Inprecor 1974–2004

Archives de la revue d'information et d'analyse de la IVe Internationale

INDONESIE

Anatomie d'un régime

· Inprecor n° 286, 17 avril 1989 · p. 14-20 · 7 474 mots

Philippines et Asie du Sud-Est Économie mondiale Syndicalisme

C OMME LES HORDES nazies

d'Allemagne, les bandes fascistes d'Indonésie, composées de paysans musulmans aisés, de bandits à leur solde ainsi que de la petite bourgeoisie urbaine (en particulier d'étudiants), ne rencontrèrent pas de résistance quand, accompagnées des unités spéciales de l'armée, elles massacrèrent au moins un million de membres et sympathisants réels ou supposés du PKI et de ses organisations de masse.

Ce coup s'inscrivait parfaitement dans la contre-offensive impérialiste mondiale lancée après la victoire de la révolution cubaine (de sérieux indices montrent que la campagne de propagande qui a été lancée pour stimuler l'hystérie anti-communiste en Indonésie a été dirigée par la CIA). Mais il ne faudrait pas pour autant croire que les forces réactionnaires d'Indonésie agissaient seulement pour le compte de leurs maîtres impérialistes. Ce furent les propres intérêts de classe de la bourgeoisie nationale, qui l'ont poussée à quitter l'espèce de front populaire qu'était l'alliance NASAKOM (acronyme pour Nasionalis, Agama, Komunis, les mots indonésiens pour nationaliste, religieux et communiste) sous Sukarno (2), qui menait une politique de confrontation limitée avec l'impérialisme, pour s'engager dans une totale réintégration de l'Indonésie dans le marché mondial, avec une ouverture aux capitaux étrangers et une alliance étroite avec l'impérialisme.

Toutes les prévisions sur une rapide désintégration du régime "instable" de Suharto faites, à l'occasion de chaque nouveau mécontentement ou protestation populaires au cours de ces 23 dernières années, se sont avérées malheureusement illusoires.

Difficultés économiques croissantes Après une période de croissance économique notable (3), depuis le début des années 80, l'économie indonésienne s'est enfoncée de plus en plus dans une crise qui a impitoyablement fait ressortir sa faiblesse structurelle. Le taux de croissance annuel est tombé de 9,9% en 1980 à 2,2% en 1982 (niveau tout juste suffisant pour compenser la croissance de la population que le gouvernement n'a

1) Les estimations sur le nombre de militants du PC et de ses organisations de masse (les syndicats affiliés à la fédération SOBSI, le front paysan BTI, organisation de femmes GERWANI, l'organisation de jeunesse Pemuda Rakjat et d'autres) varient amplement. Le chiffre le plus proche de la réalité semble être aux alentours de 7 à 8 millions.

2) Sukarno (1901-1970), l'un des fondateurs du Parti nationaliste Indonésien, Président de la république après l'indépendance, en 1945. Le 30 septembre 1965, un "coup d'Etat" avorté du colonel Untung, proche de Sukarno, sert de prétexte à la prise de pouvoir par Suharto, et au massacre des communistes.

3) Au début du régime d'Ordre nouveau de Suharto, une certaine croissance économique s'est produite, principalement due à l'afflux d'investissements étrangers ainsi qu'au retour des capitaux nationaux qui s'étaient enfuis durant la période de Sukarno. Cependant cette croissance n'a atteint des proportions spectaculaires qu'après la montée des prix pétroliers du milieu des années 70 : le Produit national brut (PNB) indonésien par tête d'habitant est passé de 150 dollars en 1974, à 530 dollars en 1981 (chiffres de la Banque mondiale, BM).

jamais réussi à réduire sensiblement) et il n'est jamais remonté d'une manière significative depuis. Les revenus des exportations de pétrole et de gaz naturel qui pouvaient représenter jusqu'à environ trois quarts du revenu total des exportations, sont tombés de 20 milliards de dollars en 1981, à 15 milliards de dollars en 1982, et sont estimés à 8,5 milliards pour la période 1987/88 (4).

Comme le régime de Suharto continue à emprunter de grandes quantités d'argent pour financer des projets industriels et des infrastructures à grande échelle d'une importance contestable pour le développement du pays (5), sans parler de la consommation de luxe de la classe dirigeante, la dette extérieure est passée de 18,8 en 1978 (d'après la Banque mondiale) à 47,3 milliards de dollars

Le problème de la dette extérieure

La baisse des revenus de l'exportation, combinée à une dette extérieure en ascension vertigineuse, n'a pas manqué d'aggraver le niveau du taux du service de la dette, jusqu'au seuil dangereux de 41%, en 1987. Il faut également savoir que la structure de la dette extérieure indonésienne change graduelle- Ce ment. Les crédits de la fin des années 60, et du début des années 70, qui comportaient des conditions de remboursement extrêmement avantageuses, sont remplacés par des emprunts gouvernementaux avec des taux d'intéret plus importants et des termes de remboursement plus courts, ainsi que par des crédits accordés par des banques commerciales. Compte tenu de l'actuelle situa-tion instable du marché pétrolier, ainsi que de la réussite très relative de l'In-donésie à compenser ses pertes dans le secteur pétrolier et gazier par d'autres exportations, les perspectives économiques apparaissent vraiment sombres.

Le secteur privé, en particulier l'industrie, a lui aussi été fortement touché par la chute des revenus publics (7). Les coupes sombres faites au "budget de développement", c'est-à-dire à la part des dépenses publiques consacrées à des investissements dans des infrastructures et dans l'industrialisation, ont

4) Chiffres de la BM. Il est intéressant de noter que les projections de la BM pour l'an 2 000, continuent à fixer les revenus pétroliers et gaziers du pays à 17,2 milliards de dollars, c'est-à-dire en dessous du niveau de 1980.

