CZESLAW BOROWCZYK est un ouvrier de l'usine métallurgique
Dolmel de Wroclaw, licencié a cause de son activité syndicale.
Dirigeant national du PPS-RD, il est aussi le porte-parole du
Milka TYSZKIEWICZ est l'une des animatrices du mouvement de contre-culture surréaliste "Alternative orange". Dirigeante
LE PPS-RD dans les entreprises..
comité d'organisation de Solidarité de Dolmel.
Jacek SUCHOROWSKI, ouvrier à la fonderie Hutmen de
Wroclaw, y anime le comité de Solidarité. Il est un des dirigeants du PPS-RD à Wroclaw.
nationale du PPS-RD, elle rédige le bulletin du PPS-RD de
Wroclaw, Nowa Lewica ("La nouvelle gauche").
• INPRECOR : Quelle est l'attitude du PPS-RD envers Solidarité ?
BOROWCZYK :
Czeslaw
Nous avons décidé de consacrer l'essentiel de nos forces au développement des structures de Solidarité dans les entreprises.
Nous assurons la diffusion des bulletins syndicaux d'entreprises devant les portes des usines et nous collaborons à leur rédaction. A Wroclaw, nous participons ainsi à la construction des structures de Solidarité des entreprises à Dolmel, Hutmen, Polar, Hemitex, Pilmet et Hydral.
- Jacek SUCHOROWSKI : Aujourd'hui le conflit entre les directions syndicales régionales et nationales et les structures d'entreprises prend de l'ampleur. Les directions ont de fait cessé d'agir, elles attendent la table ronde.
Les gens dans les boites sont fatigués de cette attente. Les ouvriers doivent se serrer la ceinture alors qu'ils se heurtent à chaque pas au gaspillage. Les jeunes y sont particulièrement sensibles.
Ils aspirent à d'autres choix sociaux, d'autres choix d'investissement. Par exemple, une réduction des dépenses d'armement pour développer la construction des logements. Ils sont hostiles à la réforme économique, car ils voient à quoi elle conduit dans l'entreprise :
baisse des revenus réels des travailleurs et délabrement de la production (il n'y a même plus d'outils pour travailler !).
La grève apparaît donc comme la seule issue tant que ce processus d'appauvrissement des entreprises et des travailleurs eux-mêmes ne sera pas stoppé. Pour imposer des changements, il faut recourir à la grève et non pas à la négociation à froid.
Ces derniers jours, dans notre entreprise, toutes les structures clandestines et publiques ont protesté ensemble, à propos des salaires, en s'adressant au directeur et au Conseil d'autogestion. Si la direction n'accepte pas nos revendications, nous commencerons une action: d'abord le refus de faire des heures supplémentaires, puis la grève. Nous savons que le Conseil d'autogestion nous soutiendra, car le conflit est entre le directeur et l'ensemble des travailleurs. Et malheureusement, nous savons aussi déjà que la direction régionale de Solidarité, autour de Wladyslaw Frasyniuk, ne nous soutiendra pas. • Si les dirigeants de Solidarité acceptent une auto-limitation du syndicat, en échange de sa légalisatlon, quelle sera l'attitude des structures syndicales d'entre-
- Czeslaw BOROWCZYK : Les structures syndicales publiques vont certainement utiliser ce cadre légal, fut-il réduit, mais sans avoir l'intention d'en respecter les limites, en particulier en ce qui concerne le droit de grève. De plus, presque partout, les structures syndicales sont dédoublées: il en existe des publiques et des clandestines. Ces dernières continueront à fonctionner comme aujourd'hui, car les gens se souviennent que face à l'adversaire, il ne faut surtout pas abattre toutes nos cartes.
- Milka TYSZKIEWICZ : Les structures de l'autogestion agissent légalement sur la base d'une loi datant de 1981, qui constituait, de fait, un compromis entre les revendications des masses et les projets du pouvoir d'alors. Donc, compte tenu de la situation actuelle, c'est plutôt une bonne loi. Au début de l'année, a eu lieu, à Wroclaw, la seconde rencontre nationale des structures de l'autogestion. 215 délégués y ont participé. Elle était entièrement consacrée à la question des réformes politiques nécessaires. Au travers du détour par la gestion, ils sont ainsi arrivés à la conclusion qu'il fallait changer le système politique. Dès que Solidarité devra se plier aux contraintes du respect de cette légalité-là, il sera placé dans la même situation, ce qui ne sera pas sans effets sur la conscience des militants de base.
- Jacek SUCHOROWSKI : Lorsque Walesa va signer l'accord avec le gouvernement, Solidarité va se diviser entre ceux qui sont déjà fatigués et aspirent avant tout à une certaine stabilisation, et ceux — les jeunes en premier lieu — qui n'accepteront pas l'intégration. Je ne pense pas que le syndicat dans l'entreprise puisse accepter ce qui va à l'encontre de ses intérêts. • Comment cela se fait-ll qu aujourd hul, vous êtes en confilt ouvert avec vos anciens camarades de combat, comme Wladyslaw Frasynluk par exemple ?
Czeslaw BOROWCZYK : Pendant longtemps, et jusqu'en 1987, j'ai été très proche de Frasyniuk. C'est au moment de la création de la direction régionale publique (RKW) que nos routes se sont séparées. On m'a proposé d'en faire partie. Je considérais qu'une direction ne pouvait être nommée d'en haut, qu'elle devait être composée de délégués d'entreprises. Au moment où la structure d'entreprise de Dolmel avait adopté une attitude différente de celle de Walesa, sur le pacte anti-crise, la RKW a censuré le journal. Ils ont transformé la résolution de la commission clandestine d'entreprise en un soutien sans faille à Walesa. Donc la commission d'entreprise a décidé de devenir autonome. Ce sont de telles attitudes qui conduisent de plus en plus de militants de base de Solidarité à exiger la ré-élection des responsables syndicaux. C'est le seul moyen de préserver l'unité. Après avoir refusé la tenue de telles élections, sous des prétextes fallacieux, certaines directions régionales ont dû céder. Mais à Varsovie et à Wroclaw, l'establishment a déjà préparé des listes de ceux qui devront être élus et de ceux dont il faut empêcher l'élection. C'est, en quelque sorte, la répétition de ce que nous connaissons depuis plus de 40 ans dans la vie politique polonaise.
Milka TYSZKIEWICZ : A Varsovie, l'establishment syndical a présenté un projet d'organisation pour l'élection de la direction syndicale. Ce projet limitait les mandats des structures d'entreprises à 50% et distribuait le reste des autres mandats aux structures centrales (presse, information, direction sortante etc.), à l'Eglise et même à l'Association industrielle, qui est un regroupement d'anciens opposants, tentés par la création d'entreprises et l'accumulation de capital et qui n'a donc rien de commun avec le syndicalisme. •
Janvler 1989