Inprecor 1974–2004

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EUROPE

L'Europe des racistes

· Inprecor n° 281, 6 février 1989 · p. 3-5 · 3 194 mots

Europe Allemagne France Grèce et Turquie

du progrès au Danemark, ou des listes locales en Suisse obtiennent d'importants succès électoraux. Il faut encore y ajouter les 7,5% obtenus par les Républicains (néo-nazis)

Avec le renforcement de l'extrême droite et les mesures de plus en plus restrictives, prises par les gouvernements

EUROPE

L'Europe des racistes

DEPUIS QUELQUES ANNES, les agressions contre les travailleurs immigres et les refugies se multiplient partout en Europe et les groupes fascistes deviennent de plus en plus actifs.

Des formations politiques racistes comme le Front national en France, le Vlams Blok en Belgique, le Parti ou en Suède, qui réclament le "départ des immigrés", aux élections pour la Chambre des députés de

Berlin-Ouest, le 29 janvier dernier.

européens à l'encontre des travailleurs Immigrés, l'Europe de 1992 risque fort de devenir aussi l'Europe du racisme.

A partir de ce numéro d'Inprecor, nous commençons à publier une série d'articles traitant de la question du racisme et de l'extrême droite dans différents pays europeens.

Laurent CARASSO

N EUROPE de l'Ouest, la période d'essor du capitalisme, 1945-1970, fut marquée par un important mouı vement de déplacement de travailleurs qui venaient des zones agricoles des pays européens les plus développés, comme la France ou l'Italie ; ou de pays européens plus pauvres, comme l'Es-pagne, le

Portugal, l'Irlande, la Norvège ou la Finlande ; ou encore des régions exté rieures à l'Europe, entre autres des empires coloniaux.

Les 15 millions d'étrangers présents aujourd'hui en Europe occidentale sont le fruit de ce mouvement, tout comme d'ailleurs les 10 millions d'Allemands de l'Est installés en République fédérale allemande

(RFA), dans les années 50.

La croissance capitaliste dans cette région du monde ne peut être séparée de cette concentration de main-d'œuvre par le capitalisme.

Contrairement aux poncifs habituels du patronat ou de la social-démocratie, l'émigration n'a jamais été déterminée par les besoins des travailleurs des régions sousdéveloppés, mais bien par les besoins de valorisation du capital dans les pays d'immigration. Ainsi, depuis l'orée du capitalisme, les flux de migrations ont toujours suivi les flux de concentration du capital.

Les capitalistes reconnaissent d'ailleurs sans peine cette détermination et le rôle essentiel joué par l'immigration dans le développement industriel d'après-guerre. Ainsi, en France, Joseph Fontanet, Ministre du Plan expliquait, en 1972 : "Les travailleurs étrangers jouent un rôle important dans le fonctionnement et le développement de l'industrie française... et ce n'est pas sans raison que le Vle Plan a prévu que d'ici à 1975, un emploi nouveau sur deux soit tenu par des immigrés."

La politique du patronat

Le corollaire de cet afflux de main-d'œuvre extérieure a été, en période d'expansion, de freiner la croissance des salaires, ce que reconnaît aussi parfois le patronat : "Bien qu'une opposition à l'arrivée continuelle de travailleurs immigrés puisse être constatée ici ou là, il est nécessaire de réaliser que, si nous étions confrontés à un marché du travail coupé des autres pays, la pression salariale en RFA aurait été plus forte. Ceci aurait été provoqué par la concurrence entre entrepreneurs pour s'approprier le potentiel indigène de force de travail. Cette croissance sur les coûts aurait infailliblement affecté la compétitivité des entreprises d'Allemagne de l'Ouest, aussi bien au niveau du marché de l'exportation que du marché intérieur" (Deutsche Institut für Wirtschaftsfor schung).

