L'Etat, l'OLP et les révolutionnaires proclamé un Etat palestinien dans les territoires occupés par Israël en
1967, șoit près de 20% de la superficie de la Palestine. Mais aussi la
- créée en 1964 pour, comme son nom l'indique, libérer les 80% du sioniste, depuis 1948 - a officiellement accepté les résolutions 181
(1947) et 242 (1967) de l'ONU. Autrement dit, la date à laquelle l'OLP a reconnu l'Etat d'Israël et son "droit de vivre en paix dans des frontières
PALESTINE
Où va l'OLP ? (II)
LE 15 NOVEMBRE 1988 restera, dans l'histoire, la date à laquelle fut date à laquelle l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) territoire palestinien sur lesquels s'était établi par la force l'Etat sûres et reconnues" sur les quatre cinquièmes de la Palestine (1). Salah JABER
UELQUES HEURES après la clôture de la dernière session du Conseil national palestinien (CNP), le 15 novembre, Georges Habache, chef du Front populaire (FPLP), principale fraction de gauche de l'OLP et deuxième organisation palestinienne en importance après le Fath de Yasser Arafat, convoquait une conférence de presse. Il y expliqua que son mouvement restait dans l'OLP, malgré son désaccord avec la résolution politique du CNP, "pour préserver l'unité nationale". Conscient de la faiblesse de l'argument en soi, Habache ajouta qu'il était persuadé, en tout cas, que la nouvelle politique de la droite palestinienne ne mènerait à rien. "Franchement, nous ne craignons plus qu'un règlement américain ou israélien ait lieu, car le plafond d'un tel règlement ne saurait être accepté par quelque Palestinien que ce soit, fût-il de gauche ou de droite".
Un vieux prétexte
Le prétexte est éculé. Il y a quinze ans, la gauche du Fath l'utilisait déjà pour justifier sa veulerie face à la direction de son organisation, qui avait opté, de fait, pour un règlement négocié avec l'Etat sioniste (2). A la même époque, le FPLP de Georges Habache polémiquait contre ce prétexte et se retirait des instances dirigeantes l'OLP, pour mener une bataille politique contre le bloc hégémonique. Et voici que, tant d'années plus tard, au sortir d'une session tristement historique du CNP, où celuici s'est plié aux exigences américaines pour une participation de l'OLP au processus du règlement négocié, Habache a recours à l'argument qu'il avait lui-même combattu, à l'époque où l'excuse était beaucoup plus crédible qu'aujourd'hui. Mais jugeons sur pièces : quel est le "plafond" du règlement, vu des Etats-Unis et d'Israël?
Du côté de Washington, d'abord. Ronald Reagan, discours-plan du premier septembre 1982 : "Je demande au peuple palestinien d'accepter le fait que ses propres aspirations politiques sont inextricablement liées à la reconnaissance du droit d'Israël à un avenir sûr... La meilleure chance de parvenir à une paix stable, durable et juste est d'instaurer un autogouvernement des Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, en association avec la Jordanie... Le conflit israélo-arabe devra être résolu par • des négociations portant sur un troc : des territoires en échange de la paix... La résolution 242 de l'ONU reste la pierre angulaire des efforts accomplis par l'Amé-
A la fin de 1988, le plancher des positions de l'OLP, qui ne cesse de s'affaisser, avait déjà rejoint pour l'essentiel ce plafond du règlement vu de Washington. Certes, des nuances subsistent : le plan Reagan préconisait un "autogouvernement" palestinien associé à la Jordanie, là ou la résolution politique du dernier CNP parle d'Etat palestinien (le terme "indépendant" n'y figure plus, comme par hasard) confédéré avec la Jordanie. Les juristes apprécieront ; cependant, le roi Hussein lui-même a déjà tranché le débat, en détachant officiellement la Cisjordanie de son royaume, le 31 juillet 1988.
La question du retrait israélien
Y aurait-il un désaccord sur le cadre des négociations, au delà de l'accord sur leur principe ? Ce n'est plus le cas d'après Arafat, qui expliquait récemment à l'organe officieux de son mouvement (Al-Yom Assabeh du 2 janvier 1989) qu'une entente avait été conclue entre Moscou et Washington pour que la Conférence internationale se réunisse en session ouverte ('on going") et se subdivise en commissions bilatérales. Le chef de l'OLP laissait clairement comprendre qu'il considérait ne plus avoir de divergence avec les EtatsUnis à ce sujet.
Qu'en est-il alors de la question, certes fondamentale, du retrait israélien ? Le gouvernement americain s'est toujours prononcé, dans le cadre de la résolution 242, pour l'échange : paix contre territoires oc cupés en 1967, sans jamais spécifier que le retrait israélien devait être total. En fait, Washington laisse délibérément la question dans le vague pour pouvoir arbitrer d'éventuelles négociations entre Arabes et Israéliens, comme ce fut le cas à Camp David. Le plan Reagan de 1982 se conten tait d'affirmer que, lors des négociations, il sera possible pour les Etats-Unis de juger "dans quelle mesure on pourra demander (à Israël) de renoncer à des territoires", en fonction de ce qui sera proposé en retour.
Le plan Allon
Washington se réservant donc le rôle de l'arbitre, sur cette question du retrait, la baile est dans le camp d'Israël. Les sionistes éclairés, menés par le chef du Parti travailliste, Shimon Pérès, se sont toujours situés dans le cadre de la résolution 242 et de ses principes de base défendus par le gouvernement américain. Au début des années 70, un des ténors du travaillisme sioniste, Ygal Allon, décédé depuis lors, élaborait un plan de règlement avec la Jordanie, qui prévoyait le retrait d'Israël de la majeure partie de la Cisjordanie. Devaient y être maintenues des colonies et des bases militaires en des points stratégiques, notamment le long du Jourdain considéré comme frontière de sécurité intangible de l'Etat sioniste (la notion de "frontières sûres" contenue dans ia
1) Dans la première partie de cet article, publice dans le numéro précédent d'Inprecor, nous avons décrit .a trajectoire qui conduisit la direction du Fath et de l'OL?, en vingt ans, du maximalisme nationaliste à la capitulation politique devant les Etats-Unis et leur protégé sioniste.
