniennne a obtenu un grand soutien financier et en armes, qui a contribué à faire pencher la balance de son côté".

Au début de 1977, après avoir raté au Liban, au commencement de la guerre en 1975-76, la deuxième chance historique du mouvement palestinien après la Jordanie, la direction de l'OLP accentuera son cours droitier : elle se réconciliera officiellement, en février, avec le bourreau jordanien et adoptera, au CNP de mars, un programme relativement édulcoré qui, certes, ne mentionnait plus aucune tâche en Jordanie.

Le programme de 1977 demandait explicitement, que l'OLP puisse "participer, d'une manière indépendante et sur un pied d'égalité, à toutes les conférences, réunions et efforts internationaux ayant trait à la question palestinienne et au conflit arabo-sioniste". Il était cependant précisé qu'il s'agissait de libérer les territoires oc-

"sans paix, ni reconnaissance d'Israël". La seule conséquence positive du tournant de 1974, reflétée dans le texte de 1977, est l'attention accrue accordée à la mobilisation populaire en Cisjordanie et à Gaza. La direction de l'OLP avait compris que c'est là que se joue le sort de son projet d'Etat palestinien.

Camp David

En novembre de la même année 1977, le président égyptien Sadate inaugure, avec sa visite retentissante en Israël, ses négociations directes avec le pouvoir sioniste. Elles mèneront, sous le patronage des Etats-Unis, à la signature des accords de Camp David en 1978, puis du traité de paix

En réaction, un "Front de la fermeté" se constitue, où l'OLP se retrouve aux côtés de l'Algérie, la Libye, la Syrie et le Yémen du Sud. Sous la pression de ce Front, les régimes arabes les plus réactionnaires rompront avec l'Egypte, à contre-cœur.

La Jordanie poursuivant ses manigances pour se joindre au processus de règlement négocié inauguré par Sadate, les membres du "Front de la fermeté", y compris l'OLP, boycotteront le sommet arabe réuni à Amman, en novembre 1980. L'influence de la révolution iranienne se fait sentir. Le "Front du refus", mené par le FPLP, réintègre les instances dirigeantes de l'OLP en 1981.

L'invasion du Liban par Israël, en juin 1982, portera un coup fatal au redressement relatif de la politique de l'OLP au cours des cinq années précédentes. Mais alors qu'il avait fallu plus de deux ans à la direction Fath-OLP, après l'évacuation de la Jordanie nouveau virage à droite.

Le ler septembre 1982, alors que le dernier contingent de combattants quittait Beyrouth, Ronald Reagan tendait une perche à la direction de l'OLP, en proclamant un plan de paix prévoyant l'établissement, après le retrait israélien, d'un "auto-gouvernement des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, en association avec la Jordanie". Appelant les Palestiniens à reconnaître Israël et son "droit à un avenir sûr", et vantant les mérites de la résolution 242 comme base de négociation, il ajoutait : "Je souhaite avec ferveur que les Palestiniens et la Jordanie se saisissent de cette occasion".

Le souhait de Reagan fut aussitôt exaucé. Le 20 septembre, alors que le sang des martyrs de Sabra et Chatila n'avait pas encore séché, le roi Hussein appelle l'OLP à discuter avec lui de l'établissement d'une future "confédération" jordano-palestinienne. Le 9 octobre, Arafat arrive à Amman, répondant à l'invitation du monarque. Quelques mois auparavant, cette démarche aurait été impensable. Néanmoins, le climat de défaite prévalant, ainsi que la dispersion de la base combattante palestinienne aux quatre coins du monde arabe, laissent les mains libres au chef de l'OLP. Il cherchera cependant à faire entériner sa nouvelle politique par le CNP.

Réuni à Alger en février 1983, celui-ci adopte une résolution politique qui marque un nouveau glissement à droite de l'OLP, malgré l'effort des fractions nationalistes et de gauche pour en atténuer les termes. En guise de compromis, la résolution affirme que "les relations futures avec la Jordanie doivent être établies sur une base confédérale entre deux Etats indépendants", tout en rejetant explicitement l'idée d'une délégation commune avec la Jordanie (sous-entendu, sans être mentionné : à des négociations pour un règlement). Habilement, la direction Arafat fait adopter par le CNP un soutien emphatique au plan Brejnev, proclamé quelques jours après celui de Reagan. Elle sait pertinemment que la gauche de l'OLP ne saurait s'y opposer : tant le FDLP, aligné depuis longtemps sur Moscou, que le FPLP qui, depuis le début de la décennie, marche lentement, mais sûrement, sur les traces du premier et qui accélérera le pas après 1982.

