Inprecor 1974–2004

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LIBAN

Le carnage continue

· Inprecor n° 286, 17 avril 1989 · p. 11-13 · 3 376 mots

Liban France Palestine et Israël Golfe et Irak

année. Ce triste anniversaire aurait pu passer inaperçu, si des rebondissements spectaculaires dans l'affrontement entre les deux principaux camps, le secteur à majorité musulmane,

La "guerre de libération nationale", décrétée par le général

Aoun, commandant en chef de l'armée chrétienne, pour "en finir avec l'occupation syrienne" a eu droit à un écho et une publicité inhabituels. La campagne de presse caricaturale qui défenseur d'une civilisation "menacée d'extermination par

Nous avons demandé à notre camarade Salah Jaber de faire le

LIBAN

Le carnage continue !

LE 13 AVRIL DERNIER, la guerre du Liban entamait sa 15e contrôlé par la Syrie et le secteur chrétien réactionnaire, n'avaient de nouveau attiré l'attention sur ce pays.

a été déclenchée à cette occasion, notamment en France, présente le camp de la droite chrétienne comme le dernier les musulmans".

point sur la situation au Liban.

NPRECOR : Pourquol cet ombrasement subit, alors qu'on n'avalt plus entendu parler du Liban depuis un certain temps ?

SALAH JABER - En fait, même si on a moins parlé de la guerre du Liban ces dernières années, elle s'est poursuivie sous ses multiples formes, notamment les combats à l'intérieur de chaque communauté, aussi bien du côté chrétien que du côté musulman. Mais c'est, en effet, la première fois depuis un certain temps, que les combats rejoignent le schéma classique de la guerre du Liban déclenchée en 1975, c'est-à-dire l'affrontement entre le camp chrétien réactionnaire, d'une part, et le camp opposé, à majorité musulmane et allié à la Syrie, d'autre part. Le statu quo des dernières années a été rompu par les affrontements en cours.

Pour comprendre ce qui se passe, il faut revenir un peu en arrière. Pour la première fois dans son histoire depuis l'indépendance, le pays s'est retrouvé sans président de la République, à la fin du mandat d'Amine Gemayel, en septembre dernier, et avec deux gouvernements rivaux, se réclamant chacun de la légitimité : un gouvernement en zone à majorité musulmane, qui est celui qui existait avant le départ de Gemayel (et qui comprend également un ministre chrétien) ; et un gouvernement dans le réduit chrétien, dont le chef, désigné par

Gemayel juste avant son départ, n'est autre que le général Aoun, commandant en chef de l'armée chrétienne (fraction de l'armée "légale"). Après sa désignation, celui-ci a formé un cabinet de militaires. Cette situation nouvelle traduisait l'impasse dans les rapports entre les différentes fractions au Liban, ainsi qu'entre puissances internationales et régionales, dont la Syrie, bien entendu.

La recherche d'un candidat de compromis pour la présidence a continué après le départ de Gemayel, avec le maintien du statu quo, même sous sa forme nouvelle de partition encore plus approfondie du pays. Des tractations étaient menées entre la Syrie, la puissance dominante dans le secteur à majorité musulmane, et les Etats-Unis, agissant comme tuteur du camp réactionnaire. Le compromis qui avait été trouvé a été torpillé par les Forces libanaises, la milice d'extrême droite liée à Israël.

Le général Aoun a également pris part au sabotage du compromis, même s'il ne s'y était pas opposé de manière tout à fait directe. Manifestement, il avait lui-même l'ambition de devenir président. Il essaya donc de préparer le terrain pour son accession au poste convoité, avec le soutien de l'Irak.

• Quel sont les objectifs de l'Irak, et quel est le rôle des Etats arabes ?

— Pour Bagdad, il s'agit d'une pure opération anti-syrienne, dans le but d'empêcher la Syrie rivale de mener sa barque tranquillement au Liban. Les Etats arabes réactionnaires ont également tenté d'intervenir dans la crise libanaise, avec l'objectif de trouver une issue à l'impasse dans laquelle se trouve le pays. Pour eux tous, la Syrie est en effet une brebis galeuse, et ceci sur plusieurs plans : son soutien à l'Iran dans la guerre du Golfe, son soutien à la dissidence palestinienne, et plus globalement son attitude au sujet du règlement global du conflit israélo-arabe. Damas, en effet, ne peut que s'opposer à toute solution qui ignorerait son propre territoire occupé et annexé par Israël, le Golan. Il est clair, par ailleurs, que ces derniers temps la Syrie a subi affaiblissement global, d'une part par le fait que la guerre du Golfe se soit terminée plutôt à l'avantage de l'Irak, et d'autre part, par la remontée du prestige de la direction de I'OLP. Le régime syrien se trouvait donc plutôt isolé, ce qui a également limité ses possibilités d'action au Liban.