2) A l'époque, les trotskystes sur le terrain rétorquaient : "l'échéance du 'règlement pacifique' peu être brève ou longue, mais il serait absurde de bâtir une ligne politique sur l'hypothèse de l'impossibilité de ce règlement. Ceux qui adoptent cette hypothèse, y trouvent un prétexte confortable pour n'entreprendre aucune action contre le ""règlement pacifique'et ceux qui s'y préparent" (Al-Mounadel, Beyrouth, numéro 30, mars-avril 1975).
résolution 242 se prête à ce type d'inter-
Depuis, l'adhésion des travaillistes au principe du retrait (certes partiel) s'est trouvée renforcée : non par de "nobles" raisons, mais par la crainte du "péril démographique" arabe ; crainte qui, à son tour, s'est trouvée considérablement amplifiée par l'intifada, dans laquelle Pérès a pu voir une illustration des thèses de son parti. Le 30 décembre 1987, trois semaines après le début du soulèvement, il sonnait l'alarme : en l'an 2 000, affirmait-il publiquement, population comprise entre la Méditerranée et le Jourdain (Cisjordanie et Gaza inclus) sera composée à 45% d'Arabes et à 55% de Juifs", car le taux de natalité des premiers est "le double du nôtre". Deux mois plus tard, le numéro deux du Parti travailliste, Itzhak Rabin, ministre de la Défense et à ce titre, principal responsable de la répression du soulèvement, faisait cet aveu : "Au cours de ces ARAFAT A RECONNU deux derniers mois, j'ai appris... qu'il est impossible de gouverner par la force un million et demi de Pales-
" (Le Monde du 25
Gangrène morale
En effet, outre le pesant fardeau économique qu'elle ET ACCEPTE LES constitue pour l'Etat d'Israël et la dégradation image de marque qu'elle a suscitée mondialement - deux conséquences néfastes pour le système de raélien —, l'intifada représente un handicap direct et sérieux pour l'armée sioniste elle-même. Elle mobilise plusieurs milliers de soldats pour des tâches de répression de manifestations populaires qui rebondissent sans cesse. Il en résulte non seulement la "diversion" d'une part appréciable du potentiel militaire israélien, mais aussi, et surtout, une gangrène morale qui se répand dans les rangs de l'armée sioniste. Bien que beaucoup plus ancienne que celle du Liban, qui s'était achevée en quasidébâcle, l'occupation des territoires de 1967 devient à son tour, depuis l'intifada, de plus en plus lourde à assumer.
Il n'est donc pas surprenant de constater que les plus chauds partisans du retrait se trouvent, aujourd'hui, au sommet de la hiérarchie militaire israélienne. En mars 1988, un groupe de généraux israéliens en retraite (libres d'agir politiquement) fondaient le Conseil pour la paix et la sécurité. Parmi eux : Yariv, ancien chef du Mossad ; Sneh, ancien administrateur de la Cisjordanie ; et Orr, ancien commandant en chef de la région Nord et donc, des troupes d'occupation israéliennes au Liban. Très vite, le Conseil regroupera plus de 30 généraux de division et plus de 100 généraux de brigades, soit près de la moitié des officiers généraux retraités d'Israël. Orr : "Nous sommes tous d'accord pour estimer que l'occupation devrait prendre fin parce que son maintien représente un danger plus grave pour notre sécurité que sa fin " (Le Monde du 2 juin 1988). C'est aussi précis que concis. Sneh ajoute : "La plupart des officiers supérieurs, de Shomron (le chef d'état-major) en allant vers le bas, préféreraient un retrait partiel d'une Cisjordanie démiliau "Grand Israël" de Shamir " (Newsweek du 6 juin 1988).
Démilitarisation et retrait partiel : deux éléments clés du "plafond" du règlement vu d'Israël. Ben Gal, autre membre du Conseil des généraux : "Nous voulons une Cisjordanie démilitarisée ; nous voulons conserver le contrôle de son espace aérien, disposer de stations d'alerte électronique, d'une présence militaire sur le versant oriental de la ligne de crêtes qui domine le Jourdain, lequel, en tout état de cause, resterait la frontière militaire" (Le Monde du 19 octobre 1988). Pour Gaza, le problème est beaucoup plus simple : le secteur est en-
QUE PEUT-IL ENCORE RESOLUTIONS 242 ET 348 DE L'ONU NOUS ARRIVER DE PIRE ? tièrement coincé entre Israël, la mer et le désert égyptien du Sinaï, lui-même démilitarisé en vertu des accords de Camp David.
Le refus du Likoud
Autre différence majeure entre les deux territoires : il n'y a, à Gaza, que près de 2 000 colons israéliens, contre environ 70 000 en Cisjordanie, dans 124 colonies que même les sionistes les plus "modérés" n'envisagent pas de démanteler toutes. Ces différences expliquent pourquoi Pérès s'est prononcé, à plusieurs reprises, pour une évacuation totale de Gaza, alors que pour la Cisjordanie, il ne préconise qu'un retrait des parties "où existe une claire majorité d'Arabes". Ben Gal est plus précis : "On peut rendre 100% de Gaza et 85% de la Cisjordanie".
Certes, il subsiste une fraction importante de l'électorat et de l'establishment politico-militaire en Israël qui rejette l'idée même du retrait. Le Likoud, mené par Itzhak Shamir, se cramponne obstinément aux accords de Camp David ; c'est-à-dire, selon son interprétation de ces accords, l'octroi d'une "autonomie" aux habitants arabes des territoires de 1967, en maintenant ces territoires sous occupation israélienne. Cette position est, de plus. en plus intenable, non seulement à cause de l'intifada, mais aussi en raison de son isolement total sur le plan international. Si Pérès a accepté de renouveler son accord de gouvernement avec le Likoud, en décembre, ce n'est qu'à titre provisoire, en attendant que la passation des pouvoirs entre Reagan et Bush soit achevée et que l'administration américaine soit de nouveau en mesure d'intervenir activement. Alors, Shamir, qui a déjà commencé à mettre un peu d'eau dans son vin, sera obligé de se plier ou d'aller à de nouvelles élections.
"Une vaste blague" L'argument du Likoud, selon lequel si "abandonnait la Judée et la Samarie" (noms bibliques de la Cisjordanie), il en résulterait un grave danger pour la sécurité de l'Etat sioniste, ne tient pas compte des conditions fixées par les trävaillistes pour le retrait. C'est pourquoi il est tout à fait creux. Le chercheur américain, Jérome Segal, ami et conseiller d'Arafat et chaud partisan de l'Etat palestinen, y répondait ainsi dans Newsweek (12 septembre 1988) : "C'est une vaste blague. Nous parlons d'une zone minuscule et démilitarisée qui n'a pas d'accès au monde extérieur, excepté à travers deux Etats hostiles et méfiants qui complètement - Israël et la L'ancien ministre israélien (travailliste) des affaires Abba Eban, abonde dans le même sers pour réfuter les thèses du Likoud. Il compare, dans le New York Times (2 janvier 1989), les moyens d'Israël et ceux de l'OLP. D'une part, "3 800 chars, 682 avions dotés d'une imposante capacité de bombardement, des milliers de pièces d'artillerie et de missiles, et une redoutabie capacité électronique " ; de l'autre, char et avion, quelques armes à feu et aucun missile" avec "une variété de grenades, mortiers, pierres et bouteilles". Eban conclut, à juste titre : "une entité dirigée par les Arabes dans une importante partie de la Cisjordanie et de Gaza, ou un Etat séparé, ou de préférence en confédération avec la Jordanie, serait la plus faible entité mititaire sur la terre ".
Les limites du "plafond" israélien du règlement — retrait partiel et démilitaris:tion des zones évacuées — sont-elles inacceptables pour la direction du Fath-OLP, comme l'affirmait Habache ? En ce qui concerne le retrait, il est vrai que même la résolution politique du dernier CNP parle ce "tous les territoires palestiniens et arabes occupés depuis 1967 ". Tout aussi vrai que lorsqu'on s'apprête à un marchandage, o réclame le maximum ; comme font tous les Etats arabes, y compris la Jordanie et l'Egypte, pour lesquels le retrait total est, officiellement, un principe intangible.
