Inprecor 1974–2004

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THEOLOGIE DE LA LIBERATION

Le point de vue des militaires

Inprecor n° 281, 6 février 1989 · p. 17-18 · 2 072 mots

les thèses pour Reagan, a remis l'ouvrage sur le métier appelé document de "Santa-Fé . En bonne place parmi une doctrine politique déguisée en croyance religieuse avec une signification anti-papale et anti-libre entreprise des préoccupations des militaires latino-américains lors

THEOLOGIE DE LA LIBERATION/

AMERIQUE LATINE

Le point de vue des militaires

DES LA PREMIERE élection de Ronald Reagan à la Maison-Blanche, ses conseillers mettaient l'accent sur les dangers que représentait, la théologie de la libération pour la domination américaine dans l'arrière-cour de l'empire.

Huit ans plus tard, de ce point de vue, les choses n'ont guère changé. Le même groupe qui avait élaboré pour Bush en produisant un nouveau rapport, Intitulé

Une stratégie pour l'Amérique des années 90, les méthodes utilisées par "la subversion marxiste"

figure, de nouveau, la théologie de la libération :

"Pour les théoriciens marxistes, la méthode la plus prometteuse pour créer un régime étatiste à l'intérieur d'un milieu démocratique est de conquérir la culture de cette nation. (...) C'est dans ce contexte, qu'il faut comprendre la théologie de la libération : comme destinée à affaiblir l'indépendance de la société face au contrôle étatique."

La théologie de la libération faisait également partie de leur XVIle conférence,

1987. Pour eux, ce n'est en effet qu'une des formes

- particulièrement perverse puisque se dissimulant sous le langage religieux - que prend le Mouvement communiste International pour mettre à bas la démocratie.

Nous reproduisons ci-dessous des extraits du premier chapitre du document (confidentiel) élaboré par cette conférence.

DOCUMENT

A) les variantes marxistes de la théologie de la libération.

Sa Sainteté Jean-Paul II a exprimé à juste titre (21 décembre 1984) devant les cardinaux et les prélats de la Curie romaine, que la théologie de la libération utilise les souffrances des pauvres comme un prétexte pour un nouveau

"type d'oppression, parfois plus grave".

Que la motivation dominante de l'action pastorale de l'Eglise catholique soit "l'option préférentielle pour les pauvres"

n e à leurs yeux, à Mar del Plata, en novembre signifie pas qu'elle doive se "confondre avec une réduction des pauvres à des catégories abstraites socio-politiques ou économiques"

Pour nous, ces affirmations du pontife résument avec clarté, le style pastoral de l'action de l'Eglise en Amérique latine et la problématique doctrinaire suscitée par les déviations du sens qui anime la proposition engagée dans cette action. Notre exposé prétend aider à la compréhension de ce phénomène et, en même temps, mettre en lumière la vigueur d'un mode plus subtil et plus étayé de pénétration du Mouvement communiste international (MCI). 1) Caractéristiques générales

La) les aspects historiques

Le mouvement théologique que nous connaissons sous le nom de théologie de la libération (TL) rassemble des intérêts, des objectifs et des activités d'un vaste secteur de l'Eglise catholique et, en bonne partie, de noyaux importants du protestantisme. Ce mouvement est né à la fin des années 60, comme une réponse aux inquiétudes qui, surtout en matière pastorale et sociale, sont aux origines du Concile Vatican II, dont les recommandations furent adaptées et appliquées aux réalités et aux besoins de l'Amérique latine par les évêques latino-américains, pour les tâches pastorales lors de l'assemblée de Medellin (CELAM, Colombie, 1968) et des rencontres qui l'ont suivie.

Pour répondre à de tels enjeux, ce courant s'est étendu à d'autres pays du Tiersmonde. Cela ne signifie pas que les catégories ou les modalités de pensée qui lui servirent de base pour élaborer cette positicn soient nées de la réalité analysée. Au contraire, elles emploient, en général hors du contexte, des catégories européennes de pensée, comme nous le verrons plus loin.

