de DP
AU LENDEMAIN du Congrès de la LCR, Bandiera rossa s'est entretenu avec Giovanni Russo Spena, secrétaire général de Democrazia proletaria, sur les perspectives de l'intégration des militants de la LCR dans DP. Nous en publions quelques extraits. DOCUMENT
M ON JUGEMENT sur les ré-
sultats du congrès de la LCR est très positif. Je voudrais rappeler, entre autres, que nous avions proposé une entrée collective de la LCR dans DP, il y a déjà quelques années de cela. Il ne s'agit pas uniquement de rechercher une simplification des formes politiques. Nous respectons beaucoup l'identité de toute organisation, aussi bien sur le terrain idéologique que sur le terrain politique.
Contre la fragmentation
Toutefois, dans la phase actuelle de crise de la gauche et de la gauche classiste elle-même, il nous semble positif que des expériences différentes, caractérisées les unes et les autres par leur grande dignité culturelle et intellectuelle, et la valeur de leur projet et de leur pratique politiques, s'unissent dans un seul effort collectif. Cela va à l'encontre de la désagrégation, la fragmentation et la confusion qui, faut-il le dire clairement, règnent à l'intérieur de la gauche italienne.(...)
Dans la prochaine période nous devrons faire face au cours nouveau du PCI, qui, dans un certain sens, pousse ce parti à surmonter son immobilisme amorphe de ces dernières années, en introduisant un élément de dynamisme. Certaines parties du texte majoritaire contiennent incontestablement des aspects intéressants et des éléments positifs qui pourraient permettre un travail commun : le thème de la différence sexuelle, la transformation du parti par rapport à la problématique féministe, le gros tournant vers le mouvement pour la défense de l'environnement.Toutefois, tout cela est intégré dans un cadre libéral-démocrate que nous ne partageons pas. (...) (
Nous devons aussi prêter beaucoup plus d'attention à ce qui se passe dans le monde catholique et chrétien de base. Nous avons une très forte sensibilité sur ce point, mais nous devrions en parler plus, mieux apprécier les conséquences de la décision du dernier congrès de la Démocratie chrétienne, qui vise à continuer de gérer un appareil de pouvoir dans une phase de déclin de cette organisation, et nous efforcer de saisir davantage ses effets au niveau social.
Un grand débat va commencer également chez les écologistes - il s'est déjà ouvert, y compris à la suite de notre action — entre ceux qui pensent qu'il est possible de relancer un projet pour l'environnement qui soit objectivement anticapitaliste (critique du produit, de la qualité de l'emploi et de la production), et ceux qui placent l'expérience verte à l'intérieur du jeu politique et des processus purement institutionnels.
(...) Je l'ai déjà dit à d'autres occasions : pour DP, il ne s'agit pas d'envisager une entrée individuelle des militants de la LCR. Nous sommes intéressés à valoriser un patrimoine collectif, un groupe dirigeant, un ensemble de militants qui, tout en étant petit, est un élément important de l'histoire du mouvement communiste international et dans ce sens, si vous me permettez de le dire est aussi un élément de l'histoire de DP, dans la mesure où il implique la lutte contre le stalinisme, c'est-à-dire contre les déformations bureaucratiques ou capitalistes d'Etat.
Pays de l'Est
Je ne veux pas aborder ici le problème de l'analyse des pays de l'Est, sur laquelle nous pourrions ne pas être complètement d'accord, et qui reflète un large débat développé par des chercheurs, dont Bettelheim, avec parfois des changements de position. Cette discussion n'est pas seulement historique et culturelle. Elle représente aussi un fait politique, comme vous le soulignez souvent, car elle implique des prises de position sur ce qui se passe maintenant dans les sociétés de l'Est, et donc, une appréciation du phénomène Gorbatchev, des forces sociales qui le soutiennent et de son aboutissement. Sur tout cela, nous devrons discuter ensemble. J'estime de toutes façons qu'il est de la plus grande importance de saisir la dynamique actuelle de la société soviétique, dont les résultats ne sont pas déterminés d'avance : il est possible que le résultat soit tout simplement une ouverture au marché occidental et à ses lois, mais il est possible également que se développe une dynamique sociale qui stimule et recompose des forces prolétariennes dans un sens révolutionnaire.
Il est important, selon moi, d'éviter que l'affiliation internationale des camarades de la LCR se transfère mécaniquement à l'intérieur de DP et qu'elle devienne un élément de séparation d'un corps restreint qui maintient sa propre structure organisée, à travers son affiliation internationale. Il faut éviter qu'il y ait une telle séparation, et que les anciens camarades de la LCR agissent, surtout aux moments les plus difficiles de la vie de l'organisation, comme un "groupe de pression" dans le débat. Je crois qu'on pourra trouver des solutions correspondant aux différents besoins.
Pas d'esprit de clocher
Il faut que les camarades de la LCR qui entreront dans DP, puissent participer de plein droit à la vie démocratique intérieure de DP et à son débat actuel, qui est assez riche et articulé et n'est pas si horrible que le prétend la presse bourgeoise. De larges marges de liberté de discussion et d'initiative existent. Il faut également que les camarades de la LCR s'intègrent dans les structures de décision de l'organisation, en respectant les règles du jeu fixées par les statuts et les décisions des groupes dirigeants.
Dans ce cadre, sur lequel les camarades de la LCR sont d'accord, je crois qu'il est possible, avec une générosité réciproque et en renonçant à tout esprit de clocher, de trouver une solution créatrice, politique et organisationnelle, au problème des liens internationaux, soit sous forme de publications et des instruments réels que DP offre, soit par la participation de DP à la vie de l'Internationale, sans que DP, dans son ensemble, y soit impliquée pour autant.
En ce qui nous concerne, et ce n'est ni un caprice, ni une tradition, nous n'estimons pas qu'il soit nécessaire, pour l'instant, de former une Internationale. En effet, nous estimons que les processus internationaux sont aujourd'hui très amples, que nos rapports doivent être plus articulés et impliquer des forces plus nombreuses que celles qui s'identifieraient avec une Internationale. A l'étape actuelle, nous maintiendrons cette ligne. Mais, dans ce cadre et avec une discipline collective, je crois qu'il sera possible que des camarades sauvegardent leur propre patrimoine historique, par le truchement de leur affiliation à l'Internationale. Nous allons trouver une solution, non sur un terrain pragmatique ou par des médiations, mais d'une façon politique,
Bandiera rossa Mars 1989