Mais à la question "y aura-t-il de nou-
velles concessions palestiniennes en cas de réunion de la Conférence internationale ?", Abou Iyad, le numéro deux du Fath-OLP, généralement plus franc qu'Arafat, répondait ainsi, après le dernier CNP, dans l'organe officieux de son mouvement : "Toute solution qui ne comporte pas un Etat est inacceptable... Après quoi, l'affaire devient moins compliquée. Toute négociation portera sur des questions pratiques, telles que la délimitation des frontières, les relations, etc. Je dois rappeler, ici, que tout le sol palestinien est occupé. Si donc notre direction parvenait à arracher une partie du territoire palestinien et y proclamer une identité arabe palestinienne, ce serait très bien " (Al-Yom Assabeh du 28 novembre 1988).
La démilitarisation où la résolution 242, maintenant acceptée par l'OLP, prévoit déjà "l'établissement de zones démilitarisées " ; et où la direction de l'OLP a elle-même brisé, la première, le boycott arabe officiel de l'Egypte et établi une coordination étroite avec le régime de Moubarak, sans exiger qu'il répudie le traité de paix conclu avec Israël en 1979, et fondé sur le principe de la démilitarisation du territoire égyptien évacué par l'armée sioniste, la direction Arafat n'aura aucun mal, le moment venu, à se contenter d'une stricte limitation par Israël des catégories d'armes autorisées en Cisjordanie et à Gaza.
Il ne s'agit certes pas de restreindre Tarmement palestinien aux couteaux de cuisine. La démilitarisation ne signifie pas, même dans le Sinaï égyptien, l'interdiction de toute arme à feu. Bien au contraire, l'intérêt de l'Etat sioniste est que l'autorité qui lui succède, dans les zones qu'il évacue, soit en mesure d'y assurer "les fonctions normales de police" (traité égypto-israélien) pour garantir que "tout acte ou menace de belligérance, d'hostilité ou de violence ne provienne pas de, ou ne soit pas commis dans son territoire, ou par toutes forces soumises à son contrôle, ou stationnées sur son territoire " (idem). L'autorité qui succéderait à l'armée israélienne, dans les zones qu'elle évacuerait éventuellement en Cisjordanie et à Gaza, sera certainement autorisée à se doter, comme dans le Sinaï, d'une force de police équipée d'armes légères.
Prétendre donc que la droite palestinienne, après le dernier CNP, ne saurait accepter le "plafond" du règlement israéloaméricain ; croire qu'après avoir décidé de tirer le vin, elle refusera de le boire ; c'est se repaître d'illusions. Mais au-delà du caractère illusoire de ce réconfort moral que Georges Habache cherche à se procurer, il faut se poser la véritable question, celle qu'il tente, en quelque sorte, d'esquiver : quelles sont les concessions inacceptables ? En quoi consistent réellement la trahison de la cause nationale palestinienne et la capitulation devant le sionisme et l'impérialisme ?
La réponse ne se trouve pas là où le chef du FPLP semble la situer : ni dans le caractère partiel du retrait, ni dans la démilitarisation. Commençons par cette dernière. Existe-t-il une seule personne assez sotte ou naïve pour croire que l'Etat sioniste admettra, en cas de retrait de ses troupes de Cisjordanie et de Gaza, que les habitants de ces territoires, insérés dans son flanc, puissent se doter à leur guise de missiles, d'avions et de chars d'assaut ? La configuration du terrain et les rapports de forces étant ce qu'ils sont, seule une défaite militaire décisive de l'Etat sioniste — dont ce n'est pas demain la veille — pourrait assurer aux Palestiniens une souveraineté sans entraves, ne serait-ce que sur une petite partie de leur territoire. Qui pourrait donc leur reprocher de se contenter, certes provisoirement, du retrait de l'armée israélienne des territoires de 1967, sans être en mesure de la remplacer par une véritable armée palestinienne ? Ce serait vouloir renvoyer ce retrait aux calendes grecques.
Maximalisme et réalisme
Le même raisonnement peut s'appliquer au retrait partiel. Dès lors que l'on récuse la logique maximaliste du "tout ou rien", dès lors que l'on affirme la nécessité de médiations tactiques et d'objectifs transitoires, "toute la Cisjordanie ou rien" n'est pas plus valable que "toute la Palestine ou rien". Or, c'est une évidence que les masses de l'intifada, quelle que soient l'ampleur et la durée de leur lutte, ne sont pas en mesure d'obtenir plus que l'évacuation par l'armée sioniste des zones où elles sont concentrées. Pour déloger les colonies sionistes situées en bordure ou à l'extérieur de ces zones, et à plus forte raison les bases militaires, il faudrait bien plus qu'un soulèvement ; il faudrait une guerre de mouvement, que les armées arabes réunies ne sont pas aujourd'hui capables de gagner, à supposer qu'elles aient
Il est donc parfaitement correct et légitime que la Direction unifiée de l'intifada ait mis en avant, dans plusieurs de ses communiqués, depuis les tout premiers, ce qu'elle a appelé elle-même des revendica-
"immédiates", dont celle-ci : "retrait de l'armée des villes, des camps et des villages". Ce même objectif immédiat figure, au côté de l'objectif de nature transitoire du retrait total des territoires occupés en 1967, dans le communiqué numéro 26 de la Direction unifiée (voir le numéro précédent d'Inprecor ), dans cette formulation : "retrait de l'armée des agglomérations palestiniennes"
Chercher à obtenir par la lutte la réalisation de cet objectif là, tout en sachant que les zones évacuées resteront inévitablement sous la surveillance militaire étroite d'Israël, ce n'est pas une capitulation, c'est du réalisme révolutionnaire. Réalisme, car l'objectif est possible à atteindre au moyen de l'intifada : le seul fait qu'une fraction décisive de la hiérarchie militaire sioniste soit parvenue, sous la pression du soulèvement et en l'absence de toute offre de contrepartie, à la conclusion qu'il est nécessaire, pour des raisons de sécurité, de retirer l'armée israélienne des zones de peuplement arabe, c'est-à-dire de Gaza et de la majeure partie de la Cisjordanie — ce seul fait est la meilleure preuve de l'accessibilité de l'objectif.