Dans ce contexte, il s'agissait, pour les Etats arabes réactionnaires, à la fois de désamorcer de la crise libanaise, et de limiter les possibilités d'utilisation du Liban par la Syrie, pour peser sur les conflits régionaux. Mais il n'était pas question de provoquer la Syrie comme le fait l'Irak. Un comité de conciliation a été mis sur pied pour tenter de sortir de l'impasse.

• Et le rôle du général Aoun ?

- Encouragé par Bagdad, le général Aoun a voulu donner des gages aux Etats arabes, sur ses possibilités de contrôler effectivement le pays, pour s'imposer comme meilleur candidat à la présidence. Dans un premier temps, il a tenté de faire le ménage dans son propre camp, le camp chrétien réactionnaire. Il s'est attaqué aux forces liées à Israël dans le réduit chrétien (ce qui n'est pas le cas de son armée "légale", liée aux Etats-Unis) Cela a provoqué des affrontements entre ses troupes et la milice des Forces libanaises, qui ont tourné à l'avantage d'Aoun, sans pour autant déboucher sur un résultat décisif.

Dans un deuxième temps, il a essayé de se montrer garant de l'ordre dans l'ensemble du pays. Jurant haut et fort qu'il allait mettre fin aux trafics en tous genres, il s'est emparé d'abord des ports du côté chrétien, puis a décrété le blocus des ports se trouvant au sud de Beyrouth, sous contrôle des milices musul-

A ce moment-là, pris à son propre jeu, le général Aoun déclara le début de la "guerre de libération du Liban". Son objectif n'est plus, depuis lors, de rétablir l'ordre et de contrôler les ports, mais de "libérer" le pays de l'armée syrienne. Or il n'en a absolument pas les moyens.

• Les pulssances Impérialistes ou réglonales (Israël, les Etats arabes, etc.,) ne soutlennent-elles pas le général Aoun ?

- On aurait pu croire, dans un premier temps, que s'il se permettait de telles hardiesses, c'était parce qu'il avait reçu des garanties internationales. Mais

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il n'en est rien. Les Israéliens déclarent que tant que les Syriens ne descendront pas au sud d'une certaine ligne, et qu'ils ne feront pas intervenir au Liban certains types d'armements (l'aviation, certains missiles, etc.), ils n'interviendront pas. Du côté des Etats arabes, il n'est pas question d'intervention militaire. Quant aux Etats-Unis, ils ont fait preuve, jusque-là, d'une attitude très prudente et réservée.

En effet, les Américains n'oublient pas que le camp chrétien réactionnaire a fait capoter le compromis qu'ils avaient élaboré, avec les Syriens et qui leur semblait tout à fait raisonnable. Et surtout, ils savent que la Syrie occupe en ce moment une position tout à fait irremplaçable au Liban. Il ne saurait être question pour eux de pousser l'armée syrienne hors du pays, sans la remplacer par une autre force capable de maintenir l'ordre. Or, sur plan interne, il n'y en a pas. A l'extérieur, Israël a déjà donné, et les forces d'interposition multinationales déployées entre 1982 et 1984 ont lamentablement échoué. Un retrait de l'armée syrienne pourrait permettre à comme les intégristes pro-iraniens, etc., qui sont bien "pires" que la Syrie du point de vue des intérêts américains, de prendre le dessus. A l'heure actuelle, pour les Etats-Unis, le statu quo doit être préservé tout en essayant d'améliorer autant que possible, le rapport des forces en faveur du camp chrétien réactionnaire. D'où leurs négociations avec les Syriens et leur accord sur un président acceptable par les deux parties, un grand propriétaire terrien, bourgeois honorable et tout à fait modéré.

