Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

COREE DU SUD

Le nouveau mouvement syndical

· Inprecor n° 281, 6 février 1989 · p. 8-11 · 3 627 mots

Syndicalisme Japon et Corée Femmes

mouvement syndical de tous les continents. Hermann Dirkes y a assisté avec

Le nouveau

EN OCTOBRE 1988, le nouveau mouvement syndical coréen, le Minju no jo, qui s'est construit avec la vague de grèves massives de l'été 1987, a organise une conférence internationale, qui a réuni à Séoul, des militants syndicaux de 14 pays différents venus une délégation internationale.

Hermann DIRKES

E FUT UNE GRANDE première

C pour ce mouvement qui offrit aux visiteurs d'outre-mer, une vision fascinante et vivante de ces militants syndicaux qui luttent contre les pires conditions de travail du monde.

La conférence leur permit également de visiter les locaux syndicaux, les usines, de rencontrer des dirigeants syndicaux, d'assister aux rassemblements et aux réunions de coordination dans toutes les régions industrielles de la Corée du Sud, Séoul-

Inchon, où est concentré le quart de la population coréenne, soit 10 millions de personnes ; Ulsan, où se trouve le siège du trust multinational géant Hyundai ;

Kwangju, centre de la révolte de 1980 ;

Masan-Changwon, la fameuse zone-libre du Sud. Dans le courant de l'année 1988,

4 729 nouveaux locaux syndicaux ont été créés soit 74% de tous ceux qui existaient jusqu'alors.

La lutte pour la reconnaissance

Dans tout le pays, les nouveaux syndicats tentent d'arracher leur reconnaissance, mais se heurtent à l'opposition farouche de la confédération syndicale officielle jaune, la Fédération des syndicats coréens (FSC), des patrons et du régime militaire.

De juillet à septembre 1987, le nombre de grèves en Corée du Sud a été de 3 372, alors que durant les dix dernières années, il n'était en moyenne que de 200 par an. Tout en réclamant des salaires plus élevés, de meilleures conditions de travail et le respect de la dignité humaine, la plupart de ces grèves avaient pour objectif d'imposer la reconnaissance de syndicats authentiques sur les lieux de travail.

Les nouveaux syndicats coréens tiennent d'ailleurs beaucoup à ce terme d'"'authentique" ou de "démocratique", afin de se distinguer de la FSC. 200 des principaux dirigeants de la FSC sont aussi membres du parti gouvernemental du Président Roh et sont totalement à la solde des patrons au niveau des entreprises. La FSC est membre de la Confédération internationaie des syndicats libres (CISL) depuis 1948.

Une répression systématique

La répression systématique des syndicats et des partis ouvriers indépendants a été l'une des caractéristiques de la République de Corée depuis sa fondation, que ce soit à l'époque de l'ultra-réactionnaire Syngman Rhee, ou sous les régimes successifs des généraux Park et Chun et aujourd'hui soLs Roh. Les manifestations ont toujours été, et sont toujours réprimées à coup de matraques et de gaz lacrymogènes ; les grévistes et leurs partisans sont arrêtés et condamnés à la prison; les agressions et les assassinats se poursuivent et même la torture n'a pas encore disparu.

Les élections présidentielles et législatives du printemps 1988 semblent avoir un peu détendu le climat. Le régime de Roh tente de se construire une façade démocratique et doit, dans une certaine mesure, tc| lérer les manifestations politiques. Même

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les charges policières contre les grévistes, coutume locale, semblent s'être très légèrement adoucies. Il est difficile de savoir combien de temps cette détente apparente va durer, mais quoi qu'il en soit, le régime dispose de toute une autre gamme de mesures répressives qui permet de maintenir l'exploitation des travailleurs :

— La nouvelle loi du travail — qui a subie une opération de réforme esthétique en novembre 1987 — contient toujours beaucoup d'articles qui limitent sérieusement le droit de s'organiser et d'entreprendre des actions collectives.

Un Code du travail très particulier

Par exemple, l'article 3 du Code du travail n'autorise que la formation de syndicats d'usines et d'un seul syndicat par usine. Une des méthodes traditionnelles du patronat pour empêcher la création de syndicats combatifs, est de former des syndicats jaunes avec une poignée de "fidèles de l'entreprise" ou d'ouvriers payés pour cette tâche, et de rendre ainsi impossible la reconnaissance officielle des vrais syndicats, grâce à cet article 3 du Code de travail. Mais la panoplie des mesures antisyndicales ne s'arrête pas là.