Cette pression sur les salaires se fait notamment par le maintien de bas salaires dans les secteurs non-qualifiés où sont présents les travailleurs immigrés. Dans une phase de croissance de la production où l'ensemble des salaires a tendance à aug menter, l'arrivée de travailleurs étrangers tend à jouer le rôle de main-d'œuvre de substitution dans les emplois non-qualifiés, à y maintenir des bas-salaires et, en permettant l'accession des travailleurs indigènes à des postes qualifiés, évitent un écart trop grand entre l'offre et la demande d'emploi, ce qui, là encore, évite une plus grande progression des salaires. Malgré tout, ce sont essentiellement les immigrés qui font les frais de cette pression globale sur les salaires.

De plus, le patronat et l'Etat bénéficient dans tous les cas d'une substantielle économie sur les primes d'ancienneté qui affectent moins le salaire d'une main-d'œuvre tournante ; sur les retraites et les indemnités sociales ; sur la formation enfin qui, comme les soins pour les retraités, reste à la charge du pays d'origine en ce qui corcerne le travailleur.

Les gastarbeiter

C'est l'ensemble de ces intérêts qui a incité notamment la RFA, l'Autriche et la Suisse, après la Deuxième Guerre mondiale, à favoriser la rotation des gastarbeiter ("travailleurs invités"), à limiter au maximum l'immigration familiale, faisant ainsi l'économie de la formation et des prestations sociales de la famille du travailleur. Ainsi en 1986, en Autriche, 66% des étrangers ont encore des permis de courie durée, révocables et ne bénéficient d'allocations de chômage que durant six mois au

Sur l'économie concernant la formation, Y. Chaigneau avait fait le calcul en 1966 : "En admettant que les dépenses faites par la société algérienne pour conduire un jeune Algérien de sa naissance à l'entrée au travail, s'élèvent à 5 000 francs, l'emploi de 200 000 Algériens adultes élevés en Algérie représente donc un gain de 1 milliard de francs." (cité par Granotier, Les travailleurs immigrés en France). Avec vingt ans d'inflation on pel.t facilement multiplier le résultat par dix.

Aussi faut-il tordre le cou à l'idée tenace selon laquelle l'émigration chance pour le développement économique des pays sous-développés, en les dégorgeant d'un surplus de main-d'œuvre, en fournissant une qualification aux immigrés, en permettant un apport de devises que les immigrés renverraient à leurs familles.

Au contraire, résultat de l'exploitation impérialiste des pays sous-développés l'émigration ne fait qu'accentuer au maximurn ces déséquilibres, drainant à l'extérieur les classes d'âge formées et actives, accroissant le poids relatif des enfants et des vieil-

Une étude des secteurs d'emploi des immigrés, de manière générale en Europe, confirme cette situation. En France chaque première génération d'immigrants a été composée essentiellement d'ouvriers. Selon Maryse Tripier (Société française numéro 27), sur 100 étrangers actifs, il y avait 50% d'ouvriers en 1954 (sans les Algériens), 70% en 1968, et 72,9% en

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1975. En RFA, où les étrangers occupaient, en 1975, 9,5% de la population active, ils représentaient près du tiers des salariés de l'automobile, du plastique, du bois et papier, dans le Bade-Wurtemberg, ainsi que la moitié des salariés du cuir et chaussures et 40% de ceux du secteur du bâtiment et des travaux publics. Dans le même pays, il faut ajouter à ces chiffres les 3 à 400 000 travailleurs "sans-papiers" concentrés dans les secteurs du bâtiment et des travaux publics, l'hôtellerie, la confection (Problèmes politiques et sociaux, numéro 530 du 24 février 1988, article de Verhaeren). La même année, en Suisse, les travailleurs étrangers représentaient un tiers des emplois industriels et notamment 50% dans le textile, 61% dans la confection et la chaussure.

En dix ans, de 1975 à 1985, malgré l'arrêt officiel de l'immigration dans les pays d'Europe capitaliste, ces équilibres n'ont guère varié et le nombre de travailleurs actifs de nationalité étrangère est passé de 5,3 millions à 5 millions (dans les huit principaux pays en dehors du Royaume Uni).

L'évolution économique depuis 1945 permet de comprendre la place donnée par les capitalistes à l'immigration dans le cadre du "boom économique". La politique d'immigration menée par la plupart des pays européens présente donc de nombreux points communs, y compris dans l'évolution qu'elle a connue depuis le milieu des années 70.