Une conquête partielle
Certes, il s'agirait là d'une conquête très partielle : la libération incomplète (souveraineté limitée) d'une petite portion du territoire de la Palestine ; en quelque sorte, le passage des habitants de cette portion, du régime carcéral à celui de la résidence surveillée. Le gain serait néanmoins appréciable pour ceux qui subissent l'occupation. Une direction révolutionnaire palestinienne serait tout à fait fondée à se fixer cet objectif immédiat et accessible par la lutte, tout en se battant sous la bannière de la revendication transitoire : retrait total et inconditionnel de l'armée sioniste des territoires occupés en 1967. Une telle direction viserait, à court terme, à transformer Gaza et les régions peuplées de Cisjordanie en "zones libérées" "comités populaires " qui en constituent l'expression organisa-
Mais un gain partiel, tout ce qui s'assimile en fait à un compromis, n'est légitime, d'un point de vue révolutionnaire, que s'il n'est pas contradictoire avec la poursuite de la lutte pour l'objectif final ; que s'il s'agit, comme disait Lénine, d'un "compremis qui ne diminue en rien chez ceux qui l'ont conclu le dévouement révolutionnaire et la volonté de continuer la lutte " (Le garchisme). Car il ne suffit pas de citer Lénine sur la nécessité des compromis, comme le font les staliniens du FDLP de Nayef
Hawatmeh. Il faut aussi tenir compte de sa mise en garde contre ceux qui "s'imaginent qu'il suffit d'admettre les compromis en général pour que toute limite soit effacée entre l'opportunisme, contre lequel nous soutenons et devons soutenir une lutte intransigeante, et le marxisme révolutionnaire ou le communisme. (...) Il faut savoir discerner, dans les questions de politique pratique.... celles où se manifestent les compromis les plus inadmissibles, les compromis de trahison, incarnant l'opportunisme funeste à la classe révolutionnaire, et consacrer tous les efforts pour les révéler et les combattre " (idem).
Le compromis de trahison
Dans le cas de "politique pratique " que nous discutons ici, le compromis inadmissible, le "compromis de trahison", ne consiste pas, comme nous l'avons expliqué, dans le caractère forcément partiel et limité du gain aujourd'hui accessible aux Palestiniens. Le "compromis de trahison", la capitulation, consiste dans la renonciation en échange de ce gain — et sans raison aucune, par ailleurs, au moment où la lutte palestinienne est à son apogée — à la "volonté de continuer la lutte" pour l'objectif fondamental, pour la réelle autodétermination du peuple palestinien dans son ensemble, qui passe par la destruction de l'Etat sioniste intrinsèquement fondé sur l'oppression de ce peuple ; pour la destruction de cet Etat que le préambule de la résolution politique du dernier CNP décrit, lui-même encore, comme un "Etat fasciste raciste colonialiste, fondé sur l'usurpation du sol palestinien et l'extermination du peuple palestinien " !
Or, le texte de la proclamation de l'Etat palestinien, adopté à l'unanimité par ce même CNP, se fonde sur la résolution 181 de l'ONU, c'est à dire sur la reconnaissance de la légitimité de l'Etat sioniste, et "rejette la menace de la force, ou de la violence ou du terrorisme, ou leur utilisation contre sa propre intégrité territoriale... ou celle de tout autre Etat". La résolution politique, adoptée à la majorité des voix du CNP contre une petite minorité incluant le FPLP, n'a fait que mettre les points sur les i, étant donné que la proclamation se fonde également sur "la légitimité internationale incarnée dans les résolutions de l'ONU depuis 1947". Celles-ci comprennent, non seulement la résolution 181, mais aussi la résolution MAUDITS
TURCS 242 acceptée explicitement par la résolution politique. C'est-àdire, faut-il le rappeler, que l'OLP s'engage, en échange d'un retrait israélien "de territoires occupés" en 1967 (sans même spécifier l'étendue du retrait), à cesser "toutes revendications MAUDITS (claims) ou états de belligéran- -JORDANIENS ce" et à reconnaître l'Etat d'Israël et son "droit de vivre en paix dans des frontières sûres et reconnues, à l'abri de menaces ou d'actes de force", avec "l'établissement de zones démilitarisées".
En somme, la direction de l'OLP a commencé à exécuter le plan d'action préconisé, il y a huit mois, par son conseiller américain déjà cité, Jérome Segal, dans The Washington Post (International Herald Tribune du 27 mai 1988). Premières étapes de ce plan : l'OLP proclame l'Etat de Palestine en Cisjordanie et à Gaza — c'est fait (3) ; elle se transforme en gouvernement provisoire — mesure reportée, pour le moment ; elle promulgue la "loi numéro un" proclamant : "l'Etat de Palestine se déclare en paix avec l'Etat d'Israël" et "n'aura pas d'armée"; ainsi que la "loi numéro deux... interdisant tous les actes de terrorisme et instituant des sanctions en cas de violations". L'essence de ces deux "lois" est déjà contenue dans la résolution 242.
Ce qui fait de l'Etat auquel se prépare la direction de l'OLP un bantoustan, ce n'est ni sa superficie en soi, ni même le fait qu'il sera sous surveillance. C'est le fait que ce sera un Etat sous tutelle, un Etat dont le gouvernement aura pour tâche primordiale de réprimer toute velléité des Palestiniens de poursuivre la lutte armée contre l'Etat qui a expulsé la grande majorité d'entre eux de leurs terres, par la force des armes. Le moyen principal pour lequel l'OLP a opté est tout à fait adapté à cette fin, et uniquement à celle-ci. Rien d'autre ne peut résulter, en effet, de négociations directes avec Israël, dans le cadre d'une Conférence internationale sous l'égide des grandes puissances, dont seule la résolution 242 -élaborée par ces mêmes puissances pourrait être la base. Il en découle que le "compromis de trahison" en ce qui concerne la direction de l'OLP n'est pas une hypothèse future invraisemblable, comme le disait Georges Habache pour se justifier, juste après le dernier CNP ; mais bien un choix déjà fait par ce même CNP, explicitement, et qui était implicite depuis le CNP de 1983 (voir le numéro précédent d'Inpre-
Exiger la reconnaissance
Est-ce à dire qu'il faille s'abstenir d'exiger la reconnaissance de l'Etat palestinien par les gouvernements qui ne l'ont pas encore fait ? Nullement, car l'important à cet égard est l'impact sur la lutte des masses de l'intifada. Celles-ci n'ont voulu voir, en majorité, dans la proclamation du CNP que
MAUDITS MAUDITS (ISRAELIENS UNE VIE ENTIERE EN CISJORDANIE N4(0 = pa l'aspect "déclaration d'indépendance"; c'est cela qu'elles ont célébré et qui les a galvanisées. Leur revendication d'un Etat palestinien indépendant en Cisjordanie et à Gaza est juste et doit être soutenue. Une des formes du soutien est, aujourd'hui, la lutte pour la reconnaissance de cet Etat par les gouvernements, immédiatement et sans conditions d'aucune sorte telles que la "sécurité" d'Israël, etc. Car plus les masses de l'intifada auront le sentiment que l'heure de leur délivrance approche, notamment en raison de l'accentuation de la pression internationale sur Israël et les Etats-Unis, plus elles seront déterminées à poursuivre leur lutte sans relâche.