5) Exemples : mise en place d'une industrie indoné sienne aéronautique (PT Nurtanio à Bandung, liée au groupe d'Allemagne tédérale MBB) : construction réacteur de recherche de taille moyenne par INTERATOM (groupe SIEMENS), un nouveau Centre pour le développement scientifique et technologique, dans une petite ville de la banlieue de Diakarta : un nouvel aéroport international à Djakarta, par la société française Aéroport de Paris ; la construction d'un couteux système de grandes autoroutes

6) Projection pour 1990 : 53,2 milliards de dollars.

7) Le pétrole et le gaz naturel produisent la part du lion des revenus de l'exportation, et l'Etat est devenu de plus en plus dépendant de ces deux exportations pour ses propres revenus, la part du pétrole comme générateur de revenus publics (par le biais principalement des taxes sur les compagnies pétrolières opérant en Indonésie) a augmenté de 19,7% en 1969/70, et de 61.7% en 1981/82.

INDO

Anatomie d

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VESIE l'un régime

S MOIS, l'Indonésie, une des i d'Asie encore en place, a de ernationale pour ses atteintes le l'Homme. s son livre sur le coup d'Etat ›nésie, Philippe Gavi tirait les nmuniste indonésien (PKI), et de mouvement de masse fasciste de l'année 65 et au début de 66. Guevara à "créer deux, trois, de dorénavant ajouter l'appel à tre Indonésie". ation exacte de l'importance bie par les indonésiens et le il en 1965-1966. Tout comme le 1933, le PC indonésien était, en niste du monde, mis à part ceux uvriers (1)AKAT ›sé de 6 groupes insulaires (Sumatra, Java, iles de la Sonde. Jaya) avec près de 13 700 iles (dont 3 000 habitées).

également causé, ces dernières années, une sérieuse gêne au secteur privé, particulièrement dans la construc-

Les performances du secteur industriel ont diminué parallèlement aux revenus pétroliers : le taux de croissance industrielle est passé de 22% en 1980, à 10,2% en 1981, pour tomber à 1,2% en 1982, et remonter légèrement à 2,2% en 1983. Bien que la diminution des revenus pétroliers ne doive pas être considérée comme la cause principale de l'effondrement de la croissance industrielle indonésienne, elle a bien entendu empêché la reprise.

Concurrence des "quatre dragons"

Par ailleurs, le prix d'un grand nombre de marchandises d'exportation de l'Indonésie, comme l'étain, le nickel et l'huile de palme, ont également subi une érosion ces dernières années. Ainsi par exemple, le bois dur ne procurera pas de revenus d'exportation, sauf pour une courte période, si le régime prend le risque de détruire totalement la forêt tropicale de Kalimantan (8).

En ce qui concerne les possibilités d'exportation de biens manufacturés, en ce domaine, il ne faut pas oublier la concurrence intense des quatre "petits dragons" d'Asie (Corée du Sud, Taïwan, Hong-Kong et Singapour) et autres pays nouvellement industrialisés, ni la politique de plus en plus protectionniste de l'impérialisme (9).

Les investissements des principaux pays impérialistes, notamment du Japon, ont également stagné pendant un moment et même l'investissement national reste inférieur à ce qui était attendu. La corruption notoire des représentants du gouvernement, ainsi que les longues procédures nécessaires pour obtenir les autorisations de fonctionnement et d'utilisation de la main-d'œuvre étrangère, ont découragé un grand nombre d'investisseurs potentiels, en dépit du niveau de salaires extrêmement bas en Indonésie. Même la zone franche de Djakarta, dans l'ancienne zone d'entrepôts de Cakung, n'a pas réussi à attirer d'investissements significatifs.

De plus, le renforcement du secteur privé implique de pousser encore plus loin la tendance à la dérégulation de ces dernières années (10). Cela aura pour conséquence une perte de revenus pour la bureaucratie militaire et civile qui s'est

8) L'exportation des troncs de bois est maintenant interdite. De vastes zones de la forêt tropicale du Kalimantan ont été détruites dans d'énormes incendies, il y a quelques années, et certains experts considèrent que c'est la plus grande catastrophe écologique de l'histoire, qui pourrait même entraîner un changement de climat définitif dans la région. Cela montre clairement les limites d'une telle exploitation destructive.

9) Les mesures protectionnistes prises par le gouvernement américain, contre les importations de textiles ont frappé durement l'industrie textile indonésienne. Mises au bord de la faillite par de trop faibles opportunités d'exportation, la plupart des filatures et des usines de confection ne travaillent quère plus qu'à 50% de leur capacité

10) Simplification du système d'autorisation d'imporappropriée l'appareil d'Etat, et a développé des réseaux d'entente avec des industriels qui doivent payer pour obtenir toutes sortes d'autorisations, de licences, etc.

Durant ces vingt dernières années, en Indonésie, l'accumulation capitaliste et la stabilisation d'une classe capitaliste bien plus solide ont été, avant tout, facilitées par ces bureaucrates capitalistes. La dérégulation aura même pour conséquence une baisse des privilèges de la propre famille de Suharto, qui est connue comme le groupe d'affaires le plus puissant, qui profite de son accès aux leviers du pouvoir. A tel point que, les critiques contre les "monopoles" dans l'économie indonésienne ont souvent été un des moyens utilisés par des fractions mécontentes de la classe dominante pour fustiger la famille Suharto. Une intensification de la lutte entre ces fractions pourrait, à long terme, déstabiliser le régime.