Les points communs

De la fin des années 50, au milieu des années 70, une politique active d'immigration a été menée dans des secteurs particuliers, en maintenant au maximum le cloisonnement des travailleurs, la spécificité de leurs titres de séjour et leur rotation (dans le cas de la RFA et de la Suisse).

Du milieu des années 70 au milieu des années 80, l'immigration fut bloquée en Europe du Nord, avec une nette tendance à la stabilisation des immigrés et au regroupement familial.

Dans les années 80, en revanche; le phénomène essentiel fut le développement de la jeunesse issue de l'immigration. Les jeunes étrangers de moins de 25 ans représentent environ 42% de la population étrangère dans l'ensemble des neuf pays d'Europe du Nord, sauf la Grande-Bretagne.

Ceci conduit à une politique en trois volets : maintenir au maximum les populations immigrées dans une situation de précarité qui permet de faire pression sur eux afin de maintenir des conditions d'exploitation supérieure, ceci allant de pair avec une politique de fermeture des frontières ; le développement d'un volant important de main-d'œuvre immigrée en Europe du Sud ; et enfin, une politique progressive d'intégration de la jeunesse, notamment par les naturalisations. Ceci a été particulièrement accentué en RFA, à cause du déficit démographique chronique dans lequel est entré ce pays.

Les aspects spécifiques

Au delà de ces points communs, on doit aussi souligner des différences réelles, dues pour la plupart au rapport différent que chacun de ces pays entretient avec les pays d'émigration, ainsi qu'à l'importance du développement industriel.

La France, depuis la fin du XIXe siècle, jusqu'au milieu des années 70, a conçu l'immigration comme destinée à combler des déficits démographiques, et a par conséquent favorisé l'installation et l'assimilation des immigrés. Par ailleurs, elle a encouragé l'immigration temporaire de travailleurs africains de l'ancien empire colonial.

— La RFA et la Suisse ont, quant à eux, développé le flux contrôlé de travailleurs temporaires, la Suisse poussant au maximum la réglementation et le contrôle, alors que près d'un travailleur sur quatre, dans ce pays, est étranger. Mais les travailleurs immigrés et leurs familles ont désormais tendance à s'installer durablement dans ces

La Grande-Bretagne confrontée, jusqu'au milieu des années 70, à l'émigration de ses propres ressortissants, a bénéficié en retour d'un flux régulier de travailleurs du Commonwealth qui bénéficient du statut de citoyen britannique. L'arrêt de l'émigration et la crise ont amené le patronat anglais, comme dans le reste de l'Europe, à limiter le droit d'accès des citoyens du Com-

Dans tous les cas, le début de la crise économique a amené les Etats à développer au maximum les explications xénophobes et racistes, en faisant apparaître les immigrés comme un poids, et leur retour comme une solution face au chômage. Les quinze dernières années ont donc vu se développer des courants racistes et xénophobes au sein des partis bourgeois européens, avec leur prolongement de petits groupes militants et même d'organisations nationalistes et fascistes. Si la logique du programme de ces formations (le départ des immigrés) est toujours une aberration du point de vue des capitalistes, ils représentent néanmoins une force de pression réelle contre l'immigration, une force visant à paralyser et dévier l'action ouvrière et une menace bien réelle pour la sécurité des communautés de travailleurs immigrés.

Tous les pays d'Europe ont connu et connaissent des vagues de crimes et d'agressions racistes, justifiées de fait.

par les gouvernements par les "tensions normales" engendrées par la crise.

Ces orientations racistes ont été démultipliées au milieu des années 80, à la faveur de la guerre du Moyen-Orient et du développement des actions dites terroristes en Europe. Ainsi, c'est sous des prétextes de "sécurité" que les visas pour accéder en France ont été rétablis et que les contrôles ont été lourdement accrus à toutes les frontières.

Dès le milieu des années 80, les aitaques contre l'immigration ont eu pou objectif de rendre la situation des imm:grés précaire et de déstabiliser les com.munautés. Face à cette offensive, menée conjointement par les Etats qui adoptaient de nouvelles lois répressives et par l'action de militants d'extrême droite, l'immigration s'est retrouvée en position de faiblesse.