Plan Brejnev, plan Reagan

Le plan Brejnev contient déjà tous les ingrédients qui feront sensation au CNP de novembre 1988. Il affirme le "droit" d'Israël à l'existence et à la sécurité, préconise l'établissement de la paix entre Israël et ses voisins, y compris un Etat palestinien en Cisjordanie et à Gaza; le tout devant être réalisé par une "Conférence internationale sur le Proche-Orient" sous l'égide des grandes puissances, "les membres permanents du Conseil de sécurité de l'ONU"

De fait, Arafat agira plutôt dans le cadre du plan Reagan choisi par le roi Hussein. Celui-ci exigera de lui l'adhésion au principe d'une délégation commune — l'inclusion de représentants palestiniens dans une délégation jordanienne — à des négociations de paix. Le chef du Fath-OLP se heurtera sur cette question, déjà tranchée négativement par le CNP, au veto de la gauche palestinienne, de la Syrie (dont le Golan, occupé en 1967 par Israël, n'a même pas été cité nommément dans le discours de Rea-

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gan) et d'une partie de son propre mouvement. Il décidera d'en découdre avec les uns et les autres.

Evacuant. le nord du Liban après des combats contre ses opposants, soutenus par la Syrie, Arafat se rendra directement en Egypte pour y rencontrer le président Moubarak, rompant ainsi le boycott officiel arabe du régime égyptien, instauré depuis la signature du traité de paix de Camp David. Georges Habache demandera — vœu pieux ! — qu'Arafat soit destitué. Poursuivant sur la lancée de ce dernier, la direction du Fath-OLP organisera la 17e session du CNP à Amman même, en novembre 1984.

Cette session sera boycottée par l'ensemble des autres organisations palestiniennes, à l'exception de deux groupuscules pro-irakiens. Elle sera inaugurée par le roi Hussein, qui avait déjà inauguré le premier CNP, vingt ans auparavant. Entretemps, il avait massacré quelques dizaines

Le CNP de 1984 entérine la politique d'Arafat, aussi bien "l'action commune" avec la Jordanie que les rapports avec l'Egypte. En février 1985, le chef de l'OLP conclut l'accord d'Amman avec le roi Hussein qui porte sur la "délégation commune" à des "négociations de paix" dans le cadre d'une "Conférence internationale" sur la base des résolutions de l'ONU, "y compris les résolutions du Conseil de sécurité" (allusion à la 242). L'accord prévoit aussi l'établissement d'une "confédération arabe entre les deux Etats jordanien et palestinien"

Cette lune de miel ne durera pas long temps. Parallèlement, en effet, le monarque jordanien met au point avec ses vieux amis travaillistes sionistes, retournés aux affaires en Israël sous la direction de Shimon Pérès, un plan de "partage des fonctions" en Cisjordanie. Les travaillistes sont partisans d'un accord avec la Jordanie, et d'une restitution partielle des territoires occupés en 1967, mais ils ne voulaient pas entendre parler de l'OLP. Jugeant que celle-ci était devenue impuissante et prenant prétexte de son hésitation à reconnaître ouvertement et explicitement la résolution 242, condition indispensable de toute négociation de paix avec Israël, Hussein congédiera brutalement l'OLP, en février 1986, décidant unilatéralement la "suspension" de l'accord d'Amman.

La "réunification"

Par suite de cette faillite totale et lamentable de sa politique, la direction du Fath-OLP subira une pression croissante, y compris de l'intérieur de son propre mouvement, pour faire machine arrière et se réconcilier avec les groupes alignés sur l'Union soviétique. Elle tentera néanmoins, pendant une année entière, de rétablir les ponts avec le pouvoir jordanien, par l'entremise de ses alliés, les régimes saoudien, irakien et égyptien. Devant l'échec de ces tentatives, elles se résignera à accepter les bons offices de Moscou pour la "réunification" de l'OLP, c'est-à-dire la réintégration

Le programme en 4 points de la Direction unifiée de l'Intifada (Communiqué numéro 26 de fin septembre 1988). 1) "Retrait d'Israël des territoires palestiniens et arabes (Syrie, Liban), occupés depuis 1967, y compris la Jérusalem arabe ; 2) "Annulation de toutes les mesures d'annexion et de rattachement, et suppression des colonies établies dans les territoires occupés ; 3) "Mise des territoires palestiniens occupés sous l'égide de l'ONU pour fournir une garantie aux masses du peuple palestinien, et ce pour une période ne dépassant pas quelques mois, préparant le libre exercice par le peuple palestinien de son droit à l'autodéter-

"Tenue de la Conférence internationale à pleins pouvoirs sous l'égide de l'ONU et sur la base de ses résolutions relatives à la question palestinienne." (C'est-à-dire les résolutions de l'Assemblée générale qui soulignent le droit du peuple palestinien à l'autodétermination, et non la résolution 242 qui ne mentionne même pas celui-ci).

Source : Al-Raia (Nazareth), du 30 septembre 1988. des FPLP et FDLP dans le cadre unifié. La "réunification" sera scellée par le CNP d'Alger, en avril 1987. Resteront à l'écart les fractions nationalistes liées au régime syrien, dont la dissidence du Fath. C'est dire qu'en dépit du lourd bilan politique de la droite palestinienne, il ne s'agissait pas d'un retour pur et simple aux positions antérieures à l'aventure jordanienne d'Arafat. C'était plutôt, dans le cadre d'un rapport de forces encore plus favorable à la droite qu'au CNP de 1983, un nouveau compromis comportant de nouvelles concessions de la part d'une gauche incitée à le faire par Moscou, et dont la fraction la plus radicale, le sur la achève pr sorescisme (sdos ali le mes de Georges Habache, il s'agit de la phase finale de la "transformation" de son Front de parti "petit-bourgeois" en parti "prolétarien"').