Toutefois, à l'inverse de Moscou qui a soutenu la proclamation de l'Etat sans reconnaître celui-ci formellement (sous de vains prétextes juridiques), nous luttons pour la reconnaissance formelle de l'Etat palestinien, sans approuver, pour autant, le texte de la proclamation adopté par le CNP. Au contraire, le soutien à la lutte du peuple palestinien doit rester, plus que jamais, articulé autour des revendications du retrait sioniste total et inconditionnel des territoires occupés en 1967 et du droit des Palestiniens à l'autodétermination, sans aucune forme de diktat. Cette orientation a été réaffirmée dans la déclaration sur l'intifada adoptée par le Secrétariat unifié de la IVe Internationale, en mars 1988 (voir Inprecor, numéro 263 du 11 avril 1988).
Soutien au peuple palestinien
En maintenant une autonomie politique claire et sans équivoque sur cette base, il est tout à fait possible et légitime de participer à toute activité apportant un soutien objectif aux masses palestiniennes en lutte, aussi bien avec l'OLP et ses partisans inconditionnels qu'avec même, notamment dans les pays impérialistes et dans l'Etat d'Israel, des sionistes ou des pro-sionistes oppcsés à l'occupation de la Cisjordanie et de Gaza. Ce faisant, il faut refuser de souscrire à toute plate-forme comportant des élécontradictoires avec l'orientation définie ci-dessus, tels que les "droits" d'Israël, la paix avec Israël ou la Conférence internationale.
De même, il est aujourd'hui plus nuisible que jamais de souscrire à la formule consacrée : "l'OLP, seul représentant légitime du peuple palestinien". En effet, cette formule n'est pas la simple constatation d'un résultat de sondage (en l'absence de tout mécanisme démocratique direct de représentation pour le peuple palestinien dans son er.semble). Elle est clairement. dans l'esprit de ceux qui l'ont inventée et dans son interprétation commune, une carte blanche donnée à l'OLP, donc à sa direction, pour décider du sort du per3) Comme quoi, même un Jéron e Segal pouvait envisager cette proclamation AUTH bien avant que le roi jordanien ne prenne les devants, le 31 juillet
ple palestinien en son nom. Au moment où l'OLP s'engage, sans ambiguïté, sur la voie de la capitulation, on peut mesurer le caractère néfaste de ladite formule. Si, depuis décembre dernier, l'administration américaine a entamé un dialogue direct avec l'OLP, tandis qu'une fraction croissante de l'establishment sioniste — dont le ministre travailliste en exercice, Ezer Weizman, le quart des députés du même parti et son secrétaire général qui vient de démissionner pour cette raison — réclame un dialogue direct entre le gouvernement israélien et l'OLP, croit-on que c'est pour célébrer le premier anniversaire de l'intifada ou parce que la direction Arafat a franchi, entre la mi-novembre et la mi-décembre, des pas décisifs vers la soumission à leurs conditions ?
Le droit à l'autodétermination du peuple palestinien - dont il ne faut pas oublier que la majorité vit hors de la Palestine dans son ensemble, Cisjordanie et Gaza inclus - comprend aussi son droit à désigner librement et démocratiquement ses représentants, sans que personne ne s'arroge de l'extérieur le droit de décréter qui est son "seul représentant légitime". Certes, l'OLP jouit du soutien de la majorité des Palestiniens ; jusqu'à nouvel ordre, car la représentation en démocratie n'est pas un droit éternel. Les majorités populaires peuvent se tromper. Les révolutionnaires ont le droit, et le devoir, de le leur dire et de combattre leurs illusions.
Quel soutien ?
Soutenir inconditionnellement la lutte d'un peuple opprimé contre ses oppresseurs signifie soutenir cette lutte, indépendamment de la nature de sa direction (même si elle est féodale ou religieuse !). Cela ne signifie nullement soutenir inconditionnelcette dernière, encore moins quand elle appartient aux classes possédantes. A son égard, l'attitude des révolutionnaires doit être fondée sur la distinction entre mesures à soutenir et mesures à dénoncer. Le soutien inconditionnel à la lutte du peuple indien contre l'impérialisme britannique devait être combiné avec une attitude critique vis-à-vis de Gandhi et du parti du Congrès, en dépit de leur énorme popularité et du fait qu'ils, ont dirigé des luttes, telles que les campagnes de désobéissance civile, fort semblables à celles de l'intifada actuelle en Palestine. On pourrait multiplier les exemples empruntés à d'autres pays (Chine, Ethiopie, Tunisie, Iran, Philippines, etc). Mais l'histoire même de la Palestine est déjà suffisamment éloquente : jusqu'à la défaite de 1948, la seule direction suivie par la grande majorité des Palestiniens était celle du mufti de Jérusalem, Haj Amine Al-Husseini. Il a été le porte-parole de la grande intifada palestinienne de 1936-39 et le grand responsable de son avortement par la recherche d'un compromis avec la puissance mandataire britannique, au détriment des sionistes.
Dans toute confrontation entre le sionisme, ou des gouvernements impérialistes, ou la réaction arabe, d'une part, et l'OLP d'autre part, celle-ci doit être soutenue sans l'ombre d'une hésitation. Sur le terrain, il
...Puis soudain, quand jar eu mes 40 ans, c'est comme si je ne me reconnaissais plus, et parfois, javais l'impression qu'il y avait deux personnes en moi et que l'autre commençait à prendre de plus en plus de place... faut rechercher l'alliance avec elle dans la lutte concrète contre l'ennemi commun. Ainsi, nos camarades du Liban ont participé au combat contre la réaction libanaise et l'armée israélienne, pendant sept ans, sous la direction militaire de l'OLP. Mais il faut savoir agir avec une telle alliée - comme le disait Trotsky à propos de la fraction de gauche du Kuomintang chinois (beaucoup plus radicale que l'OLP actuelle) — "sans se prosterner devant (elle) à chacune de ses oscillations,... en soutenant chaque pas en avant et en démasquant impitoyablement chaque hésitation ou chaque pas en arrière " ("La Révolution chinoise et les thèses de Staline", 1927).
Cette dernière tâche est celle des révolutionnaires palestiniens et de ceux des pays arabes, dont les gouvernements les plus réactionnaires sont les principaux alliés de la direction de l'OLP, et soutiennent à fond chacun de ses pas en arrière. Bien entendu, il n'en va pas de même pour l'activité publique de ceux qui agissent au sein des masses juives de l'Etat d'Israël ou dans les pays impérialistes qui le soutiennent.
Contradiction apparente
Ceci dit, il demeure une contradiction apparente entre notre analyse de la direction de l'OLP et le fait qu'elle ait joui, jusqu'à présent, d'un large soutien de masse. La contradiction ne porte pas sur sa qualification de bourgeoise — fait quantifiable et incontestable, sur lequel l'ensemble de la gauche palestinienne, y compris la fraction stalinienne de l'OLP, est unanime. Car, après tout, une direction bourgeoise peut parfaitement incarner les aspirations nationales de son peuple contre un joug étranger. La contradiction porte plutôt sur notre description de la trajectoire de l'OLP des dernières années, sinon depuis 1973, comme un cours de capitulation. Georges Habache, qui partage la même analyse, citait trois raisons, par ordre chronologique, pour expliquer cette contradiction apparente, dans une longue interview-bilan accordée à l'organe du FPLP, Al-Hadaf, en décembre 1987.