Soutien de l'impérialisme Bien que ces problèmes économiques limitent considérablement les possibilités pour le régime, de s'assurer la fidélité de certains groupes sociaux grâce à des avantages matériels (11), il n'est pas menacé à court ou moyen terme. Les principales puissances impérialistes, organisées dans le groupement intergouvernemental sur l'indonésie (IGGI, voir Inprecor numéro 194 du 15 avril 1985), y veillent. En plus de l'intérêt stratégique à conserver un régime réactionnaire stable à la tête d'un des principaux pays de l'ASEAN (12), il faut y ajouter la compétition inter-impérialiste pour gagner un marché indonésien qui n'est pas négligeable, et dont l'accès dépend, en grande partie, du bon vouloir local officiel qu'il faut acheter à l'aide de crédits. Les membres européens de l'IGGI s'inquiètent de la part prépondérante de l'aide japonaise, en rapport bien entendu, avec la position dominante de l'impérialisme japonais sur le marché indonésien.

Si la corruption, l'inefficacité de l'économie indonésienne, les monopoles détenus par les membres de la famille Suharto, ainsi que les atteintes aux droits de l'Homme par le régime ont quelquefois irrité les souteneurs impérialistes qui auraient sûrement préféré un régime plus présentable comme celui de la Malaisie ou même des Philippines, pour l'instant, il n'existe de toutes façons pas d'alternative à Suharto, de nature à gatation, levée de certains monopoles, et même, en 1985, transfert des fonctions de la douane indonésienne à une entreprise suisse, la Société générale de surveillance (SGS).

11) Les salaires des fonctionnaires sont gelés depuis plusieurs années, à cause de leur appartenance quasi-obligatoire au mouvement corporatiste dirigeant, le GOLKAR. En 1988, le 13e mois qui leur était habituellement versé à loccasion de l'Idul Fitri (principale fête islamique marquant la fin du Ramadan) a même été supprimé. Les fonctionnaires et les travailleurs des entreprises publiques constituent la plus grande part de la classe ouvrière indonésienne. Leurs salaires avaient décuplé entre 1969 et 1977.

12) ASEAN, Association des nations de l'Asie du Sud-Est, créée en 1967. En sont membres, l'Indonésie, la Malaisie, les Philippines, la Thailande, Brunei et Singapour.

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rantir la même stabilité de la domination bourgeoise en Indonésie, avec tout ce que cela implique pour la région (13).

En plus des crédits de l'IGGI, le régime de Suharto a bénéficié de multiples formes de soutien financier, militaire et diplomatique. Les ventes d'avions britanniques, la fourniture de sous-marins par l'Allemagne de l'Ouest, et de corvettes par la Hollande (que les campagnes menées par les organisations anti-impérialistes d'Europe et d'Australie n'ont pas pu empêcher d'être livrés) ont grandement aidé l'armée indonésienne à lancer sa guerre coloniale au Timor oriental

Malgré la position délicate de certaines d'entre elles comme alliées militaires du Portugal, toutes les grandes puissances impérialistes ont, au minimum, donné leur soutien diplomatique tacite (en s'abstenant à l'Assemblée générale de l'ONU au moment où cette question était abordée) à l'annexion par l'Indonésie, de la République démocratique du Timor oriental. Les Etats-Unis, l'Allemagne et l'Australie, entre autres, fournissent des stages d'entraînement aux officiers de l'armée indonésienne. Le trust allemand MBB (avions, espace et armes) ainsi que le groupe espagnol CASA (Construciones aeronauticas S.A.) ont aidé considérablement à l'établissement d'une industrie aéronautique indonésienne : IPTN, à Bandung (à l'ouest de Java). Peu de temps avant la chute du régime Marcos, l'IPTN a fourni des avions de transport de taille moyenne à l'armée philippine. L'aide impérialiste a également été utilisée pour l'installation de l'usine de construction navale PT PAL, dans le port de Surabaya, à l'est de Java, où des bateaux de petite et moyenne taille sont construits pour l'armée indonésienne.

Le soutien aux forces armées indonésiennes et le développement des industries d'armement du pays, ne servent pas uniquement à stabiliser le régime de Suharto face à des mouvements populaires à Java, ou à des mouvements d'indépendance dans d'autres îles ; il renforce également au niveau militaire la communauté des pays de l'ASEAN. Ceci a des répercussions concrètes, que l'on a pu voir, il y a quelques années, lors des opérations contre-insurrectionnelles communes entre la Malaisie et l'Indonésie sur leur frontière du Kalimantan (Bornéo), contre le Parti communiste malais, long de la frontière Thailande-Malaisie, ou contre les combattants pour l'indépendaace de Pattani.

Bien que la campagne de modernisation du régime de l'Ordre nouveau ait augmenté le nombre de travailleurs employés dans des entreprises industrielles, et diminué le nombre de ceux qui gagnent leur vie dans la petite production marchande, la classe ouvrière indonésienne reste néanmoins très fractionnée et de composition instable. Mis à part un secteur très limité du capital étranger, ainsi qu'un certain nombre de grandes entreprises nationales (pétrole, haute technologie, etc.), qui ont besoin d'une main-d'œuvre stable et qualifiée, la mobilité de la main-d'œuvre dans les entreprises et la migration circulaire qui fait retourner une partie du prolétariat urbain chez les pauvres des campagnes ou les absorbe dans le secteur urbain "informel", sont très élevées.

"Minimum physiologique"

Les conditions de vie des travailleurs indonésiens sont précaires. majorité d'entre eux doit se débrouiller avec des salaires nettement inférieurs au "minimum physiologique vital" (KFM) fixé par le ministère du Travail. Il va sans dire que cet indice est en général établi d'une manière peu favorable aux travailleurs. Dans la province du Kalimantan de l'est, une des plus riches de l'Indonésie, le KFM était fixé, en 1985, à 64 851 roupiah (14), pour un travailleur sans enfants, 146 064 rupiah pour un travailleur avec un enfant, et 181 472 roupiah pour un travailleur avec deux enfants.

