AFRIQUE DU SUD Liberté pour les 26 d'Upington
IL EST beaucoup question de détente et de négociations en Afrique du Sud. Le régime se veut rassurant : débat parlementaire sur la dérégulation de l'apartheid et réforme probable du système de ségrégation de l'habitat (Group Area
Act). Mais ce volet "réformiste" doit, en tout état de cause s'accompagner d'une mise au pas du mouvement de masse Voilà pourquoi, derrière la façade des beaux discours, la répression continue. Il aura fallu une dure et longue grève de la faim, pour que plusieurs centaines de prisonniers, pour la plupart détenus sans procès depuis fort longtemps, puissent faire valoir leur droit, et qu'une partie d'entre eux soit relâchée. La "special branch" (police politique) continue à s'acharner sur les dirigeants et les militants des organisations noires. Aucun mouvement n'est épargné et le mouvement syndical, dernière grande force organisée du pays, est soumis à des me-
Un des pires moyens de répression qu'utilise la police, consiste à accuser de meurtre toute personne ayant assisté à une manifestation au cours de laquelle un policier ou un agent quelconque du pouvoir a été tué. Cela avait déjà été le cas pour les "6 de Sharpeville" dont, fort heureusement, on a pu empêcher la pendaison, notamment grâce à une campagne de solidarité internationale. Il y a d'autres cas du même type, comme ce militant du syndicat du commerce (CCAWUSA), William Ntomela, accusé, sans preuve, de l'assassinat d'un agent de sécurité et de celui d'un non-gréviste au cours d'une lutte en 1986, il risque la
Soulignons surtout la menace contre 26 habitants des townships d'Upington (au nord de la province du Cap), accusés, collectivement et sans preuve, de meurtres. Ce cas de répression fait maintenant l'objet d'une très importante campagne de presse en Afrique du Sud, et d'un début de mobilisation démocratique pour leur libération.
Tous sont accusés d'avoir participé à l'assassinat d'un policier, le 13 novembre 1985, au cours d'une manifestation contre une augmentation des loyers. 4 d'entre eux sont accusés de participation directe au meurtre, 21 de complicité collective et un de tentative de meurtre. Le procès se fonde sur la présomption que les personnes rassemblées ce jour-là, avaient l'intention de tuer le policier ; la plupart risquent donc la peine de mort. Leur procès a commencé le 13 octobre 1986, il se poursuit actuellement. Les 26 d'Upington sont âgés de 20 à 63 ans, mais la plupart ont moins de 25 ans. Il y a plusieurs femmes parmi eux.
Dans les townships d'Upington, on compte près de deux familles entières par maison, 40% de chômeurs. A Parabello, le quartier où vivaient les 26 accusés, 92,4% de ceux qui travaillent gagnent bien moins que le revenu minimum officiel qui est de 557 Rands par mois (1 Rand = 2,60 francs français). 57,5% gagnent 250 Rands et 36,9% ne gagnent que 150 Rands. A Upington on est loin de la "réforme" de l'apartheid !
Comme pour les 6 de Sharpeville il faut qu'une campagne internationale de solidarité puisse les aider, et obtenir leur libération immédiate.