espagnol annonçait la "rupture définitive" des conversations tenues à Alger entre le gouvernement de l'Etat espagnol et l'ETA militaire (1). A la fin mars, l'ETA avait annoncé la fin de gouvernement espagnol de non respect des accords souscrits
ETAT ESPAGNOL
Leur paix et la nôtre
LE 10 AVRIL DERNIER, le ministre de l'intérieur de l'Etat la trêve initiée en janvier dernier, puis avait accusé le à Alger. Nous reprenons à partir de Combate , organe de la section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, une analyse de la situation, à la veille de la rupture de ces pourparlers et alors que les forces politiques en présence venaient de s'exprimer au travers de manifestations de masse imposantes.
COMBATE
USQU'IL y a peu, le gouvernement refusait de s'asseoir autour de la table de négociation : sa politique se limitait à l'action policière et à la convocation de manifestations antiterroristes, ce qui donnait l'initiative à l'ETA et à Herri Batasuna (HB) (2) sur le terrain politique. Peu à peu, le gouvernement a modifié sa tactique et amélioré son efficacité répressive, surtout grâce à la collaboration de l'Etat français. Il a réussi à maintenir à flot le gouvernement de coalition nationaliste bourgeois à la tête du
Pays basque et a pu présenter l"œuvre accomplie"
: santé, accord sur le déploiement de la Ertzantza (police basque), négociation d'investissements pour les routes, etc.
Droit à l'autodétermination
Le pacte de Ajuria-Enea (3) est un bloc de forces intégrées au système institutionnel et en accord avec la Constitution. Ces forces politiques basques représentées au Parlement proposent des modifications au Statut d'autonomie, tout en confiant au gouvernement central la tâche de négocier l'entrée de l'ETA et de HB dans le système, redéfini, en échange de l'amnistie. Grâce à cet accord, le gouvernement du Parti socialiste (PSOE) a pu arriver à la table des négociations d'Alger non seulement avec la force de son efficacité répressive, mais avec une certaine marge de manœuvre sur le terrain politique et, de plus, avec une certaine capacité de pression sur le pays hôte, surtout depuis
"la révolte de la semoule" (voir Inprecor numéro 275 du 31 octobre 1988).
Avec la manifestation organisée par les signataires du Pacte de Ajuria Enea, le 18 mars dernier à Bilbao, sur le thème de la "Paix immédiate et pour toujours", le gouvernement cherchait à obtenir un appui social pour cette nouvelle politique. S'il a pu y parvenir c'est parce qu'il ne s'agissait pas d'une simple manifestation antiterroriste : on parlait de paix, de réconciliation et de changements politiques appuyés sur les institutions.
Où est le piège ? Il réside dans le fait que tous les changements considérés comme possibles sur le terrain de jeu, doivent respecter les limites de la Constitution, c'est là aussi la limite explicite mise par tous les éditorialistes qui recommandent "la prudence et la générosité" pour aborder le "problème basque" Mais toutes les interprétations de la Constitution laissent de côté la revendication principale du courant de masse regroupé autour du nationalisme basque radical : le droit à l'autodétermination. Cela reste le cadre donné à la démocra tie par un appareil d'Etat hérité du franquisme. On peut certes défendre la revendication d'autodétermination par de beaux discours dans les institutions, mais leurs canaux ne permettent aucun progrès effectif, sa conquête exige une rupture avec la Constitution actuelle.
Aberri Eguna
C'est pourquoi la paix gouvernementale est nécessairement une paix sans autodétermination, avec le maintien de l'oppression nationale. Et tant que cette dernière existera, il n'y aura pas de paix véritable, parce que continueront à exister la violence gouvernementale pour maintenir l'oppression et une violence de riposte pour la combattre. L'histoire des vingt dernières années en Euzkadi, ne permet pas d'autre pronostic réaliste, quelle que soient l'attitude de l'ETA et le résultat des négociations.
La manifestation du 18 mars bénéficia d'un soutien sans réserve de la part du gouvernement. Son résultat doit également être apprécié en fonction de cela. Pourtant une semaine plus tard elle rencontra une riposte à la hauteur du défi. Ce fut le jour de l'Aberri Eguna (jour de la Patrie, fête nationale du Pays basque), célébré à Irun le 26 mars, par une manifestation convoquée au nom de l'autodétermination, par Herri Batasuna et toute la gauche révolutionnaire qui fut non seulement plus imposante, mais aussi plus nécessaire et politiquement plus importante que jamais.