Un tiers des travailleurs gagnait moins de 60 000 roupiah par mois. Comme le nombre moyen d'enfants par famille ouvrière tend à être supérieur à deux (c'est même une base minimum), on peut dire que la majorité de la classe ouvrière de cette région vit dans une profonde pauvreté. Pour Surabaya, la deuxième ville indonésienne, l'indice KFM, en 1984, était de 45 000 roupiah, mais selon les dires même du syndicat jaune officiel FBSI, de nombreuses entreprises payaient leurs travailleurs seulement 700 roupiah par jour ! A cette époque, le groupe Indocement, propriété entre autres, du célèbre magnat Lien Sioe Liong (le principal associé de la famille Suharto) et de Sudwikatmono, le demi-frère de Suharto, payait un salaire minimum de 2 000 roupiah par jour pour les journaliers et de 60 000 roupiah par mois pour les mensualisés. Cela signifie que même en travaillant sept jours par semaine, les journaliers restent dans la plupart des cas, en dessous du niveau

Les conditions de travail sont à peine plus encourageantes que le niveau des salaires. Bien qu'en théorie, l'Indonésie ait eu une législation relativement progressiste en ce domaine, même sous la dictature militaire, en pratique, les conditions de travail sont souvent indescriptibles. Les équipements de protection sont rarement fournis par les entreprises ou doivent être achetés par les travailleurs eux-mêmes. Dans une usine de congélation de crevettes sur l'ile de Pulau Buaya, par exemple, les travailleurs devaient entrer dans la chambre froide à -17°, sans le moindre vêtement protecteur. Au cas où ils réclamaient des vêtements chauds, ils devaient les acheter à 40 000 roupiah soit le salaire de quinze jours de travail. Les ouvriers agricoles utilisent souvent des pesticides sans masque protecteur. Les accidents sont fréquents, et la fourniture de soins très limitée. En cas d'invalidité, il n'y a presque aucune compensation financière, ni allocation.

L'énorme taux de chômage des centres urbains, tout comme le grand nombre de pauvres sous-employés des campagnes exercent une pression importante à la baisse sur le niveau de vie des travailleurs indonésiens. Des chiffres globaux fiables sur le chômage (et le sous-emploi qui est aussi un élément important) ne sont pas disponibles, mais le régime reconnaît que, par la seule différence annuelle entre la croissance démographique de la force de travail et la capacité d'absorption du marché du travail, le nombre de chômeurs augmente environ de 600 000 personnes par an. Ce chiffre ne dit rien du chômage qui existe déjà, ni des effets des licenciements massifs dans l'industrie, durant ces dernières années de crise économi-

La "révolution verte"

Le sort de la population rurale est encore pire. Une recherche sociologique, menée parmi les pauvres des villes par des sociologues indonésiens, a montré que malgré leurs conditions de vie déplorables, ils sont mieux lotis dans les bidonvilles de Djakarta que dans leurs villages natals de Java, du centre ou de l'est.

La prétendue "révolution verte" qui a été mise en avant durant ces quinze dernières années, a aggravé la situation qui était déjà critique à la fin de l'ère Sukarno, lorsque le Front paysan indonésien (BTI : Barisan tani Indonesia, lié au Parti communiste) lança une lutte pour la mise en œuvre de la réforme agraire promulguée en 1960. Des exemples répétés de famine massive dans des zones isolées sont même donnés dans la presse très contrôlée de l'Indonésie. Particulièrement tragique est le sort de nombreux paysans qui meurent empoisonnés par le riz que les autorités ont préparé pour tuer les rats, et que ces désespérés absorbent après l'avoir lavé, en croyant que la disparition de sa couleur particulière signifie la disparition du poison.

Pour les zones rurales, selon le "critère de Sayogyo" proposé en 1978, les familles ayant un revenu annuel par tête, équivalent à moins de 240 kg de riz, doivent être classées comme pauvres et celles en dessous de 180 kg, comme misérables. Même selon ce critère qui permet à peine la survie physique, il y avait toujours 52% de la population rurale de

13) Selon des sources bien informées, en 1985, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis en Indonésie, Wolfowitz, qui a la réputation d'être un expert du pays, rencontra quelques personnalités de l'opposition bourgeoise et aurait discuté librement avec elles du remplacement de Suharto par un régime plus efficace et plus présentable. Compte tenu de l'impuissance de ces cercles de généraux à la retraite et d'anciens politiciens, déçus par le régime qu'ils ont eux-même installé, ces efforts n'eurent pas de suite.

14) 1 dollar - environ 1 000 rupiah (avant la dévaluation de 1986, actuellement, 1 dollar - environ 1700 rupiah).

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Java qui vivait en dessous du seuil de pauvreté en 1976 (15).

Plus de la moitié des villageois ne mangent jamais de viande, sauf du poulet, un tiers ne pouvant même pas se l'offrir. De même, un tiers de la population n'a pas les moyens d'acheter des œufs. Si la "révolution verte" a permis à l'Indonésie, pour la première fois depuis des dizaines d'années, d'être au milieu des années 80, auto-suffisante du point de vue de la production de riz, elle a néanmoins détruit beaucoup de ce qui restait de l'assistance mutuelle entre villageois et a accentué la prolétarisation à la campagne.

Pauvreté dans les campagnes

Les arrangements de partage de la récolte, au moment de la collecte du riz, tout comme les méthodes traditionnelles de travail intensif au moment de la récolte, ont largement été abandonnées au profit du travail salarié et de méthodes de récolte plus efficaces. Alors qu'autrefois un grand nombre de paysans sans terre, ou presque sans terre, auraient trouvé un travail saisonnier au moment de la récolte et reçu en échange un tiers de la récolte, aujourd'hui, la récolte est faite par des paysans salariés et qui sont payés l'équivalent d'environ 10% de la valeur de la récolte. Il est difficile de savoir si en termes absolus, le niveau de vie du prolétariat et des pauvres des villes et des campagnes a chuté durant le régime de Suharto, alors que la situation était déjà déplorable sous

Sukarno. Mais on peut dire sans crainte de se tromper que la part relative de leurs revenus dans la richesse de la nation a décru fortement, et que même les petits acquis de certains secteurs (fonctionnaires, travailleurs du pétrole) sont à présent en train de disparaître au moment où le régime essaye de faire payer aux masses la dette extérieure, avec sa politique d'austérité inspirée par le Fonds monétaire international (FMI).