- Licenciements politiques, mesures disciplinaires, intimidations et listes noires. Fin octobre, 96 militants syndicaux, dont le président du syndicat des employés du métro de Séoul et Kwon Yongmok, président du syndicat de l'usine d'équipements de Hyundai, étaient encore en prison. Mais le nouveau mouvement syndical continue à se renforcer malgré

— Enrôlement dans l'armée ; une période d'au moins 5 ans de travail dans une usine d'armements est considérée comme équivalente des trois ans de service militaire obligatoire. Depuis, au nom de la "sécurité nationale", toute action des travailleurs est interdite dans les usines qui sont censées appartenir à l'industrie de défense et toute tentative d'organisation indépendante des travailleurs rencontre une résistance particulièrement farouche des réac-

En juin 1987, le ministre du Travail a publié une circulaire définissant la "façon de traiter les conflits sociaux dans les entreprises importantes travaillant pour la défense". Parmi les 72 firmes citées par le ministère, se trouvaient des entreprises comme laTon II Co. (une usine d'armements contrôlée par la fameuse secte Moon) ; l'usine d'équipements de précision de Hyundai, dans la zone libre de Masan-Changwon ; les chantiers navals de Daehan et le Daewoo précision Co. à Pusan ; l'usine de Daeheung à Incohon ; et le Samyang Metal, à Asan ; toutes ces usines jouent un rôle important dans le mouvement ouvrier de leur région.

Les Produits Samgong, à Inchon, qui produisent des masques à gaz pour la police, sont également classés comme faisant partie de l"industrie de défense", tout comme les Industries Samyang qui produisent des lacrymogènes. Même la Compagnie nationale de plastique, qui produit essentiellement des biens ménagers, est classée dans cette catégorie, car elle produit la partie plastique des grenades à gaz

— L'article 12 du Code du travail prévoit l'interdiction des syndicats reconnus qui s'engagent dans des activités politiques. Ce même article interdit toute forme d'action de solidarité avec des conflits en cours. Même des organismes de solidarité de l'Eglise, comme la Mission industrielle, n'ont pas, en principe, le droit d'"intervenir". Beaucoup de gens ont été arrêtés et emprisonnés sous le prétexte d"intervention d'une tierce personne". Un militant syndical de Samyang Metal avait été condamné sous cette accusation à 10 mois de prison, en juillet 1987, mais a dû être relâché au bout de trois mois, sous la pression de nombreuses actions de solidarité en sa faveur. Il a été accueilli triomphalement à la réunion du Comité de coordination syndical régional, à Inchon, en présence des délégués internationaux.

anti-syndicales — Obstacles multiples à l'enregistrement des nouveaux syndicats. Le président du syndicat de l'usine de céramique des Produits Se Chung, raconte par exemple que : "des gangsters nous ont d'abord volé les documents et les signatures à l'usine. Par la suite, le ministre régional du Travail a prétendu qu'il n'avait jamais reçu les for-

— L'article 17 du Code de travail autorise explicitement les lock-outs et en cas d'actions sur le lieu de travail (comme ra| lentissement du travail, groupes d'ouvriers

Ouvriers de l'usine de Samsung (DR) allant aux toilettes au même moment, grèves et assemblées d'usine), la direction peut décréter le lock-out.

Menaces de fermeture

— De plus en plus de directeurs d'usines menacent de fermer leur entreprise afin de forcer les ouvriers à reprendre le travail et veulent ainsi casser les nouveaux synd:cats. La menace de fermeture des usines est omniprésente. Certaines firmes étrangères, comme Data Control, se sont pratiquement retirées de la Corée du Sud. La compagnie Flair Fashion, une succursale de la firme ce textiles ouest-allemande, Adler, est en voie de faire de même en transférant ses usines à Pékin et au Sri Lanka, après avoir échoué dans sa tentative de briser la construction d'un nouveau syndicat des travailleurs du textile dans son usine de Iri, qui emploie 1500 ouvriers.

Les firmes coréennes se tournent toujours davantage vers d'autres pays, mais jusqu'à maintenant, la plupart des annonces de fermetures d'usines se sont révélées n'être que des ruses. Dans la mesure où le but de la manœuvre était d'étouffer les nouveaux syndicats dans l'œuf, la plupart des usines ont été ré-ouvertes par la suite. Mais il n'est pas rare, non plus, que des patrons mettent simplement la clef sous le paillasson en cas de difficultés financières. A Kwangju, par exemple, le directeur de la firme Oohri Data, a annoncé à ses employés, en majorité des femmes, qu'il ne pourrait leur payer les primes convenues, ni leur congés payés, puis leur a annoncé au mois d'août que l'entreprise était fermée. 90 travailleuses, soutenues par les syndicats indépendants, ont occupé les locaux pendant 2 mois, mais n'ont plus jamais revu le patron.

