Inprecor 1974–2004

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NICARAGUA

Austérité de choc pour 1989

Inprecor n° 282, 20 février 1989 · p. 26-27 · 949 mots

Nicaragua Économie mondiale

NICARAGUA Austérité de choc pour 1989 1988 AVAIT ETE une année d'austérité pour les Nicaraguayens. Cette situation sera aggravée en 1989. Dans une séance extraordinaire du Parlement, le Président de la république, Daniel Ortega, a annoncé la mise en application d'un plan de choc sur l'économie du pays. C'est le 5e "paquet" de mesures en deux ans, il intervient à peine 4 mois après le dernier réajustement.

Daniel Ortega a brossé le tableau de la crise dramatique qui affecte le Nicaragua, la chute des exportations liée à l'effondrement de la production, le taux astronomique d'inflation et le gouffre du déficit financier.

La valeur des exportations est passée de près de 500 millions de dollars en 1981 à 267 millions en 1988. L'inflation a dépassé 36 000% de décembre 1987 à décembre 1988. Elle fut respectivement de 111% en novembre 88, 126% en décembre, 200% en janvier dernier. Quant au déficit financier, il s'est élevé en 1988 à 237 millions de dollars, soit près de l'équivalent de la valeur des exportations. Le Produit national brut (PNB) a chuté de 9% en 1988. La baisse enregistrée ces 5 dernières années (à l'exception de 1987 qui connut une petite hausse de 1,7%) se poursuit donc.

Enfin, la dette qui était de 3,8 milliards de dollars en 1983, atteignait 6,7 milliards

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Les investissements productifs dont le pays aurait tant besoin vont être réduits à presque zéro faute de financement extérieur (DR) l'an dernier. Le seul paiement des intérêts représente 103% de la valeur des exportations.

Le plan économique draconien pour 1989 prévoit des dévaluations régulières du cordoba jusqu'à la mise à niveau du cours officiel du dollar et de son cours parallèle, une restriction sévère du crédit, un arrêt presque total des investissements, d'énormes coupes budgétaires, une baisse brutale de l'émission de monnaie pour financer le déficit fiscal et l'augmentation des impôts directs et indirects.

Le 4 janvier dernier, le cordoba était dévalué de 117%, puis le 27 janvier de 15%, ce qui mettait le change officiel à 2300 C$ pour un dollar et le change parallèle à 4 500 C$, le marché noir se maintenant à 5 000 C$

A partir du 30 janvier, le crédit bancaire ne sera accordé qu'aux chefs d'entreprise et aux producteurs qui peuvent en garantir le paiement, pour tous les autres, le crédit est coupé.

Un minimum d'investissements sera maintenu cette année, en priorité pour mener à terme les projets qui sont presque achevés et, surtout, pour remettre en état le matériel de production et de services endommagé par l'ouragan Joan.

La réduction du budget de l'Etat, évaluée à 43% correspond à une coupe de 40% pour le ministère de l'Intérieur, 29% pour la Défense, 19% pour l'éducation. La santé est également touchée, comme tous les services publics. Ces chiffres sont à considérer de façon précautionneuse. En effet, si les conséquences de l'inflation - dont rien ne laisse à penser aujourd'hui qu'elle devrait se réduire drastiquement — sont prises en compte, la réduction pourrait être plus importante encore.

L'émission de monnaie servant à financer le déficit fiscal passera de 52% en 1987 à 4% cette année. L'impôt pèsera sur des secteurs qui n'étaient pas touchés auparavant, comme les coopératives agricoles, et les impôts indirects augmenteront sur les produits qui ne sont pas de première nécessité (boissons, cigarettes etc.).

Pour réduire ses dépenses, l'Etat va "compacter" la main-d'œuvre qu'il emploie, c'est-à-dire procéder à des licenciements massifs. Rappelons qu'environ 210 000 personnes sont employées dans le secteur public, soit près de la moitié du total des salariés.

Selon les premières estimations, près de 35 000 personnes pourraient être touchées, ce qui représente 17% de la main-d'œuvre de l'Etat. Mais là encore, ce chiffre doit être considéré avec précaution car il semble qu'une partie significative de ces licenciements toucherait en fait des militaires démobilisés, conséquence de la paix relative qui règne dans le pays depuis les

Toutefois, il ne fait pas de doute que cet ensemble de mesures va se traduire par un chômage accru et une forte contraction de la demande, dans le but de diminuer la pression inflationniste. L'aide de l'Etat en matière de transports urbains, de santé et d'aliments de base se maintiendra pour les salariés de la Fonction publique, les plus touchés par les mesures économiques. Par ailleurs, la Centrale sandiniste des travailleurs (CST) a envoyé une brigade dans les régions où la main-d'œuvre manque afin d'y étudier les possibilités de reclassement de travailleurs mis au chômage.

Mieux vaut payer un certain coût social aujourd'hui, devait déclarer Daniel Ortega dans son allocution, que de voir demain l'économie s'effondrer sous l'inflation. De même, il a prévenu que si certains secteurs de la production et de la distribution ne se conformaient pas au plan économique tel qu'il est prévu, la seule alternative serait une "économie de guerre" telle qu'elle a été menée en Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Deux obstacles se dressent face à ce plan économique, devait-il dire encore. Tout d'abord le déficit financier et le manque de financement extérieur et, deuxièmement, le manque de confiance des travailleurs envers les chefs d'entreprise et les producteurs.

Comme pour faire écho à ces paroles, les organisations patronales et les représentants des gros propriétaires fonciers ont rejeté les appels qui leur étaient lancés de répondre positivement à ces mesures économiques présentées par Daniel Ortega comme étant recommandées par "les banques capitalistes".

Inutile de préciser que cette situation économique dramatique fait peser une très lourde hypothèque sur la révolution sandiniste. Si aujourd'hui le danger de la contre-révolution armée semble s'être éloigné avec la débandade de la contra, près de dix ans après la victoire du 19 juillet, le Nicaragua est assiégé et au bord de l'étranglement économique.

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