La crise économique, le chômage et le fractionnement de la classe ouvrière montrent déjà que les conditions dans lesquelles les masses exploitées doivent lutter, même pour les revendications les plus élémentaires, sont extrê mement difficiles. Pourtant les raisons les plus décisives limitant la combativité sont la brutale répression lancée par le régime contre toute tentative d'amélioration de la situation matérielle par l'action collective, plutôt que par le biais des organismes officiels d'arbitrage des conflits du travail et autres canaux officiels.

Sans parler des droits politiques élémentaires qui restent à conquérir, il faut aussi rappeler l'atomisation complète des travailleurs et des paysans, suite à la destruction de leurs organisations en 1965-1966 (16). La campagne de répression menée par les fascistes et les militaires, et qui a atteint les dimensions d'un génocide dans certaines régions rurales du centre et de l'est de Java, où des villages entiers, considérés comme des places fortes du BTI/PKI, ont été pratiquement dépeuplés, a été une expérience traumatisante.

Pourtant, même dans ces conditions, les conflits du travail ne sont pas rares. Les revendications portés par les travailleurs dans leurs luttes varient La collecte traditionnelle du riz par des saisonniers, avec le petit couteau ani-ani a disparu au profit de récolte à la faucille par des paysans salariés. selon le cas : mouvements contre des licenciements, ou demandes de dédommagement dans le cas où la lutte contre les licenciements ne peut gagner; revendications d'augmentation de salaire ; création, ou augmentation de primes (à la production, prime annuelle pour la fête du "Lebaran" à la fin du Ramadan) ; conditions de travail, etc. Les formes d'actions sont également variées. Elles vont de réclamations (enregistrées au service de conciliation des conflits du travail), de protestations collectives, aux manifestations et à la grève.

Les réactions des patrons ainsi que de l'appareil d'Etat varient également. Le principe général est d'éviter que le conflit ne se prolonge, et que ne se développe une dynamique où les travailleurs prendraient confiance en eux-mêmes, acquerraient une expérience, avec cristallisation d'une direction. Pour cela, l'entreprise concernée est parfois amenée à faire des concessions mineures, mais à partir de ce moment, les travailleurs sont menacés d'être considérés comme "manipulés par des éléments politiques" (c'est-à-dire des communistes) et d'être réprimés, au cas où ils continueraient leur action.

Dans d'autres cas le conflit se termine par une répression sans ménagement, comme pour les 800 travailleurs de l'entreprise PT United Can Company, à Djakarta, qui ont été collectivement licenciés par le ministre du Travail, l'examiral Sudomo (l'ancien chef du fameux "commandement pour la restauration de la sécurité et de l'ordre", le Kopkamtib, responsable d'une partie des massacres qui ont suivi le coup de 1965), après plusieurs manifestations et piquets de grève. Cette stratégie du régime a pour l'instant empêché le développement de formes d'organisation, même embryonnaires. Même au niveau de l'entreprise, il n'y a pas de cas connu où les travailleurs d'une même entreprise aient pu lancer deux fois une action avec la même direction. Compte tenu de la surveillance étroite des conflits du travail par les militaires et les services secrets, surtout en cas d'agitation, il sera extrêmement difficile de changer cela. Les conditions de lutte Pour montrer à quel point il est difficile de s'organiser, il faut savoir que les travailleurs sont parfois obligés de partir en lutte pour obtenir la reconnaissance d'une section d'entreprise de la centrale syndicale jaune, FBSI, soutenue par le régime. Certaines luttes peuvent tout de (DR) même déboucher sur des résultats limités. Mais la situation économique actuelle place les travailleurs dans une position plus difficile qu'il y a une dizaine d'années, où des grèves surgissaient pour la première fois sous le régime de l'Ordre nouveau et où de grandes grèves, comme celle de la compagnie pétrolière Caltex, pouvaient être gagnées. D'un autre côté il reste à voir si l'industrialisation dans laquelle le régime s'est lancé, pour remplacer les pertes subies dans le secteur pétrolier, créera un prolétariat industriel plus stable et plus qualifié qui sera en meilleure position pour développer des luttes.

En ce qui concerne le prolétariat rural et les paysans pauvres, leur situation a tendance à être encore pire. Les actions

15) La population des "iles extérieures" dont la densité est plus faible est en meilleure position avec un pourcenta ge de 29% de la population en dessous du seuil de pauvreté. Cependant leur situation s'est également probablement détériorée ces dernières années car de vastes zones de forêts tropicales pauvres ont été cultivées par des émigrés avec des résultats désastreux, en particulier à Kalimantan.

16) En premier lieu la fédération syndicale SOBSI (Sentral Organisasi Buruh Seluruh Indonesia : Congrès de tous les syndicats), à laquelle tous les syndicats étaient affiliés, et l'organisation paysanne BTI.

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qu'on a appelé unilatérales (aksi sepihac) et qui ont été lancées par les partisans du BTI dans leur lutte pour la mise en œuvre de la loi de réforme agraire de 1960 (Undang-Undang Pokok Agraria : loi cadre sur l'agriculture), ont déclenché le courroux de l'élite rurale. Celle-ci s'est organisée en groupes islamiques qui ont dirigé la campagne anti BTI/PKI dans les campagnes, de manière parfois plus sauvage que l'armée. Les luttes des paysans pauvres, selon les maigres informations disponibles, sont moins fréquentes que celles des travailleurs industriels, en général défensives et portent sur des questions comme les primes d'expropriation pour les terres utilisées par des projets gouvernementaux, les problèmes créés par la pollution ou l'élection des chefs de village.