Il y a d'abord, disait-il, le fait que la droite palestinienne a pris l'initiative de la lutte armée en 1965, ce qui lui a conféré un grand prestige et lui a permis d'acquérir, au départ, une position dirigeante. Il y a ensuite le fait que "la bourgeoisie palestinienne, de par sa nature de classe et ses tendances au compromis et à l'accommodement, est étroitement liée aux régimes réactionnaires et bourgeois arabes ; ce qui lui a valu un grand appui politique et maté riel de la part de ces régimes, qui a contribué à son hégémonie...". Il y a enfin, toujours selon Habache, le fait que "l'ennemi national a répondu à la déviation politique qui a caractérisé les positions et la pratique de la droite palestinienne, par encore plus de fermeté et d'intransigeance ; de sorte que la droite a paru suivre des tactiques acceptables, aux yeux des masses".
Attitudes différentes
Ces trois éléments d'explication sont vrais, quoiqu'insuffisants. Le dernier, tout à fait fondamental, pourrait à terme devenir périmé. Il permet cependant de saisir deux aspects, souvent occultés, de l'attitude des masses palestiniennes vis-à-vis de l'OLF. Le premier aspect est que cette attitude Varie, en degré sinon en nature, non seulement en fonction des appartenances sociales, mais aussi et beaucoup selon l'or -gine et la situation territoriale : Palest -niens détenteurs de la citoyenneté israélienne, restés dans le territoire conquis par les sionistes en 1948 ; Palestiniens originaires de Cisjordanie ou de Gaza, et y habitant ; réfugiés de 1948 selon leur lieu de résidence (territoires de 1967, Jordanie, Liban, Syrie...), etc. Il est naturel que la limite des tactiques perçues comme "acceptables " soit différente pour chaque catégorie. De même, l'attitude de leur oppresseur irr.médiat vis-à-vis de l'OLP est déterminante
Ainsi, les habitants des territoires de 1967, dont l'occupant a traditionnellemer.t considéré Yasser Arafat comme le diable en personne, ont naturellement tendance à avoir beaucoup plus de sympathie pour lui que les Palestiniens, au moins aussi nom -breux, réfugiés en Jordanie. Ceux-ci per -vent difficilement supporter le fait que le même Arafat ne manque pas une occasion de donner une tendre accolade à son "frère", le roi Hussein, qui n'a pas moins de sang palestinien sur les mains que les dirigeants sionistes et qui fait subir aux Palestiniens, dans son royaume, un régime d'oppression
par rapport auquel l'occupation israélienne fait figure de régime humanitaire et démocratique. Si donc l'OLP peut apparaître, aux yeux des masses, comme une représentante acceptable de leur lutte contre l'occupation sioniste des territoires de 1967, elle ne saurait être perçue comme représentante de la lutte tout aussi nécessaire contre l'oppresseur jordanien (voir encadré).
La carence de la gauche
Le second aspect souvent occulté de l'attitude des Palestiniens à l'égard de TOLP, d'ailleurs lié au précédent, est que même parmi les masses qui se reconnaissent dans cette dernière, il existe une défiance largement répandue à l'égard de sa direction. Ces masses soutiennent néanmoins l'OLP, car elles y voient le seul point disponible, et un tant soit peu crédible, où peuvent se focaliser leurs luttes contre "l'ennemi national". Dresser ce constat, c'est renvoyer à une quatrième raison, peut-être la plus importante, de l'hégémonie persistante de la droite palestinienne ; à savoir, la carence de la gauche et, en premier lieu, celle de la gauche tradition-
Quand on sait l'analyse que fait Georges Habache, chef de la principale fraction de cette gauche, de la direction de l'OLP, on ne peut que se demander comment il peut, en même temps, proclamer son attachement à l'OLP, la qualifier lui-même de "seul représentant légitime du peuple palestinien" et refuser toute idée de construction d'un cadre de rechange pour la direction de la lutte pa-
La réponse qu'il donne à cette question inévitable n'est pas neuve ; elle a même plus de 60 ans ! Pour les besoins de la cause, il faut affubler la "bourgeoisie " de l'épithète "nationale".
Dans "la première des étapes de la libération nationale", dit-il dans l'interview déjà citée, s'unissent "la bourgeoisie nationale, la petite-bourgeoisie, les ouvriers et les paysans". Or, "'OLP, outre qu'elle est un cadre qui incarne la personnalité palestinienne indépendante, est ce front qui inclut toutes ces classes... bien qu'elle soit actuellement sous la direction de la bourgeoisie".
On retrouve ici les ingrédients bien connus de la théorie stalinienne forgée autour du débat sur la Chine en 1926-27. Rien n'y manque : les étapes, le bloc des quatre classes et sa traduction organisationnelle, ici l'OLP, en Chine le Kuomintang (qui incarnait certainement encore plus la "personnalité" chinoise indépendante, à l'époque, que l'OLP n'incarne celle des Palestiniens aujourd'hui). La critique de ces conceptions, elle aussi, a plus de 60 ans ; et elle est toujours aussi pertinente et judicieuse.
"Considérer le Kuomintang non pas comme un parti bourgeois, mais comme une arène neutre dans laquelle on lutte pour avoir avec soi les masses, mettre en avant, comme un atout, les 9/10 constitués par la base de gauche pour masquer la question de savoir qui est le maître dans la maison, cela signifiait consolider la puissance et le pouvoir du 'sommet' ; c'était l'aider à transformer des masses de plus en plus nombreuses
Deux points de vue palestiniens sur l'OLP • Cisjordanie - De jeunes militants de l'intifada rencontrés par Alain Gresh, envoyé spécial du Monde diplomatique (mai 1988):
"Peu de monde échappe aujourd'hui à leurs sarcasmes, pas même la direction de l'OLP dont ils proclament haut et fort qu'elle est leur 'seul représentant' mais dont ils dénoncent, en privé, l'incurie, la corruption de certains de ses cadres — 1'OLP cinq étoiles', disent-ils dans un grand éclat de rire, — le peu de succès... Pour Bassam, en quelques mois, les Palestiniens de l'intérieur ont obtenu plus que l'OLP en vingt ans... Mais leur propos sur l'OLP échappent à toute ambiguité : C'est l'OLP qui décide ; c'est elle qui doit négocier ; nous refusons de constituer une direction de rechange."