- Utilisation de commandos paramil.-

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taires dans les conflits sociaux. Dans la mesure où la police s'est montrée plus discrète dans la dernière période, les patrons ont eu de plus en plus recours à des groupes de terreur privés, dans l'usine même. La formation de ce genre de groupes, qui se dénomment "Ku sa dae" (en gros : "Groupes de commando de sauvegarde des entreprises"), suit partout le même modèle. Des ouvriers arriérés mais aussi des gens extérieurs à l'usine, tels que des chômeurs, d'ex-policiers et des agents des services secrets, sont recrutés par les patrons, saoûlés et lâchés sur les travailleurs et tout particulièrement les travailleuses qui sont soumises à d'atroces brutalités.

La lutte à

Sinae électronique

Un exemple particulièrement édifiant de la façon dont les nouveaux syndicats sont combattus, est la lutte des travailleuses de l'entreprise électronique de Sinae, en septembre-octobre 1988.

Le 13 septembre, une section des travailleurs de l'Entreprise électronique de Sinae ont tenté de lancer un syndicat. L'usine emploie 350 ouvriers dont 280 femmes et produit des auto-radios.

Dans beaucoup d'entreprises sud-coréennes, les nouveaux employés sont contraints de signer des démissions en blanc. Le travail se déroule sous discipline militaire. Les ateliers, les cafétérias, les toilettes et les logements (qui hébergent une grande partie des travailleurs) sont sous surveillance de caméras vidéos. Tous les matins, avant de se mettre au travail, les ouvriers doivent assister à une cérémonie religieuse, qui est célébrée par le directeur de l'usine en personne, un certain Chung Jin-jong, dont le père était un prêtre très connu. Chung, qui souhaite qu'on l'appelle "père", prêche aux ouvriers une obéissance absolue à ses ordres.

La journée de travail commence entre 7 heures 50 et 8 heures 30, le temps passé à la cérémonie religieuse n'étant bien sûr pas compté dans les heures de travail. La pause du repas de midi est de 40 minutes, avec une pause supplémentaire de 10 minutes le matin et l'après-midi. Les femmes doivent faire en moyenne 100 heures d'heures supplémentaires par mois, les hommes, 140.

Le salaire mensuel des femmes atteint en moyenne 153 000 Won (environ 232 dollars), celui des hommes 180 000 Won (263 dollars). Il faut y ajouter une prime annuelle, de l'ordre de 220% du salaire de base, qui est de 115 000 Won (167 dollars). Pour les heures supplémentaires, les patrons ne payent que le salaire de base, sans les 50% de majoration prévus par la loi. La sécurité sur les lieux de travail est inconnue. Les ateliers sont en permanence plein de vapeurs de plomb qui font vomir la plupart des travailleurs.

Dès la mise sur pied du syndicat de l'usine, que seuls 103 femmes et 7 hommes ont rejoint, les patrons ont tenté de le briser de plusieurs façons. Après de premières concessions sur les salaires, les heures et les conditions de travail, l'usine fut fermée pour 48 heures, dès le lendemain. Alors que les membres du syndicat organisaient une grève sur le tas pour protester, les travailleurs inorganisés furent forcés à travailler pendant la nuit.

Le 5 octobre, on empêcha les syndiqués d'entrer dans l'usine. Il y eut de nouveau grève et les travailleurs furent licenciés pour des raisons politiques. Après de nouvelles négociations, la direction réorganisa le travail : ceux qui avaient participé à la grève furent isolés dans un seul atelier.

Syndicat jaune à l'œuvre

Le 9 octobre, 95% des travailleurs syndiqués votèrent une nouvelle grève. Un secrétaire du syndicat officiel de la métallurgie tint une réunion avec les non-syndiqués et la direction, et il accusa les grévistes d'être des communistes. Le 18 octobre, les dirigeants du syndicat local furent licenciés sans préavis. Lorsque les militants syndicaux essayèrent d'entrer dans l'usine, ils en furent empêchés par les bandes de commandos, Ku sa dae, dirigés par le "secrétaire syndical" Le Ki-bong.

Le lendemain, 70 militants syndicaux furent de nouveaux agressés par les gangsters du Ku sa dae qui leur jetèrent des briques et du sable mélangé avec du piment. Les forces de police intervinrent. 20 travailleuses furent sérieusement blessées, un syndicaliste fut éborgné. Les femmes tentèrent par la suite de mobiliser les gens de la région et rendirent visite à tous les syndicats du district pour gagner leur soutien.