La question agraire

A part les quelques cas où des groupes de défense des droits de l'Homme en ont assuré la publicité ou ont même essayé de créer une mobilisation internationale, ces luttes sont en général arrêtées rapidement par les menaces que font peser les militaires locaux. La campagne indonésienne, particulièrement à Java, est sous le contrôle étroit de l'armée qui est omniprésente jusqu'au niveau du village. Pour que la campagne soit encore mieux contrôlée, même les deux partis créés par le régime lui-même (17) ne sont pas autorisés à mener des campagnes électorales au-dessous du niveau de la capitale de district. Seule l'organisation corporative gouvernementale GOLKAR (dominée par l'armée et les fonctionnaires) y est habilitée (18).

La question agraire en Indonésie est particulièrement délicate à cause des difficiles conditions démographiques et écologiques. Les deux-tiers de la population indonésienne sont concentrés sur les trois îles de Java, Madura et Bali, qui ne représentent guère plus de 7% du territoire. La surpopulation dans les campagnes de Java a atteint un degré tel que

La question agraire est particulièrement délicate en Indonésie (DR) l'on ne peut avancer un mot d'ordre comme "la terre à ceux qui la cultivent". La situation est compliquée encore par le fait que les coopératives paysannes - dont la formation est évidemment impérative, dans des conditions où la redistribution de la terre sur une base individuelle n'aboutirait qu'à la création d'unités extrêmement petites, insuffisantes pour fournir un revenu décent à une famille paysanne - ont été utilisées comme moyen supplémentaire d'exploitation des paysans pauvres, discréditant ainsi profondément l'idée de coopérative en général.

Entre-temps les résultats désastreux des projets de transmi-gration à grande échelle, impliquant des centaines de milliers de paysans qui ont éte installés à Kalimantan (Bornéo), au sud de Sumatra, à Sulawesi (Célèbes) et en Papouasie occidentale (partie occidentale de la Nouvelle Guinée, actuellement occupée par les forces indonésiennes), ont montré que la question ne peut jamais être résolue par la colonisation d'espaces prétendument "vides". Comme des études agronomiques et écologiques l'ont montré, le "vide" relatif des plus grosses iles indonésiennes a, coup sûr, des raisons écologiques.

Les sols pauvres des forêts à pluie tropicales ne supportent qu'une culture très limitée avec jachères, telle qu'elle a été traditionnellement faite par ses habitants originels. La transplantation de méthodes de culture extrêmement intensives, utilisées sur les sols volcaniques de Java, a rapidement conduit à un dé-

17) Au début des années 70, les partis musulmans ont été contraints de fusionner en un seul parti, le Partai Persatuan Pembangunan (PPP ou P3 : Parti du développement unifié), alors que les partis laïques nationalistes et les plus petits partis chrétiens furent obligés de former le Partai Demokrasi Indonesia (PDI : Parti démocratique indonésien).

18) Comme beaucoup d'autres lois répressives, cette interdiction est inspirée de la politique du régime colonial hollandais, qui essaya par toutes sortes de règlements, et par la répression des militants nationalistes, de maintenir le mouvement anti-colonialiste des années 20 et 30 en dehors des villages

19) Il faut souligner qu'une des principales raisons pour le maintien d'une politique de transmigration, presque sans effets du point de vue démographique, est la volonté sastre économique, comme l'ont montré les vastes incendies de brousse qui ont détruit de considérables surfaces de la forêt tropicale de Kalimantan (19).

Pour importantes que soient les actions isolées des travailleurs ou des paysans pauvres, il y aura toujours de faibles chances de victoire et un grand danger de représailles contre les militants, tant que l'étape suivante, la construction de syndicat et d'organisations de paysans pauvres, ne pourra être franchie. Une des principales conditions pour la réémergence de telles organisations est un minimum de liberté politique permettant de prendre les premières mesures organisatrices.

La lutte pour les droits démocratiques

Les groupes légaux, qui fournissent de l'aide aux victimes des atteintes aux droits de l'Homme et qui forcent le régime à respecter au moins sa propre légalité, ont joué un rôle important ces dernières années, pour dénoncer la répression et permettre un minimum de défense. L'absence de scrupules du régime à violer même sa propre législation, dépasse souvent toutes les bornes et la publicité donnée à certains méfaits, comme ceux qui ont eu lieu depuis 1985, durant les procès de militants populistes musulmans, permet une prise de conscience. Le fait que l'on trouve parmi les bénéficiaires de ces groupes un bon nombre de travailleurs cherchant un soutien pour défendre leurs droits est un bon indicateur de l'importance et du rôle de tels groupes. Comme ils travaillent soit sous la protection de personnages politiques connus pour leur anti-communisme, soit sous celle d'organisations religieuses, il n'est pas facile pour le régime de prendre des mesures sévères contre elles.

Ces dernières années, parmi les associations musulmanes non-gouvernementales, en particulier après la violente répression lancée contre les militants musulmans en 1984, la rancœur contre Suharto s'est amplifiée, et des thèmes comme la justice sociale et les droits politiques jouent un grand rôle dans les aspirations de bon nombre d'entre elles. La soumission des plus vieux dirigeants du PPP et leur aptitude à accepter humiliation sur humiliation de la part de Suharto et de ses acolytes, a produit un certain désenchantement chez les jeunes militants. La récente protestation audacieuse de l'organisation étudiante Muhammadiya contre l'interdiction de cerdu régime Suharto de rendre certaines régions peu peuplées plus facilement contrôlables par la colonisation, et de détruire les bases de futurs mouvements régionaux de guérilla. La jungle de la région frontalière entre la Malaisie et l'indonésie, notamment, a été la principale base de la lutte armée des forces restantes du PKi, jusqu'à la moitié des années 70.