• Jordanie - Camp de réfugiés palestiniens de Bakaa, l'un des plus grands, visité par Véronique Maurus, envoyée spéciale du Monde (17 février
"Le soulèvement... est vécu comme l'expression d'une authentique et violente autodétermination palestinienne, après des décennies de manipulation par Israël, les Etats arabes, et même l'OLP, accusée clairement d'impuissance et de collusion avec les "poli-
Un rêve, répété en ritournelle : qu'un "nouveau leadership " se dégage de la révolution. Qui ? On reste plus discret. "Il y aura une révolution, ici et partout où on nous opprime", répète un homme d'âge mûr. "Il faut refuser tous les compromis. Si elle est sponsorisée par les gouvernements arabes ou l'OLP, en 'cheptel'... Le 'sommet' bourgeois ne tolère (ou n'a toléré) '9/10' de gauches (et de gauches de cette sorte) que dans la mesure où ils ne portent pas atteinte à l'armée, à la bureaucratie, à la presse, aux capitaux. Grâce à ces puissants moyens, la sphère bourgeoise supérieure maintient son pouvoir non seulement sur les prétendus 9/10 des membres de 'gauche du parti, mais sur les masses populaires dans leur ensem-
De même, considérer l'OLP non pas comme une organisation bourgeoise, mais comme une "arène neutre", un "front des quatre classes " dont la direction peut passer des mains d'une classe à l'autre (thèse des FDLP et FPLP), en avançant comme argument la composition sociale de sa base et son ascendant sur les masses populaires, cela signifie "consolider la puissance et le pouvoir du sommet " bourgeois et "l'aider à transformer des masses de plus en plus nombreuses en 'cheptel'..". Et c'est encore plus vrai dans le cas de l'OLP que dans celui du Kuomintang : en effet, les statuts adoptés en 1924 par ce dernier (et inspirés par l'envoyé du Komintern !) désignaient comme instance suprême, en principe, le
Congrès national, dont les membres sont élus par des congrès de base, et qui élit à son tour le Comité exécutif. Par contre, les Etats arabes qui ont fondé l'OLP, en 1964, ont bien pris soin de la créer à leur image, c'est-à-dire comme une institution bureaucratique fondée essentiellement sur la désignation et la cooptation, et non sur la représentation directe de la base par voie électorale.
C'est par ce mécanisme antidémocratique que le CNP s'est principalement renouvelé depuis la désignation des membres de sa première session, en 1964, sous le contrôle des Etats arabes. C'est par ce même mécanisme que le Fath a pris le contrôle de l'OLP en 1969, sur décision des tuteurs arabes de celle-ci, comme le recornaît implicitement Abou Iyad dans son autobiographie : "Tous les pays arabes (..) accueillirent avec satisfaction la prise en charge de l'OLP par la Résistance. La principale raison en est que le Fath, qui bénéficie de la confiance de la plupart d'entre eux, s'est assuré, comme il se doit, une influence prépondérante tant au sein du CNP qu'au Comité exécutif" ("Palestiniens sans patrie", éditions Fayolle, Paris, 1978, p.109).
L'hégémonie du Fath Depuis, l'hégémonie du Fath dans l'OLP est à proprement parler inamovible, puisque le fonctionnement de l'organisation repose sur le cercle vicieux CNP-CE-CNP, les deux organismes assurant réciproquement la reproduction simple, et parfois élargie, de l'hégémonie du Fath. Ainsi, cette dernière formation n'eut pas grand mal à réunir le quorum des deux-tiers du CNP, lors de la session d'Amman en 1984, malgré le boycott par l'ensemble des autres formations politico-militaires palestiniennes, à l'exception de deux groupuscules pro-irakiens. A cette même session, en réaction aux dissensions croissantes dans le mouvement palestinien depuis 1983, la direction du Fath-OLP décida de modifier la composition du CNP. Selon une revue sponsorisée par l'OLP (4), "le nombre des représentants des associations socio-professionnelles favorables à M. Arafat a plus que doublé (passant à 26% du total), tout comme celui de la diaspora a augmenté de près du tiers (passant à 44,5% des sièges)". S'y ajouter.t 10% des sièges réservés aux représentants de l'armée (ALP), directement désignés par le "commandant en chef", Yasser Arafat e 1 personne ; ainsi que 7,5% réservés aux dé -légués du Fath. Les autres organisations doivent se contenter de se partager 11,5%
Une bonne illustration du caractère à ia fois bourgeois et manipulateur de la composition du CNP est fournie par la comparaison entre la représentation du FPLP, principale organisation palestinienne après le Fath, et d'autres "représentations'. Le rapport est de 2/5 avec celle de la diaspora palestinienne des pays pétroliers arabes
4) Revue d'études palestiniennes, numéro 25,
pouce de terrain libere, mais personne ne peut nous obliger
• reconnatre ventte pretendue sur le reste de notre terre sacrée, ni à reconnaitre ses frontières. Nous ne demandons à personne de reconnaitre les nôtres, qui resteront ouvertes jusqu'à ce que toute la terre usurpée solt puriflée... Ceux qui prevoient d'etablir un Etat par des négociations de paix.
révent et mystitient leur peuple en faisant croire que cet Etat résoudra les problèmes du peuple palestinien... Cet Etat ou ce mini-Etat aura pieds et poings liés, les yeux bandés et la volonté paralysée par les contraintes et les garantles qu'il peuple palestinien qui meurt aujourd'hul et qul s'est souleve en cette révolution combattante bénie, ne l'a pas fait pour que les bureaux de T'OLP se hissent au rang d'ambassades, ou pour établir un Etat illusolre, à la volonté et à la
Gaza par les autorités d'occupation en avril 1988. Déclaration
Talle au nom du Mouvement, de la resistance islamique,
(émirats du Golfe et Arabie Saoudite) ; 3/5 avec celle de la diaspora des deux Amériques ; près de 1/5 avec le groupe des "personnalités indépendantes" ne représentant qu'elles-mêmes, et souvent leur portefeuille ; et 3/2 avec le Front de libération arabe, groupuscule fantoche de l'Irak, grand allié d'Arafat. Par ailleurs, la dernière session du CNP, où 15% seulement des votants se sont prononcés contre l'acceptation de la résolution 242, est la preuve indéniable du fait que cette instance ne reflète nullement la répartition réelle des tendances de l'opinion publique palestinienne.
One bureaucrati lethoriaue
Ces moyens statutaires du maintien de l'hégémonie de la direction bourgeoise dans I'OLP, se combinent, bien sûr, avec les moyens classiques mentionnés par Trotsky, et notamment la bureaucratie et les finances. L'appareil bureaucratique de l'OLP est pléthorique : plusieurs milliers de salariés, dont la couche supérieure vit dans un luxe qui fait insulte aux conditions de vie de la grande majorité des Palestiniens ; un appareil dont certaines branches, telles que le "département politique", c'est-à-dire la diplomatie (85 bureaux de représentation dans le monde), sont de nature à faire pâlir d'envie de nombreux Etats du Tiers-monde. En outre, l'OLP subventionne, régulièrement ou occasionnellement, des dizaines de milliers de personnes qui constituent une importante clientèle sociale. Quant aux finances, le Trésor de l'OLP est, bien sûr, considérable : un immense capital en biens meubles et immeubles, et un budget de fonctionnement, principalement alimenté par les pays pétroliers arabes, se chiffrant en centaines de millions de dollars par an.