Ainsi, sur les deux points clés du litige des années 1983-86, c'est-à-dire les rapports avec la Jordanie et l'Egypte, la résolution du CNP de 1987 laissait pratiquement les mains libres à la direction du Fath-OLP, mais prenait acte de la caducité de l'accord d'Amman répudié par le roi Hussein. Par contre, la résolution réaffirmait "le refus persistant de la résolution 242", tout en réitérant le soutien à la "Conférence internationale pour la paix au Proche-Orient... avec la participation des membres permanents du Conseil de sécurité". En échange de ses bons offices, Moscou obtenait cette précision : le CNP "souligne la nécessité que la Conférence internationale soit investie de pleins pouvoirs". En effet, sous la pression conjuguée de ses clients arabes de Jordanie, d'Egypte et d'Arabie Saoudite, Washington avait fini par abandonner la référence directe aux accords de Camp David comme cadre de règlement, pour réadmettre le principe de la Conférence internationale, et ce depuis 1985. Shimon Pérès avait suivi dans cette voie ; seul le Likoud, signataire par la main de Begin desdits accords, continuait à s'y cramponner.

L'accord Arafat-Hussein de 1985, en période de rupture avec l'ensemble de la gauche palestinienne et de froid avec Moscou, comprenait le principe de la Conférence. Mais l'absence de précision, quant aux modalités de celle-ci, rendait cet accord tout à fait compatible avec l'interprétation Shultz-Pérès de la Conférence comme "feuille de vigne", selon l'expression du magazine américain Newsweek, pour des négociations directes bilatérales entre Israël et une délégation jordano-palestinienne — le but de Shultz-Pérès étant de maintenir l'Union soviétique et la Syrie hors du processus réel. Sur ce point donc, l'OLP donnait satisfaction à Moscou en 1987 (9).

L'Intifada

Toutefois, à peine le CNP de 1987 achevé, la direction Arafat reprenait ses contacts avec l'Egypte, au grand dam des FDLP, FPLP et PCP (ce dernier ayant été intégré dans l'OLP, lors du même CNP, pour faire plaisir à Moscou; en compensation, une fraction intégriste islamique était également intégrée, avec une représentation deux fois plus importante que celle du PCP). L'OLP semblait partie pour une répétition du scénario ayant abouti à la rupture de 1983. La direction Fath-OLP s'embarquait derechef dans des tractations avec ses amis réactionnaires de Bagdad, du Caire et de Riyad, cherchant à la réconcilier avec Amman. Au sommet arabe réuni dans cette dernière capitale, en novembre 1987, Arafat, bien que traité en sous-fifre, se réunit avec le roi jordanien, en présence du tyran irakien Saddam Hussein. Il déclare, peu après, qu'il s'est entendu avec "Sa majesté" pour commencer à partir de là où nous nous étions arrêtés" (Al-Yom Assabeh du 23 no-

Le mois suivant, comprenant qu'elles devaient désormais compter d'abord sur elles-mêmes et sur leur propre lutte, les masses palestiniennes de Cisjordanie et de Gaza entamaient, sans aucune consigne de l'extérieur, l'intifada, qui allait très vite s'avérer être le plus formidable épisode de la lutte palestinienne anti-sioniste depuis le soulèvement de 1936-39. La Direction unifiée du soulèvement n'a pas exprimé une

9) Pour une analyse détaillée de la période 1983-1987, voir Inprecor numéros 243 et 244 des 25 mai et 8 juin 1987.

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seule fois, avant le CNP de novembre

1988, une quelconque disposition à reconnaître l'Etat d'Israël et la résolution 242.

Bien au contraire, plusieurs communiqués de cette Direction, au cours des premiers mois de l'intifada, rejettent explicitement la reconnaissance d'Israël et la résolution

242, et qualifient le régime jordanien d'"agent" (de l'impérialisme). Quant à l'état d'esprit de la population elle-même, dans les territoires occupés, le sondage cité au début de cet article, et réalisé la veille du dernier CNP, en est une bonne indication.

Devant la nature massive et indéniablement majoritaire de l'intifida, son caractère radical à bien des égards et sa position franchement hostile au régime jordanien, telle que reflétée dans les communiqués de l'intérieur, le roi Hussein pouvait constater à quel point le projet qu'il caressait depuis deux ans, de concert avec son compère Shimon Pérès, était gravement compromis.