Au sein de la communauté immigrée, tout d'abord. De nombreuses organisations des pays d'origine sont présentes dans l'immigration, notamment l'émigration turque, maghrébine et d'Europe du Sud. De tout temps, les communautés immigrées ont été un lieu d'intervention pour les groupes d'opposition, les organisations du mouvement ouvrier et les groupes révolutionnaires.

Les organisations

Immigrées Aujourd'hui la communauté la plus structurée politiquement est sans conteste la communauté turque, beaucoup de groupes d'extrême-gauche développant notamment leur activité en RFA et dans le reste de l'Europe. De même les organisations de travailleurs marocains se structurent activement en France, en Belgique et aux Pays-Bas.

Mais cette situation a été fluctuante, liée en partie à l'évolution des équilibres politiques dans le pays d'origine. Ainsi ie Parti communiste espagnol (PCE) s'est largement affaibli dans l'émigration, avant même son déclin dans l'Etat espagnol, à a suite de la chute de Franco et le retour au pays de nombreux cadres exilés. Les organisations d'extrême-gauche turques et kurdes se sont en grande partie effondrée dars l'immigration, après le coup d'Etat militaire de 1980 en Turquie.

Par ailleurs, l'installation durable des immigrés dans les pays européens a tendu à distendre les liens avec le pays d'origine et donc l'impact d'organisations construites à partir de ces pays. Le fait notable est le peu d'impact de ces associations sur la "seconde génération", celle des enfants d'immigrés, qui n'ont quasiment plus aucun lien avec le pays de leurs parents et qui préfèrent les organisations de quartiers.

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Le Premier ministre turc, Üzal : "Qui a dit que les travailleurs turcs n'avaient pas la libre circulation dans la CEE ?'

La crise générale des organisations du mouvement ouvrier s'exprime de façon accentuée dans la carence criante du mouvement syndical et politique face aux attaques répétées envers l'immigration. Les pressions xénophobes ont eu leur conséquences dans les grandes organisations syndicales européennes, incapables de maintenir les positions de classe, cautionnant toutes les fermetures de frontières et les logiques de "retour" des travailleurs étrangers. Se mettant sur ce terrain, le mouvement ouvrier européen a accepté la logique capitaliste sur l'immigration et a laissé se développer les réactions racistes au sein même des classes ouvrières, facilitant l'offensive patronale. Ceci a été très net lors des licenciements massifs d'ouvriers immigrés dans l'industrie, ou dans les mines.

Cette absence de solidarité de classe et cette carence dans l'encadrement des travailleurs immigrés par les organisations ouvrières indigènes, ont également encouragé des réactions de repli sur soi dans les communautés immigrés, autour des "valeurs traditionnelles". C'est en partie par ce mécanisme que l'on peut expliquer l'impact de groupes fascistes ou intégristes qui se sont construits, notamment dans la communauté turque ou maghrébine.

L'Acte unique européen La politique économique libérale préside à toute la logique de l'Europe de 1992 qui est de supprimer les entraves à la circulation rapide du capital et des marchandises et d'accroître les échanges. Ceci suppose de faciliter, dans une certaine mesure, la circulation de la main-d'œuvre. Dans une période de chômage massif et de remise en cause générale des acquis antérieurs obtenus à l'échelon national, cela peut permettre d'accentuer le taux d'exploitation. Dans ce cadre, est prévue la libre circulation des travailleurs ressortissants de la Communauté économique européenne, CEE (pour le Portugal et la Grèce uniquement en 1993). Ces dispositions devraient aller de pair avec l'obtention des droits politiques partiels pour les immigrés de la CEE, au

Par contre, les capitalistes européens ne comptent pas perdre les avantages que leur procure l'immigration en matière de flexibilité de la main-d'œuvre et de sa surexploitation. Ils ne prévoient donc nullement d'étendre les "avantages" consentis, aux travailleurs extérieurs à la CEE. Au contraire tout indique que les dispositions qui sont en train d'être prises visent à maintenir, pays par pays, le strict contrôle de l'immigration, et de manière générale à limiter tout accès non maîtrisés de travailleurs à l'intérieur de la CEE. A cela plusieurs preuves.

