Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

ETAT ESPAGNOL

Rencontre féministe contre la violence

Inprecor n° 280, 23 janvier 1989 · p. 27-28 · 654 mots

Femmes État espagnol

ETAT ESPAGNOL Rencontre féministe contre la violence

PLUS DE 2 500 FEMMES ont participé aux journées de rencontres sur la violence à l'encontre des femmes, organisées les 4/5 et 6 décembre derniers par la Coordination des organisations féministes de l'Etat espagnol, à Saint Jacques de Compostelle, en Galice. La seule participation de tant de femmes venues de tout l'Etat espagnol, est un succès pour le mouvement féministe et pour la Coordination nationale de Galice. Elle reflète la bonne santé militante et revendicative du féminisme militant, jaloux de son organisation, son autonomie et de l'espace politique qu'il a conquis ces dernières années.

La presse espagnole n'en a guère rendu compte mais la force de ce mouvement, sa radicalité et sa combativité n'ont échappé à aucune des participantes.

Plus de 31 exposés furent présentés. Tous les problèmes liés à cette violence spécifique qui s'exerce contre les femnies ont été abordés.

Ces exposés ont permis de voir comment les institutions chargées de la socialisation des enfants, comme l'école, la famille, les médias, transmettent les valeurs dominantes, contribuent à fixer les différences de sexe, à marquer les comportements, attitudes, valeurs et contenus sexistes discriminatoires contre les femmes, et figent les relations de pouvoir entre filles et garçons, et plus tard, entre hommes et femmes.

La violence contre les femmes au travail était un des thèmes abordés. Comme le dit le Secrétariat femmes confédéral des Commissions ouvrières, le harcèlement sexuel sur le lieu de travail est une réalité trop quotidienne. Certains cas commencent à être connus publiquement, mais la plupart continuent d'être la souffrance secrète de beaucoup de femmes.

Rien de tout cela n'est pris en compte dans la législation actuelle, le harcèlement sexuel est "un problème qui n'a pas de nom qui ne figure pas dans les statistiques, sans documentation, sans jurisprudence, sans définition".

Trois propositions ont été faites après l'exposé sur cette question. Que les femmes dénoncent ces agressions et ne se taisent

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plus, que la dénonciation sorte du confinement de l'entreprise, et que les syndicats assument ce problème comme faisant partie de l'action syndicale quotidienne.

Dans ces journées un large accord a vu le jour : le mouvement féministe est parvenu à dénoncer les agressions domestiques comme n'étant pas un problème privé mais comme quelque chose de public, et le viol apparaît maintenant, malgré la volonté de beaucoup, comme une attaque contre la liberté sexuelle des femmes.

Toutefois, et bien que l'on ait progressé de façon importante sur ce terrain, il continue d'exister une forte légitimation sociale face aux agressions sexuelles. Le jomportement des pouvoirs publics, de l'administration face à ces problèmes a pour but d'amortir les contradictions existantes pour maintenir à flot l'ordre social établi.

Dans différents exposés fut abordée la réponse que l'administration s'est vue obligée de donner : création de commissariats de femmes, de refuges pour les femmes maltraitées, et de centres d'information. C'est là une politique de maquillage de l'administration comme devait le souligner la Commission de Barcelone.

La mise sur pied de ces services suppose la reconnaissance de l'existence de mauvais traitements et violences dans le milieu familial, et c'est là une conquête du mouvement féministe. Mais les commissariats de femmes n'ont pas servi à ce que les enquêtes soient plus efficaces, et les maisons pour accueillir les femmes victimes de sévices ne couvrent pas la demande existante et, en soi, elles ne servent pas à en finir avec cette violence.

"L'analyse que le mouvement féministe fait des causes de la violence spécifique contre les femmes, amène à une conclusion qui ne pourrait inspirer l'activité pratique de l'administration sans requérir des changements sociaux très profonds".

Il est difficile de résumer au risque de simplifier, la variété des activités du mouvement qui a permis de développer de nouvelles idées, réflexions et actions qui sont déjà à mettre au compte des acquis du mouvement féministe. Pour finir, la rencontre a lancé un appel à la participation à la grève générale du 14 décembre.

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