Le 21 octobre, à 7 heures du matin, une manifestation commune fut sauvagement attaquée par la police et il y eut plusieurs blessés graves. Le lendemain, les grévistes organisèrent une nouvelle manifestation et collectèrent de l'argent pour soutenir la grève. Depuis, la police a interdit l'accès des lieux de rassemblement et les actions de solidarité ont dû se déporter en dehors du district.

Une classe ouvrière très jeune

C'est une classe ouvrière très jeune qu'organise le mouvement syndical coréen. La plupart des travailleurs et surtout les femmes, ont moins de 20 ans, l'âge légal minimum d'embauche étant de 16 ans. Il est très difficile de rencontrer un ouvrier coréen "vieux" et seule une poignée de travailleurs semblent avoir plus de 40 ans.

L'effondrement des structures économiques et sociales à la campagne pousse près d'un demi-million d'individus à venir chercher du travail dans les villes et les centres industriels.

D'après une étude publiée en 1988, la capitale, Séoul, est la ville la plus polluée du monde. Si les firmes japonaises transportent leurs sites de production en Corée, c'est surtout pour échapper aux lois japonaises de protection de l'environnement

Les conditions de sécurité dans le travail, pour ne pas parler de conditions de travail convenables pour des êtres humains, sont des concepts totalement étrangers pour la plupart des usines coréennes, qui auraient été immédiatement fermées dans tout autre pays ayant une législation du travail correctes. Les ouvriers fraiseurs travaillent sans aucune protection et avalent la poussière de métal ; les perforatrices et autres appareils de presse ne sont même pas équipés des consignes de sécurités minimales ; dans la poterie, au dernier stade de la production, les travailleuses doivent en permanence surveiller le rinçage de bacs et inspirent les vapeurs des dissolvants ch -miques ; des pièces de métal tranchantes et dentelées traînent par terre ; les ateliers de production sont soit pleins de courants d'air, soit manquent d'aération et le bruit qui y règne est insupportable.

• Beaucoup de travailleurs n'ont que deux jours de congé par mois et certains travai:lent tous les jours. Dans la scierie de Sephoong, à Kunsan, la semaine de 76

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heures est la règle. Les salaires sont aussi bas que la journée de travail est longue. Ce sont les femmes qui reçoivent les salaires les plus bas et qui sont nettement moins bien payées, même à travail égal. A l'entreprise électronique de Daewoo, les 60 femmes qui travaillent plus de 10 heures et demie par jour avec seulement 2 jours de congé par mois, gagnent en moyenne 140 000 Won (200 dollars), alors que les 10 hommes gagnent 250 000 Won.

Par ailleurs, la productivité et les profits des entreprises ont tellement augmenté que cette contradiction devient de plus en plus insupportable.

Durant la dernière décennie, ce sont les étudiants qui avaient pris la tête du mouvement en se mobilisant périodiquement, se retrouvant même isolés dans la plupart des cas. Mais aujourd'hui, la classe ouvrière qui a perdu sa crainte et son respect des patrons paternalistes et de l'appareil d'Etat, se réveille et les rejoint. Même si les nouveaux syndicats sont encore assez inexpérimentés et faibles sur le plan organisationnel, ils se sont construits dans la lutte, ce qui leur donne un poids certain.

Lorsque la délégation des syndicalistes étrangers s'est étonnée de pouvoir entrer librement dans les usines et les ateliers de production pour les visiter, sans avoir à demander l'autorisation de la direction de l'entreprise, un militant syndical d'une usine de Séoul leur a répliqué : "si la direction empêchait les syndicats d'amener des visiteurs, les syndicats feraient alors de même avec les invités du patronat qui visitent parfois les usines".

Le poids de l'impérialisme

Etre dirigeant ou délégué syndical en Corée du Sud ne procure aucune protection particulière. La répression s'abat même beaucoup plus directement et sauvagement et il est difficile de trouver une seule usine sans licenciements, arrestations, fermetures arbitraires, violences ou autres formes de persécution. Pour la plupart des syndicalistes coréens, il était clair que leur lutte va bien au-delà de la question des salaires, des heures de travail ou d'autres revendications liées au travail. La hausse de salaire de 13% en moyenne a déjà été annulée par la hausse des prix. Le sentiment que la plupart des problèmes de la Corée du Sud sont le résultat de la domination politique des puissances étrangères, plus particulièrement des Etats-Unis, et de la domination économique des firmes étrangères est assez répandu.

