du 19 mars 1989, ne doit pas être interprétée comme le signe le boycott des élections et une grève générale des transports, très suivie. La participation électorale a même été inférieure à celle de l'élection précédente de 1984. Cristiani proclame son principal rival, Chavez Mena du Parti démocrate chrétien
Deuxièmement, le vote pour ARENA exprime d'abord le rejet en mettant temporairement de côté sa ligne d'affrontement manœuvré, en se déclarant prêt au dialogue avec celui-ci, et a supposé). Un porte parole américain a déclaré qu'il attendait sereinement le résultat des élections, car, sans pour autant
EL SALVADOR Victoire électorale d'ARENA
LA VICTOIRE d'Alfredo Cristiani, candidat de l'Alliance de rénovation nationale (ARENA) à l'élection présidentielle d'un soutien populaire significatif à cette formation bourgeoise de la droite dure et militariste. Premièrement, une majorité de Salvadoriens n'a pas voté (il y aurait 1 million de votants sur un total de 2,2 millions d'électeurs potentiels, pour une population de 6 millions d'habitants), répondant ainsi à l'appel du Front Farabundo Marti de libération nationale (FMLN) et de l'Union nationale des travailleurs salvadoriens (UNTS), qui avaient décrété avoir remporté 54% des suffrages (500 000 voix), (PDC) aurait obtenu, quant à lui, 30% des voix. de la politique du président sortant Duarte et du PDC. En l'absence d'une alternative électorale de gauche suffisamment crédible, le "vote utile" contre Duarte, s'est reporté sur l'ARENA, comme lors des élections législatives de 1988. Troisièmement, ARENA a axé sa campagne contre Duarte, avec le mouvement populaire et le FMLN. Il a même modéré ses propositions de privatisations. Dans les jours qui ont précédé l'élection, les Etats-Unis semblent avoir fait une croix sur une victoire démocrate chrétienne (et la fraude électoral massive que cela aurait abandonner le PDC, il constatait avec joie qu'ARENA s'était "déplacé vers le centre" (1). Quoi qu'il en soit, la victoire d'ARENA va encore augmenter d'un cran la polarisation sociale. 20 mars 1989 Arnold BERTHU taire lancée par le FMLN a dominé la campagne électorale présidentielle qui s'est conclue ce 19 mars
Voici près de deux mois, le FMLN prenait une audacieuse initiative politique : il s'engageait, pour la première fois depuis 9 ans, à ne pas boycotter les élections, si celles-ci étaient reportées de 6 mois, de manière à ce qu'elles puissent se dérouler démocratiquement. Cela impliquait que cesse la répression ; que l'armée n'intervienne pas dans la campagne électorale et reste dans ses casernes le jour des élections ; que la Convergence démocratique soit intégrée au Conseil central électoral et que le Code électoral soit amendé de manière démocratique ; et enfin que les Salvadoriens en exil puissent voter (un demi-million de Salvadoriens, au moins vivent en exil, essentiellement aux Etat-Unis). Cette proposition a accentué la crise des partis des classes dominantes et a mis la nouvelle administration Bush en difficulté. A tel point que tous les partis politiques et toutes les instances du régime, y compris l'état-major de l'armée, ont dû prendre position et agir dans la plus grande confusion.
Pagaille et manœuvres
Dans un premier temps, le président Duarte a déclaré que la proposition du FMLN ne pouvait pas être prise en compte, en raison de son caractère anticonstitutionnel (selon la Constitution, Duarte doit céder la place à son successeur en juin 89). Il a dû rapidement se rétracter quand le Vice président américain, Quayle, en visite à San Salvador, a affirmé que la proposition du FMLN contenait des points positifs. Pour ne pas être en reste, ARENA, pourtant assurée normalement de la victoire, si les élections étaient maintenues au 19 mars, a proposé une amnistie temporaire permettant aux commandants du FMLN de venir dialoguer dans la capitale avec l'Assemblée législative ! Ce n'était certes qu'une manœuvre visant à donner le change, sur le plan international aux Etat-Unis et sur le plan interne au peuple salvadorien, avide de dialogue. Néanmoins, le seul fait qu'une telle proposition ait été faite - recevoir des "terroristes criminels" (pour reprendre les termes de propagande de tous les partis de droite) à l'Assemblée - traduit bien l'existence d'une véritable dualité de pouvoir dans le pays.
