Inprecor 1974–2004

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ISRAEL

Fermeture d'Al-Raïa

Inprecor n° 284, 20 mars 1989 · p. 28 · 536 mots

Palestine et Israël

ISRAEL Fermeture d'Al-Raïa

LES DETENTIONS administratives, la destruction des maisons, la fermeture de journaux s'appliquent aussi, même si c'est dans une moindre mesure, aux Palestiniens qui ont la citoyenneté israélienne, et depuis quelques années, elles touchent même une minorité d'Israéliens qui ont choisi la voie de la coopération israélo-palestinienne.

La dernière preuve en est la fermeture de l'hebdomadaire Al-Raïa, publié à Nazareth par le mouvement des Fils du pays (Abna' al Balad), une organisation palestinienne radicale, active depuis plus de 15 ans dans la communauté palestinienne d'Israël. Face à l'ultra-modération du Parti communiste israélien dans les tâches de solidarité avec l'intifada et face à sa ligne politique qu'il qualifie lui-même de "patriotique israélienne", le mouvement Abna' al Balad a sensiblement renforcé son influence au sein de la population palestinienne d'Israël, ce qui n'est pas pour plaire aux autorités israéliennes, ce que confirme la répression contre Al-Raïa. La raison officielle est "qu'il existe des liens entre Al-Raïaet le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP)", définie comme organisation terroriste par la loi israélienne Comme l'autorisent les lois d'exception, les autorités n'ont pas besoin de prouver les raisons qui les poussent à fermer une publication, et même la Cour suprême, qui a toujours ratifié de telles mesures, a déclaré à plusieurs occasions, que les décrets sur la presse sont d'un tel arbitraire, qu'il serait préférable de les

Pourtant le parlement israélien se refuse à abroger les lois d'exception. La fermeture, il y a deux ans, du Centre d'information alternative, CIA, où militent côte à côte, Israéliens et Palestiniens, avait pour objet de mettre en garde les forces progressistes israéliennes de ne pas s'approcher de trop près du mouvement national palestinien.

La réaction de l'opinion publique israélienne à la fermeture du CIA, a montré que pour des millions de progressistes israéliens, le fait de brandir le danger du terrorisme n'était plus suffisant pour entraîner un réflexe de réalignement sur les positions officielles. Ceci vient à nouveau d'être confirmé par les peines relativement modérées prononcées par la Cour du district de Jérusalem contre les quatre membres du comité de rédaction du Derech Hanitsotz, qui ont reconnu avoir rejoint les rangs du FPLP. Ils ont plaidé coupable, et ont été condamnés à des peines allant de 9 à 30 mois de prison. C'est beaucoup si l'on considère que même l'acte d'accusation reconnaît que le seul objectif de ces militants était de publier un journal politique soumis à la censure, et défendant une perspective de coexistence entre l'Etat d'Israël et un Etat palestinien indépendant ; c'est très peu, si l'on se souvient que la Cour suprême de justice avait rejeté leur demande de libération provisoire en affirmant qu'il s'agit de gens qui ont traversé la ligne rouge de la loyauté envers leur peuple", en d'autres termes, qu'il s'agissait de traîtres.

Ce que le tribunal de Jérusalem exprime dans ce verdic, c'est que, pour une grande partie de l'opinion publique, les concepts de sécurité, de trahison, de terrorisme n'ont plus ce caractère de tabou qu'ils avaient, il y a dix ans encore, et surtout que l'idée de coopération entre Israéliens et Palestiniens fait son chemin, même si elle n'est pas encore prête à s'exprimer sous la forme d'organisations politiques communes. •

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