La première des tentatives, importante et systématique, de mise en ordre conceptuelle du contenu de la nouvelle réflexion théologique dans les termes qui furent plus tard remis en question par la Congrégation pour la doctrine de la foi, fut la conférence de juillet 1968, organisée par la Rencontre nationale du mouvement sacerdotal ONIS (Organisation nationale indépendante des prêtres), à Chimbote (Pérou), par le prêtre et théologien Gustavo Gutierrez sur ie thème "Pour une théologie de la libération". En 1971, ce même prêtre publiait un livre intitulé "Théologie de la libération', lequel a servi de base à de nouveaux développements doctrinaux sur la question. Depuis sa publication, le livre de Gutierrez a connu dix éditions en langue espagnole et a été traduit en de nouvelles langues, créant un mouvement autour de ce thème qui eut des répercussions dans quasi tous les pays cu Tiers-monde à population catholique cu chrétienne et dans certains cercles théologiques et politiques importants d'Europe, y compris au Vatican.

Déjà, la Ille Conférence générale de l'épiscopat latino-américain (1979) lançait un avertissement sur "le risque d'idéologisation auquel s'expose la réflexion théclogique, quand elle se réalise à partir d'une praxis qui recourt à l'analyse marxiste" et concluait à ce sujet que "les conséquences en sont une politisation totale de l'existence chrétienne, la dissolution du langage de la foi dans celui des sciences sociales et le vide de la dimension transcendantaie chrétienne du salut". (Document de Puebla).

Beaucoup des nouvelles élaborations théologiques avaient donné lieu à des confusions doctrinales, au soutien explicite des méthodes violentes pour modifier les graves problèmes structurels socio-économiques et à l'émergence, dans les milieux chrétiens, de l'idée de la nécessité d'opérer ces changements sur la base de l'instru-

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mentalisation par la subversion marxiste en vue de rendre effectives ses propositions. La cristallisation des dérives politico-idéologiques, impliquée par l'élaboration de ces points de départ radicalisés de la TL, fut rapidement illustrée par la manipulation que le régime nicaraguayen en fit. Cette distorsion qui, de plus, favorise l'instauration de magistères parallèles et rompt l'unité doctrinale et institutionnelle de l'Eglise, fut condamnée successivement par différents organes et documents ecclésiastiques du pays et du continent et par le pape lui-même en différentes occasions (voir entre autres, les conclusions de la rencontre de théologie de Managua, du 8 au 16 septembre 1980).

éclaircissement de cer-

En soi, l'expression théologie de la libération ne constitue pas un motif de rethème de la libération et la réflexion théologique centrée sur cette question ont des bases bibliques et s'insèrent parfaitement dans la plus authentique tradition apostolique et le magistère de l'Eglise.

Ce qui nous intéresse dans les effets de cette théorisation, c'est la systématisation conceptuelle qui tord intentionnellement l'orientation du magistère, appuyée sur "l'option préférentielle pour les pauvres", en examinant le thème biblique de la libération, la liberté et l'urgence de la nécessité de sa réalisation pratique, par l'emploi de structures de pensée ou de catégories d'analyse non-chrétiennes, certains cas, farouchement anti-chrétiennes. Dans ce sens, certaines lignes de réflexion de la théologie de la libération identifient le message chrétien avec le projet marxiste de libération : y sont assumées de façon acritique, les variables d'analyse de cette idéologie comme "une méthodologie scientifique" et sur ces bases-là est élaborée la nouvelle lecture théologique. Alors qu'il est juste du point de vue doctrinal de faire la lecture de la politique à partir de l'Evangile, c'est-à-dire à partir de la foi même, on ne peut faire l'inverse.

Le document de Puebla confirme notre appréciation et ajoute, faisant référence à ces groupes, que la "tentation d'identifier le message chrétien avec une idéologie et de l'y soumettre, invitant à une relecture de l'Evangile à partir d'une option politique" (voir également le discours inaugural de Jean-Paul II)

L'interprétation de ce type de théologie de la libération a transformé cette "option préférentielle pour les pauvres" en un concept éloigné du sens de la foi, conforme à la conception marxiste de la "lutte des classes comme chemin vers une société sans classes", vidant ainsi de leur sens tous les contenus christologiques, ecclésiastiques et pastoraux fondamentaux. De cette façon, cette modalité de réflexion théologique réduit, entre autres, la figure de Jésus à une espèce de leader politique et social, et établit au sein de l'Eglise, la contradiction dialectique propre au marxisme, avec le choix entre Eglise populaire et Eglise hiérarchique, comme représentation de la lutte entre opprimés et oppresseurs. C'est de ce point de vue que l'on identifie, comme nous l'avons vu, l'être chrétien avec un militantisme partidaire déterminé et la participation effective à la lutte pour imposer un nouvel ordre social, qui n'est rien d'autre que celui qui est préconisé par le socialisme 2) Schémas des différents courants de la théologie de la libéra-

Il existe différentes classifications de la théologie de la libération. Elles prétendent toutes mettre en lumière et distinguer les éléments substantiels qui nourrissent une réflexion théologique authentique et nécessaire qui sert à l'élaboration et l'exécution d'une pastorale adaptée aux enjeux sociaux et politiques actuels.

