Inprecor 1974–2004

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COREE DU SUD

Les dessous du « miracle »

· Inprecor n° 281, 6 février 1989 · p. 7-8 · 1 240 mots

Japon et Corée

LES JEUX OLYMPIQUES de Séoul, en 1988, ont permis à la dictature militaire des généraux, savamment drapée pour tenter de présenter à l'opinion publique mondiale, de 54 heures par semaine. Le salaire mensuel n'atteint, élevé du monde. Rien qu'en 1987, par exemple, 142 500

COREE DU SUD

Les dessous du "miracle"

de déguisements civils, de faire une démonstration politique à une image du pays qui est en totale contradiction avec la réalité. En fait, les prouesses économiques de la Corée du Sud cachent d'autres types de records que ceux qui ont été établis lors des Jeux.

La journée de travail y est parmi les plus longues du monde, la norme étant de 11 heures par jour et en moyenne, que 334 dollars dans l'industrie, mais un salalre de 200 dollars est souvent la règle.

D'après les statistiques du gouvernement lui-même,

Il ne permet de couvrir d'allleurs que 60% des besoins des salariés. Le taux d'accidents du travall est le plus travailleurs ont eu un accident au travall, 1 771 en sont morts et 22 500 ont été mutilés à vie. Le système de sécurité sociale n'existe

Hermann DIRKES

L NE PEUT être question de "paix et de démocratisation" dans ce pays, tant qu'il sera totalement dominé par une machine militaire de 620 000 soldats, un gouvernement de généraux en civil, un large réseau de services secrets, une police préparée à la guerre civile. Il ne faut pas oublier non plus les 42 000 soldats américains en stationnement permanent dans le pays, ni les nombreuses restrictions fait, ou en droit, des libertés démocratiques

Au nom de l'anti-communisme et de la défense de la sécurité nationale, le régime sud-coréen essaye, depuis toujours, de dénoncer tout mouvement d'opposition comme étant une subversion d'origine nord-coréenne qu'il s'emploie à réprimer.

Mais le vent a tourné. La majorité des

40 millions de Coréens ne veulent plus accepter ces conditions humiliantes, au nom de la priorité absolue à l'exportation et du "bénéfice de l'entreprise et de la mère- patrie". Grâce à la pression d'un mouvement d'opposition qui a atteint des proportions massives, le pouvoir a dû se résigner à l'élection directe du Président, tout puissant, au suffrage universel. Mais la division au sein des grands partis de l'opposition bourgeoise a permis à Roh Tae Woh, un militaire, de se hisser au pouvoir.

Aux élections législatives de mars

1988, les partis d'opposition ensemble grands coups de dépenses somptuaires qu'à l'état rudimentaire. ont remporté la majorité absolue, mais c'est le parti du Président qui a, de nouveau formé le gouvernement, avec seulement 33% des suffrages, à cause des divisions cie l'opposition. Une nouvelle constitution a été adoptée, mais les réformes qu'elle contenait sont généralement restées lettre morte.

Un dictateur repenti... Le prédécesseur de Roh, son vieux compère et père spirituel Chun Doo Hwan, qui est l'un des principaux responsables du massacre de Kwangju en 1980 (1), est devenu la cible d'une campagne de l'opinion publique démocratique qui a exigé que les responsables de la répression et de la corruption durant la dictature militaire, soient traduits en justice et punis. Pour échapper à la colère populaire, Chun a fait une manœuvre spectaculaire et s'est publiquement repenti, puis s'est retiré dans un monastère.

1) Après le coup d'Etat du général Chun Doo Hwan, en décembre 1979, le pays fut secoué par une vague d'agitation ouvrière et étudiante. Le gouvernement décréta l'Etat de siège le 18 mai 1980 et arrêta les principaux dirigeants de l'opposition, dont Kim Dae Jung. A la suite de la répression brutale des manifestations étudiantes qui ont éclaté le jour même, toute la population de Kwangju, ville de 800 000 habitants, se souleva. Le 19 mai, une manifestation géante rassembla 200 000 personnes. Il fallut 10 jours à l'armée pour venir à bout de lá révolte populaire en massacrant, le 27 mai, plus de 1 000 personnes, avec l'intervention de 17 000 parachutistes.