Finalement, les partis des classes dominantes (voir encadré), incapables de rejeter d'emblée, l'offre du FMLN, se sont déplacés en compagnie de la Convergence démocratique, à Mexico, les 21 et 22 février, pour y rencontrer les re-
1) Cette "sérénité" risque fort de ne pas être partagée par tous les congressistes américains qui peuvent remettre Salvador. Celle-ci est d'ailleurs supérieure aux recettes on calice linol partie de l'aide militaire américaine au propres de l'Etat salvadorien, qui est en troisième position (derrière Israël et l'Egypte) dans le hit parade des pays les plus "aidés" par les Etats-Unis (en chiffres absolus I).
présentants de la guérilla. Après bien d'autres péripéties, les élections ont été maintenues au 19 mars. En même temps, dans le camp populaire, un début d'unité (encore fragile, il est vrai) se réalisait entre la principale organisation de masse anticapitaliste et anti-impérialiste l'Union nationale des travailleurs salvadoriens (UNTS), et ce qui reste des organisations populaires qui appuyaient Duarte, à savoir essentiellement, l'Union nationale ouvrière et paysanne (UNOC). L'UNTS, qui compte plus de 400 000 affiliés, (salariés, paysans, étudiants, etc.) et l'UNOC, qui compte environ 200 000 affiliés et qui est subventionnée notamment par les Etats-Unis, se sont jointes, le 11 février dernier, pour affirmer qu'il fallait dialoguer avec le FMLN et pour contester aux partis dominants le monopole de la représentativité populaire. Si la direction de l'UNOC, pressée par sa base, s'est ainsi jointe pour la première fois, à l'UNTS, elle n'en maintient pas moins son appui au candidat officiel du PDC, Fidel Chavez Mena. De leur côté, les communautés chrétiennes de base, qui organisent d'importants secteurs de masses à travers les paroisses, préparent le peuple à l'action.
"Le Dieu des pauvres a vaincu et vaincra"
Dans un long communiqué, publié dans le quotidien salvadorien El Mundo (du 8 février 89), les communautés chrétiennes tracent un parallèle entre le passé biblique et le moment présent et n'y vont pas par quatre chemins : "Moise (l'avant-garde) réalise un travail de conscientisation et d'organisation (...) se déroule un affrontement verbal avec le pharaon. Le peuple met en avant ses revendications, elles sont rejetées. La répression augmente (...) ; une partie du peuple hésite, la majorité reste décidée (...) ; face au refus du pharaon, le peuple recourt à la violence dans sa forme la plus douloureuse ; par cette violence, le peuple s'en prend aux secteurs au pouvoir (...) ; le peuple entame sa marche jusqu'à la terre promise (...) ; le pharaon prend le chemin de la défaite (2).
Notre peuple passe par un même processus. Aujourd'hui, notre peuple (...) s'apprête à donner le coup décisif. Le Dieu des pauvres à vaincu et vaincra.
Face à la lutte du peuple, le pouvoir durcit sa position (...). Ce durcissement, produit par la peur de perdre toute la main d'œuvre qu'il exploite, fait agir le pouvoir de manière aveugle, irrationnelle et entame sa déroute. (...)
Le régime salvadorien s'endurcit, il recourt chaque fois davantage à la répression et est de moins en moins disposé à une honnête négociation. (...)
L'importance de ce qui surgit ici dépasse le cadre salvadorien, il s'agit d'un affrontement avec l'Empire américain.
Ce ne sera pas seulement notre victoire, mais celles de beaucoup de peuples latino-américains et des pauvres en général".
Ce message tranche par son radicalisme avec le discours officiel de la hiérarchie catholique, qui maintient une position temporisatrice, très en retrait par rapport à celle qu'avait prise Monseigneur Romero, assassiné voici 9 ans, en mars 80. Dans une situation aussi polarisée, ce type de discours trouve un écho de plus en plus large
La proposition du FMLN n'a pas seulement mis à nu l'impasse du PDC, soutenu par les Etat-Unis, mais aussi celle d'ARENA, qui a dû manœuvrer pour repousser l'offre du FMLN, tout en tentant de montrer qu'elle était disposée au dialogue.