Aoun s'est retrouvé avec pour seul soutien réel l'Irak de Saddam Hussein qui lui a fourni des quantités massives d'armes, y compris des chars. Mais ce n'est pas cela qui va suffire à chasser l'armée syrienne. Aoun n'avait donc aucune garantie. Il aurait pu s'en tenir à la guerre des ports et arrêter l'escalade. Mais la façon dont il s'est lancé dans la surenchère, en proclamant la "guerre de libération", fait qu'il lui est désormais quasiment impossible d'être partie prenante d'un compromis avec les Syriens. Ce qui, jusque-là, était négociable.

Le général Aoun a eu un comportement irrationnel de mégalomane. Sa guerre de "libération nationale" s'est avéré être une aventure criminelle, dans la mesure où c'est la population qui en fait les frais. En face, les Syriens ne se posent pas le problème d'envahir le secteur chrétien, entre autres, à cause de l'interdiction formulée par les Israéliens. Tout cela se traduit donc par un échange de bombardements, avec leurs lots de victimes et de dégâts. Certes la puissance de feu des Syriens est plus grande, mais il s'agit bien d'un bombardement mutuel qui fait des centaines de victimes civiles dans les deux camps, de la manière la plus absurde et en s'ajoutant au carnage et à la destruction qui sont le sort du Liban depuis 14 ans.

• L'objectif de la "libération" est-ll légitime ?

— Mais qui s'agit-il de libérer ? Dans le réduit chrétien, il n'y a pas d'armée syrienne. Donc, il s'agirait de la libération du reste du pays. Or la population de ces régions ne vit pas la présence syrienne comme une occupation étrangère. Si cela avait été le cas, cela se serait traduit sur le terrain d'une façon ou d'une autre. L'armée israélienne a connu l'enfer au Liban, et a été incapable de s'y maintenir. S'il n'en a pas été de même pour les Syriens, ce n'est certes pas parce que leur armée est plus puissante ou plus efficace que celle d'Israël ! L'acceptation de la présence syrienne ne se limite d'ailleurs pas aux musulmans : certaines zones chrétiennes dans le nord du Liban sont alliées à la Syrie.

Il s'agirait donc de la "libération" d'une population qui n'en éprouve pas le besoin et qui est mille fois plus hostile à son prétendu "libérateur" qu'à ceux dont on promet de la libérer. En outre, les forces susceptibles de prendre le dessus dans les régions musulmanes, en cas de retrait des Syriens, ne sont certainement pas mieux disposées envers le camp chrétien réactionnaire que ne le sont les Syriens.

Il faut rappeler, d'ailleurs, qu'à l'origine, l'intervention syrienne avait eu lieu en 1976, pour sauver le camp chrétien menacé de défaite par les forces alliées de la gauche libanaise et de la résistance palestinienne. C'est à l'appel des forces chrétiennes que l'armée syrienne était intervenue au Liban ! Depuis, même si la Syrie a renversé ses alliances après 1977, sa présence a maintenu un statu quo et permis au camp chrétien réactionnaire de gérer son propre territoire, à l'abri de menaces directes. Car en contrôlant l'autre camp, la Syrie empêchait la guerre civile entre les deux secteurs de reprendre. Donc, même du point de vue des intérêts bien compris du camp chrétien réactionnaire, cette fameuse "libération" n'est pas vraiment souhaitable. Les fanfaronnades d'Aoun ont pu, dans un premier temps, avoir un certain effet auprès de la population du réduit chrétien, mais elle a vite déchan-

• Comment peut-on expliquer l'attitude de l'Impérlalisme français et de la campagne de presse en France en faveur de "Liban chrétien menacé dans son existence" ?

— L'intervention française a bien vite tourné court. Au départ, le gouvernement français a commis une grosse gaffe diplomatique, en voulant faire une distinction dans les combats en cours, en faveur des chrétiens qui seraient "menacés dans leur existence" comme l'a déclaré Mitterrand. C'était en tout cas une contre-vérité. En l'occurrence, c'est le général Aoun qui a déclenché le conflit et c'est lui qui s'est fixé un objectif : chasser les Syriens. Ceux-ci, en re-

One se proclamaient pas d'objectif, même pas celui d'éliminer Aoun. Par ailleurs, les bombardements ne sont pas à sens unique et les civils tombent dans les deux camps.