On comprend dès lors que la gauche de I'OLP, malgré les dénégations de ses dirigeants, n'a qu'un rôle de potiche, celui de l'alibi de gauche de la politique éminemment droitière de la direction bourgeoise du Fath. Cela se traduit par le piteux spectacle qu'offre cette gauche depuis deux ans : quelques jours à peine après chacun des deux derniers CNP (1987 et 1988) auxquels elle a participé sous le signe de "l'unité nationale", elle s'est vue contrainte de publier des communiqués dénonçant les prises de position d'Arafat et de ses compagnons comme contraires aux décisions du CNP (en fait, à son interprétation particulière de ces décisions). C'est dire à quel point le consensus national sur lequel la gauche prétend fonder sa participation aux instances de TOLP, est illusoire.:
Comme le reconnaît Habache candidement, dans l'interview déjà citée : "Nous gagnions la bataille en théorie, sur le papier. Mais la fraction hégémonique dans la direction de l'OLP, de par sa nature bourgeoise, ne respectait pas ce qui était convenu, dans sa pratique politique ultérieure. C'est ce comportement politique qui explique, en fait, l'opposition de cette fraction de droite à la réalisation de réformes organisationnelles démocratiques dans les instances et institutions de l'OLP ; car elles limiteraient sa liberté de mouvement politique pour frapper aux portes de la capitulation, auprès des capitales arabes réactionnaires".
Faut-il déduire de tout ce qui précède que la gauche palestinienne aurait dû s'abstenir, par principe, d'adhérer à l'OLP ? Pas forcément. Mais c'est sa conception même de l'adhésion à l'OLP qui aurait dû être radicalement différente. La gauche palestinienne aurait pu se maintenir dans TOLP, comme au cours des premières années de sa participation, à titre tactique, bannière déployée et sans ménager la direction droitière. Elle aurait pu se servir du CNP comme tribune d'agitation politique, tout en dénonçant haut et fort son mode de composition antidémocratique et en réclamant que le corps principal des membres de l'instance soit élu par les masses palestiniennes, y compris sous la forme de délégués de comités populaires des camps de réfugiés. Elle n'aurait, en tout état de cause, jamais dû accepter de prêter sa caution au Comité exécutif de l'OLP, du moins certainement pas après 1974 — année à laquelle le FPLP, beaucoup plus radical qu'aujourd'hui, avait effectivement, à juste titre, suspendu sa participation à cette instance (il demanda sa réintégration quatre ans plus tard). D'ailleurs, même du point de vue des limites politiques propres au FPLP, celui-ci aurait dû logiquement se retirer à nouveau du CE après le dernier CNP, qui a accepté la résolution 242. En 1974, le FP l'avait fait pour beaucoup moins que ça !
L'adhésion à l'OLP
Carence, donc, de la gauche de l'OLP. Qu'en est-il alors de l'opposition dissidente ? Les principales organisations de celle-ci — le Fath - Commandement provisoire (scission du Fath en 1983), dirigé par Abou Moussa, et le FPLP - Commandement
Un échantillon du discours intégriste palestinien souveraineté paralytiques... Hamas, au journal koweltien Al-Cabas, en octobre 1988.
l'instrument palestinien du pouvoir syrien, la Saika, dans le cadre du Front du salut national palestinien (FSNP). Ces organisations ont publié, après le dernier CNP, des communiqués de stigmatisation, en commun avec d'autres groupes dont le Parti communiste révolutionnaire palestinien, dissidence de gauche du PCP. Elles appellent aujourd'hui à la fondation d'une nouvelle OLP qui devrait inclure, selon Abou Moussa, le courant intégriste islamique, lui aussi opposé violemment, pour ses raisons propres, au dernier tournant de l'OLP.
Cependant, le FSNP a très peu de crédibilité aux yeux des masses palestiniennes. Il apparaît pour ce qu'il est réellement : un regroupement sous la tutelle de Damas, qui s'est totalement discrédité en assumant la responsabilité de bombarder des camps pe.lestiniens au Liban, dans le cadre de son combat contre le Fath d'Arafat. En outre, les avances faites aujourd'hui par Abou Moussa au courant intégriste sont la marque d'une myopie politique affligeante et d'une faillite pitoyable.
Le danger intégriste
De fait, ce dernier courant profite en milieu palestinien de la même combinaison qui l'a fait considérablement croître dans d'autres pays de la région : situation explosive, faillite de la bourgeoisie traditionnelle et carence de la gauche. En milieu palestinien, comme ailleurs, la bourgeoisie a joué un rôle d'apprenti-sorcier : la direction du Fath a favorisé délibérément, dans un premier temps, la progression du courar:t intégriste palestinien, notamment après 1979, et jusqu'en 1987 pour certaines ce ses composantes. Aujourd'hui ce courant a su mettre à profit l'intifada pour se développer, au point que les autorités sionistes elles-mêmes ont commencé à s'en inquiéter sérieusement depuis quelques mois, après avoir longtemps laissé faire, croyant ainsi mieux "diviser pour régner". Or, le courant intégriste est en très bonne posture pour a:"Nous établirons notre Etat Islamique combattant sur touf devant la conférence internationale. Cheikh Khaill Al-Kouka, prédicateur musulman expulsé de
tirer à lui les déçus de lOLP, de plus en plus nombreux depuis le dernier CNP. Il tient aujourd'hui un discours très radical, susceptible de convaincre d'importantes fractions des masses et de la jeunesse (voir encadré p. 25). Même Habache le confirme ; il faisait, en décembre 1987, ce qui ressemble à un aveu de sa propre faiblesse : "Je crois que le courant religieux peut s'emparer de la direction des choses, si l'OLP s'arrête de pratiquer la lutte armée et marche dans la voie de la déviation et de la capitulation".
Il va sans dire que la croissance de ce courant représente un véritable fléau pour le mouvement des masses palestiniennes. Son discours de fanatisme religieux est de nature, d'une part, à renforcer la cohésion sioniste de la société judéo-israélienne ; d'autre part, à rebuter la minorité chrétienne palestinienne dont le rôle est loin d'être négligeable. Il représente, enfin, une énorme régression pour une population qui a été, et est encore, à la pointe du combat progressiste à l'échelle de la région.
La gauche révolutionnaire
Toutefois, la gauche révolutionnaire palestinienne, bien que non regroupée dans un cadre politique unique et centralisateur, est heureusement nettement plus importante en termes relatifs que dans les autres pays arabes. Il s'agit principalement de la gauche du FPLP — dont ce n'est un secret pour personne qu'il est traversé par des débats depuis un certain temps. La branche du FPLP agissant dans les territoires de 1967 semble, à en juger par ses communiqués, beaucoup plus radicale que la direction officielle à l'extérieur. D'autre part, les Comités populaires constitués dans les camps palestiniens en Syrie et proches du Parti d'action communiste (PAC), ont regroupé plusieurs centaines de personnes, jeunes pour la plupart, avant d'être décimés par la répression à partir de 1986 et de contribuer à remplir les geôles syriennes.
Certes, ce n'est pas considérable. Mais dans la course de vitesse engagée à l'échelle de la région arabe entre la gauche révolutionnaire et l'intégrisme radical, les révolutionnaires palestiniens sont aujourd'hui mieux placés que leurs camarades des autres pays. Cela est d'autant plus important que la scène politique palestinienne est un point de mire pour tous les autres pays.
28 janvier 1989
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