Soutien populaire
La manière dont la proposition était formulée ne pouvait qu'attirer à elle le soutien des masses et créer de grosses difficultés au pouvoir et aux Etat-Unis. Par la suite, lors de la réunion de Mexico, le FMLN a ajouté, comme nouvelle condition, l'épuration des forces armées gouvernementales et une réduction drastique de leurs effectifs (qui devraient passer de 60 000 à 12 000 hommes). Cette proposition a recueilli un appui enthousiaste dans le camp populaire, et a mis l'armée dans une situation inextricable.
Le FMLN a avancé sa proposition à partir d'une position de force : militairement, il a continué à accroître sa puissance de feu. Preuve en est son contrôle renforcé sur plus de 30% du territoire, et son rayon d'activité qui touche tout le territoire national (villes comme campagnes).
Le lundi 21 février, au moment où le dialogue débutait à Mexico, le FMLN lançait des attaques dans les 14 départements que compte le pays, et réussissait à priver d'électricité 60% du territoire. Au-delà du seul aspect militaire, ce qui est essentiel, c'est la capacité du FMLN à incarner, aux yeux des masses, le levier permettant d'accéder à la paix et aux changements sociaux profonds.
Le refus du régime et des Etat-Unis de répondre positivement aux propositions du FMLN et leur incapacité à faire des contrepropositions crédibles aux yeux du peuple, améliorent les conditions du déclenchement d'une insurrection.
Néanmoins, la force militaire du FMLN, le degré d'organisation et de conscience des secteurs ouvriers des masses et l'impasse du régime, ne sont pas suffisantes pour décider les masses à passer à l'insurrection. La forte puissance de feu des forces armées gouvernementales continue à constituer un puissant frein au soulèvement des masses. Le souvenir des massacres des années 79-82, présent dans la mémoire de chacun(e), et la répression sé lective (plusieurs centaines d'assassinats politiques par an, sans compter les pertes causées par les attaques de l'armée dans les zones contrôlées ou litigieuses) amènent les masses à peser le
Les principales forces politiques en présence FMLN (Front Farabundo Marti de libération nationale), principale organisation révolutionnaire, Il regroupe 5 organisa tions politico-militalres : le Parti de la révolution socialiste (PRS) et son bras militalre, l'Armée révolutionnalre du peuple (ERP); les Forces populaires de libération (FPL); la Résistance natio nale (RN) et son bras armé, les Forces armées de résistance nationale (FARN); le Parti communiste salvadorien (PCS), qui commande les Forces armées de li bération (FAL) : le Parti révolutionnalre des travallleurs centro-américains (PRTC). FDR (Front démocratique révolution naire), est l'allle politique civil legal du FMLN, Il comprend le Mouvement popu laire social-chrétien (MPSC, scission du PDC, au début des années 80) dirigé par Ruben Zamora, et le Mouvement natio nal révolutionnalre, dirigé par Guillermo Ungo (lie a interna-tionale socialiste). Convergence démocratique, asso cle le FDR au Partl socialiste démocrati que. G. Ungo, son candidat à l'élection présidentielle du 19 mars, n'a obtenu que près de 4% des voix, empêche par la répression de falre une véritable campagne, et gêne par le boycott d'une partie de son électorat potentiel. PDC (Parti démocrate chrétlen), du pré sident sortant Duarte, qui a détenu la majorité absolue au Parlement, de 1984 à 1988. Il était l'une des pièces maitresses de la stratégle américaine, mais son candidat Chavez Mena n'a obtenu que 30% ARENA (Alliance de rénovation natto: nale), au pouvoir au début des années 80, Jusqu'a ce que les Etats-Unis aient opté pour le PDC. A la majorité au Parlement, depuis mars 1988. Son candidat, Cristiani a gagné l'élection présidentielle avec 54% des volx. PCN (Parti de conciliation natlonale), ancien parti de l'oligarchie et de l'armée, n'a obtenu que 1,8%. MAC (Mouvement authentique chré tien), dirigé par Rey Prendes, ancien mlnistre de Duarte. A obtenu 0,3% pour et le contre, avant de s'engager à visage découvert aux côtés du FMLN.
La stratégie menée par celui-ci lève un à un les obstacles qui barrent encore la route à la lutte décisive.
Le reste est une question de temps..
14 mars 1989 2) Citations extraites du livre de l'Exode, chapitres 4, 5, 12 et 14.