La décision d'Hussein

L'ampleur et la puissance des brasiers insurrectionnels de

Cisjordanie et de Gaza, que l'armée israélienne ne parvenait pas à éteindre malgré son déotèrent au monarque toute envie de les récupérer. Certes, il avait démontré autrefois, dans son royaume, qu'il était disposé à écraser un mouvement de masse par des méthodes autrement plus sanglantes que celles auxquelles se limitait le pouvoir sioniste, en raison de la pression de l'opinion publique mondiale et d'une partie de lopinion publique israélienne.

Mais à tout considérer, les deux territoires lui coûteraient beaucoup plus en effort de répres-

Abdel-Sattar qu'ils ne lui rappor-

Bien plus, il fallait que Hussein agisse vite pour circonscrire l'incendie et l'empêcher de s'étendre à son royaume, dont près de 60% des habitants

Palestiniens. Il lui fallait empêcher que la contagion insurrectionnelle ne traverse le

Jourdain. Ses appareils de répression avaient déjà grandement accru leur activité pour mater les premiers foyers d'agitation en solidarité avec l'intifada. Le 31 juillet

1988, Hussein annonçait sa décision de

"rompre les liens légaux et administratifs entre les deux rives du Jourdain" ; en clair, d'abandonner sa prétention à récupérer la

Cisjordanie que son royaume avait annexée en 1949. Une semaine plus tard, il expliquait: "en optant pour leur propre Etat, nos frères palestiniens ont pris leur indépendance vis-à-vis de la Jordanie. Donc, s'il y a scission, c'est qu'elle répond à leur

Ces propos mielleux cachaient mal sa véritable humeur, trahie par la façon même dont la décision du 31 juillet fut prise : brutalement, sans concertation préalable avec l'OLP, de sorte qu'elle créait un vide juridique dangereux et un problème économique. Le vide juridique aurait pu être comblé par le gouvernement sioniste, si celuici avait été politiquement en mesure d'annexer les territoires concernés, comme l'exigeait l'extrême-droite israélienne. Le problème économique — c'est-à-dire les salaires des 21 000 fonctionnaires de Cisjordanie dont les traitements avaient continué à être versés par l'Etat jordanien — fut partiellement résolu par l'engagement de la

Libye à les prendre en charge. Restait, bien sûr, le problème de l'acheminement des fonds par l'OLP vers l'intérieur (5 millions de dollars par mois). Cependant, le problè-

Extraits d'un article parvenu au quotidien

As-Safir de Beyrouth et publié le 29 octobre 1988.

"Celui qui essaye de se dégager des critères fixés par l'intifada, cherche à la doubler et à la dévier de ses objectifs, ce qui lui portera en définitive un très grand tort... Il y a tout lieu de craindre que l'intifada ne soit exploitée pour effectuer des démarches politiques qui étaient latentes et cherchaient l'occasion de s'exprimer. La situation ressemble, dans une large mesure, à l'utilisation par Sadate de l'exploit militaire limité, par les armées arabes en 1973. Sadate a exploité le grand renfort moral apporté par la guerre à l'opinion arabe, pour dire qu'il abordait la bataille politique en position de force. Le résultat fut que l'Egypte sortit de la sphère de la confrontation et reconnut Israël... Si ce que demandent certains maintenant est correct, alors nous avons certainement commis un crime envers nous-mêmes et envers les autres. Nous aurions pu, par exemple, nous épargner des dizaines de milliers de morts au fil des ans et éviter toutes sortes de brimades et de souffrances, si nous avions accepté la conception de la paix du roi Hussein... I s'est avéré pratiquement que ce que certaines directions palestiniennes proposent aujourd'hui, après toutes ces souffrances, le roi Hussein l'avait déjà proposé depuis le début de l'occupation" (en 1967).

Kassem, est professeur de Sciences politiques à l'université Al-Najah de Naplouse, en

Cisjordanie. Il est détenu depuis février 1988 au camp "d'Ansar-3" dans le Néguev.

me le plus urgent était le vide juridique. Il devenait impératif pour l'OLP de proclamer un Etat palestinien en Cisjordanie et à

Gaza. Elle aurait pu le faire sans la moindre reconnaissance de l'Etat d'Israël (en 1949, la Jordanie ne reconnaissait pas Israël et ne l'a toujours pas formellement reconnu).

Elle aurait pu combiner cette proclamation ardemment désirée par la grande majorité des habitants des territoires, avec le programme politique défini, en septembre, par la Direction unifiée de l'intifada dans son

Ce communiqué, exprimant un large consensus des Palestiniens de l'intérieur et des fractions de l'OLP, comprenait une série de revendications immédiates, ainsi que quatre objectifs à plus long terme (voir encadré page 7). Les trois premiers de ceux- ci, qui reprennent, en une formulation plus radicale, les éléments d'une plate-forme adoptée au sommet arabe de juin 1988, sont tout à fait corrects ; le quatrième comporte une contradiction évidente entre le droit à l'autodétermination du peuple palestinien et le principe d'une "Conférence internationale à pleins pouvoirs" pour décider de son sort. Ceci témoigne de la confusion qui règne, dans l'esprit de la plupart des Palestiniens, sur ce principe que même la gauche de l'OLP défend ardemment, s'agissant d'une idée chère à Moscou.

