les problèmes qui se posent en URSS et la façon dont ils sont perçus. L'interview sur les Fronts populaires et l'article ci-joint de Boris Kagarlitsky versent au dossier d'un débat nécessaire,
URSS
Pour un débat sur la question nationale en URSS
A propos de l'article de Boris Kagarlitsky
IL FAUT ECLAIRER autant que possible de "l'intérieur"
le point de vue d'un dirigeant du Club d'initiative socialiste
(KIS) de Moscou. C'est précisément parce qu'il s'agit d'un militant connu pour son point de vue de classe et internationaliste, qu'il est important de discuter certains aspects de son jugement.
Catherine VERLA
OUS NE SOULEVERONS ici
N qu'un seul point : il n'y a pas d'égalité des nations et des langues en URSS. Kagarlitsky revendique dans ce texte une telle égalité.
Mais il le fait sans prendre en compte le statut différent dès le départ, de la langue russe par rapport à toutes les autres. Il traite donc de façon symétrique les questions (réelles) que posent les minorités russes hors de la république russe, et les autres nationalités et langues. La dissymétrie existante suggère au contraire un traitement différent des problèmes selon qu'il s'agit de nationalités/langues dominantes ou dominées.
Se garder de tout simplisme
Le russe a été, comme on le sait bien, un véhicule de la domination stalinienne.
Il demeure, notamment au sein de l'armée, un instrument de centralisme bureaucratique.
Mais il convient de se garder de tout simplisme:
D'une part, pour la bureaucratie l'essentiel tient à ses privilèges et donc au pouvoir politique, et les moyens importent peu : sur ce plan-là, le pragmatisme est la règle. Si le nationalisme grand- russe a bien "collé" aux caractéristiques centralistes oppressives de la montée du stalinisme, le constat des tensions nationales centrifuges a pu et pourra imposer à la bureaucratie la recherche de médiations nationales (voire nationalistes) pour consolider son propre pouvoir.
La bureaucratie "nationale" brejnévienne la plus corrompue a dominé le Kazakhstan ou encore aujourd'hui l'Ukraine.
"La question russe"
D'autre part, la domination russe ne signifie pas que la population russe soit favorisée. Elle ne l'est pas nécessairement quant aux choix de développement planifiés. Et elle a "partagé" avec les autres, et même aux premières loges, la répression et l'oppression stalinienne.
L'impact de l'organisation nationaliste grand-russe antisémite Pamiat et de ses écrivains "villageois" de renom, comme Valentin Raspoutine, exprime d'une façon réactionnaire, les sentiments diffus d'une population au départ massivement paysanne et religieuse dans sa culture, brutalement soumise à la collectivisation forcée et à la répression bureaucratique contre l'Eglise, elle interprète sa propre oppression comme une "question russe".
Boris Kagarlitsky a également raison de dire dans cette interview que les Russes hors de Russie sont loin d'être toujours et partout en position dominante. Et il est vrai que les travailleurs immigrés d'Estonie sont des ouvriers russes non-qualifiés et qu'ils composent de fait la majorité de la classe ouvrière des grandes entreprises de cette République. Ils ne sont pas responsables de cet état de fait. La politique de russification n'en est pas non plus totalement (ni même peut-être d'abord) la cause : le pouvoir attractif d'une république plus développée que la Russie (offrant un meilleur niveau de vie et des emplois) est suffisant pour comprendre cette
«ВСЕСОЮЗМАЯ [СЕНТЯБРЯ ASTYSTA 1927
ЯРМАРКА
tendance. Le centralisme bureaucratique a facilité le processus en finançant de façon planifiée les embauches et les logements de ces travailleurs.
Mais il n'en demeure pas moins une situation dominante du russe au plan de la Fédération, et parfois régionalement. Dès lors, même en dehors d'une politique volontaire de russification, les automatismes favorisent le russe par rapport à toute autre langue, même si le droit est égal. Autrement dit, dans ces conditions d'inégalités, la liberté de choix est oppressive pour les langues minoritaires. Concrètement, le russe étant un véhicule socio-économique facilitant la mobilité d'une République à l'autre, le libre choix de la langue pousse à apprendre plutôt le russe.
Quelle égalité ? Kagarlistky utilise dans son article un argument "d'égalité des droits civils et culturels" que les anglophones utilisent aussi au Québec, prenant appui sur la liberté (individuelle) de choix et le droit (de chacun, supposé être l'égal de l'autre...) d'utiliser "sa" langue. Les droits individuels se heurtent ici à la protection de communautés menacées. La minorité anglophone du Québec qui est dominante au Canada, comme la minorité russe en Estonie qui est dominante centralement (et qui s'avère déjà ou peut s'avérer être aussi majorité dans certaines régions d'Estonie ou de Lettonie) ne peut pas être traitée de la même façon que les "vraies" minorités en général. En bref, il y a un problème de protection spécifique contre la force du russe.
A cela se mêle évidemment les crimes politiques du passé stalinien. L'assimilation forcée des républiques baltes à l'URSS impose une reconnaissance particulière des sentiments nationaux qui sy expriment. Le rôle de la gauche en Russie notamment, consiste sans aucun doute d'abord à expliquer ce passé à la classe ouvrière russe d'Estonie et à lui faire admettre le nécessaire respect de la priorité à la langue esto-
nienne au sein de la république et au- | delà, le droit à l'autodétermination des réciproquement, les Estoniens ont tout intérêt à gagner à leur cause la classe ouvrière de leur république et de l'URSS en général, ne serait-ce même que pour établir un rapport de forces face à la bureaucratie. Le contexte actuel de la glasnost favorise la généralisation de la lutte antibureaucratique à toute la Fédération, et aux autres pays de l'Est. Mais il impose aussi qu'on lie indissolublement questions sociales et revendications démocratiques, politiques et nationales.
C'est pourquoi Kagarlitsky a raison de s'inquiéter de la dimension sociale du programme du Front estonien (mais le problème se pose partout) et de la lutte pour une redéfinition d'ensemble des rapports entre nationalités au sein de l'URSS et, nous ajouterons, entre pays dits socialistes. Les manipulations bureaucratiques peuvent exploiter les sentiments nationaux des uns et des autres dans le sens de diviser pour mieux régner. On ne doit avoir à cet égard aucune complaisance. Sur ce plan également, l'article de Kagarlitsky est utile. En revanche, il ne faudrait pas que le point de vue de la classe ouvrière (russe) se traduise par le traitement symétrique d'une réalité nationale profondément
Tout cela ne dit pas quelle serait la meilleure forme démocratique des liens entre nationalités et comment il convient de combiner un point de vue de classe et des points de vue nationaux au sein d'une Fédération soviétique démocratique. La reconnaissance d'un droit de veto pour les républiques sur les questions les concernant, accompagné de formes de contrôle populaire réel sur les représentants "nationaux", serait sans doute un moven d'établir la confiance (Les votes majoritaires peuvent être éminemment oppressifs en matière nationale...).
C'est aux intéressés eux-mêmes d'en décider et de constater si la bataille est vaine ou non au sein de la Fédé. ration... Mais l'acceptation de l'union avec les nations dominantes implique nécessairement pour ces dernières des concessions et la pleine reconnaissance de l'identité et des droits des nationalités jusque-là dominées.