HONGRIE Premier congrès national de la FIDESZ
LES 19 ET 20 novembre derniers, la plus importante des organisations de jeunesse indépendantes, la Fédération des jeunes démocrates (FIDESZ) a tenu son premier congrès national. Plus de 600 délégués y participaient, représentant environ 2 000 membres présents dans 53 villes.
La FIDESZ a été créée en mars 1988, par un groupe d'étudiants en droit et de jeunes avocats. Elle se veut une organisation alternative à la Ligue des jeunes communistes (KISZ) qui connaît une crise profonde et ne cesse de voir fondre ses effectifs. Déclarée illégale par les autorités lors de sa création, ces dernières ont été amenées peu à peu à tolérer la nouvelle organisation qui entend se battre pour un système pluripartiste, et qui s'est vu promettre une prochaine légalisation dans le cadre de la loi sur les associations.
Composée au départ surtout de jeunes étudiants et intellectuels, la FIDESZ attire aujourd'hui en son sein de plus en plus de jeunes ouvriers, qui forment près du quart de ses membres et sont un des éléments les plus dynamiques de l'organisation. La moyenne d'âge des militants de la FIDESZ est de 23/24 ans.
Lors de son congrès, la Fédération a voté un programme politique, dans lequel elle s'affirme comme "une organisation politique indépendante, qui n'est pas la branche jeune d'autres groupes, et qui est responsable de son propre programme et ses décisions". Les droits de l'Homme et le caractère européen de la Hongrie sont les deux points forts de ce programme. Alors qu'il existait un consensus dans le congrès pour mettre dans le programme l'exigence du retrait des troupes soviétiques de Hongrie, les autorités ont tait savoir que si tel était le cas, elles ne pourraient pas envisager la légalisation de la FIDESZ. Finalement, le texte final demande "la restauration de l'identité européenne hongroise par la dissolution des blocs militaires" et par "l'action en solidarité avec les autres peuples d'Europe centrale".
La tâche principale de la fédération est "d'aider à éduquer politiquement la population et de contribuer à l'auto-organisation de la société, dans l'espoir que cette société sera capable d'élire son propre gouvernement issu de ses communautés régénérées".
La question sociale a été amplement discutée notamment les problèmes auxquels les jeunes doivent faire face et qui sont une conséquence des politiques économiques adoptées par le gouvernement dans le passé comme aujourd'hui. Le programme met l'accent sur "les perspectives de chômage massif parmi les jeunes, la situation misérable au niveau du logement, et leurs salaires scandaleusement bas". Il déclare qu'une "démocratie parlementaire requiert une économie de marché basée sur l'égalité des différentes formes de propriété".
La fédération utilisera tous les moyens légaux existants pour parvenir à ses objectifs, mais elle utilisera aussi son droit — est-il précisé — d'user de "toutes les formes de désobéissance civile, manifestations et grèves pour donner plus de poids à ses revendications". Le programme de la FIDESZ précise qu'elle entend coopérer avec les autres organisations démocratiques et passer des alliances avec elles sur la base d'objectifs communs. Dans une conférence de presse après le congrès, le porte-parole de la FIDESZ annonçait que celle-ci entend bien se présenter aux prochaines élections parlementaires prévues pour 1990.
Le congrès a élu une direction de 10 membres, dont des dirigeants très populaires dans la jeunesse, comme Tamas Deutsch, Gabor Fodor et Viktor Orban. Il a également décidé de demander aux autorités de pouvoir publier légalement le magazine de la Fédération "Nouvelles de la FIDESZ" dont le rédacteur en chef est Mihaly Szechenyi.
La plate-forme adoptée précise que la FIDESZ entend avoir des relations avec toutes les autres organisations de jeunesse, y compris la KISZ qui avait d'ailleurs été invitée à envoyer des représentants au Congrès, ce qu'elle ne fit pas.
Enfin, le congrès devait voter majoritairement de participer au Conseil national des organisations de jeunesses de Hongrie, sorte de comité de liaison nouvellement créé par le pouvoir afin de servir de lieu de discussion et de débat entre les autorités officielles et les groupes indépendants. Mais, précise le texte adopté, la FIDESZ pose comme condition que le Conseil n'exerce pas d'autorité politique sur les organisations qui en sont partie prenante et qu'il se contente d'avoir des fonctions techniques et non politiques.