Autre point commun de ces classifications, c'est qu'en règle générale, leurs auteurs répondent à une vocation inspirée par l'unité de l'Eglise et de son magistère. On peut donc dire que ce sont là des tentatives pour dépasser les déviations doctrinales produites par les premières élaborations.

Le critère classificatoire qui les anime est la distinction fondamentale entre les courants de la TL, dont le point de départ est le "religieux" ou "l'expérience du sacré" et ceux qui mettent l'accent et la motivation initiale sur le "politico-social" ou sur les "déterminations du profane" et qui, en conséquence, se sont transformés en canaux effectifs de diffusion et d'endoctrinement philomarxiste. Ces derniers furent condamnés à plusieurs reprises par divers organismes et secteurs ecclésiastiques. Ils constituent, dans le cadre de cette analyse, ce que nous appelons les "variantes marxistes de la théologie de la libération" (voir, entre autres documents, celui produit par l'équipe de réflexion théologique pastorale du CELAM, Bogota, novembre 1973). (...) 3) La réponse de l'Eglise

L'Eglise a éclairci les termes de la querelle suscitée en son sein et a réorienté la réflexion théologique et l'action pastorale, fondamentalement dans deux instructions pastorales qui, comme nous l'avons dit, ont été rédigées par le Cardinal Ratzinger et avalisées par sa Sainteté Jean-Paul II. 4) Conclusion de cette modalité

Comme nous le savons tous, depuis Medellin, l'application de la thématique biblique de la libération aux réalités sociales de l'Amérique latine et du Tiers-monde, a une une résonance politique de grande importance du fait de l'incidence du rôle de l'Eglise dans cette région du monde.

De là vient que les différents groupes de pouvoir et, particulièrement, le marxisme dans ses diverses composantes, se soient mobilisés pour accentuer les nuances, approfondir les condamnations et les divisions.

Du point de vue ecclésial, si cela constitue bien une réalité temporelle incontournable, dans la mesure où l'Eglise est aussi une institution du monde, elle est loin de s'épuiser dans la relativité de cette réalité.

En principe, et à notre avis, il s'agit fondamentalement de distinguer l'exercice habituel de l'évêque (qui est le responsable de la vigilance de la foi, représentée à son point le plus élevé par le pape) de toute instrumentalisation idéologique produite par les intérêts existant dans et hors de l'Eglise.

, Indubitablement, le Mouvement communiste international, très au fait de la possibilité de rendre plus vulnérable le facteur de pouvoir et la source des valeurs qu'est l'Eglise, a accentué les contradictions dans ce qu'il nomme le "front religieux" . Les querelles créées par la nouvelle réflexion théologique, grossies intentionnellement ou par négligence, par les moyens de communication sociale, constituent le climat adéquat et le point d'inflexion propice pour la pénétration marxiste de la théologie et de la praxis catholiques et, en général, chrétiennes. Les contradictions furent accentuées tant au niveau strict de la doctrine que dans l'accent mis en permanence sur l'affrontement entre "hiérarchie" et "base" L'un des produits les plus élaborés de cette tendance est ce qu'on appelle la "théologie nicaraguayenne" qui fut le motif de jugements critiques réitérés du secrétariat général du CELAM de sa Sainteté Jean-Paul II.

La stratégie de Rome pour faire face à cette action de pénétration marxiste, qui vide de sa substance les vérités de la foi, et de désarticulation des structures ecclésiales, s'est canalisée à travers la ferme ac tion pastorale du Pape lui-même et des deux instructions du Cardinal Ratzinger. On peut considérer que la première action du Vatican fut de dénoncer et de condamner le mélange avec le marxisme qui, subtilement, tend à mettre en place la modalité gramscienne de formation d'une nouvelle conscience prolétarienne, approfondissant les antagonismes et les déviations.

Postérieurement, dans sa seconde action, il affirme positivement ce que nous pourrions appeler le "noyau" de la théologie de la libération, sur la base de l'expérience historique du salut de l'Eglise universelle.

C'est là une parfaite séparation entre l'essentiel, qui doit être assumé, et l'instrumentalisation marxiste, qui doit être rejetée.

Mar del Plata, Novembre 1987

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