Il n'est donc pas surprenant que les projets de transmigration du régime Suharto aient reçu d'énormes aides financières de plusieurs pays impérialistes et de la Banque mondiale. Une campagne assez importante a été lancée ces dernières années par des groupes de défense des droits de 'Homme et des mouvements écologiques contre la destruction des richesses naturelles de l'indonésie au nom du profit et de la contre-insurrection.

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tains écrits de l'écrivain de gauche Pramoedya Ananta Toer, semble être une claire indication de cette tendance (20).

La résistance obstinée de certains groupes d'une autre organisation d'étudiants islamiques, la HMi, contre la scandaleuse loi sur les associations qui stipule que l'idéologie d'Etat du "Pancasila" (21) doit devenir le seul principe organisationnel de toute organisation, en

Les groupes de citoyens qui suivent de près les problèmes de pollution ou qui défendent leurs droits contre les projets gouvernementaux (indemnisations pour la terre, etc.) deviennent plus nombreux. La législation sévère que le gouvernement a promulgué il y a quelque temps contre les organisations sociales montre qu'il est conscient du danger que représente leur développement.

Le mécontentement des masses envers le régime s'est bien manifesté durant la campagne électorale de 1986, où il y a eu d'immenses rassemblements du PDI, en général associés à la figure de l'ancien président Sukarno, qui est toujours idolâtré, regroupant des centaines de milliers de jeunes qui ne cachaient pas leur mépris pour Suharto et son parti GOLKAR. Lorsqu'au dernier jour de cette campagne, les masses sortirent dans la rue, on aurait pu croire qu'elles contrôlaient Diakarta. Pour l'instant cela reste un rêve, mais cela montre que le régime n'est pas aussi stable qu'on le croît. D'autant plus qu'il s'agit de jeunes (constituant une majorité importante de la population) qui semblent dégoûtés par le régime et n'ont pas connu le traumatisme des assassinats de 1965-1966.

Les luttes de libération

Le régime a également lancé des guerres coloniales impitoyables contre les peuples qui ne voulaient pas accepter la domination de Java. Les mouvements régionalistes des années 50, dirigés dans la plupart des cas par une droite liée à l'impérialisme hollandais ou américain (22), ont été en général condamnés par la gauche comme faisant le jeu de l'impérialisme. Même si cela peut être justifié en ce qui concerne les dirigeants, il faut souligner que le soutien populaire dont certains mouvements bénéficiaient, montre que le problème dans son ensemble ne peut se réduire à une vision de mouvements séparatistes impulsés par la CIA. Compte tenu de la très importante diversité culturelle du pays, il est évident que les droits nationaux, incluant le droit à l'auto-détermination et à la séparation du reste de l'Indonésie, sont indispensables et représentent la seule façon de se débarrasser du nouveau type d'oppression coloniale, qui s'est développé en Indonésie.

En août et septembre 1988, la question de la guerre coloniale et du génocide en cours au Timor oriental (23) est de nouveau apparue au premier plan, à l'occasion de la visite provocatrice du président Suharto et de son ministre des Affaires étrangères en Europe. Les guerres sauvages menées par le régime Suharto depuis son installation au pouvoir contre les Papous et, depuis les quatorze dernières années, contre le peuple du Timor oriental, ont fait que les aspirations du peuple de Timor, mais aussi le désir de liberté des Papous sont reconnus par les forces progressistes indoné-

Le Timor oriental

Malgré une répression sauvage le mouvement de Papouasie occidentale a été capable, ces dernières d'élargir et d'approfondir son implantation dans la population de cette région. Au Timor oriental, il y a apparemment encore une résistance armée contre l'occupation indonésienne. Selon des reportages de la presse fin 1988, 15 000 hommes de troupe indonésiens gardent toujours ce minuscule territoire. Les forces du FRETILIN sont estimées à 500 guérilleros. Le quotidien réactionnaire hollandais NRC Handalsblad, du 27 août 1988, indiquait que la plupart des combattants du FRETILIN étaient prêts à capituler et qu'un seul petit groupe, dirigé par "Xanana", continuait la lutte, mais était condamné à finir dans l'isolement. Ce que ce journal a omis de dire, c'est que Xanana est le commandant en chef des forces armées du FRETILIN. Il reste à voir combien de temps encore on utilisera le chiffre magique de 500 pour évaluer le nombre de combattants du FRETI-

Mais en plus de ces deux cas les plus connus, de nombreuses autres nationalités de l'Etat indonésien sont aussi mécontentes du paternalisme javanais. Il y a eu récemment un renouveau des activités clandestines des nationalistes des Moluques du Sud dans les îles elles-mêmes (24), et non aux Pays-Bas où des groupes sont exilés. Les nationalistes de la province d'Atjeh (nord de Sumatra) semblent avoir reçu quelque soutien de la Libye et leur principal dirigeant, Teungku Hasan di Tiro, est maintenant responsable de l'organisation "Mathaba" créée par Kadhafi pour promouvoir son image comme soutien des mouvements de libération nationaux dans le monde. Il

20) Le Muhammadiyah est une organisation islamique réformiste qui a été créée au début du siècle. s'occupait principalement de formation et d'aide sociale et était implantée surtout parmi l'élite urbaine musulmane. Elle a toujours été plutôt à droite. Au début de son existence elle était en compétition avec lorganisation anti-colonialiste musulmane Sarekat Islam (Association Islamique).

21) "Pancasila" : "les cinq piliers", sont la croyance en *un seul Dieu ; un humanisme juste et civilisé ; runité et le nationalisme indonésien; la démocratie dirigée par une sagesse née de la consultation; la justice sociale pour

Toute critique ou résistance contre le "Pancasila" (ou son interprétation particulière par le gouvernement) est considérée comme subversive, et donc, pas-

22) Comme la République des Moluques du Sud (RMS), le mouvement PERMESTA, dans le Sulawesi (Célèbes) du Nord, ou le mouvement PRRI à louest de Sumatra. Mais même les mouvements ayant un fort caractère islamique, comme celui de Daud Beureuh dans l'Atjeh (au nord de l'ile de Sumatra), ou Kahar Muzakkar dans les Célèbes du Sud, présentent des aspects régionalistes importants.