Présenter l'affaire comme si on avait affaire à une communauté religieuse menacée en tant que telle est donc une déformation totale de la vérité. L'attitude française ne pouvait qu'être perçue comme une attitude partisane, elle-même dictée par des sympathies religieuses, confessionnelles en faveur des chrétiens, contre les musulmans.

Quant à savoir le pourquoi de cette attitude française, je ne crois pas qu'il s'agisse là d'une prise de position dictée par les intérêts réels et bien compris de l'impérialisme français. Il semble que le gouvernement français, et Mitterrand en personne, se soit fait piéger par une certaine pression de droite en France qui a fait tout un tapage, depuis le début des combats, sur le thème de la solidarité avec les chrétiens libanais. Le tout sur fond d'apogée du racisme anti-musulman en Europe dans la foulée de l'affaire Rushdie (voir Inprecor numéro 285 du 3 avril 1989). Le gouvernement français cherche maintenant à arrondir les angles. L'attitude américaine était, du point de vue des intérêts impérialistes, beaucoup plus rationnelle.

• Quels sont les objectifs de la Syrie au Liban ? Peut-on parler de sa part, d'une réelle volonté d'annexion du pays ?

- Cette accusation est une mystification idéologique. Non pas, certes, que le régime syrien soit au-dessus de telles visées, mais parce que cela ne correspond absolument pas à ses intérêts véritables, ni donc à sa politique réelle.

L'annexion du Liban poserait beaucoup trop de problèmes au régime syrien. Tout d'abord, c'est un morceau très dur à avaler. Autant la Syrie peut assurer sa présence au Liban et y maintenir un ordre branlant avec un investissement militaire limité — quelques dizaines de milliers de soldats - autant assimiler le Liban, y étendre le règne de la dictature bureaucratique militaire syrienne, nécessiterait un tel investissement de forces que ce régime en est incapable. Et je ne parle même pas des vetos sionistes et impérialistes à une hypothétique annexion du Liban par la Syrie. Mais il y a plus.

Car ce n'est même pas un objectif souhaitable pour le régime Syrien, même s'il était à sa portée. L'économie syrienne est assez largement déficitaire, et dépend en grande partie de l'aide des pays de l'Est et des subsides en provenance des Etats arabes, au titre de sa confrontation avec Israël. La Syrie entretient une armée pléthorique, d'une part à cause de cette confrontation, et d'autre part à cause de la nature du régime qui y est en vigueur. L'annexion du Liban serait un fardeau supplémentaire trop lourd à porter.

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Par contre, le Liban tel qu'il est, dans les limites actuelles de l'intervention syrienne, constitue une source de profits pour Damas.

L'armée syrienne, ordinairement, n'est pas engagée dans des combats au Liban, ce qui limite considérablement le coût de sa préelle sence. Par ailleurs, exerce un vrai racket sur l'économie libanaise. L'anarchie qui existe au Liban, et dont officiellement le régime syrien ne peut être tenu pour responsable, permet à toutes sortes de trafic de prospérer. Elle permet surtout à la production et à l'exportation de haschisch de se développer d'une façon considérable, le tout avec une participation aux bénéfices de la bureaucratie militaire syrienne. Le marché noir en Syrie même est également alimenté à partir du Liban, paradis du libre- échange, avec prélèvement au passage ou participation directe des militaires. Enfin, le système bancaire libanais, le plus libre et le plus discret du monde, permet aux bureaucrates syriens de recycler leurs "gains" au

Liban même ou à l'étranger.

Le régime syrien n'a donc aucun intérêt à phagocyter le Liban.

Son intérêt réel est d'y exercer son hégémonie. Ni plus, ni moins. D'abord pour pouvoir continuer à en profiter, mais aussi parce que le Liban peut devenir source de danger politique pour le régime syrien, s'il échappe à son contrôle.

C'est-à-dire, plus précisément, si des forces radicales, celles de la gauche par le passé, celles des intégristes ces dernières années, prennent le dessus dans les régions à majorité musulmane. Telle est donc véritablement le cadre de la politique syrienne au Liban. C'est d'ailleurs pour cela que les Etats-Unis, comme l'ensemble des puissances impérialistes, et même Israël, approuvent tacitement, ou à demi-mot, la présence militaire syrienne au Liban. C'est, à leurs yeux, un moindre mal.