La compagnie japonaise Mitsubishi est profondément enracinée à Hyundai ; à Dawoo, c'est la firme américaine General Motors qui s'est implantée ; des entreprises allemandes comme Adler textiles, C & A ou Peek & Cloppenburg retirent aussi de plantureux bénéfices de l'exploitation des tailleurs et des couturières coréens.

Les nouveaux syndicats coréens ne luttent pas uniquement pour de meilleures conditions de travail, mais aussi pour changer toute la société et ils savent qu'ils doivent être le moteur d'un tel mouvement. Par conséquent, l'une de leurs principales préoccupations est de faire le lien entre les luttes syndicales et l'ensemble des luttes du peuple coréen pour la démocratie, l'indépendance et la réunification du pays.

Les débats

Les principaux débats en cours dans le mouvement syndical coréen se concentrent sur deux questions fondamentales. D'une part, la façon de surmonter les problèmes organisationnels au niveau de l'usine, la restauration et la consolidation de l'unité du mouvement ouvrier à l'échelle du pays ; d'autre part, les relations actuelles et futures avec la confédération syndicale officielle contrôlée par l'Etat, la FSC.

Un consensus assez large existe aujourd'hui sur la première question. Il s'agit, avant tout, de tirer les leçons des luttes précédentes, de consolider la démocratie interne, de développer un programme de formation systématique pour la majorité des membres, et de construire une direction, afin d'arriver à une plus large unité et à un niveau de conscience plus élevé.

La campagne en cours pour une réforme du Code du travail joue dans ce contexte un rôle crucial. Cette lutte pour la révision des lois du travail peut être comprise comme un effort pour profiter de la situation politique actuelle où l'ensemble des aspects répressifs du régime sont remis en cause. Depuis la présentation du nouveau projet de Code du travail, lors d'une réunion publique du syndicat, plusieurs actions, manifestations et réunions ont eu lieu dans diverses usines et ont convergé dans des manifestations régionales. Une massive campagne de pétitions a été lancée à travers tout le pays et un comité national a été mis sur pied pour diriger l'ensemble de la campagne pour la réforme du Code du travail.

Le renforcement de l'unité politique et organisationnelle du mouvement se reflète à travers l'émergence de syndicats inter-catégoriels. Pour le moment, il existe 8 fédérations syndicales démocratiques sur une base territoriale, c'est-à-dire des conseils syndicaux régionaux. 4 fédérations syndicales nationales se sont également constituées dans des branches spécifiques, à savoir, la Fédération nationale des travailleurs hospitaliers (avec 140 branches locales sur le lieu de travail), le Syndicat des médias, le Syndicat des travailleurs des institutions financières (autres que les banques), le Syndicat des travailleurs scientifiques et de la Recherche scientifique. Il faut aussi y ajouter 3 syndicats territoriaux qui sont le syndicat des travailleurs du textile de Chunggye, le Syndicat des travailleurs de l'usine de fabrication de chaussures de Séoul et le Syndicat des imprimeurs de Séoul.

Des fédérations régionales intersyndicales existent à Séoul, Inchon, Seungham, Pusan, Jinju, Masan-Changwon, Cholla du Nord et Kwangju/ Cholla du Sud et sont en voie de constitution dans deux autres régions. Elles regroulupa Le Président Roh pent pour l'instant près de 85 000 membres, répartis dans 250 syndicats. La première fédération régionale du Minju no jo s'est construite dans la fameuse zone libre de Masan-Changwon, en décembre 1987, sous l'impulsion des luttes politiques qui s'y étaient déroulées au mois de juin, ainsi que de la grève de juin-septembre de la même année.

Vers une confédération indépendante

Après avoir arraché leur reconnaissance officielle, les syndicats sont obligés de s'affilier à la FSC officielle, mais dans la plupart des cas cette adhésion n'est que for+ melle. La FSC combat le Minju no jo par tous les moyens. Durant les grandes luttes de ces dernières années, elle n'a été qu'une courroie de transmission des politiques gouvernementales. Ce sont, par exemple; des employés de la FSC qui organisent eux-mêmes les groupes de commandos du Ku sa

La FSC essaye de l'emporter sur les nouveaux syndicats mais le Minju no jo a réussi à gagner des fédérations locales. Si un certain nombre de militants syndicaux pensent qu'il est possible de réformer la FSC à long terme, la grande majorité d'entre eux sont d'avis que la construction directe d'une confédération syndicale indépendante est une tâche inévitable.

Comme le disait un militant de la puissante fédération syndicale des chauffeurs de taxi de Séoul, "la construction d'une confédération syndicale indépendante va également augmenter la pression sur la FSC". E

5 janvier 1989 Sozialistische Zeitung

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