23) L'ancienne colonie portugaise du Timor oriental

Il faut empecher les exécutions ! 17 membres du PKI, ou milltalres sympathisants de co parti ont été passés par les armes de puis 1985. Ils étalent détenus et condamnés depula 15 • 20 ans. Les 2 dernières exécutions datent

59 autros personnes condamnées dans le cadre des événements de 1965 sont encore en prison et 14 d'entres elles ont été condamnées a mort entre 1965 et 1971, Ils risquent donc d'etre executes a tout instant.

Parmi eux se trouvent Ruslan Wijayasastra ; Sukatno ; Iskandar Subekti - Asep Suryaman : 1 Bung. kus ; Surono ; Simon Petrus Solel-

¡ Marsudl ; Nobertus Rohayan; Anthanaslus Buang-Envoyez des protestations au Président Suharto : Bina Graha, Veteran 17, Djakarta, Indonésle. est difficile de savoir de quel soutien réel bénéficie le mouvement dans la région d'Atjeh, mais il ne doit pas être insignifiant, au vu des reportages sur la féroce répression qu'il subit depuis quelques années.

"Javanisation" de l'appareil d'Etat Jusqu'ici cette région est la seule pour laquelle le régime agisse avec circonspection dans sa campagne de "javanisation" de l'appareil d'Etat car il veut éviter de réveiller l'esprit combattif des populations d'Atjeh, déjà affronté par les colons hollandais et encore démontré par le mouvement de Daud Beureuh dans les années cinquante (25).

Des reportages occasionnels dans la presse indonésienne suggèrent qu'il existe également un mécontentement considérable et une aspiration à plus d'autonomie dans d'autres régions comme Lampung (au sud de Sumatra), où les immigrants javanais dépassent déjà en nombre la population locale, ainsi que dans le sud des Célèbes.

Comme le soutien de presque tous s'est déclaré indépendante en novembre 1975. La lutte pour l'indépendance a été dirigée par le Front révolutionnaire pour l'indépendance du Timor oriental (FRETILIN). Quelques jours après la déclaration d'indépendance, la République démocratique du Timor oriental a été envahie par les troupes indonésiennes. En 1976, le régime Suharto annonça l'annexion du territoire, mais la résistance armée contre les agresseurs continue jusqu'a ce jour. Les massacres perpétrés par la soldatesque de Suharto ainsi que la famine généralisée qui a suivi la destruction délibérée des récoltes par les envahisseurs, ont coûté la vie à environ 200 000 habitants de Timor, soit un tiers de la population totale.

24) Malheureusement il semble qu'une partie d'entre eux a été écrasée en 1988, par les forces de répression.

25) La région d'Atjeh a été le dernier Etat indépendant à être conquis par les Hollandais au début du siècle après trente années de guerre. L'héroïque guérilla de résistance des habitants d'Atjeh a continué jusqu'à la fin des années vingt. Après s'être libérée elle-même de l'occupation japo naise à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la population d'Atjeh n'a jamais permit à l'armée hollandaise de mettre pied sur son sol durant la guerre d'indépendance.

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les pays impérialistes a été l'un des principaux facteurs qui ont permis au régime de se maintenir pendant plus de vingt ans, il est du devoir internationaliste du mouvement ouvrier et de tous les anti-impérialistes de mettre fin à ce soutien. Dans ce contexte la question clé est l'aide financière — une aide pour les généraux, une charge pour les masses travailleuses d'indonésie qui doivent payer la note - fournie par l'IGGI. Suharto a presque pu se permettre d'ignorer même de grosses campagnes, comme celle contre l'occupation par l'indonésie du Timor oriental, ou les protestations contre l'exécution de prisonniers politiques de longue date en 1985 et 1988, tout simplement parce qu'il n'a jamais eu à craindre de véritables représailles, comme l'arrêt des crédits de l'IGGI ou un embargo sur les armes. Il est donc décisif que le soutien à l'opposition indonésienne ne se limite pas aux protestations contre la violation des droits de l'Homme — ce qui ne signifie nullement que ces campagnes ne soient pas importantes - mais frappe la dictature en faisant campagne pour la fin de l'aide financière et de la fourniture d'armes.

Solidarité internationale

Des manifestations contre l'IGGI ont été organisées pendant des années par le comité Indonésie des Pays-Bas. Beaucoup de travail reste à faire pour exercer une pression suffisante sur les gouvernements impérialistes. Les campagnes contre le soutien qu'apporte la Banque mondiale aux projets de transmigration et contre les importations de bois tropicaux précieux par certains pays impérialistes, doivent constituer d'autres axes d'intervention. Sachant que le régime s'efforce de pallier à la perte des revenus pétroliers par l'exportation d'autres marchandises, et en gardant à l'esprit les désastreuses conséquences globales de la continuelle destruction de la forêt tropicale indonésienne.

Cette campagne a déjà enregistré quelques succès et a sensibilisé une partie du mouvement écologique sur la situation er Indonésie. Enfin, et non des moindres, la campagne, principalement menée par Amnesty International et d'autres groupes de défense des droits de l'Homme, contre l'exécution de onze prisonniers politiques condamnés à mort il y a longtemps, pour une prétendue participation au coup des officiers de l'armée Sukarniste qui a permis le contrecoup de Suharto, est de la plus haute importance et pas seulement pour des raisons humanitaires (voir encadré page 19). Certains des soldats de l'ancienne garde du palais de Sukarno, qui ont attendu leur exécution pendant des années, sont les derniers témoins directs de l'implication de Suharto dans le coup d'Etat avorté du colonel Untung et de ses compagnons.

Mars 1989

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