Une OLP révolutionnaire, s'exprimant de l'extérieur, aurait, en outre, lancé un appel pressant aux masses jordaniennes et palestiniennes de Jordanie pour un soulèvement combiné avec celui des territoires occupés et visant au renversement de la monarchie stipendiée. C'est là, en effet, l'unique et indispensable moyen pour briser l'étau répressif qui enserre la

Cisjordanie, sans parler du joug tyrannique qui pèse sur les masses de Jordanie, dont les seuls Palestiniens sont plus nombreux que ceux de

Cisjordanie et de Gaza réunis. Le renversement de la monarchie d'Amman est aussi le passage obligé pour l'établissement d'un Etat jordano-palestinien libéré des dominations impérialiste et sioniste, et réellement viable, contrairement au projet d'un mini-Etat dans les territoires de 1967, soit 5 812 km2 en deux parties séparées par l'Etat d'Israël.

Un juste droit

Mais sans en demander trop à la direction de l'OLP, la simple adoption du programme du communiqué numéro 26, dans la continuité des résolutions du CNP de

1987, aurait constitué de sa part un choix de combat, le choix d'une direction se fondant exclusivement sur là lutte des masses et comprenant qu'un juste droit ne se mendie pas. Ce n'est pas, hélas, le cas de la direction de l'OLP. Celle-ci a, depuis longtemps, opté pour une stratégie de règlement négocié avec Israël, dont l'objectif premier était d'obtenir la reconnaissance par l'impérialisme américain (10).

Or, les conditions de ce dernier pour établir un dialogue direct avec l'OLP étaient connues : elles avaient été fixées par

Kissinger en 1975. George Bush les rappelait, le 28 juin dernier, dans une interview accordée au Jerusalem Post : "L'OLP doit non seulement accepter clairement les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, qui reconnaissent le droit d'Israël à

10) Voir la résolution du Secrétariat unifié de la IVe

Internationale, de juin 1986 : "La crise de l'OLP : un bilan" ; publiée dans Quatrième internationale numéro 21 de septembre 1986.

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l'existence, mais aussi renoncer au terrorisme et à l'article de sa charte fondamentale préconisant la destruction d'Israël".

Dans un article publié dans Le Monde du 23 septembre 1988, Shimon Pérès, alors ministre israélien des Affaires étrangères, ajoutait cette précision en ce qui concerne son gouvernement, ou du moins son parti : "L'OLP devra, en fin de compte, choisir entre deux options : l'appui de la Syrie (...) ou le dialogue avec la Jordanie (...) Ce n'est qu'avec ce pays que l'OLP peut mettre au point une politique de négociation avec

Arafat avait déjà reçu ce message, depuis longtemps. Toutefois, la pression radicale de l'intifada au cours de ses premiers mois, les communiqués de l'intérieur, ses partenaires de la gauche de l'OLP, ainsi que l'Union soviétique et la Libye, tous poussaient dans le sens d'un rétablissement de l'alliance avec Damas. L'ébauche de négociation avec le pouvoir syrien, à la suite de l'assassinat d'Abou Jihad par les services israéliens, en avril 1988, réjouit les parties mentionnées, mais pas pour longtemps

En fait, Arafat explorait intensivement la voie jordano-américaine menant à la négociation avec Israël. En mars, il avait poussé deux membres du CNP, de citoyenneté américaine, à se réunir avec le secrétaire d'Etat américain George Shultz, en dépit du veto formel opposé par la Direction unifiée de l'intifada à toute rencontre de Palestiniens avec ce dernier. A la suite du sommet Reagan-Gorbatchev de Moscou, fin mai, au cours duquel le bureaucrate en chef du Kremlin avait accordé ses violons avec ceux de Washington sur la question du Moyen-Orient, Arafat, délesté, passera à la vitesse supérieure.

Fort de l'encouragement prodigué par les ténors de la réaction arabe, réunis à Alger au sommet de juin 1988, le chef de I'OLP fera publier par Bassam Abou Charif, transfuge du FPLP devenu son conseiller attitré, un article-ballon d'essai. Tout y est déjà : acceptation de la résolution 242 et "conversations bilatérales de paix avec Israël" dans le cadre d'une Conférence internationale (la "feuille de vigne", en somme). L'article provoqua un tollé du côté de la gauche de l'OLP, mais sera très bien accueilli par ceux auxquels il s'adresse, aux

A la suite des mesures jordaniennes du 31 juillet, le CNP est convoqué pour septembre. La droite projette de constituer un "gouvernement provisoire" parlant au nom du peuple palestinien, et composé de personnalités acceptables par Washington. La gauche s'y oppose et le proclame haut et fort. Moscou intervient pour calmer le jeu. Début octobre, le Comité exécutif de l'OLP se réunit à Tunis : il décide de remettre à plus tard la question du gouvernement, de réunir le CNP à la fin du mois et de proclamer un Etat palestinien. La droite et les hommes de Moscou, FDLP et PCP, proposent de le faire sur la base de la résolution