En 1985, une commission de la CEE chargée des aspects sociaux de l'intégration européenne en 1993, avait adopté, une résolution visant à harmoniser les accords avec les pays tiers en matière de politique migratoire (85/381/CEE). Cette décision a été cassée, en 1987, par la Cour de justice européenne. Ceci montre la volonté de maintenir le contrôle des flux, Etat par Etat (numéro spécial d'Europe sociale, "La dimension sociale du Marché intérieur").

L'accord entre la CEE et la Turquie, qui prévoyait la libre circulation des travailleurs de ce pays en Europe, à partir de dé cembre 1987, n'a tout simplement pas été appliqué. Au contraire, les conditions d'octroi de visas, même touristiques, aux ressortissants turcs, ont été rendues encore plus sévères, dans la plupart des pays de la

De même, les dernières années ont vu se développer les échanges et concertations entre les ministères de l'Intérieur des pays communautaires pour empêcher l'accès à la CEE à partir des pays européens limitrophes (Autriche, Turquie, Suède) et pour développer les liens avec les services policiers des pays d'émigration, notam-

L'immigration clandestine

Parallèlement, la tendance observée depuis plusieurs années en Europe du Sud (Grèce, Italie, Espagne, Portugal) est au développement important d'une immigration clandestine, le même phénomène existant dans l'Europe du Nord, quoiqu' à moindre échelle. Ce phénomène est dû en bonne partie au maintien d'une émigration de travailleurs de l'Europe du Sud vers l'Eu-

Cela correspond aussi au développement, par le capitalisme européen, d'une nouvelle "économie immergée" qui ne concerne pas que les secteurs habituels des services, petits commerces, restauration et emplois domestiques. Ainsi en Catalogne et à Valence où sont concentrés 80% de l'industrie textile de l'Etat espagnol, 20 à 25% de celle-ci se réalise de le secteur "immergé" ; il en est de même pour la chaussure, dans la région d'Alicante, où 21 à 36% de la production passe par ce secteur. En Italie, dans les Marches, ce secteur immergé touche un secteur de pointe comme l'élec-tronique (Gildas Simon, "La nouvelle donne migratoire en europe du Sud",

İTALYA FRANSA dans le volume 2-1 de la Revue européenne des migrations internationales).

Le développement d'un tel secteur industriel immergé, à partir de 1992, au sein même de la CEE, est donc très avantageux pour le capitalisme européen qui peut ainsi trouver un secteur de production à bas prix, notamment dans des branches soumises à des variations rapides de volume de produc-

La description de cette situation montre bien les tâches qui sont celles des travailleurs d'Europe, immigrés ou autochtones, face à cette nouvelle situation dans laquelle le patronat compte bien développer la ségrégation au maximum. Le nouveau piège de la CEE risque d'être l'alignement à la baisse des droits sociaux et politiques des ressortissants de la CEE, dans le cadre d'une dérèglementation accrue, et le maintien d'une si-tuation de précarité maximale pour les travailleurs extérieurs à la CEE, poussés aux marges de la légalité et vivant dans

Le mouvement ouvrier doit refuser le piège de la collaboration avec sa propre bourgeoisie au nom de la préférence européenne et doit développer, bien plus réellement que par le passé, le combat pour l'égalité complète des droits sociaux et politiques des travailleurs immigrés, la suppression des entraves à l'accès des travailleurs étrangers à la CEE et à leur liberté de circulation au sein de la CEE, l'obtention des droits civiques, notamment le droit de vote et d'é-ligibilité des immigrés à toutes les élections.

La solidarité de classe doit se développer, sinon la conjonction de la crise et de l'intégration européenne accentueront notablement les conditions d'exploitation de la classe ouvrière européenne dans son ensemble. C'est également le seul moyen de contrer le développement des groupes racistes et fascistes, qui profitent de cette conjoncture pour se renforcer et tenter de construire des mouvements de masse, et qui ont déjà obtenu quelques succès inquiétants dans cette voie.

2 février 1989 AL MANYA

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