Jusqu'en 1982, les troupes syriennes étaient des troupes de maintien de l'ordre bourgeois au détriment de la gauche libanaise et de la résistance palestinienne. Elles ont jugulé ces dernières et ont empêché que se développe une dynamique de radicalisation du mouvement de masse. Ce rôle de la Syrie, de frein à gauche, est resté le même de 1976 à

1982, même si après 1977, les alliances ont changé. Le frein est d'ailleurs devenu plus efficace, dès lors qu'il devenait

L'invasion israélienne du Liban en

1982, a profondément changé l'équilibre des forces dans les régions musulmasarmée. Mais les forces bourgeoises scène politique s'en est trouvée profonLes Israéliens n'ont fait que donner le tégristes, qui sont la seule force politique à se développer réellement. riens n'est plus le même. L'armée syrienne joue aujourd'hui un rôle de tampon entre les forces confessionnelles la population. Liban ? issue réelle au Liban face au pourrissement de la situation, au sens le plus fort du terme. Sans même parler d'issue progressiste ou prolétarienne, il n'y a même plus d'issue bourgeoise à la crise, dans

15:001 Beyrouth en ruines (DR) nes. Les forces de la résistance palestinienne ont été déracinées et partiellement expulsées, et la gauche a été démusulmanes n'ont pas été touchées. La dément modifiée. Ce n'était certes pas uniquement le fruit de cette intervention. coup final à une évolution qui avait commencé à partir de 1976, avec un recul progressif de la gauche et des formes de conscience politique progressistes dans les régions musulmanes, en faveur du confessionnalisme et des forces bourgeoises. Celles-ci tiennent le haut du pavé depuis le retrait de l'armée d'occupation israélienne. S'y ajoutent les in-

Dans ces conditions, le rôle des Sydu camp musulman qui, sans elle, continueraient à s'entre-tuer et à massacrer

• Existe-t-ll encore une Issue au celui de la Syrie.

- En fait, il n'existe plus aucune le cadre des frontières de l'Etat libanais. Le pays est trop morcelé, et le confessionnalisme s'est trop développé pour qu'il puisse soudain y avoir la possibilité de faire marche arrière. Les solutions imposées de l'extérieur ont également fait faillite, dans la limite de ce que

* les forces extérieures sont disposées à investir au Liban.

Par conséquent, la seule issue possible serait effectivement un dépassement du cadre de l'Etat libanais, vers une fusion du Liban avec la

Syrie, comme l'explique le

Groupe communiste révolutionnaire (GCR), la section libanaise de la IVe Interna-

* tionale. Il faut rappeler que le Liban dans ses frontières

• actuelles a été conçu sous le mandat colonial français, en 1920, d'une façon tout à fait arbitraire. Les Français s'étaient emparés de la Syrie (qui comprenait à l'époque le Liban), au lendemain de la Première Guerre mondiale, et avaient essayé de la découper en plusieurs

Etats (dont le Liban), avec un dosage communautaire créant un équilibre instable, justifiant la perpétuation de la présence coloniale française.

C'est cet équilibre instable, dont est responsable le colonialisme français au

Liban, qui a explosé en 1975 et qui n'arrête pas de se consumer. Par conséquent, la fusion derechef avec la Syrie s'impose comme la seule issue possible, dans la mesure où l'ensemble de cette région appartient à une entité nationale unique, et qu'il n'y a pas de frontières nationales au sens plein du terme entre ces

Etats. Cette fusion se présente dans le cadre d'une idéologie largement présente dans la région, celle de l'unité nationale arabe. Cela vaut aussi pour les chrétiens libanais, qui sont tout aussi arabes que les autres et partagent la même culture. Rappelons qu'il y a des zones chrétiennes au Liban-Nord qui sont alliées à la Syrie.

Cela seul pourrait donc permettre de dépasser la situation actuelle de morcellement et de conflit permanent. Mais cela ne correspond pas aux intérêts de la bureaucratie syrienne. Le renversement du pouvoir en Syrie et son remplacement par un régime révolutionnaire ou radical est de ce fait nécessaire pour y parvenir.

L'avenir du Liban est intimement lié à

13 avril 1989 propos recuellils par

Marc Renard

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