181 de 1947. Arafat souhaite y ajouter la résolution 242, mais il est prêt à se satisfaire de ce compromis provisoire, qui équivaut à reconnaître l'Etat d'Israël sans se prononcer sur ses frontières. Habache re-

Les 10-11 Octobre, Moscou reçoit une délégation de l'OLP. Deux messages : il faut reporter le CNP de façon à ne pas proclamer l'Etat palestinien avant les élections israéliennes du ler novembre ; et ce, pour ne pas gêner les "bons sionistes" de Shimon Pérès. Il faut reconnaître l'Etat d'Israël. L'Agence Tass, le 11 octobre, rapporte que les entretiens ont souligné la nécessité de "pas concrets qui devraient se fonder sur un équilibre des intérêts de toutes les parties impliquées", c'est-à-dire les oppresseurs et les opprimés. Habache se résigne à accepter la résolution 181 comme un moindre mal, dans une logique du compromis permanent qui régit le glissement de l'ensemble des fractions de l'OLP vers la droite, par une série de réactions en chaîne.

Se sentant les mains de plus en plus libres du côté de la gauche, Arafat se rend à Akaba, en Jordanie, pour s'y réunir le 22 octobre avec le roi Hussein et le président Moubarak. Commentaire du Monde (25 octobre) : "Il ne fait pas de doute que, en s'affichant ainsi avec (ces) deux proches alliés des Etats-Unis et favorables à un règlement négocié avec Israël, M. Arafat a voulu conforter son image d'homme à la recherche de la paix... (II) a clairement manifesté aux durs de l'OLP que la voie à choisir devrait être celle de la négociation et du com-

D'Akaba, Arafat et Moubarak vont à Bagdad pour s'y afficher, cette fois-ci, avec Saddam Hussein.

L'Etat de Palestine

Les choix politiques de la direction de TOLP sont plus clairs que jamais : à droite toute, vers une capitulation à la Sadate. Après tout, ce dernier, qui a été traité de tous les noms par l'OLP, n'a fait que ce que celle-ci s'apprête à faire : il a reconnu Israël en échange de la récupération du territoire égyptien occupé, le Sinaï, avec une clause de démilitarisation garantissant la sécurité de l'Etat sioniste. Les deux capitulations se déroulent sur fond de victoire morale, la guerre d'octobre 1973 dans un cas, l'intifada dans l'autre - contrairement aux glissements précédents de l'OLP (1974, 1977, 1983) réalisés sur fond de défaite.

C'est ce que souligne éloquemment Abdel-Sattar Kassem, un des détenus de l'intifada, dans l'article cité ci-contre (voir enca-

Certes, le CNP, réuni finalement du 12 au 15 novembre, a proclamé "l'Etat de Palestine". Cette décision qui constitue, en soi, un défi à l'occupation israélienne, était attendue avec impatience par les masses de l'intifada. Elles les a galvanisées, renforçant leur espoir de voir s'approcher le jour où l'armée sioniste se retirera de leurs territoires. Mais si la proclamation d'un Etat indépendant par les masses luttant sous l'occupation est un acte de bravoure, il ne faut pas oublier qu'il n'en va pas de même pour le CNP réuni à Alger (et qui n'a pas oublié de saluer "le président combattant Chadli Bendjedid", un mois à peine après l'écrasement dans le sang, par ce dernier, d'une autre intifada ! )

On peut, en effet, se demander légitimement pourquoi il a fallu attendre que les élections israéliennes soient passées, et

"vide juridique", créé par la décision jordanienne du 31 juillet, se perpétuer pendant trois mois et demi. Pourquoi, d'ailleurs, la proclamation n'a-t-elle pas eu lieu bien avant, dès le début de l'intifada ? Ou encore, en 1976, lorsque la mobilisation dans les territoires de 1967 était déjà intense et que les élections municipales qui s'y étaient déroulées, bien que sous contrôle israélien, avaient donné la victoire aux partisans de TOLP ? Ou encore, dès 1974, lorsque le CNP adopta le principe transitoire de l'Etat palestinien sur une partie de la Palestine ?

La décision-choc

Laissons le soin de répondre à Bilal El-Hassan, proche collaborateur d'Arafat, et rédacteur en chef de l'organe officieux du Fath-OLP : "Pour quoi l'Etat est-il proclame en ce moment précis ... ? Le point crucial à cet égard est la décision jordanienne (du 31 juillet)... qui a créé un vide exigeant que quelqu'un le remplisse. Il est naturel que la direction palestinienne en ait pris l'initiative, étant donné que cette mesure est un droit naturel pour elle. La décision jordanienne a aidé la partie palestinienne à prendre cette mesure, étant donné qu'elle vient à un moment où elle ne suscite aucun conflit ou problème avec la Jordanie. L'OLP a toujours mis en avant l'idée de l'Etat comme objectif militant et politique, sans l'accompagner d'une quelconque mesure pratique, de façon à ce que cela n'entraîne pas un conflit prématuré et inutile avec la Jordanie. Maintenant que celle-ci a procédé au détachement, la mesure pratique palestinienne pouvait se faire cette fois-ci sans susciter un quelconque problème arabe". (Al-Yom Assabeh, du 28 novembre 1988). En d'autres termes, comme nous l'écrivions au même moment, cette mesure n'avait plus "le caractère de défi à la monarchie d'Amman et à ses alliés réactionnaires qu'elle aurait pu avoir si elle était survenue auparavant" (Inprecor du 28 novembre 1988).