Les enjeux étaient de taille. Autour d'un objectif soutenu, sans aucun doute, par l'immense majorité du peuple basque, la paix, une bataille politique s'est déchaînée, dans laquelle les uns cherchaient véritablement la paix, avec des mobilisations comme celle du 26 à Irun. Mais d'autres, ceux qui ont convoqué celle du 18 à Bilbao, ne voulaient que s'emparer de cet objectif pour mieux gagner leur guerre, celle qui cherche à maintenir l'oppression au Pays basque et la défaite d'un mouvement populaire de résistance, qui leur a empoisonné l'exemplaire" transition espagnole à la démocratie. Ainsi leur "paix" s'affronte-telle à la nôtre.
1) Voir Inprecor numéro 261 du 14 mars 1988. ETA : Euzkadi Ta Askatasuna (Patrie basque et liberté). Née en 1960, sous la dictature franquiste, réaction de secteurs radicaux contre le conservatisme du PNV, Parti nationaliste basque (bourgeois nationaliste).
2) HB : Unité populaire. Créée en 1978. Organisation légale, politiquement proche de ETA.
3) Signé par toutes les forces ayant des représentants au Parlement d'Euzkadi, représentant des diverses régions du Pays basque (à l'exception de la Navarre dont le rattachement a été refusé par les autorités), sauf Herri Batasuna qui, bien qu'ayant des élus, refuse de siéger dans les conditions actuelles lors des sessions parlementaires, pour protester contre le statut d'Autonomie. Ce pacte, signé en fin 1988, se veut "antiterroriste", en fait anti-ETA et anti-HB, créé par un bloc comprenant le PNV, le PSOE, au pouvoir à Madrid, la droite populaire et Ezkadiko Ezkerra (gauche nationaliste). Le PC, n'a pas de représentants au Parlement.
Ce fut là le problème politique central dans tout l'Etat, pendant les dernières semaines, et cela sera une question de grande importance, au-delà des avatars de la négociation, dans les tâches générales de la gauche radicale au Pays basque et en dehors. Car les deux gigantesques manifestations de la fin mars ont polarisé la situation au Pays basque, avec pour toile de fond les conversations d'Alger.
Le renoncement ou la fermeté
La manifestation organisée à Irun, pour l'Aberri Eguna, est une réponse combative à la campagne menée par les signataires du "Pacte de Ajuria Enea". En effet la manifestation du 18 mars à Bilbao avait pour objectif de pousser l'ETA dans les cordes et de disputer à Herri Batasuna la rue elle-même. La nature politique de cette manifestation, pourtant bien camouflée par l'ambiguïté délibérée du message publicitaire, était celle d'un acte de renoncement explicite aux droits nationaux basques. Le succès du bloc institutionnel a résidé dans sa capacité à entraîner une masse importante de citoyens, lesquels, indépendamment de leur volonté, sont apparus comme opposés aux objectifs et aux voies de l'ETA, et soutenant le système établi et la voie institutionnelle qui le légitimise. Mais la polarisation autour des voies et des objectifs à court terme s'est approfondie au Pays basque, rompant les relations existantes entre diverses ailes du nationalisme basque. Et malheureusement, une bonne partie du peuple travailleur, bien que se sentant frustrée, reste prisonnière des chants de sirènes de la prétendue paix, et ne peut donc comprendre les raisons qui sont
En effet, juste une semaine après la grande démonstration de la volonté unitaire contre ETA-Herri Batasuna, tout l'arc-en-ciel institutionnel est apparu divisé à l'occasion du 26 mars. Avec un PSOE mis hors jeu (car en dépit de ses efforts, il n'a pas réussi à être admis comme une force qui ait quelque chose à dire un jour d'Aberri Eguna), quelques actions du PNV et de EA, bien loin des chiffres astronomiques donnés à l'occasion du 18 mars, et surtout la ridicule prestation d'Euzkadiko Ezkerra (EE) (4) qui cette année n'a pas même réussi à atteindre le demi-millier de participants.
La journée de l'Aberri Eguna a eu une signification importante. Tant par la démonstration de force de la part de la gauche nationaliste et radicale, que par l'image différente de celle présentée par les partis du bloc institutionnel. De la part de Herri Batasuna la célébration du jour national a été précédée d'une intense campagne pour l'autodétermination, appelée Bidez Bide ("Par tous les chemins'), consistant en une série de colonnes marchantes qui ont traversé tous les coins du Pays basque. Dans le cas de la colonne Aunamendi, par exemple, ce fut un parcours montagneux à travers les Pyrénées navarraises avec accueils et actions organisés dans tous les villages traversés, pour finalement converger le dimanche 26 à Irun.