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La pression accrue pour exiger une démocratie politique ne vient pas que "d'en bas". Plusieurs signes montrent que les cercles bourgeois discutent également d'une manière active d'une réorientation du régime. Des concessions politiques et économiques sont devenues nécessaires pour éviter de nouvelles explosions, mais le pouvoir sent le danger que recèle en même temps ce genre de changement. Chaque recul de sa part encouragerait le nouveau mouvement ouvrier et syndical qui est apparu sur la scène comme une force massive, depuis la vague de grèves de 1987 (Voir Inprecor numéro 248 du 7 septembre

D'ailleurs, le "miracle économique sud-coréen" et son avance dans le domaine des exportations se basent sur une surexploitation du travail. Cependant, un relâchement progressif de l'hystérie anti-communiste semble par ailleurs nécessaire pour des raisons économiques. Le capital monopolistique sud-coréen est strictement centré sur les exportations et il est extrêmement dépendant du marché et des milieux d'affaires américains et japonais. Par conséquent, depuis que les grands capitalistes coréens se sont heurtés à certaines difficultés et limitations dans leurs marchés traditionnels, ils ont dû prendre une série d'initiatives pour élargir leur marché d'exportation et le diversifier.

Ouverture économique

Par exemple, plus de 97% des exportations sud-coréennes aux Etats-Unis sont des biens industriels, dont près du tiers sont des machines, des véhicules et de l'équipement, alors que près de 43% des importations en provenance des Etats-Unis sont constituées de matières premières et d'aliments de base, ce qui a causé beaucoup de tort aux paysans locaux, producteurs de riz. Le déficit commercial des Etats-Unis avec la Corée du Sud a probablement atteint les 13 milliards de dollars, en 1987. En revanche, le surplus commercial de la Corée avec les Etats-Unis devrait être ramené à un maximum de 5 milliards de dollars, après avoir atteint 10 milliards, fin 1987.

Le commerce avec la Communauté économique européenne (CEE) et le Japon n'augmente qu'à petits pas, alors que les négociations et les accords économiques avec les pays du COMECON sont en net progrès. Un accord a été récemment signé pour la construction d'une usine coréenne d'appareils électriques, en Hongrie.

De même, la nouvelle "politique nordique" du régime de Roh et sa croissante disponibilité à des négociations avec la République populaire démocratique de Corée du Nord, sont dictées, en grande partie, par des considérations économiques.

Une "normalisation" des relations entre les deux Corée, correspondant aux relations entre les deux Allemagne, serait très profitable au pouvoir sud-coréen, et ce, pour deux raisons : d'une part, cela lui permettrait d'avoir une ouverture plus aisée envers les Etats non-capitalistes, surtout dans le domaine des relations économiques ; d'autre part, le régime pourrait ainsi répondre de manière "positive" aux revendications des étudiants et de larges couches de la population qui veulent avancer vers une réunification nationale.

A ce propos, la grande bourgeoisie sud-coréenne ne rêve même plus d'une réunification lui permettant de maintenir ses intérêts économiques et de conserver son pouvoir. Depuis que la Guerre de Corée a démontré qu'une réunification capitaliste par la force n'était pas possible, son attitude fondamentale a été de consolider la partition du pays. Cela a d'ailleurs été également l'un des piliers de la politique américaine en Asie, appuyée en général par le régime de Séoul.

Une ouverture à des pays nor.capitalistes et à la Corée du Nord, avec laquelle même les communications postales et téléphoniques sont encore impossibles, serait cependant susceptible de rendre de plus en plus difficile le recours à l'anticommunisme comme doctrine d'Etat. Or c'est précisément cette doctrine qui a servi, jusqu'à maintenant, à justifier toute les mesures répressives.

5 janvier 1989 Sozialistische Zeitung

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