C'est pourquoi un journal comme Le Monde, par exemple, ne s'était pas trompé lorsqu'il a consacré son grand titre, quelques heures après la clôture du CNP et la proclamation de l'Etat, non à cette dernière, mais à la phrase suivante : "L'OLP reconnait implicitement l'existence d'Israël". En effet, c'était bien la décision-choc du CNP : l'acceptation de la résolution 242 décision de la dernière heure, motivée, pour Arafat, par la circulaire de Shimon Pérès aux ambassades d'Israël, à la veille du CNP Elle expliquait que seule l'acceptation des résolutions 242 et 338 équivaudrait à une reconnaissance d'Israël dans des frontières sûres et reconnues, et non la résolution 181 (Le Monde des 13-14 novembre 1988).

11) Voir Inprecor, numéro 265 du 9 mai 1988.

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Le texte même de la proclamation de l'Etat se fonde sur la résolution 181, après 41 ans et plusieurs centaines de milliers de morts palestiniens et arabes dans la lutte contre l'Etat que cette résolution avait institué de la manière la plus inique. Ce même texte, lu par Arafat lui même, déclare que l'Etat palestinien rejette "l'utilisation de la force, de la violence ou du terrorisme contre sa propre intégrité territoriale ... ou celle de tout autre Etat".

La conférence internationale

La résolution politique du CNP va encore plus loin. Elle réitère le principe de la Conférence internationale ; mais cette fois-ci la mention "à pleins pouvoirs" est remplacée par "efficace", en dépit de l'opposition de Habache et d'autres à cette substitution loin d'être innocente. Et surtout, la résolution spécifie que ladite conférence "se réunira sur la base des résolutions 242/ 338 du Conseil de sécurité international", après 21 ans de rejet opiniâtre de la première par l'ensemble du mouvement palestinien, au prix de dizaines de milliers de morts. Seuls 15% des membres du CNP voteront contre cette partie de la résolution, dont les membres du FPLP ainsi que quelques indépendants et islamistes.

A l'instar de la résolution du sommet arabe d'Alger de juin 1988 et du communiqué numéro 26 de la Direction unifiée de l'intifada, qui s'en inspirait en partie, la résolution du CNP demande que les territoires occupés soient mis sous l'égide de l'ONU pour une période limitée. Mais tandis que les deux premiers documents envisageaient celle-ci comme une transition vers l'exercice par le peuple palestinien de son droit à l'autodétermination, le CNP de novembre 1988 ne l'envisage plus que comme moyen de "créer un climat favorable pour le succès de la Conférence internationale, l'aboutissement à un règlement politique global et la réalisation de la sécurité et de la paix pour tous, par accord et consentement mutuels, et pour permettre à l'Etat palestinien d'exercer ses pouvoirs réels sur ces ter-

C'est dire le peu de cas qui est fait par la direction de l'OLP de l'exercice libre, réel, direct et démocratique de son droit à l'autodétermination par la population de ces tersignificative à cet égard, est l'absence totale, tion du CNP, de la revendication politique centrale figurant dans les communiqués de la Direction unifiée de l'intifada, depuis ses débuts jusqu'à la veille du CNP : celle de l'organisation d'élections libres en Cisjordanie et à Gaza.

Signalons, enfin, qu'en dépit de la décision jordanienne du 31 juillet et du sentiment exprimé par les masses palestiniennes insurgées (12), la résolution du CNP réitère le principe de la "confédération" avec la Jordanie. Et ce, bien que le roi Hussein lui-même ait signifié à Arafat, lors de la rencontre d'Akaba, qu'il préférait, pour sa part, ne plus se prononcer prématurément sur cette question.

On comprend donc le satisfecit décerné unanimement, par l'ensemble des puissances impérialistes, à la dernière session du CNP ; de même que les éloges grandiloquents de la "souplesse" et du "réalisme" de l'OLP par beaucoup de ceux qui la qualifiaient, la veille encore, de "terroriste" et proclament toujours leur attachement indéfectible à l'Etat d'Israël. La direction du Fath-OLP croyait avoir scrupuleusement souscrit aux conditions fixées par Washington pour s'asseoir à la même table que ses représentants. Arafat venait d'abattre sa "dernière carte" pour le plat de lentilles d'une reconnaissance par le tuteur d'Israël.