L'autodétermination fut précisément le thème central de la journée du 26 mars. Une masse considérable de personnes s'est rassemblée sur cette revendication, bien plus que lors de n'importe que autre Aberri Eguna de ces dernières années. L'idée selon laquelle il fallait faire barrage, en force et en nombre, à la manifestation du 18, à Bilbao, était présente chez la plupart des participants.
Il est difficile de donner des chiffres non contestés pour des manifestations aussi massives. Le journal Egin (Faire), politiquement proche de HB, donnait le chiffre de 60 000 personnes. D'autres médias ont parlé de centaines de milliers pour le 18 (et c'est un pays très petit) et s'étaient abstenus de compter lors du 26. L'important c'est qu'on peut parler d'un certain contre-point à la situation créée autour du 18, qui vient équilibrer le jeu des forces dans la situation actuelle.
La gauche radicale
La gauche basque en rupture avec le bloc institutionnel est multiple et diversifiée. Sa principale composante est Herri Batasuna, qui est déterminante, sous bien des aspects, de l'évolution politique elle-même. Mais au cours des luttes de ces derniers temps, il est apparu d'autres composantes politiques et sociales, et des points de vue et projets distincts. La manifestation d'run fut à majorité écrasante d'HB, mais des participants d'autres secteurs de la gauche révolutionnaire étaient aussi présents. Dans le bloc Batzarre (Conseil), il y avait I'EMK (Mouvement communiste d'Euzkadi) et la LKI (organisation, au Pays basque, de la section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol) qui avaient précédemment organisé une action unitaire. Une délégation conjointe du Mouvement communiste et de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) de Madrid, section de la IVe Internationale dans l'Etat espagnol, ainsi que des camarades venus de Pau (France) avec leurs propres pancartes, étaient avec
Nous savons qu'en Euzkadi il y a beaucoup de gens disposés à poursuivre la lutte pour une paix fondée sur le droit de tous les peuples à décider librement de leur destin. Ils doivent continuer à bénéficier de la solidarité de tous les révolutionnaires de l'Etat espagnol. Les souffrances du Pays basque ne sont pas finies. La solidarité avec ce peuple sera peut-être plus difficile dans les temps à venir, mais elle reste d'autant
4) EA : Euzko Alkatuma (Solidarité basque), scission en 1984 du PNV. EE : formée au départ par d'anciens militants d'ETA, branche politico-militaire, qui ont abandonné la lutte armée, elle est devenue, depuis, franchement réfor-
La Pravda s'en mêle 1
A l'occasion des manifestations qui se sont déroulées au Pays basque espagnol, La Pravda (organe du CC du PCUS), du 10 avril 1989, s'est déchainée contre la "menace que le sépa ratisme d'ETA fait planer sur la paix au Pays basque" titre La hache ou la colombe ? Les racines du problème du sé paratieme basque en Espagne*, la Pravda écrit :
"(..) Depuis 1968, date å la quelle les combattants de ETA ont pris les armes, ils ont tué des centaines de personnes. Les pertes économiques causées par les actions des terro ristes au Pays basque se montent, pour l'année 1968 seulement, à 1,5 milliard de pesetas. Les victimes ont été, principalement, les forces armées et les Gardes civiles. Mais parmi ceux qui ont été tués, il y a de nombreuses personnes innocentes, des femmes, des personnes agées et des enfants. La situa tion d'Instabilité économique et sociale au Pays basque a eu aussi un effet négatif sur l'économie de la région, qui est un centre industriel et financier Important de l'Espagne. (...)
Le succès des actions de la police espagnole et le renforcement de la collaboration francoespagnole pour mettre fin au terrorisme ont porte quelques fruits, forçant les séparatistes a negocier avec le gouverne ment. Mais la barrière principale contre l'extension des ac tivités terroristes de l'ETA est la volonté du peuple du Pays
Récemment à Bilbao, il y a eu une manifestation d'un demi-million de personnes exigeant la fin de la violence et l'ins tauration de la paix. A heure actuelle, les actions souples du gouvernement socialiste espa gnol pour mettre fin à la vague de violence, obtiennent de plus en plus le soutien des princi paux partis politiques du pays.
Le symbole des terroristes de l'ETA est une tête de serpent et un tranchant de hache. Les ter roristes barbouillent ces sym boles sinistres sur les murs des maisons, les clôtures et déco rent leurs tracts avec. (...) II y a le désir et l'espoir que la colom be de la paix sera plus forte que le serpent et la hache. Le Pays basque, comme le reste de l'Espagne, a soif de paix et de concorde."