Et pourtant, à la surprise générale, Shultz lui refusa même un visa pour l'Assemblée générale de l'ONU, à New York. Toutefois, le secrétaire d'Etat américain s'avérera beaucoup plus rusé que ne le croyaient ceux qui lui reprochèrent alors de manquer de discernement — comme si ce vieux renard était aussi obtus qu'un Shamir. En fait, il savait pertinemment qu'il tenait Arafat avec sa carotte de la reconnaissance, et voulait lui extorquer une adhésion encore plus claire, nette et précise aux conditions

On connaît la suite : l'entremise de la social-démocratie suédoise ; le discours d'Arafat, le 13 décembre, devant l'Assemblée générale de l'ONU réunie spécialement à Genève. Nouvelle affirmation de l'acceptation des résolutions 242 et 338 comme base de la Conférence internationale et base du règlement, nouvelle condamnation du terrorisme. Et néanmoins, nouvelle fin de non-recevoir à Washington : Shultz exige que le chef de l'OLP déclare explicitement, et sans aucune ambiguité, qu'il reconnaît Israël en droit et qu'il renonce au terrorisme (ce qui est une façon de lui faire avouer que l'OLP était "terroriste").

La renonciation

Ayant décidé de s'aplatir devant les ennemis du peuple palestinien, Arafat ira jusqu'au bout — jusqu'au bout de l'humiliation. Dans une conférence de presse réunie à cet effet, le 14 décembre, il se prononcera sans ambages pour le "droit de toutes les parties à exister en paix et en sécurité, y compris l'Etat de Palestine, Israël et leurs voisins". Il ajoutera : "Nous renonçons totalement et absolument à toutes les formes du terrorisme, qu'il soit individuel, de groupe ou

Shultz pouvait alors s'estimer satisfait et déclarer que les Etats-Unis étaient désormais "prêts à un dialogue substantiel avec des représentants de l'OLP". Même la Ligue B'nai B'rith, organisation sioniste américaine, déclarait maintenant comprendre que "'OLP ayant accepté les conditions fixées par les Etats-Unis, il était approprié de respecter les engagements" (Le monde du 16 décembre 1988). Reconnaissant, Arafat offrira, quelques jours plus tard, l'aide de ses services de renseignements à ceux de Washington, dans l'enquête sur l'explosion du Boeing de la Pan Am. Si la décision américaine d'établir des contacts directs avec l'OLP est une "victoire" de celle-ci, qu'on nous explique alors à quoi ressemble une reddition ! Certes, Arafat, grand organisateur des défaites et grand maître dans l'art de les traverser en faisant le V de la victoire, ne manquera pas d'expliquer que la décision américaine a été obtenue grâce à "la ténacité des militants de l'intifada" (qui contraste d'ailleurs grandement avec sa propre "flexibilité") et à "leurs alliés naturels et principaux, les soldats irakiens qui ont défendu la porte orientale de la nation arabe" (Al-Yom Assabeh du 2 janvier 1989). Seuls les naïfs le croiront.

Abou Iyad, le "numéro deux" de l'OLP, est lui plus franc. Il avouait, en octobre, au journal koweitien Al-Qabas : "Nous devons reconnaître que le mouvement sioniste a réussi à convaincre le monde de ce qu'il appelle les principes de base du règlement politique, lesquels consistent en la reconnaissance de la résolution 242... Certains disent : pourquoi devrions-nous céder à ce chantage ? Mon avis est que le chantage ne s'exerce pas tant sur nous, que sur l'Europe et le monde, de la part du mouvement sioniste".

Une capitulation

Evitant la fanfaronnade déplacée, Abou Iyad reconnaît donc la capitulation. Mais il la présente comme inévitable, face à un ennemi tout-puissant, "le mouvement sioniste" qui "a réussi à convaincre le monde"

- vieille rengaine du nationalisme arabe de droite et alibi de toutes les redditions : les sionistes (pour ne pas dire les "Juifs") "manipulent" les Etats-Unis, et non l'inverse. Et ce, au moment même où, précisément, la force de conviction du mouvement sioniste est à son plus bas niveau historique face à l'intifada. Au moment même, où la lutte du peuple palestinien contre l'Etat sioniste a atteint son plus haut niveau depuis un demi-siècle.

Georges Habache avait bien raison, s'adressant aux dirigeants de la droite palestinienne hégémonique dans l'OLP, de leur demander : "Est-ce le moment de faire de nouvelles concessions? Nous sommes dans une période où la Conférence internationale n'a pas encore commencé, et ils veulent déjà que nous ôtions notre veste. Ça ne leur suffit pas, ils veulent que nous ôtions notre pantalon. Et ça ne leur suffit pas non plus, ils veulent que nous ôtions nos sous-vêtements. Ils veulent que nous allions à la Conférence internationale tout nus!" (Al-Qabas, reproduit dans Al-Raia du 5 août 1988).

La trajectoire de l'OLP relève, en effet, de l'effeuillage politique.

16 janvier 1989.

12) Selon le sondage déjà cité, 22% seulement des habitants de la Cisjordanie, approuvent une confédératicn avec la Jordanie.

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